macron

  • Deuxième tour de la présidentielle française : Ouf ! Et après ?

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    merde.jpgEmmanuel Macron est le troisième président français de la Ve République à être réélu au suffrage universel (après Mitterrand et Chirac), premier à l'être sans sortir d'une cohabitation avec un concurrent. Il a été réélu avec dix-sept point s d'avance sur sa concurrente. C'est considérable, mais une grande partie (près de la moitié selon les sondages) de celles et ceux qui ont voté pour lui l'ont fait comme on choisit de deux maux, le moindre. Celui dont on peut guérir. Il fait un excellent résultat, mais pas un triomphe. Président sortant après une présidence marquée par trois crises (sans compter même la crise climatique), celle des "gilets jaunes", celle de la pandémie covidienne, celle de la guerre en Ukraine, il fait le meilleur résultat obtenu à une présidentielle, après ceux de Chirac en 2002 et de lui-même en 2017, il fait mieux que Mitterrand en 1988, aussi bien que Pompidou en 1969, mais il fait moins que lui-même il y a cinq ans.  On a sans doute, comme Macron lui-même l'a reconnu, moins voté pour lui que contre Le Pen -le "front républicain" n'est donc pas tout à fait mort, s'il n'est pas au mieux de sa forme : Aux Antilles, qui avaient placé Mélenchon en tête du premier tour, on a voté Le Pen au deuxième (il va nous falloir relire le "peau noire et masques blancs" de Fanon...), et globalement l'abstention (un silence qui est un refus de choisir, comme le résume Macron lui-même) est la plus forte enregistrée à un second tour de la présidentielle depuis 1969 (les raisons de cette abstention, à 53 ans de distance, sont d'ailleurs les mêmes : l'abstention d'une partie importante de l'électorat de gauche -à l'appel, en 1969, du PCF, dont le candidat, Jacques Duclos, avait renvoyé dos à dos les candidats Pompidou et Poher ("bonnet blanc et blanc bonnet"). L'abstention hier a pourtant été moins forte que dans la plupart des élections comparables ailleurs qu'en France -on ne parle même pas de la Suisse, où elle est généralement majoritaire (comme hier aux Antilles)... Et hier soir, sitôt le résultat du deuxième tour de la présidentielle connu, on est entré dans le troisième tour :  les législatives. Après le "ouf !" saluant la défaite de Le Pen, le "Et après ?" interrogeant la victoire de Macron...

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  • Deuxième tour de la présidentielle française : Un pari pascalien

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    Blaise Pascal.jpgQu'est-ce que le débat Macron-Le Pen a changé au prononcement probable des Françaises et des Français dimanche ? Sans doute pas grand-chose, sinon rien. On avoue d'ailleurs ne pas l'avoir suivi, préférant voir et entendre l'entretien avec Edgar Morin, 100 ans aux fraises, programmé au même moment sur la 5, mais comme on a été bassinés à jet continu d'extraits du débat dès sa fin et jusqu'au moment où on écrit par d'extraits de ce débat, on a l'impression de l'avoir subi en entier. De toute façon, le politologue Jean Garrigues juge limité l'impact de ce genre de confrontations ultra-codifiées, de la distance entre les protagonistes jusqu'à la température de la clim' : "c'est toujours celui qui est en position de favori qui remporte le débat"... Il paraît que tel a été le cas mercredi soir -c'est en tout cas ce qu'assurent les sondages, qui donnent Macron vainqueur du duel télévisé et en progression, à 55,5 %, dans les intentions de vote. Et alors ? Alors, rien. Sinon la version électorale d'un pari théologique, celui de Pascal. Vous ne voyez pas le rapport ? vous avez tort -Pascal, comme Montaigne, comme Debord, c'est bon pour tout, même pour l'improbable.

