épidémie, pandémie

  • Quelle sortie de crise dans la culture ?

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    Déconfiner, réinventer

    Cela fait bientôt un an que les lieux culturels ne sont plus, à quelques intermèdes près,  ouverts au public. Cette clôture des espaces de création et de représentation ne transforme pas seulement nos villes en déserts culturels, elle accroît aussi la précarisation, déjà endémique, des acteurs non salariés de la culture. Les collectivités publiques doivent agir dans l'urgence pour les aider, et les communes doivent le faire dans le cadre, étroitement normé par les cantons et la Confédération. Le Conseil administratif de la Ville de Genève dépose ainsi au Conseil municipal une demande de crédits complémentaires au budget. Ces crédits de quatre millions s'ajouteront aux aides déjà accordées et aux mesures déjà prises par la Ville, le canton et la Confédération pour aider les artistes. Pour la Ville de Genève, il s'agit d'apporter à celles et ceux qui n'ont pu exercer leur activité, ou n'ont pu la présenter au public, et du fait même des spécificités des activités culturelles n'ont pu bénéficier des aides proposées aux salariés et aux indépendants des secteurs commerciaux. La Ville va ainsi leur proposer des bourses de recherche sans exigence de production immédiate, des subventions urgentes, des résidences artistiques ponctuelles, des soutiens aux captations et aux diffusions des créations, des aides ponctuelles aux organisations professionnelles du secteur, des projets de valorisation du travail des artistes et des mesures de soutien aux media rendant compte de ce travail. Mais au-delà de ces actions immédiates, répondant à l'urgence, il y a des questions plus fondamentales auxquelles il va falloir donner des réponses plus générales, plus structurelles, avec des effets à plus long terme. Il ne s'agit rien moins que de
    faire du déconfinement le moment d'une réinvention du champ culturel, pour que le monde d'après ne soit pas qu'une renaissance du monde d'avant, sans autres changement que cosmétiques.

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  • Indemnisation des travailleuses et des travailleurs précaires : Neuf mois de perdus

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    Sabine Weiss, l'homme qui court, 1953.jpgEn juin dernier, le Grand Conseil acceptait, à une courte majorité de gauche et du PDC, un projet de loi pour l'indemnisation des travailleuses et travailleurs précaires victimes de la "première vague" de la coronapandémie. Il y avait urgence à ce que cette loi entrât en vigueur, mais la droite et l'extrême-droite refusèrent de lui accorder la clause la soustrayant au référendum facultatif, ce qui permit à  la droite de la droite (l'UDC, le MCG) de lancer le référendum. Et on se retrouve neuf mois plus tard à devoir  combattre pour faire passer une loi qui permettrait, enfin, de compenser une partie (une partie, seulement...) de la perte de revenus que la première vague de la pandémie a infligée à des milliers de personnes n'ayant pu bénéficier ni de prestations d'assurances sociales, ni d'aide sociale, ni d'indemnités chômage, ni d'aides spécifiques. La loi prévoit une compensation de 80 % de leurs pertes effectives de revenus, avec un maximum de 4000 francs sur deux mois, pour des personnes  pouvant prouver ou rendre vraisemblable avoir exercé une activité lucrative à Genève entre le 17 mars et le 16 mai 2020, en y habitant . Et si l'indemnité a été perçue de manière indue, l'autorité en exigera le remboursement. Le coût de ces mesures serait de 15 millions de francs. Moins d'un cinquième de pourcent du budget cantonal...

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  • "Pour sauver l'économie, il faut d'abord sauver les gens"

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     dansemacabre.jpgLes faibles, les forts, les morts

