terrorisme

  • Le premier jour du XXIe siècle

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    11 septembre.jpg

    Un certain 11 septembre :

    "A terrible beauty is born"

    Depuis des jours, a satiété, sur toutes les chaînes de télé, sur tous les réseaux, par tous les media, nous revivons le 11 septembre new-yorkais d'il y a vingt ans. On n'en attendait pas autant du 11 septembre chilien : l'ONU a fait du 11 septembre une "journée mondiale de lutte contre le terrorisme", pas une "journée mondiale de lutte contre les putschs militaires fascistes. L'événement new-yorkais vaut sans doute ces brûlures de rappel, pour ce qu'il signifie et pour ses conséquences (vingt ans de guerres...), mais pourquoi les images du 11 septembre new-yorkais, et plus que les autres celles des tours en flammes puis de leur effondrement, sont-elles restées, vingt ans après, dans nos mémoires ? Peut-être pour l'inavouable raison qu'elles sont belles, avec leur ciel bleu profond, leurs flammes rouges, leur fumée noire et les vagues grises déferlant le long des rues : "a terrible beauty is born"... Et puis, ce 11 septembre, ce fut peut-être, historiquement, le premier jour du XXIe siècle. De spectacle, ce jour-là et les jours suivants, nous avons été gavés. Les images terrifiantes des attentats, déversées à satiété et jusqu'à plus soif de fumée, de feu, de gravats, de hurlements, de morts et de blessés, avaient-elles, et ont-elle toujours, une autre vertu, sinon une autre fonction, que celle d'un show télévisé, et de faire "vendre du papier" ou du "temps de cerveau" ? Pour les commanditaires des attentats du 11 septembre, en tous cas, la déferlante des images de leurs actes fut une aubaine; certes, ce ne sont pas les media qui tuent; mais ce sont les media qui font la publicité du tueur. Les télévisions qui ont retransmis, pratiquement en direct, puis en boucle pendant trois jours, les images du "blitz" ne sont pas coupables de ce qu'elles retransmettaient, mais elles sont responsables de l'impact immédiat, massif, mondial (mais non universel) de ces images. Mesurent-t-elles le sombre prestige qu'ainsi elles apportent à celui qui semble être le "daemon ex machina" du spectacle qu'elles offrent ? Et les témoins dont le premier réflexe est de saisir de quoi filmer plutôt que se demander qui et comment aider, à quoi et à qui servent-ils et servent leurs images ?

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  • Le premier jour du XXIe siècle

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    Un certain 11 septembre :

    "A terrible beauty is born"

    Depuis des jours, a satiété, sur toutes les chaînes de télé, sur tous les réseaux, par tous les media, nous revivons le 11 septembre new-yorkais d'il y a vingt ans. On n'en attendait pas autant du 11 septembre chilien : l'ONU a fait du 11 septembre une "journée mondiale de lutte contre le terrorisme", pas une "journée mondiale de lutte contre les putschs militaires fascistes. L'événement new-yorkais vaut sans doute ces brûlures de rappel, pour ce qu'il signifie et pour ses conséquences (vingt ans de guerres...), mais pourquoi les images du 11 septembre new-yorkais, et plus que les autres celles des tours en flammes puis de leur effondrement, sont-elles restées, vingt ans après, dans nos mémoires ? Peut-être pour l'inavouable raison qu'elles sont belles, avec leur ciel bleu profond, leurs flammes rouges, leur fumée noire et les vagues grises déferlant le long des rues : "a terrible beauty is born"... Et puis, ce 11 septembre, ce fut peut-être, historiquement, le premier jour du XXIe siècle. De spectacle, ce jour-là et les jours suivants, nous avons été gavés. Les images terrifiantes des attentats, déversées à satiété et jusqu'à plus soif de fumée, de feu, de gravats, de hurlements, de morts et de blessés, avaient-elles, et ont-elle toujours, une autre vertu, sinon une autre fonction, que celle d'un show télévisé, et de faire "vendre du papier" ou du "temps de cerveau" ? Pour les commanditaires des attentats du 11 septembre, en tous cas, la déferlante des images de leurs actes fut une aubaine; certes, ce ne sont pas les media qui tuent; mais ce sont les media qui font la publicité du tueur. Les télévisions qui ont retransmis, pratiquement en direct, puis en boucle pendant trois jours, les images du "blitz" ne sont pas coupables de ce qu'elles retransmettaient, mais elles sont responsables de l'impact immédiat, massif, mondial (mais non universel) de ces images. Mesurent-t-elles le sombre prestige qu'ainsi elles apportent à celui qui semble être le "daemon ex machina" du spectacle qu'elles offrent ? Et les témoins dont le premier réflexe est de saisir de quoi filmer plutôt que se demander qui et comment aider, à quoi et à qui servent-ils et servent leurs images ?

