• Abolition de l'impôt anticipé sur les obligations : La victoire des minoritaires

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    david-and-goliath-shane-robinson.jpgLes mêmes fronts qui se sont constitués sur la contre réforme de l'AVS se sont aussi constitués sur l'abolition de l'impôt anticipé -mais avec un résultat inverse : là, la Romandie, les femmes et la gauche ont majorisé l'Alémanie, les hommes et la droite. Cette victoire à 52 % (à 58 % à Genève, à 64 % dans le jura) ne console pas de cette défaite à 49,5 %, mais elle encourage à continuer à mener les combats qui nous importent. Elle avertit le patronat de ne pas aller trop loin dans la distribution de cadeaux fiscaux dont la population ne profite pas. Un avertissement d'autant plus sérieux qu'il en suit d'autres, encore plus clairs. Le discours apologétique sur l'attractivité de la Suisse, menacée par l'impôt, passe mal, même auprès de la droite : si la gauche a massivement voté contre l'abolition de l'impôt anticipé (à 82 % chez les socialistes, à 77 % chez les Verts), la droite ne l'a soutenue qu'assez mollement : selon un sondage Tamedia de sortie des urnes, 47 % des Verts libéraux, 43 % des udécistes, 40 % des centristes et même 23 % des PLR ont refusé de suivre le mot d'ordre de leurs partis. Comme on le rappelait à propos du résultat de la votation sur AVS21 : la gauche est minoritaire dans ce pays -elle ne gagne que quand elle attire à elle une partie de la droite. ça ne signifie pas qu'il faille mener une politique centriste -seulement qu'il faille être clairs dans no discours, cohérents dans nos actions.

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  • Contre-réforme du système de retraite : Nächster Schritt: 70 Jahre für alle

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    Capture d’écran 2022-09-25 204443.jpgDeux traditions ont pris du plomb dans l'aile gauche, hier : jusqu'à ce dimanche, toutes les réformes proposées de l'AVS, même celles repoussant l'âge de la retraite, prévoyaient une augmentation des rentes -pas AVS 21. Et jusqu'à ce dimanche, toutes les réformes de l'AVS combattues par la gauche avaient fini par être refusées par le peuple -pas AVS 21. Il ne nous aura pas manqué grand'chose pour gagner : AVS21 n'a été acceptée qu'à moins de 35'000 suffrages près, en étant refusée en Romandie et au Tessin et, sans doute, vu l'écart réduit entre les "oui" et les "non", par les premières concernées. Röstigraben, vous avez dit Röstigraben ? Mais les hommes alémaniques (sauf les Bâlois et les Schaffhousois) ayant réussi à contraindre les femmes (romandes, alémaniques, tessinoises) à travailler un an de plus pour des salaires toujours inférieurs à ceux des hommes (tessinois, alémaniques, romands), il n'en faudrait pas déduire que le débat est clos, le combat terminé, et l'AVS définitivement reconfigurée... Pour la droite, la prochaine étape, en suisse-allemand dans le texte, c'est celle de la retraite à 70 ans. Et pour la gauche ?

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  • Abolir l'élevage intensif en Suisse ? Pourquoi pas ?

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    élevage intensif.jpgPas la fin du monde

    Elle semblait bien partie pour être acceptée, l'initiative populaire "Non à l'élevage intensif", dont le sort sera scellé dimanche. Le premier sondage Tamedia lui donnait 55 % d'approbation, le doute subsistant cependant sur son acceptation par une majorité des cantons. L'initiative était donnée comme massivement acceptée (à 64 %) dans les villes, plus faiblement dans les agglomérations (54 %), et refusée (à 50 %) dans les campagnes. Et puis, semaine après semaine, le soutien s'est effrité et l'opposition renforcée, et on prévoit désormais qu'elle sera majoritaire. L'initiative donne un délai jusqu'à 25 ans aux exploitations pour se conformer à ses exigences, en se calant sur le cahier des charges de Bio Suisse :  un environnement respectueux, une litière, des possibilités d'occupation, l'accès à un pâturage ou un espace extérieur et la règlementation des importations de viande. Ce sont les élevages de poules pondeuses qui seraient les plus affectées par ces exigences : leur effectif maximum passerait de 18'000 à 4000 poules, le nombre de poules par poulailler ne devrait pas dépasser 2000. Les élevages de poulets de chair, de porcs et des veaux ne seraient en revanche pas touchés. Environ 3000 exploitations seraient concernées par l'imposition d'effectifs maximums, soit 5 % des exploitations d'élevage. C'est peu pour provoquer la fin de la production de viande suisse et la fin du monde de l'élevage...

