Boutcha, Trostianets, Marioupol... La sale guerre de Poutine

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Boutcha.jpgA Boutcha, abandonnée par les Russes, des corps de civils, hommes et femmes, jonchaient les rues, parfois à côté de leur vélo ou de leur voiture, certains, une balle dans la nuque, ont les mains attachées dans le dos. Tous n'avaient pas, lundi, été retrouvés : il y en avait encore dans les cours, les jardins, les caves. A Marioupol, privée d'électricité, de chauffage, d'internet, de téléphone et d'eau courante, le corridor humanitaire qui devait être mis en place pour permettre aux civils de quitter la ville n'a pas pu être organisé, le cessez-le-feu n'ayant pas été respecté, et les convois humanitaires se sont retrouvés sous les bombes. La Mairie déclare ne plus pouvoir ramasser les corps dans les rues. A la périphérie de Kyiev (Kiev), on ne les ramasse plus sans s'être assuré qu'ils n'ont pas été piégés. Human Right Watch dénonce des viols, des meurtres, des tortures, une "cruauté et une violence délibérée à l'encontre des civils ukrainiens" avant le départ des forces russes et de leurs supplétifs. Amnesty International fait en outre état d'usage d'armes proscrites par le droit international, comme des bombes à sous-munition. On ne sait pas, pas encore si ces crimes (que le pouvoir russe, relayé sur les réseaux par des sites d'extrême-droite, nie, qualifie de "mise en scène" et attribue aux "nazis ukrainiens") sont des crimes de guerre qu'on pourrait n'imputer qu'à des soudards ivres, sans encadrement et furieux d'avoir été repoussés, ou des crimes contre l'humanité commis sur ordre de la hiérarchie militaire, voire politique. Ce sont en tout cas des crimes, qui qualifient la guerre déclenchée par  Poutine : sale, très sale.

"Ce n'est pas d'être russes que nous avons honte, c'est que Poutine soit russe"

"Dites-nous combien d'Ukrainiens ont besoin d'être tués, combien de mains, de jambes, de têtes ont besoin de s'envoler pour que vous nous entendiez !", avait lancé le 3 mars le président ukrainien Volodymyr Zelensky aux "Occidentaux". Il n'y a pas de guerre propre mais il y a des guerres plus sales que les autres, et les guerres d'invasion sont de celles-là, comme les guerres coloniales. Or on n'en juge les fauteurs que si leurs guerres ont été perdues, et qu'ils ne sont pas trop puissants pour échapper à toute sanction. Un peu de mémoire ne nuit pas : des Etats qui condamnent aujourd'hui les actes des forces envoyées par le régime russe en Ukraine, nombreux sont ceux qui en ont commis de semblables -et au nombre de ces Etats criminels de guerre, figurent les plus importants de ceux qui s'indignent des massacres de ces dernières semaines, et, ces derniers jours, de celui de Butcha : les commémorations des accords d'Evian mettant fin à la Guerre d'Algérie ont été l'occasion, notamment dans d'excellents programmes  documentaires télévisés, de rappeler les crimes commis par l'armée française lors d'un conflit que la France officielle refusait de considérer comme une guerre avec autant de mauvaise foi que la Russie officielle refuse de considérer son "opération militaire spéciale" en Ukraine pour ce qu'elle est : une sale guerre d'invasion. Il y a de la posture et de l'hypocrisie dans la dénonciation de Poutine comme criminel de guerre par des gouvernants, tel le Chancelier allemand Olaf Scholz, qui demandent une enquête pour crimes de guerre mais refusent de renoncer à acheter du gaz et du pétrole russe, en sachant pertinemment que cet achat finance la guerre de Poutine et donc les crimes de guerre qui l'accompagnent.

Poutine et ses exécutants sont des criminels de guerre et devraient être jugés en tant que tels, voire pour crimes contre l'humanité. Mais jugés par qui ?  on ne juge jamais pour leurs crimes de guerre ou leurs crimes contre l'humanité que des vaincus ou des perdants (et encore, pas tous : il faut qu'ils ne soient pas d'entre les plus "grands" -les Américains n'ont pas été jugés après le Vietnam, ni les Français après l'Algérie). Tant que Poutine et ceux qui le secondent seront au pouvoir en Russie, puissance nucléaire et membre permanent du Conseil de Sécurité, ils seront au bénéfice de l'immunité que leur accorde ce pouvoir et cette puissance. Il faut donc qu'ils les perdent -mais qui pourrait les leur faire perdre, sinon les Russes ?

