Gratuité des  transports publics genevois : socialement et climatiquement urgente

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TPGneige.jpgUne initiative populaire cantonale a été lancée à Genève par les jeunesses des partis de gauche, pour la gratuité des transports publics et le financement de cette gratuité "principalement par les mesures fiscales usuelles". L'initiative genevoise suit d'autres initiatives lancées (et qui ont abouti) dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel, et tient compte des expériences faites ailleurs, en Europe et aux USA. Une première initiative avait déjà été lancée à Genève, et avait abouti, mais avait été refusée en 2008. Le contexte et l'ambiance générale ont cependant beaucoup changé depuis : à quelques climatonégationnistes près, la conscience de la dégradation de l'environnement et des conditions de vie de l'espèce humaine, due au réchauffement climatique, est désormais partagée très largement, comme la conscience que la gravité de la situation exige des mesures radicales, dans un délai beaucoup plus court que ceux sur lesquels les conférence climatiques internationales, les COP, sont, difficilement, tombées d'accord (en apparence). La gratuité des transports publics peut être l'une de ces mesures d'urgence -en sus de se justifier, socialement, en elle-même.

Le délai de renvoi des signatures pour l'initiative genevoise est fixé au 18 juillet. C'est par ici qu'on télécharge une feuille de signature : https://ge.juso.ch/actuel/tpgratuits/

Etendre à toutes et tous ce qui n'est encore que le privilège de quelques un.e.s

L'initiative genevoise, comme celles qui l'ont précédée ailleurs, entend répondre à deux enjeux : l'enjeu environnemental et l'enjeu social. Deux enjeux qui sont aussi deux urgences : les transports individuels représentent à eux seuls 29 % des émissions de CO2 en Suisse, et comme les transports publics sont vingt-huit fois moins polluants que l'automobile individuelle, le développement de leur usage permettra à la fois de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d'améliorer la mobilité dans les zones urbaines, en désengorgeant les routes. Mais on sait d'expérience (celle du mouvement français des "gilets jaunes" n'étant pas la moins éclairante) que des réponses à l'urgence climatique qui ne tiennent pas compte de l'urgence sociale, et dont le coût est reporté sur l'ensemble de la population sans tenir compte des inégalités de situation, sont refusées par la population -et ratent donc totalement leur cible : là, c'est l'exemple du refus par le peuple suisse de la loi CO2 qui est porteur d'enseignement. La gratuité des transports publics financée par l'impôt progressif répond ainsi à l'enjeu de l'acceptation sociale des mesures de lutte contre la dégradation climatique : le prix des transports pèse très lourd, actuellement, sur les budgets des personnes et des familles aux revenus modestes, mais, s'agissant des transports publics, quasiment rien dans celui des plus riches -qu'ils contribuent à le rendre aussi supportables aux autres qu'il leur est n'aurait rien de scandaleux...

La gratuité de leur offre devrait faire perdre, en gros, un tiers de leurs recettes aux TPG, soit 157 millions de francs par année, mais, en même temps, faire économiser 40 millions à l'Etat (soit 30 millions de déductions fiscales) et 10 millions aux TPG eux-mêmes (coût du système de billetterie et des contrôles). Sans compter le coût, pour l'Etat, de la répression absurde de la resquille (cette répression coûte beaucoup plus cher que la resquille elle-même). Sans compter non plus ce que le canton, la Ville, d'autres communes, des entreprises publiques, paient déjà pour offrir aux députés, aux conseillers municipaux, aux cadres, des abonnements gratuits : au fond, on étend à toutes et tous ce qui n'est encore que le privilège de quelques uns et de quelques unes...

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté en Suisse pour proclamer l'urgence climatique. celle d'une transition écologique et économique qui soit aussi une transition sociale. La gratuité des transports publics est l'un des éléments de mise en oeuvre de ces transitions, indissociables les unes des autres. Elle est à conjuguer avec d'autres mesures (la piétonnisation, la végétalisation, les circuits économiques courts, la réduction du temps de travail), mais elle n'est pas accessoire : les mouvements sociaux qui proclament l'urgence climatique et l'urgence sociale proclament du même coup l'environnement comme un bien commun : en faire autant des transports publics, ce n'est après tout que donner tout son sens au qualificatif "public"

 

Commentaires

  • Non, vingt fois non !

    1) Tout d'abord, entre les familles à revenus modestes et ceux des plus riches, il existe une majorité de foyers qui appartiennent à la classe moyenne (dont je fait partie) et qui, par leurs impôts, financent déjà des prestations pour lesquelles ils n'auront jamais accès (subsides pour l'assurance-maladie, le logement, etc.). Si vous arrivez à me chiffrer mon augmentation d'impôts, à mettre en parallèle avec les CHF 500.- d'abo Unireso économisés, alors je veux bien commencer à discuter.
    2) Vous citez les économies réalisées par l'Etat. Vous ne citez pas les investissements et les frais de fonctionnement occasionnés par l'augmentation de l'offre des TPG. Car le but premier de votre raisonnement est quand même d'opérer un transfert du mode de transport privé vers le public, donc une augmentation nécessaire de la capacité.
    3) Les villes américaines d'importance qui ont tenté l'expérience sont vite revenues en arrière. Seattle et Portland en sont les exemples les plus frappants (et encore, l'offre gratuite était réduite à un périmètre restreint). Il s'agissait pourtant de villes qualifiées de progressistes. En Europe, la gratuité pour des villes comparables à Genève existe également, mais pour une offre restreinte (soirée, weekend). Montpellier va tenter la gratuité totale à partir du 2e semestre 2023. A voir.

    Bien à vous.

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