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  • Loi sur les mesures policières "antiterroristes" : Se tromper de cible, ou la cacher ?

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    vignette mesures policières.jpgIl ne reste plus que trois jours et demi pour dire "non" à la loi fédérale sur les mesures policières de lutte contre le terrorisme.  Le Conseil fédéral le promet : ni les militants d'extrême-gauche, ni les rebelles climatiques ne sont menacés. Mais rien dans la loi, et dans la définition du "terrorisme"qu'elle donne, n'offre la moindre garantie que cette promesse soit tenue, puisque la plupart des mesures rendues possibles par la loi pourraient s'appliquer sans contrôle judiciaire, la police fédérale pouvant en décider seule. La Suisse avait déjà durci ses lois après les attentats djihadistes de Paris, ces durcissements suffisent. Leur efficacité ailleurs, là où des mesures semblables ont été prises, est même contestable: la France s'est dotée il y a cinq ans d'un dispositif policier du même type que celui que le gouvernement suisse propose, et ce dispositif n'a pas empêché les attentats suivant à Paris et à Nice... En Suisse, aujourd'hui, envisager, et à plus forte raison préparer un attentat est déjà criminel, passible d'arrestation, de condamnation, d'emprisonnement. En Suisse, aujourd'hui,on peut déjà être surveillé, filé, écouté, filmé, interpellé, interrogé, mis en garde-à-vue si on est suspecté de radicalisme violent. En suisse, demain, aucun "radicalisé" ne sera impressionné par des mesures du genre de celles sur quoi on se prononcera dimanche, sinon ceux dont le "radicalisme" n'est qu'une posture velléitaire. La loi soumise au vote n'est finalement dangereuse que pour celles et ceux dont le gouvernement assure qu'elle ne les vise pas... Mais est-ce elle qui se trompe de cible, ou lui qui cache sa cible réelle ?

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  • Loi fédérale sur les mesures policières de lutte contre...  contre quoi, au juste ?

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    vignette mesures policières.jpgLe 13 juin, les Helvètes* se prononceront en votation populaire sur une loi fédérale sur les mesures policières de lutte contre le "terrorisme". La Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter martèle que "sans sécurité, aucune liberté ne vaut d'être garantie" ? A leur manière, les jeunes socialistes, Verts, Verts libéraux et même parfois PLR répondent que sans liberté, aucune sécurité ne vaut d'être garantie. Et que les nouveaux moyens qu'accorde la loi à la police fédérale "passent outre l'équilibre" entre liberté et sécurité qu'une "démocratie libre" doit rechercher, estime le vice-président des jeunes PLR, Nicolas Jutzet. De l'avis des jeunesses des trois partis, la loi laisse trop de marge et d'arbitraire à une action des autorités, au nom d'une lutte contre un "terrorisme" que la loi ne définit pas clairement. On est dans une sorte de version helvétique, et donc adoucie, des dispositifs "antiterroristes" adoptés ailleurs (les "Patriot Act" américains, la loi britannique sur la surveillance électronique, la loi française sur la "sécurité globale") avec le même doute qui plane sur la définition du "terrorisme" que l'on prétend vouloir combattre. .  N'entend-on pas donner au Conseil fédéral , voire à la police fédérale, la possibilité de conclure des accords de collaboration policière avec des Etats étrangers, permettant l'échange de renseignements, voire l'autorisation à des policiers étrangers d'opérer en Suisse, sans que le parlement ait à les ratifier... 

    * Cette dénomination parfaitement anachronique étant choisie pour éviter l'assonance vipérine des "s" de la formulation épicène "les Suisses et les Suissesses"

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  • Loi fédérale sur les mesures policières "antiterroristes" : Retour de la police fouineuse ?

