socialisme - Page 2

  • Tiens, si on parlait d'autre chose que de nos affres politiciennes : Quelle actualité du marxisme ?

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    On ne s'interroge pas, dans nos troquets accoutumés, que sur la bouleversifiante actualité politique locale... Ainsi, entre la poire de la succession de Mark Muller et le fromage du mercredi scolaire, s'est--on demandé innocemment, histoire de parler d'autre chose, si le marxisme était encore d’une possible actualité... Il l’est, avons-nous répondu, nous qui ne sommes pas marxistes, puisque son objet (le capitalisme) l’est toujours. Marx est d’actualité, mais comme Machiavel, et pour les mêmes raisons instrumentales : l’un analyse le capitalisme, l’autre le pouvoir politique, et ni le capitalisme ni le pouvoir politique n’ont déserté le champ de l’analyse, ni celui de l’action politique.

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  • Mouvement socialiste et classe moyenne : changer de base...

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    Construit-on l'instrument politique de changement d'un système social
    sur ceux qui auraient à y perdre ? La social-démocratie, après avoir été
    (contre ses intentions initiales, bien plus ambitieuses) l'instrument de
    l'accession des ouvriers à la normalité sociale ? médiane ?,
    c'est-à-dire aux codes sociaux de la petite-bourgeoisie, s'est trouvée
    naturellement basée sur cette ? classe moyenne ? qu'elle a contribué à
    élargir à une partie de l'ancienne classe ouvrière, et qui a désormais
    quelque chose à perdre à un changement social profond : la critique du
    salariat n'a rien d'enthousiasmant pour qui a un salaire suffisant;
    celle de l'Etat n'a guère d'urgence pour qui vit du salaire que l'Etat
    lui verse et tire son statut social de sa place dans la hiérarchie de la
    fonction publique ou de son mandat politique; la critique de la
    propriété privée du sol ne mobilise guère les propriétaires de leur
    logement ou d'une résidence secondaire; l'appel à une politique des
    transports restrictive de l'usage de l'automobile a peu d'écho positif
    chez les automobilistes, et à la dénonciation de l'emprise des zones
    résidentielles et des zones villas, leurs habitants ne sont guère
    sensibles.

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  • Mouvement socialiste contre mouvement social ?

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    Refaire de la politique...


    En limitant ses pratiques, ses ambitions et ses stratégies à l'occupation de l'appareil d'Etat, le socialisme démocratique a littéralement perdu sa raison d'être et sa légitimité, et se retrouve face au mouvement social dans la position qui était il y a un siècle celle du radicalisme bourgeois face au mouvement ouvrier : raisonneur plus que raisonnable, prédicateur de soumission aux règles du capitalisme sous les masques du réalisme et de la patience, héritier ingrat des révolutions et requérant d'une base réduite à ne plus être qu'un électorat (pour ensuite ne plus ressembler qu'à une clientèle) une « confiance » ne portant plus sur la capacité à réformer, c'est-à-dire, tout de même, à transformer, la société, mais uniquement sur une compétence à la gérer.

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  • Quand tout le monde (ou presque) est pacifiste...

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    Si vis pacem...


    En janvier prochain, le Groupe pour une Suisse sans armée déposera son initiative populaire pour l'abolition de la conscription (mais pas, ou plus, celle de l'armée). C'est l'occasion de nous interroger sur ce que signifie, aujourd'hui, le pacifisme. Car si tout le monde, à quelques fous furieux près, veut la paix, ou dit la vouloir, nombreux sont ceux qui s'abritent derrière le vieux sophisme latin : si tu veux la paix, prépare la guerre. De quelle paix parle-t-on ? La paix des cimetières, celle imposée par le vainqueur, le conquérant ou le colonisateur, n'est pas celle que construit la justice sociale. Le socialisme est pacifiste. Mais il l'est, ou veut l'être, en construisant la possibilité de la paix sur la justice, l'égalité, les libertés, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Or ces principes, sauf à se contenter de leur proclamation rhétorique, se conquièrent et se concrétisent dans des combats d'où la violence n'a jamais été absente et où les socialistes n'ont pas, et c'est un euphémisme, toujours été du bon côté : c'est un gouvernement dominé par les socialistes qui a engagé la France dans la Guerre d'Algérie et couvert la torture.

