France

  • Coalition de (presque) toute la gauche française : Cinq ans trop tard ?

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    bus-ps.jpgLe Conseil national du PS a donc approuvé hier soir à une large majorité l'accord de la gauche française (la "Nouvelle union populaire" autour de la "France insoumise")  pour les élections législatives de juin. Qu'une apparence d'unité de la gauche (Insoumis, PC, PS, Verts) se fasse, mais cinq ans trop tard, et qu'elle se fasse autour de Mélenchon tient de l'ironie de l'histoire. Il aura fallu une lourde défaite de la gauche, toute la gauche, pour que sa part la moins défaite puisse imposer à ses parts les plus défaites une unité qui tient, pour elles (le PS, le PC, les Verts) du sauvetage des meubles. Le barrissement des éléphants socialistes ne doit pas faire illusion : ce n'est pas le Parti socialiste qui va disparaître, mais ce qu'ils en ont fait. Après tout, les pères du macronisme, ce sont bien eux. A commencer par François Hollande.  La recomposition de la gauche française se fera sur fond de défaite électorale –mais s’est-elle jamais faite en d’autres circonstances ? Mitterrand ne recompose le PS (et la gauche) à sa main que sur les ruines de la vieille SFIO… C’est la baffe qui réanime, ou qui ressuscite, même (ou surtout ?) quand on a fait à peu près tout ce qu’on pouvait faire pour se la prendre.

    C'est toujours le plus fort qui coalise les plus faibles autour de lui. L'union de la gauche qui amène Mitterrand au pouvoir, la gauche plurielle qui y amène Jospin, se font autour du PS. L'union de la gauche française aujourd'hui se fait autour de la France Insoumise ? C'est logique. Et ça ne tue pas les forces qui se coalisent autour de Mélenchon. Le ralliement, contraint et forcé par sa déroute électorale du PS à une coalition dominée par la France Insoumise, pourrait, aussi paradoxal que cela paraisse, lui permettre de survivre. Parce que localement, régionalement, il est bien plus solide que nationalement.

    Et puis, qu'on cesse de nous faire prendre des vessies réformistes pour des lanternes révolutionnaires : Mélenchon, ancien sénateur socialiste, ancien ministre socialiste,  ce n'est pas l'extrême-gauche. Il est moins radical aujourd'hui que Mitterrand il y a quarante ans. Et le programme de la France Insoumise est plus prudent que celui du PS sorti du Congrès d'Epinay, à l'ambition rimbaldienne : "Changer la vie", pas moins.

    Pour le reste, on peut reprendre sans (presque) rien en changer ce que nous publiâmes il y a quatre ans ("Le socialisme, ou comment ne pas s'en débarrasser", L'Aire, 2018)...

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  • Deuxième tour de la présidentielle française : Ouf ! Et après ?

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    merde.jpgEmmanuel Macron est le troisième président français de la Ve République à être réélu au suffrage universel (après Mitterrand et Chirac), premier à l'être sans sortir d'une cohabitation avec un concurrent. Il a été réélu avec dix-sept point s d'avance sur sa concurrente. C'est considérable, mais une grande partie (près de la moitié selon les sondages) de celles et ceux qui ont voté pour lui l'ont fait comme on choisit de deux maux, le moindre. Celui dont on peut guérir. Il fait un excellent résultat, mais pas un triomphe. Président sortant après une présidence marquée par trois crises (sans compter même la crise climatique), celle des "gilets jaunes", celle de la pandémie covidienne, celle de la guerre en Ukraine, il fait le meilleur résultat obtenu à une présidentielle, après ceux de Chirac en 2002 et de lui-même en 2017, il fait mieux que Mitterrand en 1988, aussi bien que Pompidou en 1969, mais il fait moins que lui-même il y a cinq ans.  On a sans doute, comme Macron lui-même l'a reconnu, moins voté pour lui que contre Le Pen -le "front républicain" n'est donc pas tout à fait mort, s'il n'est pas au mieux de sa forme : Aux Antilles, qui avaient placé Mélenchon en tête du premier tour, on a voté Le Pen au deuxième (il va nous falloir relire le "peau noire et masques blancs" de Fanon...), et globalement l'abstention (un silence qui est un refus de choisir, comme le résume Macron lui-même) est la plus forte enregistrée à un second tour de la présidentielle depuis 1969 (les raisons de cette abstention, à 53 ans de distance, sont d'ailleurs les mêmes : l'abstention d'une partie importante de l'électorat de gauche -à l'appel, en 1969, du PCF, dont le candidat, Jacques Duclos, avait renvoyé dos à dos les candidats Pompidou et Poher ("bonnet blanc et blanc bonnet"). L'abstention hier a pourtant été moins forte que dans la plupart des élections comparables ailleurs qu'en France -on ne parle même pas de la Suisse, où elle est généralement majoritaire (comme hier aux Antilles)... Et hier soir, sitôt le résultat du deuxième tour de la présidentielle connu, on est entré dans le troisième tour :  les législatives. Après le "ouf !" saluant la défaite de Le Pen, le "Et après ?" interrogeant la victoire de Macron...

