Suisse

  • Mariage civil pour toutes et tous : De la marche au vote

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    mariage, mariage pour tous30'000 personnes ont défilé, joyeusement, à Genève samedi, dans le cadre de la "Marche des fiertés", tous drapeaux arc-en-ciel dehors (la Ville en avait pavoisé le pont du Mont-Blanc). La Marche de samedi était, l'agenda politique s'imposant, un formidable appel à soutenir le projet de "Mariage pour toutes et tous" soumis à votation dans dix jours. Tous les partisans du projet étaient là, ou représentés, même les Jeunes PLR (ils venaient de retourner leur veste et de décider de soutenir le "mariage pour toutes et tous" qu'ils avaient auparavant fait mine de vouloir combattre). Reste que le vote n'est pas gagné :  le premier parti de suisse, l'UDC, combat le projet avec une rhétorique explicitement homophobe. Et il n'est pas seul : avec les milieux religieux conservateurs, voire intégristes, il considère que la possibilité de conclure un partenariat enregistré suffit (on est tout de même surpris que ce partenariat plaise à ce point à ce milieu -il est vrai qu'on ne l'y soutient désormais que pour l'opposer au mariage, un peu comme si on considérait que droit au concubinage rendait inutile celui au mariage)... Or le partenariat n'offre pas les mêmes droits que le mariage, notamment s'agissant de l'adoption, de la procréation médicalement assistée et de la naturalisation. Il s'agit donc bien, avec le "mariage pour toutes et tous" d'établir une égalité entre les couples, qu'ils soient homo ou hétéros.

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  • Les 99 % de Sherwood et le 1 % de Nottingham

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    Robin des Bois.jpgRobin des Bois et les Shériffs

    C'est une "initiative Robin des Bois" qui veut prendre aux riches pour donner aux pauvres et contre laquelle les shériffs se mobilisent en masse : l'initiative populaire fédérale "99%" de la Jeunesse Socialiste, dont le titre réel est : "alléger les impôts sur les salaires, imposer équitablement le capital",  est soumise au vote du peuple et des cantons le 26 septembre. Elle vise un rééquilibrage de la fiscalité entre celle qui frappe les revenus du travail et celle qui caresse ceux du capital (ceux qu'on obtient par le simple fait des placements et de leur rendement, comme les intérêts sur des placements boursiers ou immobiliers et les dividendes versés aux actionnaires). Ceux-ci seraient alors taxés à 150 % dès qu'ils dépassent un montant que l'initiative ne précise pas (ce serait la tâche du parlement que de le fixer), mais que les initiants suggèrent de placer à 100'000 francs par an : votre fortune vous rapporte 100'000 francs par an (ou moins) elle resterait imposée comme actuellement; elle vous rapporte plus de 100'00 francs ? ce "plus" serait imposé à 150 %.  L'exercice rapporterait aux caisses publiques des milliards de francs (5 à 10 milliards, selon les estimations de la JS), qui seraient utilisés pour améliorer la protection sociale, baisser les primes d'assurance-maladie, réduire la fiscalité pesant sur les revenus du travail des petits et moyens salaires et développer des services publics comme les crèches. La gauche et les syndicats soutiennent l'initiative, que combat, évidemment, la droite et le patronat. Les premiers sondages donnaient une très légère et relative majorité en faveur de l'initiative, grâce à un vote massif de la gauche  -mais on sait que  les initiatives populaires perdent souvent du terrain dès que les campagnes de leurs adversaires ont été lancées, et celles des adversaires de l'initiative sont massives... Elle perd donc du terrain, mais impossible n'étant pas socialiste, le sort de Robin des Bois dépend de notre mobilisation, les seules batailles perdues d'avance étant celles qu'on renonce à mener. A Sherwood comme ailleurs.