    "Une crise insistante est une épreuve, les forts la traversent, les faibles y succombent, le centre ne craque pas à chaque coup", écrivait Fernand Braudel en 1977, trois ans après le déclenchement de la grande crise pétrolière. Quelle épreuve est la crise du Covid, et pour qui ? Qui sont les forts qui la traversent, et à quoi leur force se mesure ? Qui sont les faibles qui y succombent, et qui les laisse y succomber? L'économie souffre de la pandémie ? Sans doute. Mais pas toute l'économie : les secteurs des technologies de numérisation, de communication, de la chimie, les pharmas, les GAFA et les réseaux sociaux se portent mieux que jamais. Les pompes funèbres, aussi, paraît-il. Et on n'a jamais autant vendu de vélos, mécaniques ou électriques. Cette part-là de l'économie n'est pas à "sauver" : elle est nourrie par la crise. Et de toute façon, "pour sauver l'économie, il faut d'abord sauver les gens",  rappellent les chercheurs américains, Phillip Alvelda, Thomas Fergusson et John C. Mallery. Ce devrait être une évidence : là où il n'y a personne, il n'y pas d'économie. Et dans tous les pays qui ont cru devoir "sauver l'économie" d'abord et les gens ensuite (si on a le temps) on a sauvé ni l'une, ni les autres. Et ce n'est pas affaires nationales, mais enjeu mondial.

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  • Lundi, c'est la rentrée scolaire. Mais pas la rentrée culturelle.

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    culture.jpgUn accessoire : la culture

    Un manifeste de 450 acteurs culturels indépendants, soutenus par des personnalités politiques (Mathias Reynard, Micheline Calmy-Rey, Pascal Couchepin), les grands festivals et l'infectiologue Didier Pittet demande que les indépendants du secteur culturel, "injustement exclus de la société au fur et à mesure des décisions prises au niveau fédéral ou cantonal pour combattre l'épidémie",  soient "défendus avec la même ardeur que celle employée pour les autres secteurs de l'économie", et indemnisés au même titre que l'est le personnel des grandes institutions du secteur. Ce serait en effet le moins que l'Etat puisse faire s'il tient à justifier son existence : après tout (et cela vaut aussi pour la restauration), c'est lui qui a contraint les lieux culturels à fermer et les acteurs culturels à attendre la Saint Glinglin pour pouvoir retrouver un public, c'est donc à lui  d'indemniser leurs pertes, de réparer leurs absences. Mais il ne s'agit pas que de cela : il s'agit aussi, surtout, de la place de la culture dans la société -dans la constitution même d'une société qui soit autre chose qu'un agrégat aléatoire d'individus, ou de tribus. Il y a donc bien quelque signification plus profonde que celle de l'urgence elle-même, à ce que les théâtres, les cinémas, les musées, les lieux de concerts, qui tous avaient mis en place des dispositifs particulièrement exigeants contre la propagation du coronavirus, dont aucun n'a été un foyer de contamination, soient fermés (ce qui les innocente au surplus de toute responsabilité dans la reprise de l'épidémie) quand les grands magasins restent ouvert, et que l'on se satisfasse de ce que les créateurs culturels ne puissent rien montrer de leur création à un public. On ne sait si c'est sciemment que les autorités politiques font ce choix -on sait seulement qu'il dit quelque chose de la place qu'elles accordent à la culture : congrue, accessoire, décorative. Si, comme l'écrit Thierry Apothéloz, la culture "c'est ce qui donne un sens à ce qui n'en a pas", quel sens donne la fermeture des lieux de culture à la société et au pouvoir qui les ferment ?

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  • Consommer, on doit. Mais pas manifester.

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    Capture d’écran 2020-12-21 230815.jpgEteignoir social

    Depuis lundi à 11 heures et deux minutes du matin les jours s'allongent. Pour six mois. Reste à savoir ce qu'on fait et fera, et de ce qu'on nous laissera faire, de ce temps d'un peu de lumière en sus. Samedi, l'avant-dernier jour de l'hiver, on a pu voir à Genève ce que les oubliés de la crise voulaient, et ce à quoi ils avaient à faire. Ces oubliés voulaient qu'on ne les oublie plus. Le Conseil d'Etat (c'est-à-dire, concrètement, sur place, la police) voulaient qu'ils rentrent dans le rang. Et l'oubli. Un millier de personnes s'étaient réunies sur la Plaine de Plainpalais pour entendre pendant deux heures les témoignages des Oubliés. Puis, une centaine d'entre elles s'étaient mises en marche pour tenter de défiler dans les rues, ce dont les organisateurs du rassemblement (la Communauté genevoise d'action syndicale) avaient sollicité en vain l'autorisation : que les Oubliés se rassemblent, soit. Mais qu'on les voie marcher dans les rues de la Ville, surtout pas ! Et autant de policiers robocopés que de manifestants furent déployés pour que la marche des seconds s'interrompe sur le Marché aux Puces. Là où on retrouvera en effet quelques libertés fondamentales. Et là où les Oubliés peuvent prendre conscience du destin auquel ils sont voués par ceux qui les veulent faire oublient -mais n'oublient pas l'"économie". Il paraît qu'on va pouvoir dans les jours qui viennent pouvoir commencer à se faire vacciner contre la Covid. Pour vacciner les gouvernants contre l'usage de l'éteignoir social, en revanche, on ne dispose pas de grand chose. Sinon, précisément, du droit de manifester. "Dans un esprit festif et combattif", avec ou sans "l'assentiment de nos chères autorités", selon les mots de l'invitation  du "Parti objectif de la Genève oubliée" (POGO) à manifester samedi dernier.