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  • Présidentielle française : Bis repetita (non placent)

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    Capture d’écran 2022-04-11 011943.jpgEn France, la campagne électorale qui n'a pas eu lieu a accouché d'un résultat finalement d'autant plus étrange qu'il était annoncé : la surprise, c'est qu'il n'y a pas eu de surprise, sinon dans le détail des résultats. La guerre en Ukraine, la pandémie ont contraint la campagne, l'urgence climatique en a été absente.  Macron voulait un duel de second tour avec Le Pen, il a tout fait pour l'avoir, il l'a. Le Pen voulait se retrouver face à Macron, elle s'y retrouvera, malgré Zemmour, et il n'aura sans doute manqué qu'une semaine à Mélenchon pour la rattraper et se retrouver face à Macron en récupérant une par supplémentaire de l'électorat des autres candidats de gauche ayant refusé de se retirer -et se retrouvant donc responsables de l'échec du seul candidat qui aurait été capable d'éviter à la gauche de se retrouver à devoir voter Macron pour éviter Le Pen. C'est dommage : un débat entre Macron et Mélenchon, ça aurait eu une autre gueule que celle qu'aura probablement le débat entre Macron et Le Pen. 12 candidat.e.s se présentaient aux Français. Cinq disaient espérer se retrouver au deuxième tour, trois pouvaient réellement l'espérer, et hier soir, ils totalisaient ensemble près des trois quarts des suffrages, les deux partis de gouvernement qui se sont succédé à la tête de la France ne totalisant, ensemble, que moins de 7 % des suffrages... La campagne officielle débute le 15, la campagne réelle a commencé hier soir. Puis, ce sera, en juin, une sorte de troisième tour, les élections législatives, le président ou la président.e élu.e ayant besoin d'une majorité parlementaire.

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  • Présidentielle française : Bis repetita (non placent)

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    Capture d’écran 2022-04-11 011943.jpgEn France, la campagne électorale qui n'a pas eu lieu a accouché d'un résultat finalement d'autant plus étrange qu'il était annoncé : la surprise, c'est qu'il n'y a pas eu de surprise, sinon dans le détail des résultats. La guerre en Ukraine, la pandémie ont contraint la campagne, l'urgence climatique en a été absente.  Macron voulait un duel de second tour avec Le Pen, il a tout fait pour l'avoir, il l'a. Le Pen voulait se retrouver face à Macron, elle s'y retrouvera, malgré Zemmour, et il n'aura sans doute manqué qu'une semaine à Mélenchon pour la rattraper et se retrouver face à Macron en récupérant une par supplémentaire de l'électorat des autres candidats de gauche ayant refusé de se retirer -et se retrouvant donc responsables de l'échec du seul candidat qui aurait été capable d'éviter à la gauche de se retrouver à devoir voter Macron pour éviter Le Pen. C'est dommage : un débat entre Macron et Mélenchon, ça aurait eu une autre gueule que celle qu'aura probablement le débat entre Macron et Le Pen. 12 candidat.e.s se présentaient aux Français. Cinq disaient espérer se retrouver au deuxième tour, trois pouvaient réellement l'espérer, et hier soir, ils totalisaient ensemble près des trois quarts des suffrages, les deux partis de gouvernement qui se sont succédé à la tête de la France ne totalisant, ensemble, que moins de 7 % des suffrages... La campagne officielle débute le 15, la campagne réelle a commencé hier soir. Puis, ce sera, en juin, une sorte de troisième tour, les élections législatives, le président ou la président.e élu.e ayant besoin d'une majorité parlementaire.

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  • Présidentielle française : Macron et Le Pen, saison 2

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    Capture d’écran 2022-01-12 025026.jpgLa gauche dans les choux