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  • Mariage civil pour toutes et tous : La loi, l'amour, le genre

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    Capture d’écran 2021-09-05 001431.jpgLe 26 septembre, la Suisse mettra sans doute fin à l'une des dernières discriminations explicites de ses lois, en acceptant le mariage civil "pour toutes et tous", c'est-à-dire l'extension aux couples homosexuels du droit au mariage civil (et à l'adoption conjointe, au don de sperme et à la naturalisation facilitée. A trois semaines de la votation, les derniers sondages donnent une majorité confortable (autour de 65 %) au projet, avec une acceptation plus forte chez les femmes (71 à 75 %) que chez les hommes (57 à 62 %), à gauche (jusqu'à 89 % au PS et chez les Verts) qu'à droite (jusqu'à 61 % de refus à l'UDC), dans les villes (autour de 75 % d'acceptation) que dans les campagnes (autour de 65 %), en Romandie et en Alémanie qu'en Suisse italienne, chez les jeunes (autour de 80 % des 18-39 ans) que les plus de 65 ans (autour de 55%). Le "mariage pour toutes et tous" est un "jalon historique" dans une lutte émancipatrice, écrit le PS suisse. Un jalon, certes,. même si ce n'est pas le plus fondamental, le mariage en tant que tel, qu'il soit pour toutes et tous ou seulement pour les hétéros, restant ce qu'il est : la réduction des sentiments à un contrat... "L'amour ne connaît pas de genre", nous assure le PS. Il n'a "jamais, jamais connu de loi", chantait déjà Carmen. Hélas, il se heurte souvent aux lois -et c'est, avec le respect du principe d'égalité, la raison essentielle de notre soutien au changement de loi qui nous est proposé : la loi n'a rien à nous dire sur nos amours... 

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  • F-00

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    vignette F35.jpgInitiative populaire lancée contre l'achat par la Suisse d'avions de combat américain

    Le peuple votera, sans nul doute, sur l'achat de 36 F-35 américains pour remplacer les actuels avions de combat de l'armée suisse, les Tiger et les F/A-18 : l'initiative populaire annoncée depuis des mois,et pour laquelle des dizaines de milliers de signatures ont déjà été réunies, a été lancée hier (on signe ici : https://f-35.pssuisse.ch/), contre le choix incompréhensible d'un avion en réalité plus coûteux que ses concurrents si on tient compte des frais de son utilisation, moins fiable (il connaît de nombreux problèmes techniques), inadapté aux missions que la Suisse assigne à son armée de l'air... et surtout, d'un avion qui est un véritable hacker volant, transmettant en permanence toutes les informations de son système informatique aux services militaires et de renseignement américains. "Le F-35 est l'avion le plus indiqué pour la Suisse", assure la Conseillère fédérale Viola Amherd. Il est surtout le plus indiqué pour les USA : les services américains seront toujours dans le cockpit" des F-35 suisses, avertit le socialiste jurassien Pierre-Alain Fridez. Le F-35 est un ordinateur volant. Après chaque vol, on prend ses cartes mémoires et toutes ses données partent dans le cloud sous contrôle américain. L'achat du F-35 est un choix, inavoué, inassumé, d'intégration dans une alliance militaire  dominée par les USA. Cette alliance, L'OTAN,est en état de "mort cérébrale", avait diagnostiqué lebon docteur Emmanuel Macron. Apparemment, la majorité du Conseil fédéral suisse n'est pas en meilleur état.

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  • Sur nos moooonts, quand le soleeeeeil...

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    feu.jpgAutocélébration

    Aujourd'hui, la Suisse se célèbre, sans grands rassemblements, pandémie oblige. Et nous disons bien « se célèbre», et non « célèbre sa fondation ». La plupart des autres Etats célèbrent lors de leur fête nationale un événement fondateur, exemplaire, symbolique, une date qui est un signe ou un passage. Une déclaration d'indépendance (comme, aujourd'hui, celle du Bénin, alors Dahomey), une prise de Bastille, un moment historique... Nous, non : il ne s'est rien passé le 1er août 1291, et la Suisse n'a été fondée ni en 1291 par un serment ni en 1307 par un pacte, mais en 1798 par une révolution et une constitution. Il n'y avait pas d'Etat suisse avant, rien qu'une addition de cantons et de bailliages. Et même si la République Helvétique ne tint que le temps qu'elle avait d'utilité pour la France à l'exemple et avec le soutien de qui elle avait été fondée, c'est bien de cette République morte en bas âge, et non d'un pacte moyenâgeux, que nous vient la Suisse qui se célèbre chaque année le 1er août depuis 130 ans, et fait de cette célébration un jour férié depuis qu'en a décidé une initiative des "Démocrates Suisses" (ex-Action Nationale) acceptée par le peuple et les cantons  : on ne va pas cracher sur un jour férié de plus, même proposé par un parti d'extrême-droite... Il nous fallait une Fête Nationale, comme aux autres, et il lui fallait bien une date. Alors pourquoi pas ce 14 Thermidor, jour du basilic ?

