Société - People

  • "La familia grande" et le mur du silence

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    libertepresse.jpgDe l'inceste et du pouvoir

    C'est une histoire sordide et exemplaire que raconte le livre de Camille Kouchner, "La familia grande". L'histoire de son frère, un adolescent de quatorze ans, dont un homme puissant, son beau-père, abusait. "Abusait" ? Un euphémisme pour "violait". Et c'est l'histoire d'un long silence de trente ans, d'une longue connivence, que le livre brise. Olivier Duhamel, l'abuseur, le violeur, était professeur à Science Po dont il a présidé la fondation, jusqu'à la parution du livre, membre de clubs influents, chroniqueur multicarte, omniprésent dans les "talks-shaws" télévisés.  Tous ceux qui savaient ont fait silence, pour se préserver, ou préserver "la famille". Et la plupart de ceux à qui la vérité a été révélée ne firent rien pour que ce silence soit brisé. D'autres ont pris leur distance avec le couple formé par la mère, Evelyne Pisier, et Olivier Duhamel, mais pas avec le milieu dont ils étaient tous : un milieu privilégié, le haut du panier de gauche.  Ils se croyaient libertaires, n'étaient que libertins. De ceux pour qui la liberté n'est que leur liberté. La liberté d'Olivier Duhamel d'abuser de son beau fils. Le droit d'inceste que s'accordent les incestueux est celui d'un pouvoir absolu -il ne manque ensuite que de tisser le silence autour de ce que ce pouvoir signifie : le pouvoir de faire ce qu'on veut des autres.

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  • "Mariage pour tous" en Suisse aussi

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    mariage, mariage pour tousLa loi suit la société

    Le Conseil des Etats a suivi le Conseil national (à une nuance près) dans la reconnaissance du droit des homosexuel.le.s à une union civile (un mariage, quoi...) et, pour les couples lesbiens, au don de sperme. Le Conseil des Etats a également décidé de ne pas inscrire le "mariage pour tous" dans la constitution (ce qui aurait rendu le référendum obligatoire) mais dans la loi (ce qui permet toutefois un référendum facultatif, qui a déjà été annoncé). Dans un sondage récent, 80 % des personnes interrogées en Suisse se disaient favorables au "mariage pour tous". C'est une double reconnaissance : de la réalité (les couples homosexuels existent) et de droits (ces couples ont droit de se marier et à constituer une famille au sens le plus courant du terme). La Suisse est l'un des derniers Etats européens à ne pas autoriser le mariage pour toutes et tous, elle est désormais prête à rattraper ce retard. Et comme elle l'a fait pour rattraper, tardivement, son retard sur l'élargissement des droits politiques aux femmes, c'est par un vote populaire qu'elle rattrapera celui sur l'élargissement des droits civils aux homosexuel.le.s.

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  • En attendant le jour d'après

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    consommation.jpg"Jusqu'ici, tout va bien"...

    Hier, 24 mars, on dénombrait en Suisse 8836 cas d'infections au COVID décelées (plus toutes celles qui n'ont pas été repérées) et 86 morts. Le 22 mars séropositifs les séropositifs étaient âgés de 0 à 101 ans, avec une médiane de 51 ans. Les adultes sont beaucoup plus touchés que les enfants et, dès 60 ans, les hommes plus touchés que les femmes. On peut désormais tester 7000 personnes par jour en Suisse, soit un taux de test de 5800  par million d'habitants : c'est moins que la Corée du Sud (6150) mais plus que l'Italie (3450). Et plus de deux milliards d'habitants de la planète sont actuellement soit confinés à leur domicile, soit vivement incités à s'y confiner eux-mêmes. Comme nous le désillusionne Stéphane Gobbo dans "Le Temps", on ne peut même pas se rassurer en se répétant en mantra que "jusqu'ici tout va bien", parce que forcément, le "jusqu'ici" suggère que ça va mal finir...

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  • A propos du "mouvement citoyen"

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    Bonnet phrygien.jpgInclure pour ne pas changer ?