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  • Deuxième tour de la présidentielle française : Un pari pascalien

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    Blaise Pascal.jpgQu'est-ce que le débat Macron-Le Pen a changé au prononcement probable des Françaises et des Français dimanche ? Sans doute pas grand-chose, sinon rien. On avoue d'ailleurs ne pas l'avoir suivi, préférant voir et entendre l'entretien avec Edgar Morin, 100 ans aux fraises, programmé au même moment sur la 5, mais comme on a été bassinés à jet continu d'extraits du débat dès sa fin et jusqu'au moment où on écrit par d'extraits de ce débat, on a l'impression de l'avoir subi en entier. De toute façon, le politologue Jean Garrigues juge limité l'impact de ce genre de confrontations ultra-codifiées, de la distance entre les protagonistes jusqu'à la température de la clim' : "c'est toujours celui qui est en position de favori qui remporte le débat"... Il paraît que tel a été le cas mercredi soir -c'est en tout cas ce qu'assurent les sondages, qui donnent Macron vainqueur du duel télévisé et en progression, à 55,5 %, dans les intentions de vote. Et alors ? Alors, rien. Sinon la version électorale d'un pari théologique, celui de Pascal. Vous ne voyez pas le rapport ? vous avez tort -Pascal, comme Montaigne, comme Debord, c'est bon pour tout, même pour l'improbable.

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  • Macron et Le Pen à la chasse aux électeurs de Mélenchon

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    Macron-Mélenchon.jpgA gauche toute !

    "La France est face au scénario du pire", éditorialisait lundi "Le Courrier" : Marine Le Pen "est en mesure de l'emporter le 24 avril prochain", au second tour de la présidentielle, en s'appuyant sur le socle des 32,3 % de suffrages xénophobes totalisés (entre Le Pen, Zemmour et Ducon Gnangnan) au premier tour. "Nous sommes face à un choix de civilisation", a prêché Le Pen après sa sélection comme challenger du président sortant. Un choix de civilisation ? Peut-être, mais entre quelles civilisations ? En tout cas, un choix machiavélien entre le pire et le moindre mal. En attendant d'en connaître l'issue, on observe que les deux candidats se livrent à une chasse effrénée aux voix de gauche. Parce que si la gauche a perdu le premier tour et est absente du deuxième, ses électeurs, eux, ne se sont pas évaporés. Et que les deux adversaires du tour final en ont besoin. Ainsi, Macron a, dès le soir du premier tour, assuré qu'il était "prêt à inventer quelque chose de nouveau pour rassembler" autour de lui. Prêt à "enrichir" son projet sur l'écologie. A reculer sur sa réforme du système de retraite. A créer un "impôt de guerre" sur les grandes entreprises pour redistribuer du pouvoir d'achat. A constituer, une fois élu et à défaut d'avoir pu reconstituer un front républicain pour assurer son élection, un gouvernement d'union républicaine. Encore un peu et il proposera un programme commun aux socialistes, aux communistes et aux écologistes. Et un programme de transition aux trotskystes.

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  • La gauche française après une défaite électorale

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    Titanic.jpgAu tréfonds à gauche

    A considérer les résultats du premier tour de la présidentielle, la gauche française n'a jamais été aussi faible : ses six candidats totalisent moins de 32 % des suffrages. Pris dans le "casse noix" Macron-Mélenchon, les candidats des Verts, du PS et du PC dépassent à peine, ensemble 8,5 % des suffrages et la candidate socialiste dépasse à peine l'addition des deux candidats trotskystes. Cette déroute de la gauche, que ne compense pas le succès de sa seule composante (la France Insoumise) qui à défaut de pouvoir crier victoire n'ait pas à pleurer une défaite, était annoncée, et ses causes remontent loin, à quarante ans: à la perte  de son assise de classe dès le "tournant de la rigueur" lors du premier mandat de Mitterrand. La gauche française a pu encore gagner des élections, souvent en profitant des erreurs de la "droite la plus bête du monde" (prétention par ailleurs injustifiée), mais n'est plus apparue comme une véritable force de changement social. Quand elle gagnait ou ne perdait pas, c'est qu'on n'avait voté pour elle que parce que la droite était pire. Un peu comme dans dix jours on votera Macron parce qu'en face il y a Le Pen. 