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  • Retour sur le refus de la loi CO2

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    stationservice.jpgUne étape, rien qu'une étape

    La nouvelle loi CO2 a été refusée au plan national par 51,6 % des suffrages, mais acceptée à 61,4 % à Genève. Hors des villes, dans la Suisse rurale et périurbaine, "la Suisse des pendulaires et des propriétaires de villas, la Suisse qui dépend le plus du pétrole", comme la résume Antonio Hodgers. ce n'est pas sur l'urgence climatique qu'on a voté, c'est contre les taxes. Et peu importe que leur produit devait être redistribué : on était contre les taxes, point barre. Payer son essence plus chère ? Nan ! Payer son billet d'avion plus cher ? Nan ! Prendre le train plutôt que l'avion pour aller s'abreuver sur les ramblas ? Nan ! On est écolo, si ça ne coûte rien. Céline Amaudruz peut donc saluer une "victoire de la classe moyenne". Et Simonetta Sommaruga annoncer que qu'elle s'engagera pour prolonger la loi CO2 actuelle. Pour la gauche et les Verts, c'est insuffisant, et il faut revenir avec de nouvelle mesures, en sortant des taxes et de la redistribution. Une initiative populaire pourrait être lancée pour la "décarbonisation de la place financière", et une autre sera soumise dans les mois à venir au vote populaire : l'"initiative des glaciers", plus radicale dans son contenu que la loi qui vient d'être refusée : elle propose en effet l'interdiction pure et simple de l'utilisation d'énergies fossiles d'ici trente ans, au plus tard.

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  • Troisième grève féministe et des femmes : A 15 heures 19, la colère...

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    grève féministe.jpgCe lundi 14 juin (ou 26 Prairial, jour du jasmin) est jour de grève. De Grève Féministe, 30 ans après la première Grève des Femmes, qu'un demi-million de Suissesses avaient suivie. Et le 14 juin 2019, elles furent à nouveau de centaines de milliers à manifester pour que soit tenue la promesse constitutionnelle et légale de l'égalité. Aujourd'hui est jour de grève "contre le système capitaliste et patriarcal", contre la retraite à 65 ans, contre la violence faite aux femmes, pour la reconnaissance du travail domestique et de soins, pour la solidarité avec les luttes des paysannes, pour l'écoféminisme. Vastes enjeux, et autant d'urgences, mais d'urgences qui l'étaient déjà lors de la dernière Grève des Femmes, celle de 2019.  A commencer par celle de combattre le relèvement à 65 ans de l'âge de la retraite des femmes, adopté il y a quelques jours par les Chambres fédérales.

    Des rassemblements, des manifestations se tiendront dans toute la Suisse. A 15 heures 19, heure à laquelle les femmes cessent d'être payées pour leur travail et, du fait de l'inégalité salariale, commencent à travailler pour rien, les cris de colère ont marqué le refus d'accepter que perdurent les inégalités, les discriminations, les violences.  A Genève, les rassemblements et les rendez-vous sont multiples (vous en trouverez le détail sur www.grevefeministe-ge.ch), la journée se concluant par un rassemblement à 17 places des Nations, qui se transformera en manifestation (départ 18 heures, après une minute de silence en mémoire des victimes de violences sexistes) vers les Bastions. Poutine et Biden n'étant pas encore arrivés, la ville sera aux femmes. Et ça tombe bien : comme on ne cesse de le rappeler chaque fois qu'on nous parle du "Grand Genève", Genève est un nom propre féminin... Aujourd'hui, la Grande Grève fera la Grande Genève. Et la Cité des musiques féministes.

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  • Loi sur les mesures policières "antiterroristes" : Se tromper de cible, ou la cacher ?