    Si l'élection présidentielle française avait eu lieu le 7 janvier, son premier tour aurait, selon la moyenne des sondages sur les intentions de vote,  sélectionné les mêmes protagonistes du deuxième tour qu'il y a cinq ans : Macron, dix points devant Le Pen (l'écart entre eux s'est creusé en cinq ans, grâce à Zemmour), la candidate de la droite traditionnelle, Pécresse, en embuscade, et Zemmour distancé en quatrième position. Et la gauche, alors elle est où ? Dans les choux. Pas dans ceux d'où naissent les enfants : dans ceux où grouillent les limaces. La candidate socialiste, qui se traîne en dessous des 5 % d'intentions de vote, a bien lancé un appel à des "primaires" à gauche pour désigner une candidature unique mais n'a reçu de réponses des principaux candidats de gauche (Mélenchon, Jadot, Roussel) que des refus d'entrée en matière et le résultat de la "primaire populaire" lancée par des militants excédés par l'égocentrisme des chefs de partis et de leurs candidats, est récusé avant même que d'être connu par ceux qui refusaient déjà la primaire proposée par Hidalgo. L'hypothèse d'une candidature de Christiane Taubira n'a suscité que des frémissements à la surface du marigot, Mélenchon ne se bat plus que pour faire jeu égal avec Zemmour, Jadot pour ne pas se laisser distancer de trop loin par Mélenchon, Roussel pour rappeler existence du PCF, les deux trosks pour faire leur tour de piste habituel et Montebourg pour trouver la porte de sortie. Résultat : Macron fixe l'agenda, les enjeux, le rythme et les thèmes de débat ou de polémique, et derrière lui, pour le deuxième tour, on risque bien de n'avoir de choix qu'entre la droite, la droite de la droite et l'extrême-droite...

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  • Trois ans de Macron... et après ?

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    Macron masqué.jpgUne présidence jouée à la roulette russe


    Dans une semaine, il y aura trois ans qu'un personnage apparemment (mais seulement apparemment) sorti de nulle part était élu à la présidence de la République française, sur les décombres de PS et des Républicains. Tous deux, il est vrai, s'étaient littéralement suicidés : le PS en se réduisant à un parti de gouvernement gouvernant contre son programme de parti, les Républicains en présentant un candidat, Fillon, d'abord incapable de rallier le "centre", puis piégé par ses propres pratiques de politicien "à l'ancienne". Bref, Emmanuel Macron était élu. Parce qu'il n'y avait personne en face de lui,. sinon Marine Le Pen. Et qu'un choix politique déjà réduit  par une élection au scrutin majoritaire se réduisait encore plus par l'identité, personnelle et politique, des deux protagonistes. De sorte que si on ne voulait pas de Le Pen on ne pouvait que voter pour Macron, que si on ne voulait pas de Macron on ne pouvait que voter pour Le Pen, et que si on ne voulait ni de Macron, ni de Le Pen on ne pouvait que voter blanc, nul, ou s'abstenir. Et donc sortir du jeu et laisser le terrain aux deux seuls joueurs qui y restaient. Et trois ans plus tard, où en est-on ? malgré tout ce à quoi s'est heurté Macron, des "gilets jaunes" à la pandémie en passant par la mobilisation contre la réforme des retraites, on est est presque au même point, avec comme horizon une présidentielle en 2022 se jouant vraisemblablement, au deuxième tour, entre Macron et Le Pen... A moins que...

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  • Elections européennes : le pire n'est jamais sûr

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    parlment européen.jpg

    Orwell ou Houellebecq ?

    Tirant les enseignements de son "enquête hongroise" dans les pays européens ayant instauré des régimes de "démocratie illibérale" ou d'Autoritarisme électif", le journaliste Bernard Guetta (par ailleurs candidat aux élections européennes sur la liste macronienne) ne fait pas preuve d'un grand optimisme : il se demande "si nous (ne sommes) pas à l'aube d'une ère de plusieurs siècles, qui ne sera pas forcément (...) une ère de régimes sanguinaires, mais quelque chose de tranquille, et de terne (...). Un monde étouffé, plus étroit, moins libre. Un monde sans passions, d'un ennui effroyable". Un monde qui, comme en Hongrie, en Pologne, en Autriche ou en Italie, où "les gens n'ont pas peur", où il n'y a "aucun des signes habituels des régimes policiers" mais qui est tout de même "un étouffoir". Pas un monde orwellien, mais peut-être un monde houellebecquien... Se dessinera-t-il lors des élections européennes (auxquelles les Britanniques participeront sans doute, alors qu'ils sont toujours supposés quitter l'Union) ? Le pire n'est jamais sûr..

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  • Fin du premier acte du "Grand Débat" français :

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    Macron, Grand Débat, Gilets JaunesJupiter regonflé...

