• Au nom de l'"indépendance de la justice" : s'en remettre au sort plutôt qu'au vote ?

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    Justice2.jpgC'est une vieille idée qui ressurgit à l'ordre du jour des votations du 28 novembre : celle de recourir au tirage au sort plutôt qu'à l'élection pour désigner les membres d'une autorité. Une initiative populaire lancée, à ses frais, par un multimillionnaire du textile, Adrian Gasser, propose, au nom de l'"indépendance de la justice", de faire désigner les juges du Tribunal fédéral par tirage au sort plutôt que les faire élire par le parlement, pour les rendre plus indépendants des partis politiques. Mais l'initiative ne s'en remet tout de même pas à l'égalitarisme du hasard : elle propose un système où pour soustraire les juges au jugement des parlementaires, elle les fait choisir, avant tirage au sort, par une commission dont les membres seraient nommés... par le gouvernement.

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  • Loi Covid : on votera "oui", comme il y a quatre mois

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    Quasimodo.jpgL'urgence et les grelots

    Le 13 juin, 60 % des votantes et votants acceptaient la première loi  Covid. La refuser n'aurait pas empêché le Conseil fédéral de continuer à prendre des mesures de lutte sanitaire (fermeture de magasins, interdiction de manifestations, port du masque, vaccination), ces mesures relevant d'une autre loi (la loi Covid sur les épidémies), mais de nombreuses mesures de soutien nécessaires n'auraient plus eu de base légale.  Battue dans les urnes, l'opposition à la loi n'a pas désarmé,  elle a lancé un référendum contre les modifications de la loi concernant le pass sanitaire, mais contenant aussi les aides pour les cas de rigueur, les indépendants, le secteur de l'événementiel ou les indemnisations en cas de chômage partiel. Le référendum ayant abouti, on est reconvoqué au vote le 28 novembre. Et on votera "oui". Pour la même raison qu'il y a quatre mois : pour répondre à une urgence qu'on ne fera pas disparaître en se secouant les grelots dans des manifs.

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  • Initiative populaire "pour des soins infirmiers forts" : Un "oui" d'évidence

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    infirmiers.jpgAu menu (copieux) des votations du 28 novembre prochain, on trouve une initiative populaire lancée par l'Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI), déposée en 2017 avec 120'000 signatures,  soutenue par la gauche, des personnalités du "centre" et de la droite, la Fédération des médecins suisses, les organisations de patients et les syndicats  : l'initiative "pour des soins infirmiers forts". Elle réclame davantage de places de formation, une formation mieux indemnisée, des horaires stables, de meilleures possibilité de progression dans une carrière, une revalorisation salariale, un nombre suffisant de soignantes et de soignants -toutes revendications dont la pandémie a confirmé plus encore que révélé la pertinence. Le parlement fédéral a concocté un contre-projet indirect(une loi entrant en vigueur si l'initiative est rejetée) qui reprend partiellement quelques unes de ces revendications, mais pas toutes, et n'accorde à leur concrétisation qu'un milliard de francs sur huit ans. Bien moins que ce qui a été mobilisé en moins de deux ans pour tenter de maîtriser une pandémie face à laquelle les infirmières et les infirmiers ont été en première ligne, jusqu'à épuisement. On soutiendra donc l'initiative, parce que ses revendications sont d'évidence.

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  • Après le refus populaire de l'initiative "99 %" : Cent fois sur le métier...

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    tax trhe rich.jpgLes 1 % des contribuables les plus fortunés de Suisse (la cible de la défunte initiative "99%" de la Jeunesse Socialiste), ce sont 50'000 ménages, 70 à 100'000 personnes possédant ensemble une fortune de 1300 milliards de francs, soit 25 millions par ménage. Ils tirent de leur capital un revenu de 940 francs par jour, en gros 29'000 francs par mois : c'est quatre fois et demie le salaire médian en Suisse. Ils possèdent les trois quarts des actions de tous les ménages suisses et 15 % du parc immobilier. Et les deux tiers de l'électorat, si on en juge par le résultat de l'initiative "99%" de la Jeunesse socialiste. Toutefois, presque un million de personnes ont soutenu cette proposition d'une plus forte imposition des revenus du capital, et à Genève, la Ville a été à un doigt de l'accepter (elle l'a été dans tous les arrondissements de gauche). Le rapport de force politique dans le canton, et plus clairement encore en Ville, est à portée de la gauche. Qui vient de lancer une initiative populaire cantonale (législative) pour une contribution temporaire de solidarité des grandes fortunes. Cent fois sur le métier fiscal nous avons à remettre l'ouvrage solidaire... Avons-nous jamais agi autrement ?