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    trou de serrure.jpgLe 13 juin, le peuple se prononcera (notamment) sur une loi de mesures policières "antiterroristes" adoptée par les Chambres fédérales en septembre de l'année dernière et contre laquelle un référendum a abouti, lancé par la Jeunesse socialiste, les Jeunes Verts et Verts libéraux, le Parti pirate et le "Computer Chaos Club". Une large coalition d'ONG a lancé fin mars sa campagne contre cette loi, qui donnerait à la police fédérale le pouvoir d'user de mesures de contraintes contre des personnes (même mineures) n'ayant commis aucun délit mais jugées potentiellement dangereuses. "Même une action de protestation légitime pourrait être poursuivie comme 'acte terroriste'", dénonce Amnesty International. Pour le comité  de campagne contre la loi, elle met en danger des droits fondamentaux et est porteuse d'un risque d'arbitraire policier, dès lors qu'elle laisse à la discrétion de la police fédérale des décisions qui devraient relever de la justice, et à la police la capacité de décider de ce qui est du terrorisme et décider de mesures de contrainte, sur la seule base d'indices, voire de soupçons, mais sans preuves, et sans même qu'aucun acte répréhensible ait été commis. Retour de la police fouineuse ?

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  • Samuel Paty, décapité pour avoir enseigné la liberté d'expression

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    islamisme, djihad, Samuel Paty"Je suis Samuel"

    Il s'appelait Samuel Paty. était prof d'histoire (et donc, forcément aussi des religions). Il donnait un cours sur la liberté d'expression dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine. Il l'avait illustré par les dessins de "Charlie Hebdo" sur le Prophète de l'islam, après avoir autorisé par avance celles et ceux que ces dessins choqueraient de pouvoir quitter le cours. Il a été assassiné et décapité devant son collège par un Tchétchène de 18 ans, beuglant "Allah Akhbar" mais inconnu pour radicalisation par les services de renseignement, que la police abattra peu après. Le nom du professeur et son domicile professionnel avaient été publiés sur les réseaux sociaux par le père d'une élève, qui avait exigé le renvoi du professeur de l'éducation nationale.  Neuf personnes (dont six de l'entourage de l'assassin) ont été placées en garde à vue.  La condamnation de l'acte a été quasi unanime en France. Mais on voit déjà poindre, les "mais", sur le mode du célèbre "je ne suis pas raciste, mais..." : "Je condamne l'assassinat, mais"... Mais quoi ? le tueur n'avait que 18 ans ? il était Tchétchène ? "il ne faut pas manquer de respect aux religions" ? "le prof a été maladroit en montrant les caricatures" ? Ce "mais" ne précise, ni ne nuance, ni ne contextualise la condamnation, mais l'annule. Ce n'est même pas une circonstance atténuante, c'est un acquittement. Une absolution. Le début en tout cas d'une résignation, si ce n'est d'une complicité.

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  • Cinq ans après le massacre de "Charlie", un procès pour l'histoire... et les libertés

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    Charlie.jpg

    Aujourd'hui s'ouvre le procès, entièrement filmé pour l'histoire (comme le procès de Barbie...), du massacre de "Charlie", le jeudi 8 janvier 2015 : onze accusés présents, trois en fuite (ou morts) en Syrie, 200 personnes parties civiles, 144 témoins, 14 experts à la barre. Le procès se tiendra jusqu'à la mi-novembre. Les trois principaux auteurs du massacre, les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, n'y seront pas : ils ont été abattus par la police après avoir assassiné une policière, un employés et trois clients d'un supermarché kasher. Le 8 janvier, les frères Kouachi avaient abattu, au siège de la rédaction de "Charlie Hebdo", onze personnes : le directeur de l'hebdo, Charb, quatre autres dessinateurs (dont Cabu et Wolinski), deux chroniqueurs, un correcteur, un visiteur. En hurlant "on a vengé le Prophète Mohammed, on a abattu "Charlie". "Tout ça pour ça", titre sombrement "Charlie Hebdo" d'hier. Tout ça pour "ça", oui : les trois meurtriers n'ont ni vengé le Prophète, ni "abattu Charlie". Le Prophète ne leur avait rien demandé et "Charlie est toujours là (il faut acheter le numéro d'aujourd'hui). Et son insolence irréligieuse, qui traite de la même manière toutes les religions, a survécu au massacre,   Parce que « tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme" (Sebastien Castellion). Et qu'en tuer onze plutôt qu'un et pour des dessins plutôt que pour une "doctrine" ne change rien à cette évidence. Ainsi, le massacre de "Charlie" a sacralisé les libertés d'expression et de presse, et consacré dans le sang le droit au blasphème comme indissociable de ces libertés : Cabu, Wolinski, Charb et les autres sont morts pour elles. Les Kouachi, Coulibaly et leurs complices, sont morts pour rien qui vaille.

