L'Ukraine, la Russie, l'OTAN, l'Europe : Concours de bites

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bites.jpg"C'est pas moi qui ai commencé, M'sieur, c'est l'autre"... on est dans une cour d'école primaire ? Non : on est à la frontière ukrainienne. Il y a sans doute des guerres justes -guerres de libération, guerres révolutionnaires, guerres de résistance à l'oppression. Il y a plus sûrement encore des guerres idiotes, stupides, imbéciles, comme des concours de bites, à kicèkika la plus grosse. Et d'entre ces guerres stupides, celle dont Joe Biden et Boris Johnson nous annoncent tous les dimanche l'imminence, et qu'Emmanuel Macron et Olaf Scholz tentent les six jours qui suivent d'éviter en allant au Kremlin de Canossa essayer de convaincre Poutine, qui assure ne pas vouloir de guerre,  de ne pas pousser le bouchon trop loin, tout en sachant qu'il le poussera le plus loin possible. Pendant quoi provocations, manipulations, intoxications (évacuations plus ou moins forcées de la population civile du Donbass, par exemple) et violations du cessez-le-feu  (411 en trois jours, et plus d'un millier dans l'autre région pro-russe, celle de Lougansk) se succèdent. Et tout cela pour quoi ? pour obtenir, côté russe, la neutralisation de l'Ukraine (sur un modèle finlandais plutôt que suisse) et le rattachement des deux territoires à la Russie et, côté ukrainien, l'intégration dans l'OTAN et l'Union Européenne ? En 2014, un accord de paix (protocole) avait été conclu à Minsk, sous l'égide de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), entre la Russie et l'Ukraine, puis un second une année plus tard sous l'égide de la France et de l'Allemagne, mais  ni la Russie ni l'Ukraine n'en ont respecté les termes*. En eurent-elles jamais l'intention ? Depuis ces derniers jours, ils sont morts et archivés.

*Notamment : cessez-le-feu bilatéral immédiat, décentralisation des pouvoirs, autonomie locale dans les oblasts de Donetsk et de Lougansk,  surveillance permanente de la frontière russo-ukrainienne par l'OSCE, instauration d'une zone de sécurité sur cette frontière, libération immédiate des otages et personnes illégalement détenues, amnistie en Ukraine de toutes les personnes impliquées dans la guerre du Donbass, élections anticipées dans les oblasts de Donetsk et de Lougansk, démilitarisation de la zone de conflit, retrait du territoire ukrainien  du matériel militaire, des forces armées et des combattants étrangers.

"Chaque jour qui passe sans guerre est un jour gagné pour la paix"... mais quelle paix ?

C'est une vieille histoire, que celle d'un empire en déclin économique et démographique, cherchant à retrouver ses limites tsaristes et soviétiques et gonflant ses muscles militaires pour retrouver son poids perdu. Pour en rester aux années les plus récentes, en 2014, la Russie annexait la Crimée et soutenait les séparatistes du Donbass ukrainien. En 2008 déjà, elle avait imposé militairement à la Géorgie l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud  et depuis 1992, elle soutient en Moldavie le mouvement séparatiste pro-russe de la Transnistrie. Aujourd'hui, on n'en est qu'à un nouvel épisode.

Le 21 décembre, Poutine se faisait menaçant : "En cas de maintien de la ligne très clairement agressive de nos collègues occidentaux, nous allons prendre des mesures militaires adéquates de représailles". De représailles contre qui ? les "collègues occidentaux" ? Pas si fou : contre l'Ukraine. Mais en dénonçant le renforcement de la présence de l'"Occident" aux frontières de la Russie, son armement de l'Ukraine, les manoeuvres de l'OTANet le déploiement de ses forces en mer Noire, la volonté de l'Ukraine d'entrer dans l'OTAN : "on est sur le pas de notre porte, nous ne pouvons pas reculer". En même temps, Poutine proposait à Joe Biden, à Olaf Scholz et à Emmanuel Macron d'ouvrir des négociation sur deux projets de traités, l'un avec les USA et l'autre avec l'OTAN, l'Union Européenne étant quantité et qualité négligeables -par sa faute, il est vrai : "l'Union Européenne, combien de divisions ?" eût ironisé Staline...

"Chaque jour qui passe sans guerre est un jour gagné pour la paix", soupirent les conseillers de Macron. Mais pour quelle paix ? Les combats flambent sur ce qui tient lieu de lignes de fronts des oblasts de Donetsk et de Lougansk, autoproclamés républiques indépendantes et, depuis hier, reconnues comme telles par la Russie, dans leurs limites d'oblasts ukrainiens alors que les pro-russes n'en cobntrôlent que la moitié. La Russie aura bientôt massé 200'000 hommes autour de l'Ukraine mais continue d'assurer qu'ils n'envahiront pas l'Ukraine. Les Etats-Unis menacent de riposter à tout attaque russe tout en assurant qu'ils n'enverront personne en Ukraine faire la guerre aux Russes. Obnubilés jusqu'à présent par la Chine, les Etats-Unis redécouvrent l'Europe et le "plus vieux défi géopolitique du XXe siècle" (la Russie, soviétique ou non) repousse le plus grand défi géopolitique du XXIe (la Chine). L'OTAN, en état de "mort cérébrale" selon Macron, est ressuscitée par Poutine, en même temps que le grand protecteur américain est rappelé par les Etats frontaliers de la Russie après que Trump l'ait mis à la retraite. La Russie est poussée dans les bras de la Chine, leur seul allié de poids (et quel poids...), et a mis la main sur la Biélorussie où restent 30'000 soldats russes arrivés pour des manoeuvres, et qui devaient partir les manœuvres finies.

Jeudi, les ministres des Affaires Etrangères russe et américain, Lavrov et Blinken, se rencontreront à Genève. Et plus tard, peut-être, si tout ne dégénère pas, leurs présidents, Poutine et Biden. Pour se dire quoi, pour négocier quoi ? Le partage de la prime au gagnant du concours de bites ?

Lien permanent Catégories : Europe, guerre, Russie 2 commentaires

Commentaires

  • "Chaque jour qui passe sans guerre est un jour gagné pour la paix"... mais quelle paix ?

    Il n'y en a pas, il n'y en a jamais eu. Mais la haine entre les deux blocs n'a jamais été aussi exacerbée. Dans les deux camps, l'ampleur de la désinformation à l'endroit des opinions publiques s'est élevée à un degré jamais atteint auparavant. Le cyber-espace en est pour quelque chose.

    Quoi faire maintenant ? Les "instruments" de pacification ( institutions internationales, telles l'ONU, etc.,) ont démontré leurs limites. Comment les reconstruire, sans en faire des usines à gaz inefficaces ?

    Il y en a sûrement beaucoup qui se disent: «la solution c'est de tout faire péter... et on verra après...»

    Sauf que maintenant, si on fait tout péter... il n'y aura plus rien... mais cerise sur le gâteau pour la planète: l'Humanité aura cessé de l'emmerder.

  • Que quelqu'un puisse accorder le moindre crédit aux déclarations de Johnson le menteur me sidère. Il fait du bruit pour que la population anglaise, nourrie aux tabloïdes, oublie les scandales qui lui pendent aux basques.

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