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    vignette mesures policières.jpgIl ne reste plus que trois jours et demi pour dire "non" à la loi fédérale sur les mesures policières de lutte contre le terrorisme.  Le Conseil fédéral le promet : ni les militants d'extrême-gauche, ni les rebelles climatiques ne sont menacés. Mais rien dans la loi, et dans la définition du "terrorisme"qu'elle donne, n'offre la moindre garantie que cette promesse soit tenue, puisque la plupart des mesures rendues possibles par la loi pourraient s'appliquer sans contrôle judiciaire, la police fédérale pouvant en décider seule. La Suisse avait déjà durci ses lois après les attentats djihadistes de Paris, ces durcissements suffisent. Leur efficacité ailleurs, là où des mesures semblables ont été prises, est même contestable: la France s'est dotée il y a cinq ans d'un dispositif policier du même type que celui que le gouvernement suisse propose, et ce dispositif n'a pas empêché les attentats suivant à Paris et à Nice... En Suisse, aujourd'hui, envisager, et à plus forte raison préparer un attentat est déjà criminel, passible d'arrestation, de condamnation, d'emprisonnement. En Suisse, aujourd'hui,on peut déjà être surveillé, filé, écouté, filmé, interpellé, interrogé, mis en garde-à-vue si on est suspecté de radicalisme violent. En suisse, demain, aucun "radicalisé" ne sera impressionné par des mesures du genre de celles sur quoi on se prononcera dimanche, sinon ceux dont le "radicalisme" n'est qu'une posture velléitaire. La loi soumise au vote n'est finalement dangereuse que pour celles et ceux dont le gouvernement assure qu'elle ne les vise pas... Mais est-ce elle qui se trompe de cible, ou lui qui cache sa cible réelle ?

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    Lien permanent Catégories : Justice, Suisse, terrorisme, votations 5 commentaires
  • Echec annoncé des initiatives antipesticides : Une occasion manquée ?

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    pesticidesLes sondages ont perdu de leur optimisme (et nous ont fait perdre du nôtre) sur les chances qu'ils donnaient naguère aux initiative antipesticides d'obtenir une majorité absolue des suffrages, dimanche prochain : ils annoncent désormais leur défaite, nette mais sans être écrasante. Ce serait alors une occasion manquée, de réformer une politique agricole qui ne sert plus guère qu'aux plus grosses exploitations. Ce qui est en cause dans le dénonciation de l'usage des pesticides dans l'agriculture, c'est bien cette politique basée sur la compétitivité économique et aboutissant à ce que le prix des productions agricoles suisses soit finalement fixé par la Migros et la Coop -la vente directe à la ferme ne pouvant être une alternative à la puissance de ce duopole. Résultat : deux fermes disparaissent en Suisse tous les jours et, comme le dit l'agriculteur jurassien bernois Paul Sautebin, "consomme dix calories pour en produire une", remplace les agricultrices et les agriculteurs "par une technobureaucratie parasitaire hors-sol (...) affaiblit l'immunité, la fertilité et la résistance des sols, qu'elle croit compenser par des artifices chimiques et mécaniques. Les coûts collatéraux en deviennent exorbitants  en termes de pollution, de santé publique, de perte de la biodiversité, de transport, de réchauffement climatique, de chômage, de bio-invasion, d'exode rural (...)". En réalité, l'agriculture sous pesticide détruit ses propres conditions de production, et l'émanciper des pesticides serait lui permettre de se réinventer, pour durer. D'ailleurs, sur les 51'000 exploitations agricoles suisses représentées par l'Union Suisse des Paysans, 8000 seraient favorables à l'une, l'autre ou les deux initiatives antipesticides. Il reste jusqu'à dimanche pour faire mentir les sondages...

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    Lien permanent Catégories : Agriculture, alimentation, Suisse, votations 2 commentaires
  • Incertaine majorité pour la loi CO2

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    vignetteCO2.jpgFaire gagner les pétroliers ?

    On vous le rappellera ad nauseam : dimanche, on aura voté dans toute la Suisse sur une loi CO2 adoptée par le parlement, et combattue par le lobby pétrolier, les importateurs de voitures, l'Automobile Club (mais pas par le TCS, qui la soutient), les transporteurs routiers (leur association faîtière, l'ASTAG), l'UDC, une partie du patronat (le Centre patronal vaudois, notamment), la Chambre genevoise immobilière, l'Association Suisse des propriétaires fonciers,  (mais pas l'association des banquiers, qui a soutient) et des sections cantonales des Jeunes PLR. Que du beau monde. Selon les sondages,  la loi CO2 ne serait acceptée que par une majorité trop faible pour être tenue pour certaine. L'opposition, en effet, est forte hors des grandes villes où la loi est plébiscitée. Les hommes s'y opposeraient, les femmes la soutiendraient. Et si la loi devait finalement être acceptée, ce serait grâce au vote de l'électorat de gauche et des Verts libéraux, alors que le Centre est divisé et que la droite est majoritairement (au PLR) voire massivement (à l'UDC) opposée à la loi, dont le véritable adversaire, est le lobby pétrolier, qui tient à ce que la Suisse continue à dépenser des milliards chaque année pour le pétrole et le gaz, et serait le grand perdant d'une transition énergétique -qui, elle, serait la grande perdante d'un refus de la loi. 