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  • Quelle alternative ?

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    Au capitalisme réellement existant (et réellement existant aujourd'hui, non à celui ayant existé il y a un siècle), quel socialisme réellement possible la gauche révolutionnaire oppose-t-elle ? La social-démocratie s'arc-boute sur sa volonté de socialiser le capitalisme pour en raboter les aspérités les plus blessantes, ou à défaut les dissimuler sous le vernis de l'Etat social ; ce qu'il reste du mouvement communiste bascule peu à peu dans une nostalgie rigoureusement réactionnaire, mâtinée de corporatisme (en direction et à partir de la fonction publique, mais aussi des petits rentiers). Qu'y a-t-il de socialiste dans tout cela ? Rien, strictement rien. Mais il y a tout du socialisme possible dans les possibilités même du capitalisme : l'affranchissement du travail, le dépérissement de l'Etat, la socialisation de la propriété privée, le primat de la culture sur l'économie (puisque le capitalisme lui-même impose désormais le primat de l'information sur la propriété).

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  • A propos du mode de production collectiviste d'Etat

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    « (...) dans l'intérêt d'une juste répartition de la terre nous avons de propos délibéré laissé mourir en une seule année environ 5 millions de paysans avec leurs familles. Nous avons poussé si loin la logique dans la libération des êtres humains des entraves de l'exploitation industrielle, que nous avons envoyé environ dix millions de personnes aux travaux forcés dans les régions arctiques et dans les forêts orientales, dans des conditions analogues à celles des galériens de l'Antiquité. Nous avons poussé si loin la logique que, pour régler une divergence d'opinions nous ne connaissons qu'un seul argument : la mort (...) Nos ingénieurs travaillent avec l'idée constamment présente à l'esprit que toute erreur de calcul peut les conduire en prison ou à l'échafaud ; les hauts fonctionnaires de l'administration ruinent et tuent leurs subordonnés, parce qu'ils savent qu'ils seront rendus responsables de la moindre inadvertance et seront eux-mêmes tués ; nos poètes règlent leurs discussions sur des questions de style en se dénonçant mutuellement à la Police secrète (...). Agissant logiquement dans l'intérêt des générations à venir, nous avons imposé de si terribles privations à la présente génération que la durée moyenne de son existence est raccourcie du quart. Afin de défendre l'existence du pays, nous devons prendre des mesures (...) en tout point contraires aux buts de la Révolution. Le niveau de vie du peuple est inférieur à ce qu'il était avant la Révolution, les conditions de travail sont plus dures, la discipline est plus inhumaine, la corvée du travail aux pièces pire que dans les colonies où l'on emploie des coolies indigènes ; nous avons ramené à douze ans la limite d'âge pour la peine capitale ; nos lois sexuelles sont plus étroites d'esprit que celles de l'Angleterre, notre culte du Chef plus byzantin que dans les dictatures réactionnaires. Notre presse et nos écoles cultivent le chauvinisme, le militarisme, le dogmatisme, le conformisme et l'ignorance. Le pouvoir arbitraire du gouvernement est illimité, et reste sans exemple dans l'histoire ; les libertés de la presse, d'opinion et de mouvement ont totalement disparu, comme si la Déclaration des Droits de l'Homme n'avait jamais existé. Nous avons édifié le plus gigantesque appareil policier, dans lequel les mouchards sont devenus une institution nationale, et nous l'avons doté du système le plus raffiné et le plus scientifique de tortures mentales et physiques. Nous menons à coups de fouet les masses gémissantes vers un bonheur futur et théorique que nous sommes les seuls à entrevoir »

    Arthur Koestler (Le Zéro et l'Infini, chapitre VIII)