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  • Retour à nos portes du terrorisme islamiste

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    MORTOPOR.jpgDanse macabre

    Un "djihadiste" d'un modèle assez courant dans nos contrées (un délinquant de droit commun et d'habitude, condamné en France, en Suisse et en Allemagne pour près d'une vingtaine de délits divers, "radicalisé" en prison et "fiché S" comme tel) a tué deux personnes, en a blessé mortellement (elle est en mort cérébrale) une troisième et grièvement une quatrième hier, à Strasbourg, pendant le "Marché de Noël" de l'une des deux capitales européennes. Retour à nos portes (il n'avait pas cessé ailleurs, en Irak, au Pakistan, en Afghanistan, en Syrie...) du terrorisme islamiste, et des interrogations qu'il suscite -car il doit en susciter, à la fois sur sa nature et sur les réponses, ou plutôt les ripostes, autres que sécuritaires qui doivent lui être opposées.

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  • Autodissolution de ETA : Dans le sens de l'histoire...

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    ETA, Espagne, Euzkadi, Pays Basque, Catalogne

    Le 3 mai à Genève, puis le 4 à Combo-les-Bains, ETA a annoncé son autodissolution par le « démantèlement de toutes ses structures » et sa décision de mettre fin « à toute activité politique » : « ETA ne sera plus un acteur qui exprime des positions politiques, engage des initiatives ou interpelle d’autres acteurs », mais ses anciens membres pourront poursuivre la lutte « dans d’autres champs » que le militaire, pour un Pays Basque « réunifié, indépendant, socialiste, euskaldun (linguistiquement basque) et non patriarcal », et pour le droit du peuple basque d’en décider ainsi (ce qui suggère un référendum d’autodétermination, « à la catalane »). Cette décision, dans le sens de l'histoire (ETA n'avait plus aucune perspective réaliste) aurait été approuvée à 93 % par un vote interne. David Harland, directeur du Centre Henri-Dunant pour le dialogue humanitaire où l’annonce de la dissolution d’ETA a été faite, remercie l'ancien Premier ministre socialiste espagnol José Luis Rodriguez Zapatero pour ses efforts en faveur d'une cessation des actions violentes d'ETA, annonce « la fin du terrorisme européen » : « Bien sûr, il y a encore des attentats, mais ils sont le fait de groupes fondamentalistes religieux extérieurs ». Encore faudrait-il que des gouvernements comme celui de Madrid renoncent à jeter de l'huile sur d'autres feux que celui qui vient de s'éteindre...

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  • "Charlie" et le Djihad, trois ans après

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    Je suis et je vous emmerde.jpgRésilience ou résignation ?

    Il y a trois ans, le 7 janvier 2015, la rédaction de "Charlie Hendo" était massacrée par un commando de djihadistes. Des millions de personnes, dans le monde entier, avaient proclamé alors "Je suis Charlie". Qu'en reste-t-il ? On aura l'occasion de revenir sur la question de la liberté d'expression, et sur celle du droit au "blasphème", liberté et droit que, comme Charlie", nous posons comme sans limite ni exception. Reste la question du terrorisme djihadiste, qui n'a pas cessé, et de ses effets : "Les djihadistes ont clairement échoué dans leur projet de mobiliser les musulmans derrière eux", constatait, optimiste, en novembre 2016 l'islamologue Gilles Kepel, après de nouveaux attentats commis en France, "réussis du point de vue de Daech" (un couple de policiers poignardés en juin, 86 personnes écrasées par un camion à Nice et juillet, et le même mois un prêtre catholique égorgé) : économie de moyens, énorme effet médiatique. Malgré tout, poursuivait Kepel, "la société française s'est montrée extraordinairement résiliente", malgré les efforts de l'extrême-droite islamophobe et identitaire, façon "Riposte Laïque". Résiliente, ou résignée ? L'antisémitisme reprend du poil de la bête en même temps que l'avers de la même fausse monnaie, l'islamophobie, le complotisme fleurit et le directeur de "Charlie", Riss, demande s'il est "normal pour un journal d'un pays démocratique que plus d'un exemplaire sur deux vendus en kiosque finance la sécurité des locaux et des journalistes qui y travaillent"...