"Les autorités russes devront répondre de ces crimes", a twitté Macron ? Les autorités russes, pas les Russes. Il n'y a pas de culpabilité collective du peuple russe pour les crimes du pouvoir même si, selon un sondage récent, plus de 80 % des Russes le soutiendraient. Un soutien ? Une résignation, plutôt. Une résignation que brise l'opposition à la guerre, si minoritaire qu'elle soit. Il faut les entendre, ces Russes qui refusent d'être mis dans le même sac que Poutine. De ces Russes qui, comme le proclamait une de leur pancarte dans une manifestation (réprimée, bien sûr), n'ont pas "honte d'être russes, mais honte que Poutine le soit". Samedi, dans 17 villes russes, des manifestants ont protesté, et dans une trentaine d'autres villes tenu des sit-in, contre l'invasion russe de l'Ukraine. Des centaines d'entre eux ont été arrêtés. Depuis le 15 février, 15'000 personnes ont été arrêtées en Russie pour avoir dénoncé l'invasion de l'Ukraine.

Nadia Sikorsky, éditrice publiant le quotidien en ligne "Nasha Gazeta", pense "aux Allemands qui étaient contre la guerre, que personne n'écoutait et qui étaient mis dans le même panier que les autres", les nazis. La Nouvelle Gazette de Moscou, dernier grand journal d'opposition encore autorisé en Russie, a décidé de cesser de paraître jusqu'à la fin de la guerre en Ukraine, pour dénoncer la censure qui la frappe. Au début de la guerre, sa "Une" était noire, le journal dénonçant la guerre (en russe et en ukrainien). Les opposants à la guerre se sont fait entendre avant même qu'elle commence en Ukraine : en janvier, des intellectuels, des artistes, des scientifiques et d'autres citoyennes et citoyens adressaient à Poutine une lettre lui demandant de ne pas envahir l'Ukraine, affirmant qu'une guerre entre la Russie et l'Ukraine, déclenchée par la Russie, serait "immorale, irresponsable et criminelle", dénonçant la manipulation  de la population par une propagande destinée à lui faire accepter l'idée d'une "guerre sacrée contre l'Occident", une guerre dépourvue de "tout fondement ou de finalités morales", que la population russe va "payer de son sang". Et la Prix Nobel biélorusse Svetlana Alexievich signe la lettre ouverte de Pen International, condamnant une "guerre insensée", 

Enfin, les organisations féministes russes appellent, dans un manifeste, les femmes à dénoncer la guerre, "synonyme de violence, de pauvreté, de déplacements forcés, de vies brisées, d'insécurité et d'absence d'avenir" : cette guerre "déclenchée par les dirigeants de notre pays (...) anéantit des années de progrès vers le respect des droits humains. La guerre apporte non seulement la violence des bombes et des balles, mais aussi la violence sexuelle".  L'écrivain Mikhaïl Chichkine, dans une lettre ouverte, début mars, constate que son pays, "la Russie, aujourd'hui, est assimilée non à la littérature et à la musique russe, mais aux enfants sous les bombes". Mais ne perd pas espoir : "Le dictateur, tôt ou tard, termine sa vie misérable et inutile, et la culture continue : ainsi en a-t-il toujours été, ainsi en sera-t-il après Poutine". Son procès se prépare : la Cour pénale internationale enquête, l'Union Européenne aussi, l'ONU aussi, sa Haute-Commissaire aux droits de l'Homme, Michelle Bachelet appelant à préserver "toutes les preuves" de "possibles crimes de guerre". Reste le peuple russe : le seul juge légitime du pouvoir russe, c'est lui.

Pour son action du 1er Mai, le Solifonds, appelle à soutenir l'opposition russe à la guerre : "Au-delà de l'aide humanitaire directe, nous voulons soutenir les forces progressistes (syndicats, initiatives populaires, mouvements féministes) qui refusent la logique nationaliste et militariste"

https://www.fr.solifonds.ch/aktion-berblick-1/non-a-la-guerre

 

 

 

 

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