    La première phase du "Grand Débat" national lancé par Emmanuel Macron est terminée*, place aux "conférences nationales" avec des organisations sociales (syndicats, associations), ces fameux "corps intermédiaires" que le macronisme jupitérien méprisait. De réunions locales seront faites des synthèses soumises à des citoyens tirés au sort. Et le parlement se saisira du résultat de cette vaste consultation, avant que le gouvernement y puise des propositions qui reviendront au parlement, voire des décisions qui n'auront pas besoin de l'aval parlementaire. Et peut-être un référendum pour clore le débat par des questions d'ordre institutionnel (référendum d'initiative populaire, prise en compte du vote blanc etc...) afin de donner ou redonner au président et à son gouvernement (du moins si le résultat du référendum est positif pour ses organisateurs) une légitimité qu'une dissolution de l'Assemblée nationale ne lui (re)donnerait pas. Bref, on est largement dans le flou quant aux résultats de l'exercice -sauf sur un point : il a regonflé Jupiter.

    * Sur France Culture, aujourd'hui, Jupiter regonflé débattra avec "65 personnalités de la vie de idées", dès 18 heures 20...

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  • Des "gilets jaunes" qui s'effilochent : Grand Débat, grand détour ?

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    macron,gilets jaunes,grand débatFin décembre 2018 : Emmanuel Macron est au plus bas, comme sa cote de popularité, qui rampe à 20 % d'opinions favorables. On le dit politiquement mort, tué par les "gilets jaunes". Et un mois et demi plus tard, à Lui la gloire, O Ressuscité : le mouvement des "gilets jaunes" s'effiloche, il n'est plus soutenu que par une minorité de sondés, les opinions favorables à Macron sont passées à 30 %, les intentions de vote placent sa liste en tête des élections européennes, et il fait son Tour de France des réunions du Grand Débat National, suivi comme son ombre par la presse et les télés. Or sans les "Gilets jaunes", pas de ce "grand débat national" lancé le 13 janvier par une longue lettre (six pages) de Macron aux Français: "il n'y pas de questions interdites. (...) nous sommes un peuple qui n'a pas peur de parler, d'échanger, de débattre". En le président signe : "en confiance". Mais l'auteur prévient : "nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises (...) afin d'encourager l'investissement et (...) le travail". Pourquoi débattre, alors, si on ne peut débattre de ce qui a précisément suscité le mouvement qui a lui-même suscité le débat ? En tout cas, le débat est organisé par un juge et partie : le président et son gouvernement.

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  • Et ce soir, Macron parle... Mais à qui ?

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    les-gilets-jaunes-jm.jpgJupiter et les Jaunes

    Le président et le gouvernement français ont donc "cédé à la rue" (elle est en France le seul lieu de la démocratie directe) en renonçant notamment à augmenter les taxes sur le carburant, et ont ouvert une "consultation" des "corps intermédiaires" (dont les syndicats) qu'ils donnaient plutôt l'impression de solidement mépriser jusqu'alors. Mais ce recul, inévitable, sur une intention justifiée (dissuader de l'automobile traditionnelle), mais fort mal traduite en actes, et encore plus mal accompagnée pour toutes celles et tous eux qui ne peuvent aller travailler, consommer, se délasser autrement qu'en automobile faute de transports publics, ne répond en fait à aucune des causes profondes qui ont fait descendre sur les rond-point, les péages d'autoroutes et dans les rues des villes des dizaines de milliers de personnes qui n'avaient jamais manifesté de leur vie, ni jamais soutenu aucun mouvement populaire, pas plus les syndicats que d'autres organisations sociales. D'ailleurs, les "jaunes", dans l'histoire des luttes ouvrières, n'ont jamais été autre chose que des adversaires (et puis, choisi parce que c'est voyant, c'est quand même très moche, un gilet jaune...). Il n'est pas sans signification que le mouvement présent se fasse sans grèves, que les "gilets jaunes" ne s'adressent qu'au gouvernement et au président, pas au patronat, et qu'ils n'exigent pas l'abrogation des "lois Macron" sur le travail... Sauf que si le mouvement, ou plutôt la révolte des "gilets jaunes" n'a rien de "progressiste", et qu'elle semble (mais seulement "semble") refluer, elle a tout d'un révélateur, et a au moins fait descendre Jupiter de son Olympe. En dévaluant au passage la quasi totalité du personnel et des partis politiques français, pathétiques dans leurs efforts de récupération ou de désarmement d'un mouvement qui les ignore superbement. Mais tout va se dénouer : ce soir, Jupiter va parler. Mais à qui ?