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  • "Transition numérique" et télétravail : Vers le "tri social" ?

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    Capture d’écran 2020-12-02 233811.jpgLa coronapandémie a été comme une sorte de test grandeur universelle de la pertinence (de leur point de vue, en tout cas) des projets des "géants du numérique" : on ne peut plus vivre normalement en nos sociétés sans disposer d'un ordinateur, d'une tablette, d'un smartphone, et si possible des trois, savoir les utiliser et disposer d'une connexion internet. Or on ne peut les utiliser comme on utilisait naguère un téléphone ou une machine à écrire. L'instrument lui-même ne suffit pas : il lui faut une application, un programme, des prolongements. Qui sont fournis, c'est-à-dire vendus, par ces mêmes "géants du numérique" qui vont tirer profit de leur utilisation. Et puis, il y a les "déconnectés", l'"illectronisme" : (en 2019, plus d'un Français majeur sur cinq, et 19 % de ceux entre 15et 29 ans, utilisait difficilement, ou n'utilisait pas, internet). De sorte que la "transition numérique" et le télétravail risquent d'avoir le même effet que la diffusion de l'imprimerie à la Renaissance : trier la société entre "inclus" et "exclus", entre celles et ceux qui comptent et celles et ceux qui ne sont rien.

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  • La culture indépendante sinistrée par la pandémie

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    musée en ruine.jpgRésister au (co)vide cuturel

    Lieux de création, de représentation, d'exposition, de concerts fermés, tournées annulées, festivals suspendus, artistes indépendants privés de revenus et sans possibilité de toucher le chômage partiel ni les allocations pour perte de gains : le secteur culturel, qui pèse 5 % du PIB suisse, 7 % de celui des centres urbain et autour de 10 % de celui d'un canton comme Genève, a sans doute été le plus touché par les mesures de lutte contre la coronapandémie -plus touchés encore que que ceux de l'hôtellerie et de la restauration, et du petit commerce. Et au sein de ce secteur, si les grandes institutions ont les reins assez solides pour passer cette sale période, et des subventions assurées par les collectivités publiques, les petits acteurs culturels, et plus encore les créateurs indépendants, se retrouvent les plus durement précarisés. Ce n'est pas que les aides fédérales, cantonales, municipales aient été inexistantes -c'est qu'elles n'ont pas atteint ceux qui en avaient le plus besoin. Et que parfois, il ne s'agit que de prêts, ou d'aide accordées comme des dons avant qu'on en demande le remboursement, comme Suisseculture sociale l'a fait pour 104 des 1903 aides qu'elle avait accordée entre mars et septembre (dont la moitié à des musiciens).

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  • La "deuxième vague" déprime plus les Suisses que la première

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    Hokusai.jpgBis repetita non placent