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  • La gauche doit aujourd’hui son échec à elle-même. La résignation au chômage, la coupure avec les milieux populaires, des pratiques trop éloignées de nos idéaux, voilà les raisons de notre affaissement. (Lionel Jospin... en 1993...),

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    La gauche doit aujourd’hui son échec à elle-même. La résignation au chômage, la coupure avec les milieux populaires, des pratiques trop éloignées de nos idéaux, voilà les raisons de notre affaissement.
    (Lionel Jospin, en 1993, lors de sa démission de la direction du PS français)

    Le déclin du socialisme européen s’est amorcé dans le moment même (le début des années ’80) de ses grandes victoires électorales en France, en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Italie. La social-démocratie ayant remporté les batailles qui lui importaient le plus, elle perdait la guerre qu’elle aurait dû mener dans le temps même où elle investissait les palais présidentiels et gouvernementaux. Ce qu’elle gagna en poids institutionnel, elle le perdit en hégémonie culturelle et en légitimité sociale ; elle ne tarda guère à mener la même politique que celle qu’à sa place la droite aurait menée, et fit ainsi le contraire de ce pourquoi elle avait été élue.

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  • La sinistra in Europa non è da rinnovare, o da ricostruire, o da ripensare, o da ricomporre, ma da inventare. Radicalmente e dacapo. (Paolo Flores d'Arcais)

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    S’il fallait en un mot qualifier l’état de la gauche (1) politique en Europe, et plus précisément encore l’état de ses partis et organisations politiques, nous userions sans doute du mot « débilité », en son strict sens, qui désigne une faiblesse maladive.

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  • 1er Mai : Fêter les travailleurs, pas le travail...

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    1er Mai : Fêter les travailleurs, pas le travail...

    Ce 13 Floréal (samedi 1er mai dans le calendrier vulgaire), nous serons dans la rue, défilant avec quelques milliers d'autres, à l'occasion de cette fête dont Eric Hobsbawm rappelait fort justement qu'elle était, de toutes celles, internationales et nationales, la seule qui ait décidée « d'en bas », à l'initiative de la plèbe, et non de l'Eglise ou de l'Etat. Mais que diable fête-t-on le 1er mai ? Le travail, ou les travailleurs ? Ce jour fut proclamé par l'Internationale ouvrière comme le jour des travailleurs, la fête des travailleurs, non comme le jour et la fête du travail. Il y a là plus qu'une nuance : on ne célèbre pas ce à quoi on est condamné, on célèbre ce qu'on est. Que la fête des travailleurs ait été transformée en fête du travail par les Etats, et d'abord par les Etats fasciste, ne relève pas du hasard, mais de la nécessité politique : celle de la mise au pas des travailleurs. A contrario, le refus du salariat, le refus du travail organisé et déterminé par d'autres que ceux qui le font, le refus, par conséquent, de la chefferie, sont fondateurs de tout projet socialiste -que les socialistes l'admettent et s'en souviennent ou non. La lutte contre l'ordre du monde commence par la lutte contre le travail produisant cet ordre et que cet ordre en retour organise.

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  • Programme socialiste et « développement durable »

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    Camarades, encore un effort pour être écosocialistes...

    Dans le projet de programme du PSS, on trouve ceci :  « L'objectif du Parti socialiste est le suivant : assurer une qualité de vie optimale à un maximum de personnes à l'intérieur et à l'extérieur de nos frontières. La voie qui y mène, c'est le développement durable. Au 21e siècle, c'est le seul principe défendable en matière d'action politique, sociale et économique ». Le « seul principe défendable », vraiment, ou plutôt le seul principe a priori acceptable par l'opinion publique ? Si acceptable a priori qu'il est devenu une sorte d'invocation rituelle, de laquelle plus aucun programme politique ne pourrait se priver...  Pour le PSS, au-delà de l'invocation, il s'agirait de donner une « priorité à la perspective à long terme et non à l'action à court terme », de promouvoir une « logique sociale, écologique et économique et non pas la logique d'entreprise capitaliste », de  mettre l'économie financière « au service de l'économie réelle au lieu de mettre l'économie réelle au service - à haut risque - de l'économie monétaire et du capital financier », d'aménager la croissance économique « de telle sorte que nous consommions moins de ressources au lieu d'en consommer toujours davantage, au détriment des plus pauvres et des générations futures »,  de « faire primer la force du droit sur le droit du plus fort », de « placer la démocratie politique au-dessus des prétentions de celles et ceux qui veulent soumettre toujours plus de domaines de la vie au régime du marché »... Tout cela est fort bien et fort juste. Mais peut-être encore insuffisant pour donner un réel contenu politique, socialiste, au « développement durable ».