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  • L'Omnipotent, l'Omniscient, l'Omniprésent, l'Omnibénévent : Macron règne

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    Macron.jpgQuels sont les attributs de Dieu ? l'omnipotence, l'omniscience, l'omniprésente, l'omnibénévence. Et l'Eternité, seule qualité qui manque à Emmanuel Macron, Emmanuel signifiant d'ailleurs aussi bien « Dieu est avec nous », que « que Dieu soit avec nous ». Trève d'ironie (en cette journée internationale de la Bible, elle serait malséante), et contentons-nous de ce constat : alors même que sa popularité stagne autour de 40 % des personnes sondées, Macron est sans contre-pouvoir -sans même celui de la rue : les manifestations contre la "loi travail se font dans la division syndicale, s'ajoutant à la division entre syndicats et partis politiques. Macron tient le présidence, le gouvernement et l'Assemblée nationale. A droite, le mécontentement des maires furieux de la suppression (même partielle et échelonnée) de la taxe d'habitation est sans perspective, la droite libérale a été vampirisée par Macron et son mouvement, le Front National est aux abonnés absents, la gauche socialiste est à la recherche d'elle-même et la gauche "mouvementiste" à la recherche d'un début de commencement d'amorce d'efficacité politique. Et pendant ce temps, Macron règne, sans même avoir besoin d'être populaire : il lui suffit d'être sans adversaire.

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  • Macron parle. Beaucoup. Mais pour dire quoi ?

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    Macron parle.jpgMoi Je...

    Pour un président dont on pensait (et qui avait lui-même laissé croire) qu'il allait cultiver la "parole rare" qui sied à la posture jupitérienne, et en tout cas qu'il allait parler moins que son prédécesseur (qui, il est vrai, parlait trop), Macron parle beaucoup. Pas toujours clairement, et même parfois fort trivialement, mais beaucoup plus que ce qu'on attendait. Mais qu'attendait-on, au juste ?
    Il y a en tout cas dans le discours macronien un fil conducteur, une revendication constante : celle d'être le chef. Le seul. Et donc, de pouvoir dire ce qu'il veut, comme il veut, quand il veut, à qui il veut. Et avec les mots qu'il veut : "foutre le bordel" ou "poudre de perlimpinpin", selon le lieu, l'humeur et l'interlocuteur, mais en assurant toujours tenir "un discours de vérité" contrairement aux "élites politiques" tenant un "discours aseptisé". Et que dit ce "discours de vérité" ? Il dit : je sais ce qu'il vous faut, quand vous même ne le savez pas; je vais réformer, même si vous ne le voulez pas ou que vous combattez les réformes que je propose. Et si vous vous opposez, c'est que vous êtes animés de "passions tristes", comme la peur ou la jalousie. On est quelque part entre le messianisme et le populisme. Et surtout, on est en pleine Ve République, plus gaulllienne encore que gaulliste. Churchill ironisait sur de Gaulle : "il se prend pour Jeanne d'Arc". Macron, lui, se prend pour plus encore : il se prend pour Macron. Et si on pouvait résumer tous ses discours en deux mots, ce serait : Moi je...

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  • En marche, cahincaha...