    Une majorité des Suissesses et des Suisses sont déprimés, ou aux limites de l'être, selon un sondage de la SSR. Au printemps, lors de la "première vague" de la coronapandémie, ils n'étaient qu'un quart à rechercher leur moral dans leurs chaussettes. C'était déjà beaucoup, mais cela suggère que cette "première vague" fut mieux supportée que l'est la deuxième... et on se demande pourquoi, alors que les mesures prises pour l'endiguer étaient plus strictes que celles prises aujourd'hui. La première vague nous prit par surprise, la deuxième était prévisible, et même annoncée. Mais elle nous est de trop. Nous n'avons même pas su faire bon usage de la première vague,  profiter de cette étrange occasion pour "changer les choses", pour faire d'un mal,un bien, et nous savons encore moins que faire de la deuxième, sinon attendre qu'un vaccin nous permette de retrouver nos routines, nos réunions familiales, professionnelles, politiques en "présentiel", avec de vraies personnes à qui parler et à entendre, et pas seulement de mauvaises images sur des écrans. Tout ce qu'on sait, ou devrait savoir, c'est qu'il va falloir vivre avec ce virus comme nous avons à vivre avec d'autres (ceux de la grippe, par exemple), et avec d'autres parasites -les puces, les poux, les punaises, les acariens... En attendant quoi, les beaux élans de solidarité constaté il y a quelques moins se sont ratatinés, et on recommence à chipoter, jusque dans les débats budgétaires de nos parlements cantonaux et municipaux, sur les efforts à faire pour soutenir celles et ceux qui ont, ici et maintenant, besoin d'un soutien...

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    Lien permanent Catégories : épidémie, pandémie 4 commentaires
  • Covider les lieux culturels

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    Baltard.jpgUn nouveau semi-confinement qui ne dit pas son nom

    Face à la pandémie qui a repris de la vigueur ("La dégradation de la situation est spectaculaire" a annoncé le 28 octobre Alain Berset. ), la Suisse , qui compte désormais, en pourcentage de la population plus de contaminés (762 cas pour 100'000 habitants, 8600 nouvelles infections pour la seule journée du 28 octobre), plus de malades en soins intensifs et plus de morts (24 mercredi), reconfine sans vraiment reconfiner tout en reconfinant un peu, en annonçant que si ça ne stoppe pas la progression de la covid, on ira encore plus loin dans les mesures de restrictions des libertés personnelles et collectives, et que déjà, s'ils le veulent, les cantons peuvent eux-mêmes aller plus loin. Le président de la Fédération des entreprises romandes, Ivan Slatkine "salue ces mesures pondérées", et le président d'EconomieSuisse, Christoph Mäder soupire (d'aise) : "pour l'économie, c'est supportable". Et pour la culture ? La quoi ? D'ores et déjà, la jauge des spectacles culturels est plafonnée à 50 spectateurs. Comme les cultes et les messes (la pandémie ramène le cultuel ou culturel...). Une jauge impossible à tenir financièrement  pour les moyennes et grandes institutions (comme à Genève, le Grand Théâtre, le Théâtre de Carouge, le Forum-Meyrin, bientôt la Nouvelle Comédie...). Commentaire du magistrat en charge de la culture en Ville de Genève : Sami Kanaan : "Coup de massue pour la culture! Le Conseil fédéral décide de faire porter aux acteurs culturels (théâtres, opéras, cinémas, festivals, etc.) la responsabilité de fermer ou annuler lorsque la jauge maximale de 50 personnes n’est pas tenable économiquement, afin d’éviter de devoir verser les indemnités fédérales. Cynique et choquant!". Et, de plus, absurde, arbitraire et injuste :  les milieux culturels, théâtres, opéras, musées, bibliothèques, cinémas, sont ceux qui ont le plus scrupuleusement observé les prescriptions sanitaires : "il n'y a pas de cluster dans les théâtres", rappelle le directeur du Théâtre de Carouge, Jean Liermier : comme les lieux de concerts et les cinémas, ils arrivaient à fonctionner en respectant les mesures de précaution sanitaires (masques, distances, gel hydroalcoolique), des places numérotées et une jauge adaptée à la capacité de la salle. Ils n'y arriveront pas avec une jauge plafonnée à 50 spectateurs dans des salles qui peuvent en accueillir cinq, dix ou vingt fois plus. 