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  • Du djihadisme comme providence

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    i-want-you-for-djihad1.jpgLe bel ennemi que voilà...

    "Expliquer, c'est déjà vouloir un peu excuser", avait déclaré Manuel Valls, à propos des auteurs des attentats djihadistes de Paris. Sonore ânerie : expliquer, c'est permettre de comprendre -et comprendre, c'est pouvoir combattre. Nous revoilà donc, au détour d'une "guerre contre le terrorisme" dont le concept même tient de l'absurdité (le terrorisme est une méthode, et on ne fait pas une guerre contre une méthode, on la fait contre un adversaire), convoqués à une resucée de "guerre de religion" par ceux qui tiennent à en mener une, ou une "guerre de civilisation" par ceux qui veulent nous faire perdre mémoire du passé (barbare, dans tous les sens du terme) de celle dont ils se réclament. L'ennemi ? L'islam. Ou plutôt que l'islam, les musulmans, parce qu'une idéologie -une religion n'est rien d'autre-, c'est pas commode, comme ennemi : l'ennemi doit avoir un corps, un visage. L'ennemi, ça doit être des gens. On en manquait ? On s'en est trouvés, qu'on pourra proclamer nous être étrangers (forcément, sinon comment pourraient-ils être nos ennemis s'il étaient, même pour une part, des nôtres ?). Un ennemi que ceux-là même qui affirment agir en son nom constituent avec tout ce qu'il faut pour le rendre à la fois haïssable et méprisable. Un bel et providentiel ennemi, pour ceux de nos maîtres qui en manquaient...

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  • Nouvelle loi sur le renseignement : L'ombre du djihadiste

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    L'ombre du djihadiste planait sur les urnes du scrutin de dimanche dernier, concernant la nouvelle loi sur le renseignement, attaquée par un référendum lancé par une coalition allant de la Jeunesse socialiste aux Jeunes PLR... Le Conseiller fédéral Parmelin, plaidant pour la loi que lui avait laissée en héritage son prédécesseur Ueli Maurer, n'y était d'ailleurs pas allé par quatre chemins en déclarant que voter "non", c'était se rendre par avance "complice d'un futur attentat". 34,5 % des participants au scrutin ayant voté "non", un tiers des Suissesses et des Suisses sont donc des complices des djihadistes. La loi, approuvés par 65,5 % des votes et par tous les cantons, est tout de même porteuse de menaces, moins pour la liberté que pour l'intimité, menaces que les référendaires ont prié le gouvernement de conjurer en garantissant réellement qu'il n'y aura pas de "nouvelle affaires des fiches", pas de surveillance généralisée, et un risque très réduit de dérapages. Et Amnesty International a appelé le Conseil fédéral à appliquer la loi de "façon mesurée". Mesurée à quoi ? à la peur ambiante ? ça promet...

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  • Nouvelle loi sur le renseignement : Les illusions dangereuses

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    Dimanche soir, selon toute vraisemblance (et selon tous les sondages), la nouvelle loi sur le renseignement, qui renforce les pouvoirs et les moyens du service de renseignement de la Confédération, sera adoubée (et peut-être même plébiscitée) par le peuple. Ses partisans, tel Pierre Maudet dans la "Tribune de Genève" du 15 septembre, voient dans cette loi une simple adaptation aux menaces nouvelles (qui ne sont d'ailleurs pas si nouvelles que cela, si les moyens sur quoi elles reposent sont aussi nouveaux que les technologies qu'ils emploient), et une dotation à la Suisse d'un " Service de Renseignement digne de ce nom". Les adversaires de la loi, dont nous sommes, y voient à la fois une menace et une illusion dangereuse : une menace sur la liberté individuelle, une illusion de sécurité, fauteuse d'insécurité réelle. La peur étant mauvaise conseillère, l'illusion fera certainement accepter largement la menace. Sans plus de sécurité, avec seulement plus de surveillance.

