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  • Dieudonné, ou la liberté d'excrétion

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    Peut-on interdire la connerie ?

    Dieudonné " fera l'con " les 6 et 7 février à Genève. Le 26 décembre dernier, à Paris, Dieudonné avait fait monter sur scène le vieil antisémiste Robert Faurisson et lui avait fait remettre par un figurant déguisé en déporté juif un " prix de l'infréquentabilité et de l'insolence ". Infréquentable, sans doute Faurisson l'est-il. Mais c'était lui faire trop d'honneur que lui attribuer la moindre insolence, comme ç'eût été en faire trop à Dieudonné que lui interdire de " faire l'con " à Genève. On n'interdit pas une merde. On la balaie, ou on marche dessus si on a besoin d'un porte-bonheur.

    Voltaire et Saint-Just sont dans un bateau...

    La liberté d'expression est, par définition, illimitée. Elle implique cependant la responsabilité individuelle de qui en use. Dieudonné a donc le droit d'étaler sa connerie, revendiquée, sur scène : il en assumera les conséquences. Le priver de ce droit par une censure préalable exercée par une autorité politique ne reviendrait qu'à faire un maximum de publicité à une connerie provocatrice. Et à ouvrir un champ miné aux interventions politiques de toutes sortes, non seulement contre les provocateurs à la petite semaine genre Dieudonné, mais ensuite contre tous les " mal-pensant " possibles et imaginables. Comme on l'avait fait il y a trois lustres contre cette indispensable vieille crapule de Voltaire, en prohibant la mise en scène de son " Mahomet ", charge antireligieuse plus qu'anti-musulmane, qu'on avait cru séant de considérer comme inopportune car blessante pour les musulmans. Noam Chomsky a raison, pour qui " si on ne défend pas la liberté d'exprimer les idées les plus méprisables, on ne défend pas vraiment la liberté d'expression ". De même ne défend-on pas la liberté de religion si on ne défend pas le droit au blasphème. Dieudonné n'est pas Voltaire, juste un médiocre histrion dont le succès médiatique, dans un monde où la forme d'un propos compte plus que son fond, ne tient qu'aux réactions indignées qu'il cherche (et réussit) à susciter. Raison de plus pour ne pas lui faire l'honneur d'une interdiction. Entre Voltaire et Saint-Just, entre le " Je suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire " de l'un, et le " pas de liberté pour les ennemis de la liberté " de l'autre, il y a un espace que ni le patriarche des Lumières, ni l'archange de la révolution n'ont exploré : celui du mépris. En lequel on peut laisser Dieudonné et Faurisson se vautrer.

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