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    Lien permanent Catégories : climat, Environnement, climat, Suisse, votations 1 commentaire
  • Fin des négociations avec l'UE pour un accord-cadre

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    Suisse-Europe.jpgHelvexit ?

    Selon un sondage Gfs de mai, 64 % des Suisses.ses étaient plus ou moins favorables à la conclusion d'un accord-cadre avec l'Union Européenne, mais une majorité à peine moins importante (58 %) étaient plus ou moins  favorables à des accords bilatéraux de libre-échange -les deux hypothèses étant contradictoires. Et à la fin du mois, le Conseil fédéral, sans consulter ni le Parlement ni (et encore moins) le peuple, décidait de mettre un terme aux négociations avec l'Union Européenne sur un accord-cadre, qui n'avait plus guère de défenseurs qu'une partie du PLR, une partie du PDC, les Verts libéraux, Economie Suisse et (peut-être) le Conseiller fédéral Ignazio Cassis. Le Conseil fédéral le savait: son projet d' accord n'aurait eu aucune chance en votation populaire, face à une coalition des "non" de droite, autour de l'UDC, et des "non" de gauche, autour de l'USS. Il ne restait dès lors plus que deux solutions : proposer une autre version d'un accord-cadre, ce dont le ministre en charge du dossier, Ignazio Cassis, semblait totalement incapable, ou renoncer à un accord-cadre et se replier sur des accords bilatéraux (il y en a déjà 120, et tous devraient être renégociés). Côté patronal, Economie Suisse voulait un accord-cadre, n'importe quel accord-cadre qui garantirait l'accès des exportateurs suisses au marché de l'Union Européenne (principal partenaire commercial de la Suisse, avec 55 % de ses exportations). Un accord de libre-échange satisferait donc au moins cette organisation patronale (celle du grand patronat), et une partie non négligeable de la droite, s'appuyant sur l'exemple du Brexit et de l'accord de sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne. Qui est d'ailleurs un accord-cadre. Ressemblant comme un demi-frère au vieil accord, aujourd'hui désuet, conclu entre la Suisse et l'UE en 1992...

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    Lien permanent Catégories : Europe, Suisse 1 commentaire
  • Retraites : une initiative aboutit, des menaces pèsent

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    Capture d’écran 2021-05-27 024152.jpgUn 13e mois d'AVS à gagner dans les urnes

    L'initiative pour une 13e rente AVS, lancée par l'Union Syndicale Suisse le 5 mars, a abouti, quatre mois avant le terme du délai de récolte de signatures, et malgré les restrictions sanitaires à cette récolte. On votera donc, et on espère bien, comme le président de l'USS, Pierre-Yves Maillard, pouvoir voter «au plus tard» dans les deux ans. L'initiative demande de verser une treizième rente AVS, s'ajoutant aux douze rentes mensuelles. Le coût de l'opération serait de l'ordre de deux milliards de francs par an, financés principalement par la TVA et les réserves de la Banque Nationale. Dans un  pays où les rentes cumulées de l'AVS et du 2e Pilier ne dépassent pas, en moyenne, 3500 francs par mois, ça n'est pas trop demander... mais le vote populaire sera difficile à gagner : toutes les propositions de la gauche allant dans le sens de l'initiative syndicale d'aujourd'hui ont été refusées par le peuple ces dernières années. Toutefois, la situation a changé, et pas pour le meilleur : les rentes du Deuxième Pilier ont baissé (une personne qui prendra sa retraite en 2025 touchera une rente LPP de 20 % inférieure à celle de quelqu'un qui l'a prise en 2020) et de lourdes menaces pèsent sur le système de retraites. Politiques, les menaces, pas démographiques.

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  • Loi fédérale sur les mesures policières de lutte contre...  contre quoi, au juste ?