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    A-la-cantine-le-president-Macron-s-offre-un-cordon-bleu.jpgD'abord, pour l'anecdote locale, reconnaissons qu'il a bien choisi le moment, et bien choisi la date, pour annoncer la création de son nouveau parti politique, Gominator : le 11 septembre, déjà lourdement plombé par le putsch militaire chilien et les attentats djhadistes aux USA, on pourra donc aussi célébrer la naissance de "Genève en Marche", proclamée par son fondateur, Eric Stauffer. Voilà pour la date. Et puis, le moment : c'est celui où l'"En Marche" de référence, celui qui s'est imposé en France (on pourra au passage doucement ricaner de cette prise de référence française pour un mouvement issu du vieux fonds francophobe genevois), subit un gros coup de mou, du moins dans les sondages. Aujourd'hui, à l'appel de la CGT, de Solidaires et de la FSU (mais ni de la CFDT, ni de Force Ouvrière, ni des "Insoumis"), 150 manifestations et des débrayages sont organisés dans toute la France pour dénoncer la réforme macronienne du Code du Travail. Mais Macron n'en a cure : ses opposants sont des "fainéants", des "cyniques" ou des "extrémistes"... et lui, oint des urnes, travailleur, bienveillant et modéré est prêt à les laisser défiler pendant ses cinq ans de règne, démocratique et républicain.

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  • France : Ni VIe République, ni IIIe Empire

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    Napoléon III.jpgPas de Macroléon III

    Jean-Luc Mélenchon faisait campagne pour une VIe République ? On est toujours dans la Ve. On craignait qu'Emmanuel Macron se dote d'un parlement au furieux air de celui du Second Empire de Louis-Napoléon (premier président de la République française élu au suffrage universel, qui voulait "éteindre le paupérisme", a fait entrer la France dans le capitalisme moderne, et Nice et la Savoie dans la France) ? La menace est écartée. Avec une majorité absolue des sièges, même obtenue avec une majorité absolue d'abstentions, le président Macron et son gouvernement n'auront certes pas besoin d'aller chercher des alliés au parlement, mais leur succès électoral même les prive de tout droit à l'erreur ("la victoire nous oblige", résume le Premier ministre). Quant aux abstentionnistes, sauf à vouloir faire dire à leur non-vote quelque chose que, par définition, il ne dit pas (une opposition à Macron, par exemple), on ne peut que leur attribuer soit un consentement a priori à la victoire du vainqueur annoncé, soit une résignation à cette victoire, soit une indifférence absolue au résultat -celles et ceux qui refusent l'alternative qui leur est proposée ne s'abstiennent pas : elles et ils votent blanc ou nul. Les abstentionnistes, eux, sont forcément du côté des vainqueurs. L'abstention a été massive (à l'aune française, pas à l'aune suisse), mais elle pourrait bien résulter d'une démobilisation d'une partie de l'électorat macronien, trop sûr de la victoire. Et que ni le PS, ni la "France insoumise", ni les "Républicains", ni le Front National n'aient été capables de mobiliser leurs propres électeurs au-delà du nécessaire pour survivre politiquement, ce n'est qu'à eux qu'en revient la responsabilité.

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  • Législatives française : y'a-t-il encore une opposition ?

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    Macron, En Marche, MélenchonMacron passe et casse

    Emmanuel marche sur les eaux, les transforme en vin, ressuscite les morts et remet les paralytiques en marche. Vers les urnes. Si les prémisses des législatives (leur premier tour, même avec un taux d'abstention très... suisse) se confirment au second, Macron disposera à l'Assemblée Nationale d'une très large majorité absolue de députés de son parti (qui n'en est d'ailleurs même pas encore un), trois jours après que Theresa May ait perdu la sienne aux Communes britanniques. En moins d'un mois, il aura triomphé à la présidentielle et aux législatives, et à celles-ci avec pour seul argument de lui "donner une majorité". Du jamais vu, du moins dans cette ampleur, depuis 1981, l'élection de Mitterrand et la "vague rose" qui s'ensuivit. Macron aura ainsi les moyens d'imposer sa ligne politique et de réaliser son programme (puisque contrairement à l'image qu'on se satisfaisait de lui avant le mois dernier, il en a une et il en a un : le "social-libéralisme", la "flexisécurité", et quelque chose qui tient à la fois du gaullisme et du bonapartisme). La question qui se pose désormais étant celle-ci : quelle opposition pourra faire face à Macron, à son gouvernement et à ses projets ?

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  • De qui et de quoi Macron est-il le nom ?