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  • "Une vie ici, une voix ici ":  Renforcer la démocratie

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    carte d'habitant.jpgVoilà 50 ans, les femmes conquéraient le droit de vote et d'éligibilité en Suisse, qui figurait dans le cahier de revendication de la Grève Générale. Le suffrage devenait ainsi un peu plus «universel» -tout en restant indigène. Pour le rapprocher encore de l'universalité, renforcer la démocratie, il reste à faire un pas de plus : accorder le suffrage aux habitantes et aux habitants, quelle que soit la couleur de leur passeport.  Aujourd’hui encore, près de 1,5 millions de personnes vivant en Suisse ne peuvent pas participer aux prises de décision – et cela uniquement parce que leur passeport est de la mauvaise couleur. Le Parti socialiste suisse demande l’introduction du droit de vote et d’éligibilité pour toute personne résidant depuis plus de cinq ans en Suisse : il est grand temps ! Pour soutenir cette revendication, le PS lance une pétition nationale. On la signe ici : https://droitdevotepourtoutesettous.ch  Et surtout, à Genève, une initiative populaire constitutionnelle est lancée pour accorder aux étrangers résidant à Genève depuis au moins huit ans les droits politiques au plan cantonal dont ils disposent déjà au plan municipal, en ajoutant à ces deux niveaux le droit d'éligibilité.
    On télécharge l'initiative ici : https://drive.google.com/file/d/1QMr-BJbNwtihV3S-C_LLk5jISbNZgHhl/view

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  • Présidentielle française : Bis repetita (non placent)

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    Capture d’écran 2022-04-11 011943.jpgEn France, la campagne électorale qui n'a pas eu lieu a accouché d'un résultat finalement d'autant plus étrange qu'il était annoncé : la surprise, c'est qu'il n'y a pas eu de surprise, sinon dans le détail des résultats. La guerre en Ukraine, la pandémie ont contraint la campagne, l'urgence climatique en a été absente.  Macron voulait un duel de second tour avec Le Pen, il a tout fait pour l'avoir, il l'a. Le Pen voulait se retrouver face à Macron, elle s'y retrouvera, malgré Zemmour, et il n'aura sans doute manqué qu'une semaine à Mélenchon pour la rattraper et se retrouver face à Macron en récupérant une par supplémentaire de l'électorat des autres candidats de gauche ayant refusé de se retirer -et se retrouvant donc responsables de l'échec du seul candidat qui aurait été capable d'éviter à la gauche de se retrouver à devoir voter Macron pour éviter Le Pen. C'est dommage : un débat entre Macron et Mélenchon, ça aurait eu une autre gueule que celle qu'aura probablement le débat entre Macron et Le Pen. 12 candidat.e.s se présentaient aux Français. Cinq disaient espérer se retrouver au deuxième tour, trois pouvaient réellement l'espérer, et hier soir, ils totalisaient ensemble près des trois quarts des suffrages, les deux partis de gouvernement qui se sont succédé à la tête de la France ne totalisant, ensemble, que moins de 7 % des suffrages... La campagne officielle débute le 15, la campagne réelle a commencé hier soir. Puis, ce sera, en juin, une sorte de troisième tour, les élections législatives, le président ou la président.e élu.e ayant besoin d'une majorité parlementaire.