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    Lien permanent Catégories : Culture, épidémie, pandémie, Suisse 0 commentaire
  • Quand l'"économie" nourrit la pandémie

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    dansemacabre.jpgDanse macabre

    Un  sondage en ligne de l'institut Gfs entre le 22 et le 27 avril accordait une confortable cote de confiance aux zautorités (Conseil fédéral, Office fédéral de la santé publique, gouvernements cantonaux -on a évidemment oublié les communes...) et aux scientifiques dans la lutte contre le virus, et même dans le processus de sortie de confinement : 80 % des sondés faisaient confiance aux scientifiques, 78 % au Conseil fédéral, et à l'Office fédéral de la santé publique, 74 % au gouvernement de leur canton (mais quelque chose nous dit qu'il doit y avoir de fortes variations cantonales : 78 % des Genevois faisant confiance au Conseil d'Etat genevois, ça tiendrait du miracle...). Que reste-t-il de cette belle confiance après les navrantes prestations de nos sept supposés (et supposées) sages, la semaine dernière (une conférence de presse gouvernementale où on nous a parlé pour ne rien dire, sinon qu'on nous dira peut-être quelque chose une semaine plus tard)... On note que les cantons, chacun pour lui-même en Alémanie, ensemble en Romandie, prennent les décisions que la Confédération n'ose pas prendre, incapable qu'elle semble être de choisir entre défendre la population et défendre "l'économie" à tout prix de contaminations,  d'hospitalisations, de morts. Il faut dire que le patronat a pesé de tout son poids, et il est considérable, pour qu'aucune mesure ne soit prise qui entrave l'activité des entreprises... Et c'est ainsi que l'obsession de l'"économie" nourrit la pandémie... Danse macabre...

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  • L'initiative udéciste rejetée, la cible, désormais, c'est l'"accord-cadre"

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    Baron noir.jpg

    D'un refus l'autre

    Le rejet, net et sans bavure, à 61,7 % des suffrages, et par tous les cantons sauf quatre (dont le Tessin, mais à une majorité bien moindre qu'attendue) de l'initiative udéciste ouvre le débat sur, et le combat contre, l'accord-cadre avec l'Union Européenne et ses 27 Etats-membres. Un accord très mal parti, dans sa formulation actuelle : patronat et syndicats s'y opposent, et demandent une renégociation sur trois points : la protection des salaires, les aides étatiques aux services publics et à certains secteurs de l'économie et l'octroi (que le patronat refuse) des aides sociales aux ressortissants européens. "L'accord institutionnel (doit être) retravaillé de fond en comble", assène le président de l'Union Syndicale, Pierre-Yves Maillard. Or cette renégociation, l'Union Européenne n'en veut pas. Et la présidente de la commission, Ursula von der Leyden attend du Conseil fédéral qu'il fasse "signer et ratifier l'accord cadre que nous avons négocié en 2018". Cet accord, précisément, qu'il est illusoire de faire accepter par le peuple suisse. Il ne peut en effet être question pour la gauche politique et syndicale de soumettre le cadre légal et constitutionnel aux dérégulations libérales que pourrait décider la Cour européenne de justice. Quant à l'UDC, outre son tropisme europhobe, qui le fera par réflexe refuser tout accord avec l'UE, c'est le droit des ressortissants européens aux aides sociales suisses qui la hérisse le plus. Qu'importe : pour nous, puisque nous nous sommes débarrassés (fût-ce avec l'aide du patronat) de l'initiative de l'UDC, la cible, désormais, c'est l'"accord-cadre". Fût-ce avec l'aide de l'UDC.

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  • Les mouvements sociaux face au Covid-19

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    SolifondsLa solidarité est une résistance

    Le Solifonds (Fonds de solidarité pour les luttes de libération sociale) lance un appel à la solidarité avec les organisations et mouvements qui apportent une aide indispensable aux populations les plus démunies face à la pandémie et au confinement. Et ces mouvements apportent cette aide tout en continuant à combattre pour les droits fondamentaux. Ces tâches de protection de la population contre la pandémie, mais aussi contre les conséquences du confinement, ils et elles les mènent à la place d'Etats défaillants ou indifférents, dans une situation que la pandémie a rendue encore difficile et plus périlleuse, qu'ils doivent affronter avec des moyens réduits par la crise sociale et économique, et en continuant de subir la répression : la solidarité est une résistance.
    Solifonds
    mail@solifonds.ch
    www.solifonds.ch
    PC 80-7761-7