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    vignette mesures policières.jpgLe 13 juin, les Helvètes* se prononceront en votation populaire sur une loi fédérale sur les mesures policières de lutte contre le "terrorisme". La Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter martèle que "sans sécurité, aucune liberté ne vaut d'être garantie" ? A leur manière, les jeunes socialistes, Verts, Verts libéraux et même parfois PLR répondent que sans liberté, aucune sécurité ne vaut d'être garantie. Et que les nouveaux moyens qu'accorde la loi à la police fédérale "passent outre l'équilibre" entre liberté et sécurité qu'une "démocratie libre" doit rechercher, estime le vice-président des jeunes PLR, Nicolas Jutzet. De l'avis des jeunesses des trois partis, la loi laisse trop de marge et d'arbitraire à une action des autorités, au nom d'une lutte contre un "terrorisme" que la loi ne définit pas clairement. On est dans une sorte de version helvétique, et donc adoucie, des dispositifs "antiterroristes" adoptés ailleurs (les "Patriot Act" américains, la loi britannique sur la surveillance électronique, la loi française sur la "sécurité globale") avec le même doute qui plane sur la définition du "terrorisme" que l'on prétend vouloir combattre. .  N'entend-on pas donner au Conseil fédéral , voire à la police fédérale, la possibilité de conclure des accords de collaboration policière avec des Etats étrangers, permettant l'échange de renseignements, voire l'autorisation à des policiers étrangers d'opérer en Suisse, sans que le parlement ait à les ratifier... 

    * Cette dénomination parfaitement anachronique étant choisie pour éviter l'assonance vipérine des "s" de la formulation épicène "les Suisses et les Suissesses"

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  • Rapport d'Amnesty International sur les centre fédéraux d'asile suisses : "Que les requérants d'asile soient traités comme des êtres humains" :

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    Capture d’écran 2021-05-21 012929.jpgSous-traitance de la maltraitance

    "Que les requérants d'asile soient traités comme des êtres humains" : Amnesty International ne demande pas la lune en conclusion de son rapport sur les violations des droits humains dans les centres pour réfugié.e.s en Suisse. Le rapport est accablant : il dénonce des pratiques dont les pires "pourraient être assimilés à de la torture" : des coups, des contraintes physiques provoquant l'étouffement (et dans un cas, une crise d'épilepsie), l'utilisation de spray au poivre, l'enfermement dans un container (un requérant y a été victime d'une crise d'hypothermie, et a dû être hospitalisé)... Les requérants victimes de ces pratiques (dont des mineurs non accompagnés)  renoncent le plus souvent à les dénoncer (encore faudrait-il qu'ils sachent à qui les dénoncer...), de peur de faire l'objet d'une décision de renvoi. Le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) avait déjà été contraint, par de précédentes révélations sur les pratiques dénoncées par Amnesty, de suspendre quatorze  agents de sécurité sévissant  dans les centres de rétention de requérants d'asile, dont huit dans le centre neuchâtelois de Boudry. Ces agents avaient eux-mêmes rédigé les "rapports d'incidents" sur les faits (chaque année, plus d'un millier d'incidents sont enregistrés dans les quatorze centres fédéraux de rétention de requérants d'asile, où sont affectés 350 agents de sécurité), et alourdi ceux reprochés aux requérants pour justifier les violences exercées contre eux, et être couverts par leur hiérarchie. Le SEM a ouvert des procédures pénales, chargé l'ancien juge fédéral Niklaus Oberholzer d'enquêter sur des cas d'usage excessif de la force, veut revoir le recrutement et la formation du personnel de sécurité et créer un bureau externe chargé de recueillir les plaintes des requérants. C'est un petit pas dans la bonne direction -mais un pas insuffisant. Il conviendrait d'en faire un autre : renoncer à sous-traiter à des privés la gestion des centre fédéraux de rétention des requérants d'asile -des centres qu'il faudrait d'ailleurs fermer purement et simplement. Et, comme le demande Amnesty, "prendre des mesures pour prévenir les mauvais traitements, éliminer le racisme et protéger les droits des personnes" dans ces centres. Le Secrétariat d'Etat aux migrations répond que "les éventuelles défaillances sont continuellement corrigées" (il vaudrait toutefois mieux les prévenir qu'attendre qu'elles se produisent pour les "corriger"), mais refuse d'être placé sur le même plan que la Biélorussie ou la Libye et nie que "des douleurs ou des souffrances seraient délibérément infligées aux requérants d'asile afin de leur extorquer des informations ou de les punir", ce qui serait effectivement de la torture. Mais ce faisant, et ce niant, il ne répond pas vraiment aux dénonciations de maltraitances... comme s'il admettait qu'il était inévitable qu'elles puissent se produire... et sans doute d'autant plus inévitable que la gestion de ces centres est sous-traitées à des entreprises privées.