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  • Présidentielle française : Bis repetita (non placent)

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    Capture d’écran 2022-04-11 011943.jpgEn France, la campagne électorale qui n'a pas eu lieu a accouché d'un résultat finalement d'autant plus étrange qu'il était annoncé : la surprise, c'est qu'il n'y a pas eu de surprise, sinon dans le détail des résultats. La guerre en Ukraine, la pandémie ont contraint la campagne, l'urgence climatique en a été absente.  Macron voulait un duel de second tour avec Le Pen, il a tout fait pour l'avoir, il l'a. Le Pen voulait se retrouver face à Macron, elle s'y retrouvera, malgré Zemmour, et il n'aura sans doute manqué qu'une semaine à Mélenchon pour la rattraper et se retrouver face à Macron en récupérant une par supplémentaire de l'électorat des autres candidats de gauche ayant refusé de se retirer -et se retrouvant donc responsables de l'échec du seul candidat qui aurait été capable d'éviter à la gauche de se retrouver à devoir voter Macron pour éviter Le Pen. C'est dommage : un débat entre Macron et Mélenchon, ça aurait eu une autre gueule que celle qu'aura probablement le débat entre Macron et Le Pen. 12 candidat.e.s se présentaient aux Français. Cinq disaient espérer se retrouver au deuxième tour, trois pouvaient réellement l'espérer, et hier soir, ils totalisaient ensemble près des trois quarts des suffrages, les deux partis de gouvernement qui se sont succédé à la tête de la France ne totalisant, ensemble, que moins de 7 % des suffrages... La campagne officielle débute le 15, la campagne réelle a commencé hier soir. Puis, ce sera, en juin, une sorte de troisième tour, les élections législatives, le président ou la président.e élu.e ayant besoin d'une majorité parlementaire.

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  • La Suisse et la guerre d’Algérie :  Le diplomate et le porteur de valise

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    Capture d’écran 2022-03-20 235346.JPG

    Il y a soixante ans, le 18 mars 1962, à Evian, était signé entre la France et le gouvernement provisoire de la République algérienne un accord qui, engageait le processus qui allait, rapidement, mettre fin à la guerre d'Algérie et faire accéder le 5 juillet la défunte colonie française à l'indépendance. Les commémorations de l'évènement ont été nombreuses, elles ont permis de refaire l'histoire de cette guerre, de ses causes, de la colonisation de l'Algérie. En creux, elles ont aussi permis de rappeler le rôle inhabituel que la Suisse, "neutre mais pas indifférente", a joué dans le dénouement d'un conflit que la France mettra plus de quarante ans à considérer pour ce qu'il était, une guerre, non de huit ans mais de 132 ans : ceux de la colonisation. Deux figures symbolisent cet engagement suisse pour la fin de la Guerre d'Algérie : celle du diplomate, celle du porteur de valise. Et dans l'ombre, celles de centaines, peut-être de milliers, de militantes et de militants de la gauche suisse, actifs dans l'accueil des déserteurs français et des militantes et militants algériens, dans la diffusion des textes du FLN, des témoignages sur la torture...

    (sur ce thème, voirr https://www.e-periodica.ch/cntmng?pid=cmo-001%3A1995%3A11%3A%3A82)

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  • Présidentielle française : 33 % d'intentions de vote pour l'extrême-droite

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    Capture d’écran 2022-02-16 022941.jpgTiers-Etat d'âme

    Candidat sans l'être officiellement mais tout en l'étant réellement, Macron survole les intentions de vote (si l'élection avait lieu au moment où se fait le sondage qui les évalue) à la présidentielle de dans quelques semaines. Le dernier sondage, paru hier, lui accorde 25,5 % d'intentions de vote, loin devant Martine Le Pen (17,5 %), Eric Zemmour (15 %), Valérie Pécresse (14,5 %) et Jean-Luc Mélenchon (11,5 %). Le seuil pour se retrouver au deuxième tour de cette élection cardinale du système français n'aura jamais été aussi bas. Quant à la gauche, ses candidates et candidats, Mélenchon mis à par, sont à la ramasse, en particulier la candidate socialiste, Anne Hidalgo,à propos de laquelle on se demande quand son propre parti admettra l'inutilité, et même la nocivité de la version électorale de l'acharnement thérapeutique, puisque qu'elle e traîne à 2 %, derrière Christiane Taubira (qui échoue dans sa tentative de se présenter comme une "solution unitaire") et le candidat du PC, Fabien Roussel, qui, à défaut de représenter une chance pour la gauche d'être au second tour de la présidentielle, a au moins réinstallé le PCF dans le paysage politique français. Ce serait d'ailleurs la première fois depuis 1969 qu'un candidat communiste obtienne plus de suffrage qu'un.e candidat socialiste... Roussel ne fera certainement pas aussi bien que Duclos, mais Hidalgo fera encore pire que Defferre. Quant à l'extrême-droite, ses deux candidatures confondues (on s'abstiendra même d'y ajouter celles, anecdotiques et pas certaines, faute de parrainages, d'être validées de Dupont-Aignan et de Phillipot), elle n'aura jamais été aussi forte avant un premier tour depuis la présidentielle de 1965, où elle était représentée pat Tixier-Vignancourt. : dans les sondages, elle en est à 33 % des intentions de vote. Sans doute ces intentions ne sont-elles pas des engagements, et les sondages ne sont-ils pas l'élection, mais tout de même, ce Tiers-Etat d'âme, s'il n'est pas tout, n'est pas rien, et arrive à être quelque chose...