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    Lien permanent Catégories : animaux, Suisse, votations 1 commentaire
  • Suppression de l'impôt anticipé sur les obligations : Un gros cadeau aux fraudeurs fiscaux

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    Capture d’écran 2022-09-22 010658.jpgOn saura dimanche non seulement si les Suisses auront réussi à obliger les Suissesses à travailler un an de plus pour avoir droit à une (petite) retraite entière, mais aussi si les Suisses et les Suissesses auront en même temps accepté de faire aux fraudeurs et évadés fiscaux le cadeau la suppression de l'"impôt anticipé" sur les obligations, pour les sociétés ayant leur siège en Suisse et les investisseurs domiciliés ou ayant leur siège à l'étranger. La gauche appelle à voter "non" à ce cadeau, la droite  à y voter "oui". Et dans la "Tribune de Genève" de vendredi, elle s'explique, la droite : le comité genevois pour la suppression de cet impôt nous explique que ce n'est "pas vraiment un impôt" et le comité suisse (page 15) qu'il faut le supprimer parce que ça sera "un impôt en moins pour gagner plus". Bon, faudrait savoir : c'est un impôt ou pas ? C'est un impôt. Dont la suppression entraînera d'abord une perte d'un milliard de francs pour la Confédération et les cantons, puis une diminution de recettes allant pendant plusieurs années de 215 à 375 millions de francs par an selon les partisans du projet (la droite), jusqu'à 800 millions selon ses adversaires (la gauche). Soit autant que ce que devrait rapporter le report d'un an de l'âge de la retraite des femmes, soumis au vote populaire en même temps (et en même temps que l'augmentation de la TVA) Le gros cadeau que la droite suisse veut faire aux fraudeurs fiscaux, ce sont les contribuables lambdas qui le paieront. Vous, donc, honnêtes lecteurs...

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  • Faire des économies sur une année de la vie des femmes ?

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    Capture d’écran 2022-09-20 011646.jpgLa faute majeure d'AVS 21

    Dimanche, nous saurons si les Suisses auront ou non imposé aux Suissesses de travailler une année de plus, jusqu'à 65 ans, pour avoir le droit de toucher une rente-vieillesse de premier pilier (l'AVS) inférieure à celle des hommes (comme le sont les rentes de deuxième pilier), 43 % des femmes ne se constituant pas une rente de troisième pilier, le plus souvent faute de moyens financiers pour le faire. Ce vote, s'il n'est pas le "non" auquel nous appelons, s'imposera à  "celles à qui on demande de travailler une année de plus pour toucher au bout du compte la même rente mensuelle qui ne permet même pas de subvenir à leurs besoins", résument dans "Le Courrier" les chroniqueuses Miso et Maso. Et la Conseillère nationale Stéfanie Prezioso rappelle que si AVS 21 rend possible une prise de retraite avant ou après l'âge de référence, la retraite anticipée n'est guère possible que pour celles qui en auront les moyens, et la retraite repoussée une contrainte pour celles qui ne disposeraient que de rentes insuffisantes si elles partaient à la retraite à l'âge de référence. AVS21 garantirait, selon ses partisans, qu'aucune rente mensuelle ne diminuera ? Mais les rentes étant versées un an plus tard aux femmes, et les cotisations prélevées un an de plus, il y a une année de rente en moins, et donc pour les femmes, en moyenne, 26'000 francs en moins. C'est sur elles que la contre-réforme AVS 21 fait des économies. Sur une année de leur vie. Et c'est la faute majeure d'AVS 21 -celle qui, à elle seule, justifie qu'on refuse ce projet. Et qu'on aille, hommes et femmes, voter pour le refuser.

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    Lien permanent Catégories : Femmes, Retraites, AVS, AI, Suisse, votations 0 commentaire
  • Genève : Une Fan Zone pour le "Mondial" de la honte ?