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  • Trahis après avoir été utilisés : Les Kurdes dans l'étau

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    Sur le front des combats contre l'"Etat islamique", en Irak et en Syrie, sur le terrain et non dans les airs, les meilleurs combattants sont depuis deux ans les Kurdes. Des combattants qui sont souvent des combattantes. Ils étaient les premiers alliés des Etats-Unis contre Daech. Ils ne le sont plus : les USA ont passé alliance avec la Russie pour sauver le régime de Bachar El Assad, et la Turquie a passé alliance avec la Russie pour que celle-ci la laisse régler à sa manière, toujours la même, la "question kurde". Entre Obama, Poutine et Erdogan, un accord s'est fait sur le dos des Kurdes. Et dans le dos de leurs combattants et de leurs combattantes. Et les voilà, les Kurdes, une fois de plus trahis après avoir été instrumentalisés. On s'allie pour un temps avec eux contre un ennemi commun, puis on les abandonne : vieille histoire : En 1920, lors du partage de l'Empire Ottoman, on leur avait promis une région autonome réunissant ceux de Syrie, d'Irak, d'Iran et de Turquie. Trois ans plus tard, à Lausanne, on pactisait avec la Turquie d'Atatürk. Et on trahissait la promesse fait aux Kurdes. Ils sont aujourd'hui 30 millions, toujours entre Irak, Iran, Syrie et Turquie : cela fait d'eux sans doute le plus nombreux des peuples sans Etat. Un peuple trahi après avoir été utilisé comme chair à canon.

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  • Police fouineuse, le retour ?

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    Un "non" de témoignage et de prudence

    Le 25 septembre, on se prononcera sur la nouvelle loi fédérale sur le renseignement, attaquée en référendum par une coalition dont font partie le PS, les Verts, la "gauche de la gauche" et le Parti pirate, mais également Amnesty International. En revanche, on ne votera pas sur la loi renforçant les moyens de surveillance des communications : le référendum lancé par un comité assez hétéroclite (les Jeunes PLR, UDC et Verts libéraux, le Parti Pirate, Operation Libero et, initialement, la Jeunesse Socialiste -qui a finalement abandonné ce combat) a échoué au stade de la récolte de signatures, mais de peu. Le 25 septembre on dira "non" à la loi sur le renseignement. Par réflexe, avouons-le, mais aussi par raison : parce que cette nouvelle loi est inutile, et dangereuse. Portée par l'ambiance générale, après les attentats djhadistes de ces deux dernières années, elle ne risque guère d'être refusée : selon un premier sondage Tamedia, elle recueille 55 % d'avis favorables en moyenne suisse, grâce à son succès massif auprès de l'électorat de droite. Notre opposition tient donc du témoignage, et du principe de précaution.

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  • Bruxelles : "Ni rire, ni pleurer, mais comprendre" ? Il en a de bonnes, Spinoza

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    Je suis belge.JPG

    Ce fut, par Daech ou la Qaeda, la France, la Grande-Bretagne, l'Espagne, les Etats-Unis, la Russie, le Mali, le Burkina Faso et bien d'autres. C'est la Belgique. Rien ne dit que ce ne sera pas un jour la Suisse. Parce que rien n'est plus facile à commettre qu'un attentat du genre de ceux commis hier à Bruxelles : on a besoin d'explosif, de kalach', et d'un ou plusieurs abrutis prêts à se faire sauter en tuant, mutilant, blessant un maximum de personnes, sans distinction entre elles. Et tout cela se trouve sans grand effort. Et on se retrouve devant nos télés ou nos ordinateurs à contempler les images d'un carnage : ce n'est pas encore nous qu'on a visé, ce n'est pas encore chez nous qu'on a tué.