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  • Urgence solidaire

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    Solifonds.jpgCrise sanitaire : au Sud, les plus pauvres doivent se débrouiller sans l'Etat

    Des centaines de millions de travailleuses et de travailleurs, notamment dans l'agriculture et le textile, privés de leur emploi et de tout revenu, ou licenciés pour être ensuite réengagés à des conditions pire encore que celles qui leur étaient imposées avant leur licenciement, ou encore forcés de poursuivre ou de reprendre un travail sans aucune protection sanitaire; des droits fondamentaux foulés au pied; des populations laissées, dans les favelas, les townships, les bidonvilles, sans aide, sans protection, sans revenu, sans soins; des évacuations forcées, sans relogement : telles sont les conditions imposées aux plus précarisés de nos semblables, non par l'épidémie mais par l'incapacité des gouvernants, ou leur refus pur et simple, d'y répondre. Alors ces populationsse débrouillent par elles-mêmes  et leurs mouvements sociaux s'organisent, distribuent l'aide que l'Etat ne distribue pas, défendent les droits fondamentaux que les gouvernants ignorent, ou violent. Le Solifonds appelle à soutenir ces populations, ces mouvements et ces organisations dans leurs actions de solidarité, mais aussi dans leur revendication de suspension du paiement des intérêts de la dette publique, pour dégager des ressources à affecter à la construction d'un système de santé capable de répondre aux crise sanitaires. Répondez à cet appel : www.solifonds.ch, mail@solifonds.ch, PC-80-7761-7

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  • Déconfinement du 6 juin : Le jour le plus soûlon?

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    Pangolin au CM.jpgQuatre mois après l'annonce publique du premier cas de Covid-19 hors de Chine, on lève donc les mesures prises pour enrayer, puis maîtriser la pandémie. Et qui l'ont en effet, dans bien des pays dont la Suisse, réussi à l'enrayer et à la maîtriser. Sans évidemment faire disparaître un virus avec lequel nous venons seulement de commencer à apprendre à vivre -comme nous avons appris à vivre avec celui de la grippe. On déconfine, donc. Avec quel projet ? avec quelle place laissée aux urgences sociales et climatiques ? A l'inventivité politique ? Au volontarisme collectif ? Les Etats, les régions, les communes avaient pour un temps pris un pouvoir dont les dogmes d'avant le covid assuraient qu'ils étaient incapables de l'exercer. Qu'il ne fallait surtout pas faire de politique -que faire de la bonne politique, c'était refuser d'en faire et laisser les commandes à l'"économie", au marché, aux entreprises. On a d'ailleurs commencé à déconfiner pour que l'"économie" reparte, pas pour que la société se retisse... et moins encore pour que l'écosystème que le confinement avait ragaillardi (moins de bruit, moins de pollution, moins d'émissions réchauffant le climat) continue à se refaire une santé : dès que des autorités prennent des mesures, même provisoires, pour engager une ville, un canton, le pays, dans une autre voie que celle du retour à l'anormalité d'avant, on entend hurler les nostalgiques de ce monde qu'on espérait défunt, mais qui ne l'est qu'à la manière des zombies -en témoignent les clameurs outrées du PLR et du MCG à Genève après que le canton et la Ville ait tracé des bandes cyclables provisoires sur les voies de circulation, en les prenant sur celles auparavant réservées aux bagnoles et sur des places de stationnement. On a beaucoup titré, dans les media, sur le déconfinement annoncé pour le 6 juin en usant de la référence au débarquement du 6 juin 1944 en Normandie... On a eu droit au "Jour J" sous toutes ses formes... Le plus long ou le plus soûlon" ?

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  • Quand la pandémie a fait revenir la politique

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    pangolin de faced.jpgC'était donc possible...