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    Mondial au Qatar.jpgQatarsis

    Du 20 novembre au 18 décembre se tiendra la Coupe du monde de football, au Qatar. A cette occasion, la Ville de Genève proposera, gérée par une société privée,  une Fan Zone hivernale sur la plaine de Plainpalais avec, entre autres, deux tentes chauffées et cinq écrans. Cette initiative de la Ville de Genève, ci-devant capitale mondiale des droits humains, revient à légitimer le choix du Qatar, Etat qui ne respecte aucune des valeurs dont Genève se targue d'être le symbole, comme pays hôte d'une manifestation sportive d'ampleur mondiale, et qui plus est d'une compétition pour un sport dont le Qatar ne cultive aucune tradition (organiserait-on une course de chameaux en Islande ?) et qui sera joué dans des stades dont la construction, et celle des infrastructures liées, aura coûté la vie de milliers de travailleurs. Aujourd'hui, la gauche déposera au Conseil municipal un projet de délibération demandant au Conseil administratif d’utiliser la "fan zone" du Mondial pour une campagne de sensibilisation sur les conditions dans lesquelles le Qatar a été choisi pour accueillir cette compétition, sur ses effets néfastes et sur la réalité des droits humains au Qatar. Parallèlement, et indépendamment, une pétition a été lancée pour que Genève renonce purement et simplement à renoncer à installer une "fan zone" sur la plaine de Plainpalais.

    On signe cette pétition en ligne  sur https://chng.it/mGC8vWPXt7  et sur  https://www.petitionenligne.ch/petition_au_conseil_municipal_de_la_ville_de_geneve__pas_de_fan_zone_pour_le_mondial_de_la_honte

    ou on la télécharge sur https://www.fichier-pdf.fr/2022/09/18/petition-mondial/ pour l'imprimer, la signer et la renvoyer.

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    Lien permanent Catégories : Genève, Sports 2 commentaires
  • Vous n'aimez pas Tanner ? vous n'aimez pas Godard ? vous n'aimez pas Buñuel ? Allez vous faire foutre !

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    Godard.jpgVivre sa mort

    La disparition d'Alain Tanner et celle de Jean-Luc Godard nous auront bien plus peinés que celle d'Elizabeth Windsor. Nous rendions hommage à Alain Tanner, lundi. Nous rendons aujourd'hui hommage à Godard. Qui a choisi le moment de sa mort, n'étant pas homme à l'attendre, mais à la convoquer.  Nous qui étions encore enfants quand faisait exploser A bout de souffle dans les salles françaises, il nous a accompagné depuis que nous avons  pu entrer dans une salle de cinéma pour y voir autre chose que des films pour enfants, et les voir là où le cinéma doit se voir, s'entendre, se vivre. Nous sommes nombreux, cinéphiles, cinéphages, à ne pas avoir été des spectateurs conscient sans Godard. Nous n'avons pas vu A bout de souffle, Le Petit Soldat, Une femme est une femme, Vivre Sa vie, Le Mépris, Bande à part quand ils sont sortis -nous étions trop jeune, on ne nous aurait pas laissés entrer dans la salle. Aurions nous compris ce que nous aurions vu ? Nous les avons pourtant vus, plus tard, en cinéclubs. Le premier Godard que nous sommes nombreux à avoir pu voir en salle, ce fut La Chinoise. Puis One plus one. Et depuis, il n'a cessé, JLG, de nous bousculer,  à la fois incompréhensible et hypnotique,  insupportable et indispensable... "L'important, c'est d'emmerder le monde sans qu'il sache pourquoi"... ce pourrait être de Godard, mais c'est de Buñuel... 

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  • Charles III, sur le trône d'un pays dévasté par la crise :

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     Capture d’écran 2022-09-15 031746.jpgLe totem et la girouette

    La reine d'Angleterre est morte le jour du Jeûne Genevois. On n'y verra aucune intention particulière, pas plus que dans une retraite définitive  prise à l'âge de 96 ans pour laisser sa place à un jeunot de 73 ans (il aura au moins eu le temps de se former): fasse le ciel brumeux des îles Britanniques que cela ne donne pas trop d'idées à la droite helvétique pour les prochaînes réformes de l'AVS. Depuis une semaine, donc, nous sommes submergés d'afflictions médiatiques monarchiques et oedipiennes. Convoqués au deuil. Sommés de nous contrister avec les Britanniques (surtout les Anglais), et d'oublier toutes celles et ceux d'entre elles et eux qui n'en veulent plus, de la monarchie. On comprendra plus aisément l'affliction anglaise, ou britannique, quand on se rendra compte dans quelle situation sont aujourd'hui le Royaume-Uni, la Grande-Bretagne, l'Angleterre. Sur quoi règnera donc désormais, sans gouverner, et sans plus pouvoir dire quoi que ce soit de ce qu'il pense, Charles III... et gouvernera, sans régner et sans rien penser avec constance, Liz Truss,  qui fut européiste avant de devenir brexiter (mais après la victoire du Brexit), républicaine avant de se conformer au monarchisme (encore) dominant, libérale-démocrate avant de devenir conservatrice quand il valait mieux, électoralement, l'être. Un totem et une girouette : pour affronter le gros temps, les Britanniques devront trouver mieux. D'ailleurs 27 % des Britanniques, et 41 % des jeunes de 18-24 ans se disent déjà républicains.