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  • De quoi Zemmour est-il le nom ?

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    Zemmour.jpgSi consternante qu'elle puisse nous paraître de la province d'où nous y assistons, la campagne électorale de la présidentielle française n'est pas dénuée d'enseignements. On a pu dire, ici ou ailleurs, ce que nous suggérait l'état d'une gauche qui réussit l'exploit d'être à la fois à son étiage le plus bas et productrice du plus grand nombre historique de candidates et de candidats, et l'état d'une droite traditionnelle, démocratique, courant depuis des mois, sinon des années, aux basques de l'extrême-droite pour tenter d'en récupérer une partie de l'électorat. Là, c'est précisément de cette extrême-droite dont il est question, et plus précisément encore de son nouveau héraut : Eric Zemmour, dont le surgissement a eu deux effets : tirer la candidate de la droite traditionnelle, Valérie Pécresse, plus à droite, et "respectabiliser" (ou "dédiaboliser") Marine Le Pen. Zemmour marque le glissement à droite du paysage politique, y compris de celui de la droite elle-même, au point qu'il en arrive à rendre efficace la stratégie de "dédiabolisation" du FN, devenu RN, entamée par Marine Le Pen. Le glissement général à droite produit Zemmour, et du coup Zemmour "gauchit" Le Pen et Macron dans le moment même où il "droitise" Pécresse.

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  • Présidentielle française : Macron et Le Pen, saison 2

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    Capture d’écran 2022-01-12 025026.jpgLa gauche dans les choux

    Si l'élection présidentielle française avait eu lieu le 7 janvier, son premier tour aurait, selon la moyenne des sondages sur les intentions de vote,  sélectionné les mêmes protagonistes du deuxième tour qu'il y a cinq ans : Macron, dix points devant Le Pen (l'écart entre eux s'est creusé en cinq ans, grâce à Zemmour), la candidate de la droite traditionnelle, Pécresse, en embuscade, et Zemmour distancé en quatrième position. Et la gauche, alors elle est où ? Dans les choux. Pas dans ceux d'où naissent les enfants : dans ceux où grouillent les limaces. La candidate socialiste, qui se traîne en dessous des 5 % d'intentions de vote, a bien lancé un appel à des "primaires" à gauche pour désigner une candidature unique mais n'a reçu de réponses des principaux candidats de gauche (Mélenchon, Jadot, Roussel) que des refus d'entrée en matière et le résultat de la "primaire populaire" lancée par des militants excédés par l'égocentrisme des chefs de partis et de leurs candidats, est récusé avant même que d'être connu par ceux qui refusaient déjà la primaire proposée par Hidalgo. L'hypothèse d'une candidature de Christiane Taubira n'a suscité que des frémissements à la surface du marigot, Mélenchon ne se bat plus que pour faire jeu égal avec Zemmour, Jadot pour ne pas se laisser distancer de trop loin par Mélenchon, Roussel pour rappeler existence du PCF, les deux trosks pour faire leur tour de piste habituel et Montebourg pour trouver la porte de sortie. Résultat : Macron fixe l'agenda, les enjeux, le rythme et les thèmes de débat ou de polémique, et derrière lui, pour le deuxième tour, on risque bien de n'avoir de choix qu'entre la droite, la droite de la droite et l'extrême-droite...

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  • De quoi Zemmour est-il le nom ?

