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  • Frambois, station terminus

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    Des mesures de contrainte à la contrainte sans mesure

    Deux hommes incarcérés à Frambois en attente de leur expulsion ont tenté, fin septembre, de se suicider -l'un en s'immolant par le feu, l'autre en se pendant. Le premier avait été débouté de l'asile, la demande d'asile du second avait été frappée d'une non-entrée en matière. Les deux hommes ont été reconduits en prison, apès un bref séjour en hôpital psychiatrique. La Ligue suisse des droits de l'Homme voit dans ces deux tentatives de suicide la marque de la détérioration constante des conditions de détention dans la " prison pour étrangers " de Frambois. On y verra aussi la conséquence directe d'une détérioration non moins constante : celle de la politique d'asile de la Suisse. Station terminus du processus de refus d'asile, Frambois en est le dépotoir, et le symbole.


    Autodestruction

    La Ligue des droits de l'Homme exhorte les autorités à renforcer l'encadrement médical, et en particulier l'encadrement psychiatrique à Frambois. La Ligue demande en outre que les mesures de contrainte ne soient pas utilisées contre des personnes souffrant de troubles mentaux ou d'un état de santé particulièrement dégradé. Ça devrait en effet être le minimum exigible d'un Etat de droit -mais les déboutés de l'asile ont-il encore des droits ? A Frambois sont stockés avant expulsion des gens qui sont le plus souvent dans la plus grande incertitude sur à leur sort. Quelques trafiquants, certes, mais surtout des immigrants clandestins et des travailleurs au noir, punis avec bien plus de sévérité que ceux qui les exploitaient. Ces hommes vont être expulsés, lorsque des accords de réadmission ont été conclus, vers des pays qu'ils s'empresseront de fuir à nouveau. Certains ont déjà été expulsés trois fois de Suisse. Ceux-là sont prêts à tenter autant de fois leur chance, ou leur malchance, qu'il faudra. Aucune mesure de " dissuasion " ne les dissuadera, aucune prison ne les retiendra, aucune interdiction d'entrée ne les empêchera d'entrer. Ils sont le signe même de la profonde imbécillité des politiques d'immigration restrictives -qui ne réduisent l'immigration légale qu'en multipliant l'immigration illégale, et de la gestion policière et bureaucratique du droit d'asile. De tout cela, Frambois est le concentré, et les suicides à Frambois, le prix. Après la destruction du droit d'asile en Suisse par les majorités gouvernementale, parlementaire et populaire de ce pays, il ne restait plus, pour parfaire une politique nauséabonde, qu'à attendre l'autodestruction des requérants d'asile. On y est.

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