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    Macron, complotScrutin scruté

    A la comparer avec celle de ses prédécesseurs depuis 1995, l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République française a suscité à l'étranger un engouement inédit. Saluée (évidemment) par l'Union Européenne, la victoire du seul candidat dont les meetings (et la fête de victoire) étaient fleuris de drapeaux bleus à étoiles, l'a aussi été par le Parti communiste chinois. Et même Trump et Poutine ont félicité Macron, alors qu'il était de notoriété publique que le premier avait les yeux de Chimène pour Marine Le Pen et que les préférences du second hésitaient entre elle et Fillon.  "Pourquoi Macron est-il aussi important pour le monde entier ?", s'interrogeait le "Financial Times" ? Qu'est-ce qui fait qu'un scrutin dans une puissance moyenne soit aussi scruté par les puissances majeures (et pas seulement elles : 3000 journalistes étrangers s'étaient rendus en France pour le suivre -un record depuis 1981- et le résultat a fait les "unes" de tous les principaux quotidiens du monde) ? Sans doute parce qu'il avait pris l'apparence d'un "référendum sur l'Europe et la mondialisation", comme on pouvait le lire sur le site américain "Politico", et qu'il était une première défaite dans un pays important (malgré le score historique de Le Pen) du populisme nationaliste et ouvertement xénophobe, après le Brexit et le trumpisme qui semblaient avoir donné le ton politique des élections à venir... avant que l'inépuisable singularité française ne change la gamme...

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  • Emmanuel, Roi thaumaturge

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    Emmanuel Ier.JPGLe sacre et le Messie

    La République laïque a des nostalgies de monarchie catholique : Dimanche, c'était le sacre de Macron. Pompes et circonstances. On est dans un pays historiquement monarchique (même s'il est devenu une république) et catholique (même si désormais la majorité de sa population est soit d'une autre religion, soit sans religion, soit d'un catholicisme sans pratique religieuse). La République sacre ses présidents comme la monarchie sacrait ses rois, et leur accorde plus de pouvoir qu'aucune monarchie protestante à ses monarques. Il ne manquait qu'à Emmanuel Ier que de recevoir les saintes huiles et de devoir toucher les écrouelles, Roi Thaumaturge, qui va sauver l'Europe et la France. Et la gauche française -mais en l'ayant préalablement liquéfiée. D'ailleurs, gageons qu'on ne l'évoquera bientôt plus qu'en "Emmanuel" tout court, comme on n'évoque le pape qu'en François. Après tout, Emmanuel, de l’hébreu ancien עמנואל, imanu'él (« Dieu est avec nous »), n'est-ce pas le nom du Messie ?

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  • Le coup de pied Macron dans la fourmilière politique française : Roboratif !

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    L'élection de Macron, même acquise contre Le Pen et grâce à Le Pen, a tout de même un puissant effet roboratif : celui d'un grand coup de pied dans la fourmilière. ça écrase des fourmis, mais ça oblige celles qui restent à reconstruire leur monde, si elles ne veut pas crever. Et il y a du boulot. Parce que la défaite de toutes les forces politiques que Macron décrédibilise, fragmente, émiette et ringardise -c'est à dire à peu près toutes les forces politiques présentes dans les institutions, elles en sont tout de même les premières responsables. Or il ne semble pas évident qu'elles en aient pris conscience : pour nous en tenir à la gauche, c'est, le soir de l'élection de Macron, un Mélenchon lugubre en appelant à la contagion du bonheur en donnant l'impression de vouloir avaler une chope de cigüe, et ce sont les éléphants socialistes, les Cambadélis, les Dray, arrivés au PS dans les années septante maigres et fiévreux et qu'on retrouve quarante ans plus tard gras à lard faisant la tournée des popotes médiatiques pour nier l'évidence de leur propre décrépitude politique... Entrer en politique en Saint-Just et en sortir en Louis XVIII, le parcours est édifiant.