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  • Taubira, la "gauche morale" et les "murmures à la jeunesse" : Cent pages utiles

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    Il y a deux jours est arrivé dans les librairies françaises un petit livre d'une centaine de pages. Son titre, poétique : "Murmures à la jeunesse". Son auteure : Christiane Taubira -dont le murmure, pourtant, n'est pas la forme la plus habituelle de son éloquence. Son propos ? Un peu le même que celui de Stéphane Hessel en 2010 ("Indignez-vous !). "Il faut refuser, malgré les intimidations, de capituler intellectuellement". Et on ajoutera "politiquement". Un propos qui tombe à pic, en plein débat sur la proposition du gouvernement Valls d'inscrire dans la constitution la possibilité de déchoir des binationaux de leur nationalité française (et des mononationaux des droits civiques attachés à leur unique nationalité française). Une proposition qui, en soi, pose moins de problème que l'argumentation développée pour la justifier. 

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  • Ni collabos, ni épurateurs

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    Autour du djihadisme et du terrorisme à prétexte religieux :

    Les attentats de Paris ont remis bien de l'huile sur le feu du débat, ou de ce qui en tient lieu, sur la place de la religion en général, et de l'islam en particulier, dans nos sociétés "multiculturelles" (comme le sont toutes les sociétés, par opposition aux communautés), et sur la réponse sociale, culturelle, politique, à donner à la renaissance d'un terrorisme à prétexte religieux. On s'est dès lors retrouvés au cœur d'un échange d'excommunications réciproques, ceux qui se refusent à accorder la moindre circonstance atténuante aux terroristes (pas plus qu'à ceux qui leur en trouvent) étant renvoyés, dans le meilleur des cas, à une islamophobie aussi épuratrice que l'islamisme, en même que ceux qui cherchent, avant de tirer dans le tas, à comprendre ce qui se passe et pourquoi cela se passe, étant par la moindre des injures traités de nouveaux collabos d'un nouveau nazisme. Peut-on essayer de n'être ni collabos, ni épurateurs ?

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  • Déchéance de la nationalité ou de la politique ?

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     Etrange débat...

    Etrange débat que celui qui s'est engagé en France (et, collatéralement, dans les pays voisins, dont le nôtre) sur la proposition du président Hollande d'étendre la possibilité de déchoir de leur nationalité française des condamnés pour faits de terrorisme. Etrange débat, d'abord parce que la loi française (comme d'ailleurs la loi suisse, depuis 1952, pour les personnes dont la "conduite porte atteinte aux intérêts et au renom de la Suisse") permet déjà (depuis 1804...) une telle déchéance pour "le Français qui se comporte en fait comme le national d'un pays étranger"), si la loi internationale l'exclut pour les personnes ne possédant que la nationalité française (ou suisse). Etrange débat ensuite, qui voit un président élu comme candidat de la gauche reprendre une proposition de la droite sarkozyste et de l'extrême-droite frontiste, contre une majorité de parlementaires socialistes, plusieurs ministres, le Premier secrétaire du PS, Cambadélis, des personnalités socialistes de référence (Martine Aubry, Pierre Joxe), un ancien Premier ministre socialiste (Ayrault) et la Maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo... Etrange débat, disions-nous ? Et si ce n'était qu'une gesticulation ?

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  • Il y a un an, le carnage de "Charlie Hebdo" : qu'en avons-nous appris ?

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    liberté d'expression, Charlie Hebdo Le ventre est encore fécond...

    "Charlie Hebdo" sort aujourd'hui un numéro rendant hommage, et mémoire, à ceux qui sont tombés il y a un an sous les balles pour avoir pris, en pleine connaissance du risque qu'ils prenaient, la liberté de dire, d'écrire, de dessiner ce qu'ils avaient envie ou besoin de dire, d'écrire et de dessiner, sans autre autorisation à demander que celle qu'ils pouvaient s'accorder à eux-mêmes. On redira donc, avec les mêmes mots ou d'autres mots, ce qu'on disait déjà il y a un an, puisque le ventre est encore fécond d'où ont surgi les Kouachi et Koulibaly : J'ai, comme toutes et tous l'ont, partout, le droit de tout dire, de tout écrire, j'aurais celui de tout dessiner si je savais dessiner.  Vous me niez ces droits ? Je vous emmerde !

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