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    Droitisations

    doigt pointillé.jpgOn s'est trompé en comparant Zemmour à Doriot : il n'en a pas le format. Zemmour, c'est plutôt un Drumont qui aurait réécrit sa "France juive" en "France musulmane". Son discours paranoïaque, à grand renfort d'exorcisme du "grand remplacement", de dénonciation de l'"immigration de masse" et de l'"islamisation de la France", ses projets de Guantanamo à la française, d'abolition du droit du sol (une vieille conquête républicaine), de privation des immigrants non-européens de toute aide sociale, ont déteint sur la droite démocratique (il n'avait pas besoin de déteindre sur celui de Marine Le Pen), qui a désigné comme candidate une Valérie Pécresse, initialement estampillée libérale, et qui a été intronisée, contre encore plus à droite qu'elle, au terme d'une campagne interne qu'elle a placée sous le double signe de l'immigration et de l'insécurité". pour pouvoir récupérer une partie de l'électorat de Le Pen et de Zemmour. On connaît la tripartition de la  droite traditionnelle selon l'analyse qu'en fit René Rémond : une droite légitimiste, une droite orléaniste, une droite bonapartiste. Mais il n'y a pas de place dans cette tripartition pour l'extrême-droite. Or elle est là, et bien là, et depuis longtemps -depuis qu'il y a une gauche et une droite, et peut-être même avant, et on voit mal (même en tordant les références historiques) qui  pourrait aujourd'hui représenter chacune des trois droites de Rémond  : Macron pour la droite orléaniste, cela peut encore s'admettre, mais qui pour la droite légitimiste ? Pécresse ? Et pour la droite bonapartiste, Le Pen, Zemmour ? La seule figure bonapartiste qui puisse nous dire de quoi Zemmour est le nom est sans doute celle de la princesse Marie...

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  • Elections régionales en France : Retour de l'ancien monde et du vieux clivage

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    Capture d’écran 2021-06-21 202516.jpgAvec une abstention massive à l'aune française (68 %), mais qui ne nous ferait guère en Suisse que sourciller  (il est vrai que nous votons tous les trois mois...), le premier tour des élections régionales françaises a donné la victoire aux "vieux partis" (Républicains, PS) et aux Verts, et défait les deux partis dont le candidat (Macron) et la candidate (Le Pen) sont toujours donnés par les sondages pour s'affronter à nouveau au second tour des présidentielles (quoique le score d'un Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France puisse lui laisser espérer troubler le jeu, comme représentant de la droite républicaine, alors qu'il a quitté le parti supposé l'incarner). Ce n'était que le premier tour d'une élection à deux tours, mais son verdict est tout de même clarificateur : à la droite de la droite, le Rassemblement (ex-Front) National recule de près de dix points et n'arrive en tête, de justesse, que dans son bastion de Provence-Alpes,Côte d'Azur.  A droite, les Républicains reprennent des couleurs, comme, à gauche, les socialistes. Les Verts confirment leur ancrage dans le paysage politique, et les "Insoumis" de Mélenchon sont réduits au rôle de mouche du coche... Bref, l'ancien monde politique et le bon vieux clivage gauche-droite sont toujours bien là. Mais c'est surtout la force de l'abstention (la plus forte depuis l'instauration de la Ve République) qui a marqué. Le vote est un droit, pas un devoir, et l'abstention est donc, elle aussi, un droit, pas une désertion. Elle a sans doute des causes multiples : la coronapandémie, dont la France n'est pas encore sortie, si elle est sortie du confinement; l'impression (fausse) que des élections régionales sont des élections de second ordre et que seule compte, finalement, la présidentielle; la dépolitisation d'une partie sans doute majoritaire de la population, depuis la disparition des grandes figures politiques à la De Gaulle et Mitterrand et d'un parti de masse comme le PC; la conviction (pas dénuée de pertinence, dans un système aussi vertical que le système français) que "de toute façon, ils font ce qu'ils veulent... mais la multiplicité de ces causes, auxquelles il serait illusoire d'espérer répondre par le développement du vote par correspondance et par internet,  écrit bien le diagnostic d'un système institutionnel à bout de souffle, et du double échec de la prétention de Macron à le changer d'en haut et de la tentative de Le Pen de s'en dire en dehors tout en se "dédiabolisant" pour pouvoir y entrer... avec comme seul résultat (du moins pour l'instant) que celui de démobiliser son propre électorat et devoir le supplier de se rendre aux urnes lors du deuxième tour.

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    Lien permanent Catégories : élections, France 1 commentaire
  • Langue épicène, inclusive, féminisée...

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    langue inclusive.jpgAdoncques, causons !

    Nul ne nous ayant sollicité de donner notre avis sur ce débat fondamental, et nul n'attendant qu'on le donne pour savoir quoi penser de ce dont on débat, on s'empresse de le donner, cet avis. En prenant soin toutefois de tenter de le formuler en remontant aux sources de la langue française moderne, quelque part et quelque temps entre Rabelais et Montaigne, avant que la funeste Académie française n'y mette son grain de testostérone.