     

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  • Disparition d'Alain Tanner et de Jean-Luc Godard

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    Capture d’écran 2022-09-13 003414.jpgCelui qui nous parlait de nous

    Avouons-le : la disparition d'Alain Tanner, dimanche, et celle de Jean-Luc Godard, aujourd'hui, nous ont bien plus attristé que celle d'Elizabeth Windsor, il y quelques jours auparavant. On reparlera de Godard, parlons de Tanner... Il fut celui qui à beaucoup d'entre  a fait découvrir un cinéma suisse (et souvent même très genevois...) dont, avouons-le humblement, nous nous ne doutions même pas qu'il pût exister... Charles mort ou vif, et presque en même temps Le Fou de Goretta, La Pomme de Soutter annonçaient la discrète naissance d'un cinéma nous parlant de nous -et en parlant à d'autres que nous. Il y eut ainsi un cinéma suisse en français -il y en avait certes déjà un en allemand, ou en suisse-allemand, mais quels films en voyions nous ? Dans les films de Tanner, c'est nous que nous retrouvions. Nous avons marché dans les Rues Basses avec Bulle Ogier, à la pointe de la Jonction avec Karin Viard, à Lisbonne avec Bruno Ganz, en Irlande avec Trevor Howard. Nous avons attendu Max avec François Marthouret. Nous avons traversé la Suisse avec Clémentine Amouroux et Catherine Rétoré en Messidor, et la Vallée fantôme avec Jean-Louis Trintignant, pour nous retrouver au Milieu du Monde avec Philippe Léotard. Comme une sorte de rêverie du cinéaste solitaire -il y avait du Rousseau dans Tanner. Et peut-être du Voltaire dans Godard ?

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  • Un fonds pour rendre possible la transition écologique de la Suisse

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    deforestation_01.jpgIl y a urgence

    Le dérèglement climatique, et ses conséquences non seulement environnementales mais aussi sociales, est sans doute le plus grand défi que toutes les sociétés humaines, toutes leurs collectivités, publiques ou privées, ont désormais à relever. Ce pourquoi des investissements considérables, à tous les niveaux, sont nécessaires. Pour les rendre possibles en Suisse, le PS et les Verts lancent ensemble une initiative populaire* pour la création d'un "fonds climat", afin de permettre à la notre pays de se débarrasser le plus rapidement et le plus totalement possible des énergies fossiles (uranium compris), de se soustraire aux chantages des oligarques et des autocrates, et d'investir entre 0,5 et 1 % de son produit intérieur brut dans la transition écologique et sociale : encourager l'utilisation d'énergies renouvelables (notamment l'énergie solaire) et les économies d'énergie (notamment par l'assainissement des bâtiments publics), renforcer la sécurité de l'approvisionnement énergétique par le développement de la production nationale d'électricité, et développer les transports publics. Tous développements créateurs d'emplois utiles -d'autant que le fonds climat proposé financera aussi une campagne de formation et de formation continue afin de lutter contre la pénurie de main-dʼœuvre qualifiée. Nous avons jusqu'au 6 mars 2024 pour réunir les 100'000 signatures. Il y a urgence à agir, il y a urgence à signer.
    C'est par ici qu'on signe : https://www.sp-ps.ch/fr/campagne/fondsclimat/?src=spsnl220906

     

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  • Inauguration à Onex du square Violeta Parra

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    img052.jpgVioleta, presenta !

    Hier, à Onex, à l'initiative de la Municipalité, était inauguré le square Violeta Parra. Un square en honneur d'une icône de la poésie, de la chanson, de l'expression artistique populaire chiliennes, et, au-delà, latino-américaines, pourquoi ? Parce que Violeta Parra a une histoire à Genève, et que sa fille et sa petite-fille en ont une à Onex.