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  • Grève pour l'avenir, vendredi 21 mai

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    Bandeau Grève pour l'avenir.jpg

    Deux urgences, une grève, un manifeste

    Vendredi sera jour d'une "grève pour l'avenir". Certes, on ne fait jamais grève que pour l'avenir -et un avenir meilleur, mais cette grève-là, à laquelle militants de l'urgence climatique et syndicats appellent ensemble, est surtout une grève pour relever les deux urgences qui nous requièrent : l'environnementale et la sociale. En faisant "converger les luttes" et les mobilisations pour l'une et l'autre. Dans toute la Suisse, dans la rue et sur les lieux de travail, des actions, des rassemblements, des manifestations exprimeront la nécessité d'une justice indissociablement climatique et sociale. Le premier rendez-vous est fixé pour tout le monde, partout, vendredi 21 mai à 11 heures 59 : sortez dans la rue, sonnez l'alarme en faisant du bruit. Rendez-vous suivants :
    A Genève, rassemblement à 16 heures et manifestation à 17 heures, plaine de Plainpalais
    A Lausanne, manifestation 17 heures 30, place de la Riponne
    A Neuchâtel, manifestation à 18 heures place Rouge
    Programme national et Manifeste de la Grève pour l'avenir :: www.grevepourlavenir.ch

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  • Initiatives antipesticides :  Fragile majorité

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    pesticides2.jpgSelon les premiers sondages, les deux initiatives antipesticides soumise au vote populaire le 13 juin recueilleraient une majorité de soutiens, mais une majorité trop faible pour que nous puissions nous convaincre de leur victoire finale (d'autant qu'une majorité populaire nationale ne leur suffit pas, et qu'il leur faut aussi une majorité populaire dans une majorité de cantons). Les deux initiatives anti-pesticides sont soumises au peuple sans contre-projet, ce qui rend le choix plus sommaire, et nous convainc de les soutenir toutes deux, quelque critique que nous ayons à formuler à l'une ou l'autre. Le soutien quasi équivalent aux deux initiatives suggère d'ailleurs qu'aucune différenciation n'est faite entre elles, alors que certains soutiens de la deuxième s'opposent à la première. Les initiatives sont massivement soutenues dans les villes mais repoussées dans les campagnes, et divisent le monde paysan, parce qu'elles portent une critique radicale de la politique agricole menée en Suisse, et des pratiques agricoles dominantes.

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  • Nouvelle loi fédérale sur le CO2 : Un OUI de raison critique, pas de passion aveugle.

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    pot d'échappement.jpgLe 13 juin prochain, la Suisse votera (ou non) la nouvelle Loi sur le CO2, attaquée en référendum par les lobbies du pétrole et de l'automobile, soutenus par l'UDC.  Fonte des glaciers, sécheresse, glissements de terrains : le réchauffement climatique se vérifie très concrètement, très immédiatement, et ses effets, reconnaît le gouvernement, sont "dangereux et coûteux"  Le but de loi proposée est de réduire de moitié en dix ans les émissions de CO2 mesurées à leur niveau de 1990, et, à terme, de pouvoir se passer complètement en Suisse d'énergie fossile, forcément importée (la Suisse a dépensé 80 milliards de francs en dix ans pour acheter à l'étranger du gaz naturel et du pétrole), pour la remplacer par des énergies renouvelables, et le plus souvent possible indigènes. Pour atteindre ce double objectif (la réduction des émissions de CO2, la substitution énergétique), la loi conjugue taxes (sur les billets d'avion), incitations financières, investissements dans les nouvelles technologie et redistribution (une grande partie des nouvelles taxes incitatives sur le CO2 sera reversée à la population, particulièrement aux personnes et ménages à bas revenus). De quoi, le 13 juin, lui accorder un soutien. Critique, insatisfait, certes, mais un soutien sans plus de réticence que celles qui doivent toujours accompagner notre soutien à quelque projet que ce soit (même les nôtres). Un OUI de raison critique, pas de passion aveugle.