    La crise pandémique a été marquée par un retour fracassant : celui du politique. On sortait de décennies de souveraineté de l'économique, de dépolitisation des débats, de substitution du sociétal au social -et voilà que reviennent les contradictions politiques majeures, et les contradictions de classe. Et l'urgence des choix, entre la poursuite d'un libéralisme réduit au libre-échange des marchandises et au "libre jeu du marché", une social-démocratie keynésienne, un despotisme orwellien (version chinoise)... et une rupture créatrice "écosocialiste"...  Répondant à l'épidémie, les Etats, les régions, les communes ont volontairement rompu avec le productivisme et le consumérisme pour sauver des vies. Et du coup, ont soulagé, pour quelques moins, l'environnement de tout ce qui le dégradait du fait des activités humaines : en 2019, sept millions de personnes sont mortes prématurément du fait de la pollution... mais pour le seul mois d'avril 2020, la chute de l'activité économique a provoqué une chute de la pollution qui, selon certaines estimations, aurait évité 10'000 morts prématurées... La politique de rupture que prônaient les décroissants a été mise en œuvre par les puissances publiques qui y étaient, foncièrement, opposées. C'était donc possible, jusque dans les détails -comme la création à Genève en quelques jours d'une dizaine de kilomètres de bandes cyclables qu'on attendait depuis dix ans... Mais tout ayant une fin, la question se pose quel air respirera-t-on lorsqu'on enlèvera nos masques ?

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  • Retour à l'âne normal

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    ane-qui-rit.jpg

    Fin du mois contre fin  du monde, comme d'hab'

    Donc, on déconfine. On n'était pas vraiment confinés, sauf quand on était hospitalisé, en prison ou en ems, mais peu importe : on déconfine quand même. Et ce à quoi il va falloir résister maintenant, c'est à la furieuse envie de tirer un trait sur l'épisode covidien, et d'en revenir au statu quo ante. Cette envie d'un retour à l'anormal, le monde d'avant, le monde de l'insouciance climatique, sociale, politique, économique, repose en apparence sur d'assez solides arguments :  le réchauffement climatique ? oui, bien sûr il va se poursuivre, la lutte contre la pandémie n'a été qu'un répit, le temps (que le Centre patronal vaudois nous enjoint d'oublier au plus vite) d'entendre les oiseaux en ville et de moins saloper l'environnement, mais l'urgence climatique, c'est du long terme. Le court terme c'est  l'économie, le chômage. La fin du mois contre la fin du monde, comme d'hab...  Comme dit encore le Centre patronal vaudois, "il faut que l'économie reprenne ses droits". Mais quels droits a-t-elle, "l'économie" ? Aucun, si on admet qu'elle n'est que l'organisation de la subsistance collective des sociétés humaines (subsistance à laquelle se sont, progressivement, ajoutés les droits fondamentaux que proclament aujourd'hui les grands textes du droit international et des constitutions démocratiques). L'économie n'a pas de "droits", elle n'a que ce devoir là : permettre, à toutes et tous, de se nourrir, se loger, se soigner, se vêtir, se déplacer (pas forcément en bagnole ou en avion), s'informer, se cultiver, se délasser. "Ce qui m'a atterré, c'est d'apprendre qu'il fallait qu'on s'adapte pour relancer l'économie. Normalement, ce devrait être le contraire", soupire Zep dans la "Tribune" d'hier. L'économie est au service de la population, pas le contraire -c'est la population qu'il faut soutenir d'abord, pas l'économie. La population, c'est-à-dire des personnes réelles. La population, c'est-à-dire la société -la société entière, y compris cette part d'elle que constituent les personnes et les tâches qu'en temps "normaux" elle préfère ignorer.

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  • Maintenant que la pauvreté est visible...

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    soupe populaire.jpgMieux que soulager : combattre

    On revient sur l'image qui rendit visible la pauvreté invisible, et que "Le Monde" décrit ainsi : "Jamais Genève, l’une des dix villes les plus riches au monde, n’avait imaginé accueillir une telle distribution de vivres. Une file, longue d’un kilomètre, soit près de 2 200 personnes, s’est formée samedi 2 mai aux abords de la patinoire des Vernets, en plein centre-ville. Au bout de trois heures d’attente, le Graal : des sacs qui contiennent des denrées alimentaires essentielles, riz, pâtes, huile, deux boîtes de sauce tomate et des produits d’hygiène courants, offerts par des particuliers et distribués par les bénévoles de l’association de La Caravane de la solidarité. Leur valeur n’excède pas 20 francs (19 euros). « C’est dire le dénuement de ces personnes, s’alarme un volontaire. On n’a jamais vu ça depuis la fin de la seconde guerre mondiale». Ou depuis les soupes populaires des années '30. A Genève, 7465 personnes ont bénéficié du dispositif d'urgence mis en place le 28 mars par les Colis du Coeur, Partage et le CSP... c'est trois fois et demi plus que quelques semaines avant... Les colis du coeur reçoivent des demandes de 1000 personnes supplémentaires chaque semaine. A Lausanne,  la soupe populaire distribuait chaque jour 250 repas jusqu’en décembre 2019. Elle en sert désormais près de 900 quotidiennement...Mais maintenant qu'elle est devenue visible, cette pauvreté, on devrait pouvoir faire mieux que la soulager : la combattre, elle, pas celles et ceux qu'elle frappe.

