Les "vieilles histoires" des banques suisses

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blanchiment.jpgDirty business as usual

Les révélations de #SuisseSecrets ? Des "cas particuliers", quelques "cas problématiques" datant d'une "époque révolue" et qu'il était "difficile d'éviter", assure le patron de la banque genevoise Lombard & Odier (213 milliards de  francs de dépôts privés en 2021, 25 milliards de plus en un an, 358 milliards si on y ajoute les dépôts d'autres institutions financières) Patrick Odier, ancien président de l'Association suisse des banquiers. Qui ne voit aucune raison de changer quoi que ce soit à la loi qui menace de prison ceux qui rendraient publiques des informations comme celles de #SuisseSecrets. Crédit Suisse et la Fondation Genève Place Financière tiennent le même discours : circulez, y'a rien à voir que de vieilles histoires pas intéressantes. De vieilles histoires, vraiment ? En fait, Business as usual...

La kleptocratie et la corruption peuvent donc continuer à prospérer en Suisse

160 journalistes de 148 media de 40 pays ont oeuvré à la constitution du dossier "#SuisseSecrets, en analysant des données "fuitées" sur 18'000 comptes. Mais d'entre ces journalistes, pas un seul Suisse. Parce qu'une loi scélérate (l'article 43 de la loi fédérale sur les banques) menace de prison quiconque transmet une information confidentielle sur des comptes bancaires. On a là affaire, de toute évidence, à une loi de censure. Et qui fonctionne comme une loi d'autocensure : rien n'empêche un medium de publier les informations dont la loi punit la publication (il n'y a pas de censure préalable), mais les ministères publics sont, en principe, tenus de poursuivre ceux qui les publient. Même si ces informations, par exemple les noms de titulaires de comptes en Suisse, ont déjà été publiées ailleurs qu'en Suisse, et qu'on n'a fait en Suisse que les relayer. En revanche, ceux qui violent l'obligation de se renseigner, et de renseigner au moins les autorités, sur les  transactions suspectes, eux ne risquent rien de plus qu'une amende. Et cet article de la loi a été adopté par le parlement en toute connaissance de ses conséquences sur la liberté d'informer, moins fondamentale, sans doute, que la liberté d'une banque suisse d'accepter de l'argent d'un dictateur pour autant que cet argent provienne d'activités légales. Ou en donne l'apparence : c'est la fonction du blanchiment. Et du secret bancaire, dont on aurait tort de croire qu'il a été aboli : le fameux article 43 de la LFB y pourvoit, comme l'absence d'obligation faite aux avocats de faire état de leurs doutes sur la propreté réelle du pognon de leurs clients.
"La kleptocratie et la corruption peuvent donc continuer à prospérer" en Suisse, soupire le Prix Nobel Joseph Stigliz. Et de nouveaux instruments peuvent y concourir : les banques suisses ont ouvert des succursales et se dont dotées de filiales dans les places bancaires offshore pour pouvoir y abriter l'argent sale, grâce à des montages financiers (les trusts, par exemple) qui camouflent l'origine de fonds qu'on peut, ensuite, "rapatrier" en Suisse même. L'argent sale continue donc de couler vers les banques suisses, en Suisse ou ailleurs. Mais si la droite du parlement fédéral a toujours combattu les mesures qui pourraient être efficaces contre le blanchiment de l'argent de la corruption et du crime, et n'a fini, difficilement, par les accepter que sous la pression internationale, ce n'est pas une raison pour que la gauche, elle, s'y résigne pas : Verts et socialistes vont déposer des propositions d'abolition de l'article 43 de la LFB, et d'introduction d'une protection des "lanceurs d'alerte". Ce n'est qu'un début, continuons le combat...

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