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    Lien permanent Catégories : Environnement, climat, Suisse, votations 2 commentaires
  • Loi fédérale sur les mesures policières "antiterroristes" : Retour de la police fouineuse ?

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    trou de serrure.jpgLe 13 juin, le peuple se prononcera (notamment) sur une loi de mesures policières "antiterroristes" adoptée par les Chambres fédérales en septembre de l'année dernière et contre laquelle un référendum a abouti, lancé par la Jeunesse socialiste, les Jeunes Verts et Verts libéraux, le Parti pirate et le "Computer Chaos Club". Une large coalition d'ONG a lancé fin mars sa campagne contre cette loi, qui donnerait à la police fédérale le pouvoir d'user de mesures de contraintes contre des personnes (même mineures) n'ayant commis aucun délit mais jugées potentiellement dangereuses. "Même une action de protestation légitime pourrait être poursuivie comme 'acte terroriste'", dénonce Amnesty International. Pour le comité  de campagne contre la loi, elle met en danger des droits fondamentaux et est porteuse d'un risque d'arbitraire policier, dès lors qu'elle laisse à la discrétion de la police fédérale des décisions qui devraient relever de la justice, et à la police la capacité de décider de ce qui est du terrorisme et décider de mesures de contrainte, sur la seule base d'indices, voire de soupçons, mais sans preuves, et sans même qu'aucun acte répréhensible ait été commis. Retour de la police fouineuse ?

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  • Deux fois OUI pour en finir avec les pesticides dans l'agriculture suisse

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    pesticides

    Changer d'air, d'eau, de terre...

    Le 13 juin, deux initiatives populaires "anti-pesticides" seront soumises au vote du peuple et des cantons  : la première propose l'interdiction dans les dix ans des pesticides de synthèse; la seconde, "Pour une eau potable propre et une alimentation saine"de ne plus accorder dans un délai de huit ans de paiements directs qu'aux exploitations agricoles n'usant pas de tels pesticides, ni, pour l'élevage, d'antibiotiques. Ces deux textes sont dans l'air (pur) du temps : en 2017, selon un sondage, les deux tiers des Suisses.ses se prononçaient pour un usage plus rare des pesticides dans l'agriculture, la moitié étaient favorables à ce que les subventions publiques à l'agriculture soient réservés à sa part biologique (10 % de la production indigène en 2019) et les trois quarts n'admettaient pas la présence de pesticides dans l'eau potable. Les organisations agricoles et la droite vont faire campagne, avec le Conseil fédéral contre ces initiatives, qui, selon elles et lui, vont "mettre en péril toute la production agricole non biologique". En face (c'est-à-dire de notre côté), on notamment trouve Uniterre, Bio suisse (regroupement des producteurs bios), l'Association des petits paysans, Pro Natura, Aqua Viva et les Médecins pour l'environnement, qui soutiennent généralement (comme nous, ici) les deux initiatives, certaines organisations ne soutenant que la première (celle qui interdit les pesticides).

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  • Initiative 99 % : le peuple se prononcera, sans contre-projet

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    initiative, 99 %, Un seul texte, un seul "oui".

    La Jeunesse Socialiste a lancé et fait aboutir une initiative populaire fédérale, dite "99 %", pour taxer à 150 % les revenus du capital au-delà d'une certaine limite, fixée par le parlement, et d'affecter les ressources supplémentaires obtenues par cette taxation (entre cinq et dix milliards de francs) à une réduction de l'imposition des petits et moyens revenus tirés du travail, à des "transferts en faveur de la propriété sociale" ou au financement de prestations sociales (des crèches, des subsides à l'assurance maladie, des prestations complémentaires augmentées à l'AVS-AI) ou de la formation. On ne sera pas exagérément surpris que le Conseil des Etats et le Conseil national aient rejeté l'initiative, sans lui opposer de contre-projet. Les choses ainsi, seront claire, et les partisans d'une imposition plus forte des "super-riches" ne se diviseront pas entre deux textes : il n'y en a plus qu'un... un seul texte, un seul vote :

    www.99pourcent.ch

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