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  • Déjà pauvres, désormais démunis

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    caraL'image qui rend visible la pauvreté invisible

    2000 personnes faisant des heures de queue pour recevoir un sac de produits de première nécessité, dans une des villes les plus riches du monde : c'était à Genève samedi et l'image qui a rendu visible la pauvreté invisible a fait le tour de la Suisse -et au-delà. Depuis le début de la pandémie, la Caravane de la Solidarité distribue de la nourriture et des articles d'hygiène à de plus en plus de personnes qui en ont de plus en plus besoin. La Ville de Genève lui apporte son aide, et Médecins sans frontières était là, samedi. A Genève, pas dans un désert, une savane ou un bidonville. Ce ne sont pas ceux qui crient le plus fort qu'il faut que tout reparte "comme avant" qui sont les premières victimes de la crise sociale collatérale de la crise sanitaire : ce sont ceux pour qui "comme avant", c'était déjà la pauvreté, sans aucune possibilité de supporter une baisse, à plus forte raison une perte, de revenu. Invisibles, ils étaient déjà pauvres, les voilà démunis. Mais visibles.

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  • Confinement des résidents des EMS : Groupe à risque de solitude

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    Ma'Dalton.jpgMa' Dalton est en EMS. A 95 ans, elle en a le droit. Mais elle n'a plus le droit de voir ses proches, ni ses proches de la voir. Alors du coup, pour la première fois, Averell  a envie de célébrer la Fête des Mères, ce vieux machin pétainiste récupéré par les fleuristes. Il paraît que les plus de 65 ans font partie d'un "groupe à risque". Mais c'est un groupe à risque pour eux-mêmes, pas pour les autres. Ensuite,  à la mi-avril, l'âge médian des décès du Covid en Suisse s'élève à 84 ans. Mais quel est l'âge moyen des décès en général, pour toutes les causes possibles ? 83,6 ans en 2017. Autrement dit, quand on meurt du Covid, on en meurt plus vieux que si on meurt d'autre chose. Il est un groupe à risque qui ne l'est que de solitude...

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    Lien permanent Catégories : épidémie, pandémie, Famille 2 commentaires
  • Les derniers sont les premiers

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    Bienvenue chez nous.jpgL'option préférentielle pour les pauvres du Covid-19


    D'où nous vient-elle, cette épidémie ? De Chine, sans doute, mais comment ? transbahutée par une armée, comme la grippe espagnole de 1918 ? non : diffusée par des cadres d'entreprises en voyages d'affaires, des représentants politiques en mission, des touristes en goguette, des supporters de foot en Italie, des teufeurs à Verbier et des fidèles évangéliques à Mulhouse... Et qui sont les premiers et les premières à la subir, le plus durement, ici et ailleurs ? celles et ceux qui n'y sont pour rien, qui n'ont jamais mis les pieds en Chine, ni à Verbier : les requérants d'asile, les précaires, les travailleuses domestiques "au gris", "au noir" ou clandestines, les travailleurs pauvres mis au chômage partiel, les petits indépendants, les sdf... toutes et tous ignorés des plans de relance du Conseil fédéral... Il y a en Suisse quand tout va bien pour "l'économie" et les finances publiques 660'000 personnes touchées par la pauvreté. Et maintenant, combien y ont-elles sombré ? Que les derniers soient les premiers fut à la fois une promesse évangélique et un programme socialiste. Que les derniers à propager une épidémie soient les premiers à y succomber n'est qu'une faillite sociale.

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