    Depuis quelques années, la gauche politique emplit ses discours de la référence à la « citoyenneté », au « mouvement citoyen », aux « actions citoyennes ». Le qualificatif même mesure le mouvement : il ne s’agit pas de changer de société, mais d’inclure dans la société existante celles et ceux qu’elle a rejetés, comme si, admettant qu’il n’y ait plus de révolutionnaires, il fallait se contenter de revendiquer qu’il n’y ait plus que des citoyens. Le citoyen suppose la Cité, et le peuple l’Etat –ou la revendication de l’Etat. Le « mouvement citoyen » et le « mouvement populaire » ne sont donc pas des mouvements de contestation, mais des mouvements d’inclusion. Ils ne contestent pas l’ordre existant, et moins encore l’Etat qui en est le garant, mais l’affaiblissement de cet ordre et de son Etat. Brandissant le citoyen, le mouvement citoyen nie les classes. Brandissant le peuple, le mouvement populaire les dilue. Le « mouvement citoyen » est, par ses références autant que par celles et ceux qui pour l’essentiel le composent, un mouvement « petit bourgeois », issu des classes moyennes en déréliction, que cette déréliction panique et qui transforment en principes les moyens de défendre leurs acquis. Le mouvement « citoyen » est contre la mondialisation parce que la mondialisation menace les classes moyennes ; il n’est pas anticapitaliste, il rêve d’une sorte de restauration des capitalismes nationaux, de renaissance des bourgeoisies nationales, de résurgence des vieilles entreprises familiales.

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  • Le 9 février, on vote contre l'homophobie

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    logo stop homophobie.JPGLe refus de l'injure


    Le 9 février prochain, on votera en Suisse sur la protection des homosexuel-le-s et des bisexuel-le-s contre les discriminations, les injures et la haine. Une extension, votés par le parlement, à l'homophobie de la loi qui réprime le racisme, a en effet été combattue par un référendum lancé par un petit parti fondamentaliste protestant, soutenu par l'UDC. Les référendaires clamaient que la loi attenterait à la liberté d'expression. Foutaises : ce qui est en jeu dans le vote du 9 février prochain n'est ni la liberté d'opinion, ni la liberté d'expression, ni l'instauration d'une censure, seulement l'expression d'un refus par la société de l'injure et de la discrimination en fonction des préférences sexuelles, comme elle prétend le refuser en fonction des origines... A chacun-e ensuite de choisir de respecter ou non cette norme (comme toute autre norme), et d'assumer les conséquence de son choix.

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  • Ce dont Tariq est le nom...

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    Ramadan.jpgRamadan2.jpgL'"Affaire Tariq Ramadan" occupe depuis maintenant plusieurs semaines les media. Et elle est exemplaire, à la fois par les accusations portées et par la personnalité de l'accusé. Les faits sont triviaux, les actes sont minables, l'accusé est célèbre. S'il n'y avait que les faits et les actes, il n'y aurait pas d'"affaire".  Il y a deux Tariq dans le même Ramadan : il y a le gourou islamiste (serait-il d'une autre obédience religieuse que cela n'importerait guère), et il y a le dragueur pulsionnel. Il y a celui qui dit ce qu'il faut faire et penser, et celui qui pense avec ses génitoires. Ce qui se dévoile là, sous l'apparence de rapports de séduction, c'est un rapport de dépendance à l'égard du prédicateur, de l'enseignant, de la figure autoproclamée de l'"intellectuel musulman". Celui qui se dévoile sous Ramadan, c'est Tartuffe. Que ce Tartuffe là soit musulman quand celui de Molière était chrétien (ou que d'autres du même acabit professent quelque autre religion, ou philosophie, ou idéologie) ne change rien à sa tartufferie, sauf à confirmer qu'il n'est nul besoin d'être chrétien pour être jésuite : c'est d'abus de pouvoir qu'il s'agit. D'abus d'un pouvoir bien spécifique, car il se trouve que le prédicateur, l'intellectuel, le théologien en cause, a prétention à être une référence pour au moins une partie des musulmans -qui en font effectivement une référence- et leur représentant auprès d'instances sociales, culturelles, médiatiques, voire politiques, des sociétés non musulmanes. C'est cette prétention à jouer ce rôle que "l'affaire" devrait réduire à néant. Parce que cette prétention a un pré-requis, une exigence préalable : celle de la cohérence entre le dire et le faire, entre l'image que l'on veut donner et la réalité de ce que l'on est. Et si les actes aujourd'hui reprochés, même tardivement, à Tariq Ramadan se confirment, si les témoignages sur ces actes se vérifient, alors la contradiction entre ce que veut être Tariq Ramadan et ce qu'il est se révélera telle qu'elle tiendra de la forfaiture. Qui veut indiquer le bon chemin ne doit pas patauger dans la gadoue du fossé : cela vaut pour Tariq Ramadan comme cela valait pour Dominique Strauss-Kahn et comme cela vaut pour un Thierry Marchal-Beck, ancien président du mouvement de la Jeunesse Socialiste française.