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  • Parti Socialiste Suisse : Deeemandez l'prograaamme !

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    Le programme du Parti Socialiste Suisse date de 1982. Il avait alors été adopté au terme de longs et tumultueux débats, autour de l'ambition de « dépasser le capitalisme ». Le capitalisme s'étant lui-même dépassé tout seul par la droite et par la crise, le PSS a quelque peu réduit son ambition : Il n'entend plus « dépasser le capitalisme » (par la gauche), mais le civiliser, ce qui au moins, en creux et sans le dire, le désigne bien comme une forme de barbarie. Un nouveau projet de programme est donc soumis à consultation des militants, des sections, des partis cantonaux : il entend réaffirmer les  « valeurs socialistes fondamentales » héritées de la Révolution française et des révolutions démocratiques du XIXe siècle et qu'il résume par trois mots faisant écho à ceux, précisément, de la Révolution :  « Liberté - Justice - Solidarité » (autrement dit :  « Liberté - Egalité - Fraternité »). On constatera et on regrettera la disparition de l'égalité, qui est plus précisément que la  « justice », au coeur du projet socialiste.  Reste à savoir ce que nous ferons de ces mots ronflants, qui sont certes les nôtres, mais qui ne prennent de sens que s'ils expriment autre chose qu'une référence déclamatoire : un projet de société, alternatif à la réalité sociale, et se donnant les moyens de sa réalisation. Autrement dit : un projet subversif. Ce que le projet de programme du PSS est encore très, très loin d'être.

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  • Faire son deuil de la social-démocratie

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    Résurrection ou réinvention ?

    Trois grands mouvements politiques ont constitué, en trois siècles, nos sociétés : le libéralisme, le radicalisme démocratique, la social-démocratie. La libéralisme en a constitué la base économique et le champ culturel, le radicalisme démocratique en a fondé les institutions politiques, la social-démocratie a accouché de l'Etat social. Mais ces trois mouvements sont, tous trois, arrivés au bout de leur rôle. Ils ont épuisé leur mission. « Le monde a besoin d'une social-démocratie forte », assure, sincèrement, René Longet... On se permettra ici d'en douter, de considérer la social-démocratie, en  tant que projet politique de changement fondé sur l'Etat social, l'Etat de droit et l'Etat acteur économique, comme un moment dépassé du mouvement socialiste, et de penser que « le monde» a désormais moins besoin d'une social-démocratie ressuscitée que d'un socialisme réinventé. Pour paraphraser (et quelque peu détourner) Gramsci, on se dira qu'en ce moment d'interrègne entre un monde qui meurt et un monde qui tarde à naître, les héritiers des mouvements fondateurs du premier ont à les réinventer, ou à en faire leur deuil.

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  • Un projet politique : l'égalité...

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    Chanter les vertus de la « diversité » pour éviter de combattre les inégalités ?