    Adoncques, causons ! Nous comprenne qui pourra ou voudra, et nous corrige qui s'y plaira.

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    Lien permanent Catégories : Culture, Femmes, France, Genève, langue 13 commentaires
  • A propos d'un 10 Mai d'il y a quarante ans

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    mots socialistes.jpgPost Lucem Tenebrae

    En France, le 10 mai est, comme le 18 Brumaire ou le 18 juin, une date dont on n'a pas besoin de donner l'année. Pour Jack Lang, reprenant (vraisemblablement sans le savoir) la devise de la parvulissime République, avec l'élection de François Mitterrand à la présidence de la Ve République, la France passait carrément des ténèbres à la lumière. C'était tout de même un peu trop dire de l'événement, mais c'était bien dire l'attente d'un changement. Et, en creux, dire à quel point cette attente manque à la gauche française pour qu'elle renaisse de ses cendres dispersées...  36 ans après la victoire de Mitterrand à la présidentielle, suivie d'une victoire du PS aux législatives, le candidat socialiste à la présidentielle de 2017 obtient, au premier tour, et péniblement... 6 % des suffrages. De Post Tenebras Lux à Post Lucem Tenebrae...

    Un droit d'inventaire du mitterandisme et du parti socialiste au pouvoir s'impose, en tenant compte des différences de contextes politiques : en 1981, le clivage gauche-droite structure sans contestation le paysage politique : on est de gauche ou de droite, si on n'est ni l'un, ni l'autre, on n'est rien. Aujourd'hui, pour être quelque chose politiquement, il faut commencer par se dire "ni de gauche, ni de droite", "au-dessus du clivage gauche-droite", ou "de gauche ET de droite". Et puis, enfin, il y a un comportement unitaire, à gauche, quand il n'y reste plus qu'un désir d'unité. Un désir impuissant, peut-être faute d'une force politique centrale (on dit bien "centrale", pas "centriste"...) autour de laquelle se fasse cette unité : ce fut, de 1974 à 1981, le PS. Et quarante ans après ? La gauche française pèse toujours, si elle se rassemble, assez pour être présente au deuxième tour d'une élection présidentielle. Si  elle ne rassemble pas, elle ne pèsera que le poids de son impuissance, et devra se contenter de choisir, à nouveau, entre Macron et Le Pen.

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    Lien permanent Catégories : France, Histoire, Politique, socialisme 2 commentaires
  • Un spectre hante les réseaux sociaux et les débats publics : l'islamogauchisme

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    congrès de Bakou.jpgUne chimère, mais qui a une histoire

    Or donc, l'islamo-gauchisme gangrènerait l'université française; c'est du moins l'avis de leur ministre de tutelle, que cette gangrène supposée alarme plus que leur réelle anémie matérielle  réelle. La ministre veut confier au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) une enquête sur la question, le CNRS renvoie la ministre dans les cordes et dénonce une tentative de "délégitimation de différents champs de la recherche, comme les études intersectionnelles ou les travaux sur le terme de 'race'", les présidents des universités françaises se contentant de qualifier l'"islamo-gauchisme" de "pseudo-notion" popularisée par l'extrême-droite. Et le prédécesseur de Frédérique Vidal, sous la présidence de François Hollande,  dénonce la vanité de "confier au CNRS une mission de police de la pensée". Cette partie de ping-pong clôt-elle un possible débat sur le concept, si hasardeux que soit son usage, d'"islamo-gauchisme" ? Cette chimère, pourtant, a bien une histoire.

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  • Samuel Paty, décapité pour avoir enseigné la liberté d'expression

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    islamisme, djihad, Samuel Paty"Je suis Samuel"