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  • Présidentielle française : Macron élu sans surprise et sans enthousiasme

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    pas de victoire sans lutte.jpgLe vent du boulet

    Au terme de la pire campagne électorale qu'ait connu la Ve République française, et de la plus faible participation électorale à une présidentielle depuis 1969 (quoiqu'une participation de 75 % ailleurs qu'en France, ce serait un tsunami électoral...) Emmanuel Macron a été élu à sa présidence. A une majorité très large, mais en trompe-l’œil : il n'obtient pas une majorité absolue du corps électoral (les 47 millions d'électrices et d'électeurs inscrit-e-s), compte tenu de l'abstention, des votes nuls et des votes blancs. Il atteint certes une majorité de presque deux tiers des suffrages exprimés, mais parce qu'en face, il y avait Le Pen. Ni contre Fillon, ni contre Mélenchon Macron n'aurait gagné avec une telle marge -peut-être même n'aurait-il d'ailleurs même pas gagné contre Mélenchon. Et n'importe lequel des "grands" candidats éliminés au premier tour aurait gagné contre Le Pen -mais sans doute avec une majorité moindre. L'élection de Macron est évidemment une défaite pour Le Pen ("une bonne claque aux mauvaises odeurs"), mais c'est qu'elle a fait campagne pour Macron : plus on la voyait et l'entendait, mieux on comprenait à qui et quoi on avait affaire. Elle a elle-même (était-ce involontaire ?) construit sa propre défaite. Il suffisait de la montrer pour qu'elle tombe, il suffisait pour éloigner la menace de son élection de laisser remonter, jusqu'au spectacle de l'ultime débat télévisé (où elle aura tout de même réussi à faire pire que Trump), tout le refoulé de l'extrême-droite française, submergeant la stratégie de "dédiabolisation" et la prétention de l'héritière d'être "la candidate du peuple". Au soir de sa défaite à la présidentielle, Le Pen s'est posée en cheffe de l'opposition à Macron ? Ce sera là encore le meilleur service qu'elle puisse lui rendre.
    Reste que l'extrême-droite n'a jamais été à un niveau aussi élevé lors d'une élection présidentielle française, et qu'il y tout de même de quoi s'interroger, et s'interroger sérieusement, rationnellement, politiquement, sur ce qui peut bien pousser un tiers des citoyennes et des citoyens d'un pays comme la France, avec l'histoire qu'elle a et la passion du politique qu'elle cultive, à voter pour ça... Le Pen était un boulet pour elle-même, mais on en a quand même senti le vent.

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  • Macron-Le Pen, kif kif ?

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    Capture.JPGQuand les états d'âme de la gauche française nous gonflent grave

    Il faut bien l'avouer : les états d'âme de la gauche française (et circonvoisine) face au choix électoral entre Macron et Le Pen commencent à nous gonfler grave. Il n'y aura donc pas vraiment de "front républicain" contre la candidate du FN au deuxième tour de la présidentielle française, dimanche. Certes, les principaux candidats ont tous appelé à "faire barrage à l'extrême-droite", Fillon et Hamon appelant clairement à, pour cela, voter pour Emmanuel Macron, et les principaux partis (la "France insoumise" ne se concevant pas comme un parti) à "battre Marine Le Pen" (les "Républicains" ne se résolvant pas à prononcer le nom de Macron). Mais après le premier tour déjà une bonne partie de l'électorat de François Fillon et de celui de Nicolas Dupont-Aignan partait grossir les rangs de celui de la candidate d'extrême-droite, pendant qu'une autre bonne partie de ces deux électorats, mais aussi de celui de Jean-Luc Mélenchon, menaçait de s'abstenir ou de voter blanc. C'était déjà le mot d'ordre du PCF en 1969 -mais lui refusait de choisir ("blanc bonnet, bonnet blanc") entre Pompidou et Poher, c'est-à-dire entre deux candidats de la droite démocratique, pas ("blanc bonnet, bonnet brun") entre un candidat centriste et une candidate d'extrême-droite. Et en 2002, toute la gauche, de son aile la plus centriste à la gauche révolutionnaire, avait avec la droite démocratique appelé à voter  contre Le Pen, pour Chirac, quitte à se contenter du "contre" et à ne le traduire en"pour" qu'après s'être bouché le nez. Serait-on passé du "tous contre Le Pen" à "tous contre Macron" ? O tempora, o mores, comme disait Ciceron...

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