    Fondamentalement, le socialisme (et pour peu qu'ils y croient encore, les socialistes) est (sont) égalitariste(s), si péjoratif que soit devenu ce qualificatif, dans la bouche et sous la plume des adversaires de ce qu'il qualifie : « Dans tous les pays du monde une immense tribu d'écrivassiers de parti et de petits professeurs d'Université papelards sont occupés à "prouver" que le socialisme ne signifie rien de plus qu'un capitalisme d'Etat plus planifié et qui conserve entièrement sa place à la rapacité comme mobile. Mais heureusement, il existe aussi une façon d'imaginer le socialisme tout à fait différente de celle-là. Ce qui attire le commun des hommes au socialisme, ce qui fait qu'ils sont disposés à risquer leur peau pour lui, la "mystique" du socialisme, c'est l'idée d'égalité; pour l'immense majorité des gens, le socialisme signifie une société sans classe, où il ne signifie rien du tout », écrit  George Orwell dans son «Hommage à la Catalogne». En un temps où le maître mot du «progressisme» n'est plus celui d'« égalité » mais celui de « diversité », et où plus une société est inégalitaire plus on y chante les vertus de la « diversité », il vaut la peine de reparler d'égalité, et d'en refaire un projet politique.

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  • Capitalisme : no future (depuis un siècle)

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    Fête des travailleurs* : la gauche genevoise optimiste
    * et non la " fête du travail " en quoi voulurent la transformer les régimes fascistes

    A Genève, la journée du 1er Mai a été placée par ses organisateurs sous le slogan fort optimiste " capitalisme : no future ! ". Quant aux " anticapitalistes ", ils iront clamant " nous ne paierons pas leur crise ", ce qui n'est pas moins optimiste. " Capitalisme : no future "… Nos syndicats virent-ils punk (avec trente ans de retard) ? Que non point : ils réaffirment seulement la vieille certitude que " le capitalisme est un système économique qui n'a pas d'avenir ". Certitude qui, elle, a un long passé : ça fait plus d'un siècle qu'on la cultive. Et que le capitalisme, de crise en guerre et de guerre en crise, se réforme, avec notre aide. Car le capitalisme a bien un avenir, et c'est celui que nous lui assurons, avec les meilleures intentions et les plus légitimes volontés : aider les victimes des crises du capitalisme à les surmonter. Ce qui permet d'en refaire des producteurs, des consommateurs, des contribuables et des épargnants. En somme, de quoi reconstituer après chaque crise ce que chaque crise à détruit : des marchés et des profits. " Capitalisme : no future " ? La gauche a l'optimisme chevillé au corps.

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  • Crise de la social-démocratie : Un théâtre d'ombres

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    Contemplons ce qui constitue aujourd'hui (et depuis au moins deux décennies) la base sociale des partis socialistes et sociaux-démocrates : les jeunes et les salariés du secteur privé y sont sous-représentés, les personnes en situation précaire en sont absentes et les exclus, exclus. Reste une base sociale de rentiers et de fonctionnaires, de cadres moyens et d'universitaires, d'hommes et de femmes aux niveaux de revenu, de fortune et de salaire supérieurs à la moyenne nationale. Qu'attendre d'une telle base sociale, progressiste in pectore et conservatrice (quand elle n'est pas réactionnaire) in facto, trop soucieuse de paraître ce qu'elle voudrait être et qu'elle n'est pas pour risquer de perdre même la possibilité de sa propre schizophrénie ? Qu'elle redéfinisse le contrat social ? Mais pourquoi diable le ferait-elle ? le contrat actuel est le sien, et sa redéfinition dans un sens socialiste ne pourrait se faire qu'au détriment de ses intérêts et de ses acquis... 