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  • Déclinisme, décadentisme et catastrophisme au menu : Déprime time

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    Il y a comme cela, régulièrement, des bouquins dont on cause tellement dans tous les media possibles qu'on a l'impression de les avoir déjà lus alors même qu'on n'en a pas tourné la première page, et qu'on n'en a même pas envie. Ce buzz nous avait dissuadés de décoder le Da Vinci, d'aller au-delà de la première nuance de Grey, de célébrer un autre Dicker que Jacques ou de nous abîmer dans les règlements de compte adultérins de Valérie Valérie Trierweiler, il nous dissuade aujourd'hui de prendre, ou de perdre, pour lire Eric Zemmour la plus petite part du temps que nous consacrons à relire Dostoïevski. Pourtant, il faudrait peut-être que nous nous résignions à ce sacrifice, puisqu'on nous serine que le succès du pavé de Zemmour, « Le Suicide français », est « révélateur ». Reste à savoir de quoi... d'un temps de déprime politique, en tout cas, mais encore ?

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  • La nuit, les jeunes, les bars, les habitants...

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    Retieeeennnns, la nuiiiiit....

    Samedi dernier, plusieurs centaines de djeuns -500 selon la «Tribune de Genève», 800 selon d'autres sources (de jouvence), ont manifesté à Plainpalais contre la décision des autorités cantonales de refuser à 28 bistrots l'autorisation de fermer à deux heures plutôt qu'à minuit (décision révoquée d'ailleurs par ces mêmes autorités il y a quelques jours). Décision parfaitement incohérente, parce de deux choses l'une : ou on privilégie une logique de marché, et on laisse tous les lieux publics de consommation ouverts autant qu'ils le veulent, ou on privilégie une logique de besoin (tempérée du souci de limiter les nuisances pour les habitants des quartiers concernés), et on opère une sélection entre eux, mais avec des critères cohérents et intelligibles. Reste que la « question de la nuit » reste posée, et avec elle celle de sa marchandisation.

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  • Non aux droits des autres !

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    Ils étaient contre le divorce, l'union libre, le partenariat, ils sont maintenant contre le mariage...

    C'est une manie, une sorte de pulsion, quelque chose d'irrépressible, de pavlovien : manifester non pour ses droits mais contre les droits des autres. Des milliers de personnes ont manifesté samedi et dimanche en France contre le projet du gouvernement d'autoriser le mariage de personnes du même sexe. Des églises, des sectes, des «autorités religieuses» chrétiennes, juives et musulmanes ont appelé à ces manifestations. Les réactions religieuses avaient naguère manifesté contre le droit au divorce, contre le suffrage féminin, contre le droit à l'avortement, contre le partenariat. Elles manifestent aujourd'hui contre le droit des homosexuel-le-s au mariage. Que laissent-elles à celles et ceux à qui elles veulent imposer toutes les clôtures qu'elles trimballent ? le choix entre la chasteté, la branlette et le suicide ?

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  • Putain, soixante ans...

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    A dix ans, on se demande ce qu'on fout là, on n'a pas la réponse, mais on est là quand même. Et on se demande s'il est vraiment nécessaire de grandir, on se répond que non, mais on grandit quand même.
    A quinze ans, on se dit qu'on est sera vieux à trente, et à dix-huit ans on décide qu'on se tuera avant d'en avoir quarante.
    A vingt ans, on se dit qu'on a encore le temps de voir venir avant de se ranger ou de se tuer. Et à quarante ans, on ne s'est pas tué mais on se dit qu'on aurait peut-être du se ranger, faire carrière et famille...
    A cinquante ans, on se dit qu'un demi-siècle, c'est bien court.
    Et voilà, on a soixante ans.
    On a grandi, on a vieilli, on ne s'est pas tué, on ne s'est pas rangé, on n'a pas fait carrière, on n'a pas fait famille, on n'a pas de Rolex, pas de bagnole et pas de pouvoir. Et on gage qu'on ne fera ni n'aura jamais rien de tout cela, même si la statistique nous donne encore un bon quart de siècle d'espérance de vie.
    Mais où sont-elles passées, ces soixante années ? Qu'en a-t-on fait ? Où diable les avons-nous perdues, gaspillées, consumées ? Elles sont passées si vite... et pourtant, pendant ce temps pour nous si court, on a changé de monde...

