propriété privée

  • Abolir la propriété privée ? Et si c'était déjà fait ?

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    Revenons-en à Proudhon (et, avant lui, à Rousseau) : la propriété, c'est toujours le vol, puisque être propriétaire c'est toujours exclure autrui du droit de jouir de ce dont on revendique la propriété. Dans le même temps où le droit de propriété est garanti, l'exclusion de la jouissance des droits fondamentaux est donc proclamée, et la propriété n'est plus seulement pour le propriétaire la propriété de ce dont il s'affirme propriétaire, mais aussi -et surtout- la propriété des droits des non-propriétaires, c'est-à-dire, enfin, la propriété des non-propriétaires eux-mêmes, comme personnes, comme individus. Le vieux rapport d'esclavage n'a donc pas été aboli : il n'a été que transformé : Si l'on ne possède plus (ou pas encore à nouveau) formellement les corps, on possède encore l'espace et le temps en lesquels ils se meuvent et vivent. Mais cette possession est la seule qui compte encore : le développement même du capitalisme tend à rendre obsolète la propriété privée des biens. S'approprier des biens ralentit désormais le processus d'appropriation du temps et de l'espace, c'est-à-dire des vies, et c'est moins la possession que la disposition de ces biens qui importe. A quoi bon d'ailleurs acquérir un bien qui dans le mois qui suit sera dépassé par le « progrès technologique » ? Disposer de ce bien sans le posséder évite au moins d'avoir à s'en débarrasser. Restent donc le temps et l'espace, non renouvelables, dont la possession est pouvoir pur. Quant aux biens marchands, ils peuvent être laissés à la possession des classes moyennes et à la convoitise des classes pauvres : ils enchaînent les premières (qui s'y prêtent volontiers) aux normes sociales que ces biens matérialisent, et les secondes à l'espoir -le seul que leur laisse le système- d'accéder à l'heureuse médiocrité du petit bourgeois.

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