    Le petit bourgeois en son miroir

    La petite bourgeoise consacre une énergie et des ressources considérables à dresser entre sa réalité et ses illusions un rideau de scène la voilant à son propre regard : tournés vers eux-mêmes, le petit bourgeois et la petite bourgeoise n'ont qu'une crainte fondamentale : se donner à voir, et, pire, se voir tels qu'ils sont. La classe moyenne se joue comme au théâtre, au cinéma ou à la télévision, et, se jouant, elle surjoue pour remplir cet espace indistinct qu'elle occupe, entre un prolétariat dont elle nie l'existence (jusqu'à réussir, parfois, et pour un temps, à ce qu'il se nie lui-même), pour nier le risque qui constamment pèse sur elle de " retomber "  dans la " classe inférieure ", et une classe dominante dont elle singe les comportements (ou ce qu'elle en perçoit) sans disposer des ressources de ces comportements. Ne se voulant pas dominée, mais l'étant tout de même, et ne pouvant être dominante, mais se rêvant telle (et affirmant l'être par le nombre, quitte à tordre les statistiques), la classe moyenne pète toujours plus haut que son cul. Adhérant totalement au primat du signe social d'intégration, elle ne craint rien tant que perdre les signes extérieurs d'une richesse dont elle ne dispose pas et d'un pouvoir qu'elle ne détient pas. Le grand projet du petit bourgeois n'est pas de changer la société, mais de changer de place dans la société, ou à tout le moins de sauvegarder la place qu'il y occupe.  Et c'est faute de pouvoir le convaincre qu'ils sont capables de réaliser ce projet, et de sauvegarder cet acquis, que les partis socialistes et sociaux-démocrates voient leurs bases sociales et électorales petite-bourgeoises s'effriter, après que leur ancienne assise populaire se soit réduite à une survivance.

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  • Trois questions en une : "Etre socialiste en Suisse aujourd'hui"

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    Ce soir mardi (à 20 heures à l’Université Ouvrière, place des Grottes, au cas où…), le président du Parti socialiste suisse, Christian Levrat, exposera ce que signifie, selon lui, « être socialiste en Suisse aujourd’hui ». Ce qui sera répondre à trois questions : que signifie « Etre socialiste » ?, que signifie « Etre socialiste en Suisse » ?, et que signifie « être socialiste aujourd’hui » ?. Trois questions auxquelles on ne peut, sauf à se contenter de lieux communs, se contenter de répondre par de vagues références à la « Justice sociale » ou à la démocratie –non que la Justice sociale et la démocratie ne soient pas menacées, mais parce qu’elles ne sont plus et depuis longtemps récusées comme références. Quand tout le monde se dit démocrate, et que personne ne prône l’injustice sociale, ça veut dire quoi, « être socialiste en Suisse aujourd’hui », camarade président ?  

     

    To be or not to be socialist

    « Liberté, Egalité, Fraternité » : que ces trois mots aient été apposés chez nos voisins sur des bâtiments publics dont l’usage en fut et en reste la négation (des casernes, des prisons, des asiles psychiatriques…) n’enlève rien à leur origine et à leur contenu révolutionnaire, et à cette évidence que ce contenu n’est pas limité au pays qui l’a produit, avant que de l’exporter. Mais qu’il n’y ait plus aucune force politique consistante (passons sur les derniers carrés staliniens ou d’extrême-droite) pour les récuser, brouille les lignes de différenciation entre projets politiques. Or ce qui justifie la permanence d’un mouvement politique est bien ce qui le différencie des autres. Qu’est-ce qui aujourd’hui différencie un socialiste d’un libéral, d’un démocrate-chrétien, d’un radical ? La référence à la « liberté », autrement dit à la démocratie pluraliste ? à l’égalité (au sens de la justice sociale) ? à la fraternité (ou, depuis la reconnaissance –tardive- de l’humanité des femmes, à l’adelphité) ? L’égalité seule pose problème, et c’est précisément pour cela qu’on la contourne, ou l’affadit, en se contentant d’évoquer l’ « égalité des droits »). Or poser la question de l’égalité, c’est poser celle de la propriété. On rappellera alors que ce qui a, fondamentalement et originellement distingué, jusqu’à la rupture et à l’affrontement, le socialisme des différents courants démocratiques « bourgeois », c’est la question de la propriété : être socialiste, en Suisse comme ailleurs, c’était refuser que la propriété privée s’impose aux droits collectifs. Où en sont, aujourd’hui, les socialistes (en Suisse comme ailleurs) sur cette question ? A l’enterrer, à la fuir, ou à y répondre comme des socialistes, et pas seulement comme des démocrates de gauche ?

     

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