    Violeta est arrivée à Genève en 1963 avec son compagnon, Gilbert Favre. Elle s’installa chez lui, dans son gourbi du 15 de la rue Voltaire, démoli depuis, et sur le lieu duquel une plaque a été apposée en son honneur par Madame Michèle Bachelet. Son fils Angel et sa fille Isabel repartirent à Paris. Sa fille Carmen-Luisa et sa petite-fille Cristina, "Tita" restèrent à Genève. A Onex. Dans la famille de l'auteur de ces lignes. Parce que dans la «Cour des Miracles» du 15 rue Voltaire, nul autre que Gilbert et Violeta ne pouvaient vivre – et surtout pas des enfants. Angel et Isabel rentrèrent au Chili en 1964, pour y créer La Pena, qui fut l'un des berceaux de la nouvelle chanson chilienne. Violeta, Carmen-Luisa, Tita, restèrent encore quelque temps à Genève et à Onex, puis repartirent, elles aussi au Chili. Où Violeta créa La Carpa, un deuxième berceau de la nouvelle chanson chilienne.

    Un jour est donc arrivée chez nous une femme qui ne ressemblait à aucune de celles qu’on connaissait, d’un pays dont on avait à peine entendu parler. Elle s’appelait Violeta Parra. Elle venait avec son fils Angel et sa fille Isabel, confier quelque temps à nos parents sa fille Carmen-Luisa et sa petite-fille Tita (pour Cristina), qu’on appelait Titina. Comment nous était-elle arrivée, Violeta? Sans doute par les mêmes réseaux qui avaient amené chez nous des Algériens pendant la guerre d’Algérie et des Guinéens pendant la décolonisation. Des réseaux communistes, du moins à l’origine, et dont nos parents, qui avaient été membres du Parti du Travail, étaient restés proches. Il y avait, dans ces réseaux, quelque chose d'un sentiment non calculé de fraternité...  Violeta Parra avait été, brièvement, en 1946, membre du PC chilien – et elle en était restée proche. Et ce n’étaient certainement pas des cercles culturels de droite qui, lorsqu’elle vint en Europe, organisaient pour elle des expositions et des concerts… Les 9, 11 et 17 mars, au Théâtre de la Cour Saint-Pierre, l’«Ensemble Violeta Parra» donnait un récital de «chants et danses du Chili et des Andes». L’Ensemble? La famille, la tribu: Violeta, Isabel, Angel, Carmen-Luisa, Tita…

    Nous ignorions tout de Violeta Parra lorsque sa fille Carmen-Luisa et sa petite fille Tita nous arrivèrent. Et si nous ignorions tout du Chili, ce n’était pas seulement dû à une ignorance propre à notre âge, ni à l’éloignement du Chili, c’était que le Chili n’était dans l’agenda, dans les préoccupations, dans les urgences de personne, ici, dans les années soixante; il ne le deviendra que par la tragédie de la décennie suivante. Mais quand Carmen et Tita nous vinrent, on a regardé une carte, on a vu un interminable ruban courant le long de l’Amérique du sud, entre l’océan et les Andes : le Chili. Et on nous a dit que le président du Chili (Eduardo Frei) était un peu suisse... ce qui ne nous a d'ailleurs guère bouleversé. Tout cela  ne nous disait pas grand chose du Chili – les chants de Violeta nous dirent le reste, tout le reste. Ce qu’il fallait en savoir. Son histoire, sa terre, les luttes de son peuple, les rêves de ses femmes et de ses hommes : "Yo canto la diferencia / Que hay de lo cierto a lo falso". Et ce que les chants de Violeta ne disaient pas, ou qu’on ne comprenait pas, ses dessins, ses peintures, ses tissages, ses sculptures, ses jouets le montraient. Surtout, on a appris qui était Violeta. Et que le 15 rue Voltaire pouvait bien, et pas seulement pour les conditions de vie qui y régnaient, porter le surnom de «Cour des Miracles». Parce qu’elle était l’un de ces miracles,  Violeta. Comme cette autre, qui fréquentait aussi le 15 rue Voltaire -et qui attend toujours sa rue, à Genève : Grisélidis Réal... Au 15 rue Voltaire, Violeta écrivait, chantait, dessinait, brodait, sculptait, tissait, fabriquait des jouets. La poétesse, la musicienne, l’amoureuse, la militante, c’était tout une : «… y el canto de ustedes que es el mismo canto, y el canto de todos que es mi proprio canto».

    En 1965, Violeta revint au Chili. Gilbert l’y rejoignit. Et en repartit. En 1967, Violeta se donnait la mort à cinquante ans : "sa mort choisie fut aussi un acte de rébellion», dira Luis Sepúlveda. "No doy a nadie el derecho", "je ne donne à personne le droit", avait écrit le frère de Violeta, Nicanor, l'un des plus grands poètes chiliens, mort à 103 ans, il y a quatre ans.  Cinquante ans après sa soeur. Qui, elle non plus, ne donnait à personne le droit de lui dire ce qu'il fallait dire, ou de pas dire.