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  • 1er Mai : Fêter les travailleurs, pas le travail...

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    1er Mai : Fêter les travailleurs, pas le travail...

    Ce 13 Floréal (samedi 1er mai dans le calendrier vulgaire), nous serons dans la rue, défilant avec quelques milliers d'autres, à l'occasion de cette fête dont Eric Hobsbawm rappelait fort justement qu'elle était, de toutes celles, internationales et nationales, la seule qui ait décidée « d'en bas », à l'initiative de la plèbe, et non de l'Eglise ou de l'Etat. Mais que diable fête-t-on le 1er mai ? Le travail, ou les travailleurs ? Ce jour fut proclamé par l'Internationale ouvrière comme le jour des travailleurs, la fête des travailleurs, non comme le jour et la fête du travail. Il y a là plus qu'une nuance : on ne célèbre pas ce à quoi on est condamné, on célèbre ce qu'on est. Que la fête des travailleurs ait été transformée en fête du travail par les Etats, et d'abord par les Etats fasciste, ne relève pas du hasard, mais de la nécessité politique : celle de la mise au pas des travailleurs. A contrario, le refus du salariat, le refus du travail organisé et déterminé par d'autres que ceux qui le font, le refus, par conséquent, de la chefferie, sont fondateurs de tout projet socialiste -que les socialistes l'admettent et s'en souviennent ou non. La lutte contre l'ordre du monde commence par la lutte contre le travail produisant cet ordre et que cet ordre en retour organise.

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  • Toxicomanies : La Suisse se (re)fait une ligne

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    Le 30 novembre prochain, deux des objets à l'ordre du jour de la votation fédérale concernent, et proposent de (re)définir, la ligne politique de la Suisse face aux toxicomanies -en l'occurrence, celles qui correspondent à l'usage de substances dont le commerce est illégal. Ni l'initiative populaire pour la décriminalisation de l'usage, de la production et de la commercialisation du cannabis, ni la révision de la loi fédérale sur les stupéfiante ne remettent en cause une politique dite des " quatre piliers " (prévention, réduction des risques, thérapie et répression), impliquant la distribution médicale d'héroïne, qui a permis de réduire la criminalité liée à la toxicomanie, le nombre de morts par overdose, sida ou hépatite C, d'accroître le nombre de toxicomanes suivant un traitement et de rétablir le lien social avec eux.

    Prohiber la prohibition

    La révision de la loi fédérale sur les stupéfiants n'est combattue que par la droite la plus extrême, et la plus bornée. Qui combat évidemment aussi, et à plus forte déraison, l'initiative pour une politique " raisonnable " à l'égard du cannabis, et s'en tient à la prohibition des drogues -et encore, pas de toutes : les mêmes forces politiques et sociales qui ne veulent pas entendre parler de distribution contrôlée de l'héroïne et de dépénalisation du cannabis défendent mordicus la distribution incontrôlée d'alcool et ne voient aucune objection à ce que l'industrie pharmaceutique encaisse les produits faramineux du libre (ou presque) commerce de médicament psychotropes. Ces forces combattent une politique qui a sauvé, et sauve encore des vies, qui a réintégré, et réintègre encore, des toxicomanes dans des réseaux sociaux normaux. Cette politiques, elles la combattent par dogmatisme purificateur : il faut " éradiquer la toxicomanie ". Et peu importe que partout où cette éradication a été tentée, elle a renforcé les réseaux de trafiquants, encouragé le deal criminel et enrichi les mafias. Dans les années vingt, la prohibition de l'alcool n'a désintoxiqué aucun alcoolique, en a tué des milliers en les abreuvant de saloperies frelatées, et a enrichi Al Capone.