Interdiction partielle de la pub pour le tabac :  Tiens, fume, c'est du vote !

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Pub Marocaines.jpgLe 13 février, en même temps qu'une foultitude d'autres objets fédéraux et cantonaux (voire municipaux), on se prononcera sur une initiative populaire fédérale ("Oui à la protection des enfants et des jeunes contre la publicité pour le tabac"). L'initiative, combattue par le  patronat (Economiesuisse, l'USAM, le PLR et l'UDC, et soutenue par le PS, les Verts, les Verts libéraux et les milieux de la prévention, demande l'interdiction de toute publicité pour le tabac pouvant atteindre les enfants et les adolescents. Elle  a été rejetée par le Conseil fédéral (c'est Alain Berset qui va devoir défendre cette position, alors que son parti soutient l'initiative) et le Parlement, qui a adopté un contre-projet indirect qui entrerait en vigueur si l'initiative était rejetée -mais les premiers sondages lui donnent une large majorité(de 67 à 73 %) acceptante. Dont, si fumeur qu'on soit, nous faisons partie. Ne serait-ce que parce que, fort jaloux de nos vices et faiblesses, on ne voit pas pourquoi il nous les faudrait partager et encourager d'autres à y céder.

Briser le lien entre la pub pour le tabac et sa consommation

Près de 10'000 personnes meurent chaque année en Suisse de maladies dues au tabagisme, soit 15 % de tous les décès. C'est quarante fois plus que le nombre de morts d'accidents de la route. Et c'est aussi un bilan plus lourd que celui de la Covid-19 qui a tué 12'387 personnes au 10 janvier, mais en presque deux ans de pandémie. Or la grande majorité des fumeurs a commencé, comme l'auteur de ces lignes, à l'être avant leurs 18 ans : "plus un jeune commence tôt à fumer, plus les risques pour sa santé sont importants", rappelle Solange Peters, membre du comité d'initiative et cheffe du servie d'oncologie du CHUV. Et 30 % des 15-25 ans fument. Il faudrait alors briser le lien entre la pub pour le tabac dont la cible est bien la jeunesse, et la consommation du tabac : c'est le but de l'initiative et aussi sans doute, mais moins décisivement, du contre-projet.

L'initiative vise l'interdiction de toute publicité pour le tabac capable d'atteindre les enfants et les adolescents dans les media (presse écrite, internet, réseaux sociaux) l'espace public, au sens d'un espace accessible aux mineurs, y compris les kiosques, les cafés et restaurants avec distributeurs de cigarettes, les cinémas, les manifestations publiques comme les concerts et les manifestations sportives, dont le parrainage par le secteur tabagique serait proscrit.

A l'initiative, le parlement et le Conseil fédéral opposent un contre-projet indirect, une nouvelle loi sur le tabac qui entrerait en vigueur si l'initiative était rejetée, et qui est une reformulation a minima d'un projet de 2015, rejeté par la majorité de droite du parlement qui le trouvait encore trop restrictif. Cette nouvelle loi interdirait la publicité pour le tabac et les cigarettes électroniques par affiches et pubs dans les cinéma, ainsi que la publicité pour les mineurs, la distribution gratuite de cigarettes, le parrainage de manifestations "internationales" (le championnat de hornuss n'est donc pas concerné). La pression exercée par l'initiative n'aura donc pas été vaine, même si elle était refusée : la nouvelle loi potentielle est en effet un peu plus restrictive que la pratique actuelle. Pour les initiants, elle ne va cependant pas assez loin (c'est la raison pour laquelle l'initiative a été lancée), et ne suffirait même pas pour que la Suisse puisse ratifier la convention de l'OMS sur  la lutte anti-tabac, ce qui était le but de la version refusée par le parlement. .

A droite, on est évidemment opposé à l'initiative, avec le même genre d'arguments que ceux qu'on a entendus, venant des mêmes forces politiques, dans le débat sur l'initiative municipale genevoise "Zéro Pub" (qui demande la fin de l'affichage commercial sur les panneaux dans l'espace public) : la publicité (pour le tabac, en l'occurrence,  mais le discours est tenu de manière générale) est source de revenus, crée des emplois, et l'interdiction de celle pour le tabac risque d'être le premier pas vers une interdiction d'autres : ainsi, l'udéciste Mike Egger craint une "interdiction de la publicité pour la viande, l'alcool, les sucreries ou les aliments gras.

Y'a une idée, là, non ?

 

Lien permanent Catégories : publicité, propagande, Suisse, votations 3 commentaires

Commentaires

  • Effectivement un grand OUI s'impose pour cette initiative. Je trouve très choquant que l'ensemble de notre classe politique ne soutient pas cette initiative qui n'est ni de droite ou de gauche; elle veut simplement éviter que nos jeunes et moins jeunes aient le cerveau lobotomisé par une pub fallacieuse. En outre, nous avons tous parmi nos familles et amis des personnes qui ont commencé à fumer à l'adolescence et qui ne peuvent plus arrêter de fumer.
    La conséquence c'est la maladie avec ses souffrances et ses traitements lourds et couteux pour l'ensemble de la société.

  • Donc vous avez fumé à cause de la pub et pas pour paraître adulte ?
    Comment j'ai pu échapper à la cigarette malgré cette grande persuasion ?!
    Ca me parait pas sérieux cette initiative, mais ça ne mange pas de pain non plus. L'interdiction de vendre est normal par contre.

    On est en plein dans une réalité alternative: En résumé, l'ado est irresponsable, il subit la pub, mais serait assez indépendant d'esprit et mature pour aller voter !

    Sans pub le cannabis marche fort chez les ado, comment ça se fait ?
    C'est la vente le problème, directe ou via un adulte. Je dis en me faisant des ennemis, que ce qu'on a vu de plus efficace, c'est d'augmenter le prix du paquet de cigarette. Le reste a en fait peu d'impactes.

  • @ motus. Vous avez raison, c'est pas assez couillu. Accompagnons cette mesure par une augmentation importante du prix du paquet. En Australie, le paquet à 25 balles et l'interdiction totale de la pub à fait chuter la conso de 25 à 12% en vingt ans chez les adultes, et la consommation chez les ados n'est plus que de 5 ou 6% (pour mémoire, elle est de 25% en Suisse chez les 15-18 ans).

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