    Que nous en reste-t-il, soixante ans plus tard? Quelques objets (des disques, une marionnette, l’affiche d’un concert de Violeta, son fils, ses filles et sa petite-fille), quelques souvenirs, ceux de la présence de Carmen Luisa et de Tita,  des mélodies, des mots… ceux de Violeta, ceux sur Violeta. Ceux, par exemple, de Luis Sepúlveda: «Pour moi et, je crois, pour beaucoup d’hommes et de femmes de ma génération, ‘la Violeta’ est un ange laïc, une icône de rébellion, de non-conformisme et d’amour pour son peuple». Ou, comme le chante Violeta Parra elle-même, d'elle-même,

    Hoy es su canto un azadón Que le abre surcos al vivir/ A la justicia en su raíz/ Y a los raudales de su voz
    (Aujourd'hui son chant est une herse
    qui ouvre des sillons à la vie
    à la justice dans ses bases
    et aux épanchements de sa voix)

    Violeta, presenta !

     

     

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  • Soutien à des associations "dégrappeuses de bitume" : "TOUS LES MOYENS, MÊME LÉGAUX"

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    bagnole en ville.jpg

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  • Projet de budget 2023 de la Ville de Genève :  Faire notre boulot...

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    Le Conseil administratif de la Ville de Genève a présenté à la presse et à la commission  des Finances du Conseil municipal son projet de budget 2023 -il sera transmis au plénum du Conseil municipal dans deux semaines, pour renvoi aux commissions (celle des Finances et les commissions spécialisées), qui vont l'étudier et, le cas échéant, proposer de l'amender., avant de transmettre un projet définitif au Conseil municipal qui, en décembre, pourra encore l'amender (sans accroître le déficit). Grosso modo, le projet maintient les prestations à la population, les droits du personnel (indexation de 2 % et mécanismes de progression salariale) et les investissements (180 millions), et présente un déficit de 33 millions, pour des charges de 1,285 milliards (inférieures à celles de villes comme Lausanne ou Berne, pourtant moins peuplées que Genève), en grande partie causé par la hausse des coûts de l'énergie. Les revenus de la Ville (1,252 milliards) sont supposés augmenter, à en croire les prévisions de l'administration fiscale cantonale, de près de 17 millions de francs entre ceux liés aux personnes physiques, aux personnes morales et à la taxe professionnelle (que la droite voudrait supprimer, et qui rapporte plus de 100 millions à la Ville). Ce qui justifie un budget public (comme autorisation de dépense, pas comme obligation de dépenser...), c'est sa capacité à répondre aux besoins de la population. A en juger par une première lecture, cursive, du projet de budget de la Ville de Genève élaboré par le Conseil administratif, et que le chef des Finances municipales, Alfonso Gomez, qualifie de "compliqué", ce projet répond à ces besoins, et donc à la fonction qui est la sienne. Il mérite donc évidemment d'être étudié -c'est d'ailleurs la première des fonctions des élus du Conseil municipal : un refus d'entrer en matière sur un projet de budget n'est rien d'autre qu'un refus de conseillers municipaux faire le travail pour lequel ils ont été élus.

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  • Le sort de l'AVS entre les mains des femmes ?

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    Capture d’écran 2022-09-03 182913.jpgEt la solidarité, bordel ?

    Le 25 septembre, le sort de la contre-réforme ("AVS 21") du système suisse de retraite serait-il  entre les mains des femmes ? C'est ce que nous suggèrent les sondages, qui indiquent un refus majoritaire de la réforme chez les femmes, et une acceptation majoritaire chez les hommes. Que les femmes en décident serait peut-être justice, puisque ce sont à elles, au double titre de cotisantes à qui on demande d'attendre un an de plus pour toucher une rente, ce qui signifierait pour elle une perte moyenne de rente de 26'000 francs, alors que leurs salaires et donc leurs rentes sont inférieures à celles des hommes et qu'au moins un quart d'entre elles n'ont que celle de l'AVS pour survivre au moment de leur retraite. Que les femmes décident serait peut-être  justice, mais serait aussi, pour les hommes, se défausser de la responsabilité d'un choix politique majeur sur les femmes. Et oublier le maître mot du système de l'AVS : la solidarité -entre les générations, entre les genres, entre les régions, entre les activités. Entre ceux qui ont plus et celles qui ont moins.

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