    Il s'appelait Samuel Paty. était prof d'histoire (et donc, forcément aussi des religions). Il donnait un cours sur la liberté d'expression dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine. Il l'avait illustré par les dessins de "Charlie Hebdo" sur le Prophète de l'islam, après avoir autorisé par avance celles et ceux que ces dessins choqueraient de pouvoir quitter le cours. Il a été assassiné et décapité devant son collège par un Tchétchène de 18 ans, beuglant "Allah Akhbar" mais inconnu pour radicalisation par les services de renseignement, que la police abattra peu après. Le nom du professeur et son domicile professionnel avaient été publiés sur les réseaux sociaux par le père d'une élève, qui avait exigé le renvoi du professeur de l'éducation nationale.  Neuf personnes (dont six de l'entourage de l'assassin) ont été placées en garde à vue.  La condamnation de l'acte a été quasi unanime en France. Mais on voit déjà poindre, les "mais", sur le mode du célèbre "je ne suis pas raciste, mais..." : "Je condamne l'assassinat, mais"... Mais quoi ? le tueur n'avait que 18 ans ? il était Tchétchène ? "il ne faut pas manquer de respect aux religions" ? "le prof a été maladroit en montrant les caricatures" ? Ce "mais" ne précise, ni ne nuance, ni ne contextualise la condamnation, mais l'annule. Ce n'est même pas une circonstance atténuante, c'est un acquittement. Une absolution. Le début en tout cas d'une résignation, si ce n'est d'une complicité.

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  • Cinq ans après le massacre de "Charlie", un procès pour l'histoire... et les libertés

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    Aujourd'hui s'ouvre le procès, entièrement filmé pour l'histoire (comme le procès de Barbie...), du massacre de "Charlie", le jeudi 8 janvier 2015 : onze accusés présents, trois en fuite (ou morts) en Syrie, 200 personnes parties civiles, 144 témoins, 14 experts à la barre. Le procès se tiendra jusqu'à la mi-novembre. Les trois principaux auteurs du massacre, les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, n'y seront pas : ils ont été abattus par la police après avoir assassiné une policière, un employés et trois clients d'un supermarché kasher. Le 8 janvier, les frères Kouachi avaient abattu, au siège de la rédaction de "Charlie Hebdo", onze personnes : le directeur de l'hebdo, Charb, quatre autres dessinateurs (dont Cabu et Wolinski), deux chroniqueurs, un correcteur, un visiteur. En hurlant "on a vengé le Prophète Mohammed, on a abattu "Charlie". "Tout ça pour ça", titre sombrement "Charlie Hebdo" d'hier. Tout ça pour "ça", oui : les trois meurtriers n'ont ni vengé le Prophète, ni "abattu Charlie". Le Prophète ne leur avait rien demandé et "Charlie est toujours là (il faut acheter le numéro d'aujourd'hui). Et son insolence irréligieuse, qui traite de la même manière toutes les religions, a survécu au massacre,   Parce que « tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme" (Sebastien Castellion). Et qu'en tuer onze plutôt qu'un et pour des dessins plutôt que pour une "doctrine" ne change rien à cette évidence. Ainsi, le massacre de "Charlie" a sacralisé les libertés d'expression et de presse, et consacré dans le sang le droit au blasphème comme indissociable de ces libertés : Cabu, Wolinski, Charb et les autres sont morts pour elles. Les Kouachi, Coulibaly et leurs complices, sont morts pour rien qui vaille.

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  • Trois ans de Macron... et après ?

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    Macron masqué.jpgUne présidence jouée à la roulette russe


    Dans une semaine, il y aura trois ans qu'un personnage apparemment (mais seulement apparemment) sorti de nulle part était élu à la présidence de la République française, sur les décombres de PS et des Républicains. Tous deux, il est vrai, s'étaient littéralement suicidés : le PS en se réduisant à un parti de gouvernement gouvernant contre son programme de parti, les Républicains en présentant un candidat, Fillon, d'abord incapable de rallier le "centre", puis piégé par ses propres pratiques de politicien "à l'ancienne". Bref, Emmanuel Macron était élu. Parce qu'il n'y avait personne en face de lui,. sinon Marine Le Pen. Et qu'un choix politique déjà réduit  par une élection au scrutin majoritaire se réduisait encore plus par l'identité, personnelle et politique, des deux protagonistes. De sorte que si on ne voulait pas de Le Pen on ne pouvait que voter pour Macron, que si on ne voulait pas de Macron on ne pouvait que voter pour Le Pen, et que si on ne voulait ni de Macron, ni de Le Pen on ne pouvait que voter blanc, nul, ou s'abstenir. Et donc sortir du jeu et laisser le terrain aux deux seuls joueurs qui y restaient. Et trois ans plus tard, où en est-on ? malgré tout ce à quoi s'est heurté Macron, des "gilets jaunes" à la pandémie en passant par la mobilisation contre la réforme des retraites, on est est presque au même point, avec comme horizon une présidentielle en 2022 se jouant vraisemblablement, au deuxième tour, entre Macron et Le Pen... A moins que...

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    Lien permanent Catégories : France, Politique 1 commentaire