Politique culturelle à Genève : Et si on mettait en oeuvre la Constitution ?

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Capture d’écran 2021-12-03 033600.jpgIl y a désormais, dans la Constitution genevoise, un article 216A, issu d'une initiative populaire (l'IN167) "pour une politique culturelle cohérente à Genève", qui demande à la République de promouvoir "la création artistique et l'activité culturelle", de garantir "leur diversité, leur accessibilité et leur enseignement", d'encourager les échanges culturel, de mettre à disposition  "des moyens, des espaces et des instruments de travail adéquats", de coordonner "une politique culturelle cohérente sur le territoire, en concertation avec les communes",en consultant les acteurs culturels, et, enfin, d'élaborer avec les communes, et de mettre en oeuvre, "une stratégie de cofinancement pour la création artistique et les institutions culturelles". En somme, tout ce que le canton ne fait pas. Il a certes ouvert un processus de consultation sur la mise en oeuvre de la constitution, mais rien ne témoigne d'un particulier enthousiasme cantonal à l'idée de faire ce que la constitution lui demande de faire. D'où la demande faite au Conseil municipal, par un projet de résolution, d'inviter le canton à sortir de son historique apathie culturelle, contrastant avec  "l’engagement historique de la Ville de Genève, depuis plus de 150 ans qu'elle existe comme commune,  pour la politique culturelle de la région"...

 
Une politique culturelle ne peut se résumer à des discours sur sur la culture
 
Le canton de Genève a lancé une concertation sur les lignes directrices de sa politique culturelle à venir, et la mise en oeuvre de l'initiative populaire IN 167, qui, massivement acceptée par le peuple, lui enjoint d'en avoir, enfin, une...  L'initiative a rendu caduques à la fois la loi sur la répartition des tâches en matière culturelle, qui excluait les cofinancements commune-canton, et la loi sur la culture. La concertation lancée a aussi pour but de faire oublier l'épisode fâcheux d'un "message" délivré en juin 2019 pour lancer le débat, mais qu'il ne l'avait lancé que comme on lance un boomerang  : les milieux culturels avaient sèchement renvoyé le message à ses auteurs. Quels sont les enjeux de la consultation lancée en juin ?  Essentiellement, le rôle du canton dans la politique culturelle genevoise, le soutien à la création culturelle, la coordination avec les communes et le cofinancement.C ar la collaboration entre le canton et les communes implique autre chose que des discours : des moyens et selon la Ville, une "instance politique de coordination et de concertation" réunissant les élus du canton et des communes, "voire du Grand Genève". "Il est nécessaire d'exiger un véritable partenariat public-public renforcé pour la culture", plaide la Ville. Et elle est bien placée pour le plaider, puisque c'est toujours elle qui assume la plus grande part de la politique culturelle genevoise   : la résolution déposée au Conseil municipal rappelle ainsi l’effort budgétaire prépondérant de la Ville  (280 millions de francs) pour cette politique, qui dépasse largement les frontières communales, voire cantonales. Elle relève aussi l’importance des grandes institutions culturelles dans le domaine de l’art lyrique (Grand Théâtre), du patrimoine (musées et Bibliothèque de Genève) ou des arts de la scène (Nouvelle Comédie)... et l’inexistence du canton dans leur financement et leur pilotage. Elle rappelle les démarches en cours de reports de charges cantonales sur les communes, leurs effets budgétaires délétères et le risque accru qu'ils font peser sur le soutien à la création culturelle et à la création artistique émergente et indépendante.

A ce tableau grisâtre, on ajoutera encore (et la résolution le rappelle aussi) le déficit démocratique que représentent des grandes institutions dont la destinée ne relève que du corps électoral d’une commune, si grande et historiquement fondatrice soit-elle, l’absence de mécanisme crédible de péréquation des charges de ville-centre à Genève. Et se pose alors la question de la cause, de la source de cette situation, et peut se donner cette réponse : le désintérêt patent de la classe politique cantonale pour la culture, alors même qu'elle a besoin, à Genève comme ailleurs, d'une légitimité démocratique aussi forte que son financement public.

Finalement, ce que nous proposons au Conseil municipal de Genève, c'est de dire qu'il considère que la volonté populaire exprimée lors du vote sur l'IN167 ne peut être respectée que si sa mise en oeuvre accroit la responsabilité du Canton dans le financement et dans la gouvernance des grandes institutions culturelles des communes, apporte des moyens supplémentaires à ces grandes institutions, afin de libérer dans les communes des moyens financiers pour soutenir la création culturelle et la culture émergente et indépendante, améliorer la situation des artistes, permettre l’accès de toutes et tous à la culture, notamment dans le cadre scolaire et parascolaire... et enfin inscrire la politique culturelle dans la politique d'aménagement dès  l’étape des Plans localisés de quartier (PLQ),  des espaces dévolus à la culture.
On résume ? On résume : aucune politique culturelle ne peut se résumer à des discours sur sur la culture : il lui faut des acte et des moyens. C'est ce que demandait l'initiative populaire acceptée par le peuple, c'est ce que son acceptation impose au canton, c'est ce que la résolution que nous proposons au Conseil municipal veut rappeler ...

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