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  • Le "Saint Peuple"et son serviteur

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    populisme.jpgA propos du "populisme" de droite, de gauche et d'ailleurs

    Le populisme (dans la définition ou la perception qu'on en donne aujourd'hui, et qui n'a pas grand'chose à voir avec les origines, russes et révolutionnaires, du populisme, pas même avec les populismes latino-américains à la Chávez) a-t-il déjà gagné ? Les "populistes" de notre temps ont en tout cas réussi à imposer leur manière de faire de la politique, et contraint leurs adversaires (tel Emmanuel Macron) à en user aussi. Reste à le définir, le "populisme", à faire l'inventaire de ce qu'on met dans ce mot. Les populistes russes, les narodniki, étaient des révolutionnaires qui voulaient faire du peuple lui-même, et non d'une avant-garde de révolutionnaires, l'acteur et l'auteur de la révolution, ceux d'aujourd'hui sont des démagogues, qui n'attendent du "peuple" (qu'ils confondent avec l'ethnie, surtout quand elle n'existe pas) qu'un soutien à leurs ambitions ou, lorsqu'ils l'ont pris, à leur pouvoir. En quoi ils ressemblent à cet autre "populiste" d'il y a un siècle et demi : Louis-Napoléon Bonaparte, qui se fit élire (au suffrage universel masculin) à la présidence de la Deuxième République en se proclamant serviteur du "Saint Peuple", puis se fit plébisciter empereur en se présentant comme son incarnation.

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  • L'"Accord-cadre" entre la Suisse et l'Union européenne enterré... Et maintenant, on fait quoi ?

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    Capture d’écran 2021-10-08 041416.jpgSortons un peu de l'immédiate actualité : Le Conseil fédéral a, il y a cinq mois, décidé de mettre fin aux négociations avec l'Union Européenne pour la conclusion d'un "accord cadre" institutionnel. La Commission européenne s'était pourtant montrée "flexible", et prête à "examiner des solutions aux problèmes que les Suisses pourraient avoir" sur les trois points litigieux du dossier de l'accord-cadre : les aides d'Etat, la protection des salaires et la citoyenneté européenne, avec les droits sociaux qu'elle implique, mais elle refusait d'extraire ces trois points du projet d'accord, fût-ce pour en faciliter l'adoption. Enfin, la Suisse avait obtenu que les différends entre elle et l'UE ne soient pas tranchés par la Cour de Justice européenne mais par un Tribunal arbitral paritaire euro-suisse. De son côté, le Conseil fédéral avait fait une concession qu'il pensait décisive : la "reprise dynamique" du droit européen. Rien n'y a fait. Pas même la proposition de la Conseillère fédérale Viola Amherd d'une "clause de sauvegarde" pour la directive sur la citoyenneté européenne. En fait, les sept Conseillères et Conseillers fédéraux avaient chacun.e leur propres réticences face au projet d'accord cadre. Qui a donc succombé à l'addition de ces réticences, sous les applaudissements contrapuntiques de l'Union Syndicale Suisse et de l'UDC. Et maintenant, on fait quoi, puisque l'accord-cadre enterré, il n'y pas de statu quo concevable pour autant ?

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  • Elargir la démocratie à celles et ceux qu'elle ignore

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    Bienvenue chez nous.jpgQuestion de citoyenneté

    Un peu partout, dans nos vieilles démocraties plus ou moins représentatives, des nouveaux modes de participation directe des habitants (en sus du droit de pétition et, là où ils existent, de référendum, et d'initiative) sont instaurés : budgets participatifs comme à Lausanne, ateliers citoyens, groupes d'habitants tirés au sort qui planchent sur des projets comme en Allemagne, démocratie délibérative comme dans l'Oregon ou bientôt en Valais, à Sion. Ces procédures fonctionnent : elles ont fait la preuve de leur efficacité et de leur légitimité. Or Cette pratique de démocratie directe, non contradictoire mais complémentaire de celles, institutionnelles, dont nous disposons en Suisse, mais qui ne s'adressent qu'à la part de la population qui dispose des droits politiques, n'a jamais été instituée à Genève comme une pratique structurée et pérenne. En outre, il n'y a pas à Genève d'espace de quartier politiquement constitué : la démocratie représentative et semi-directe ne connaît que la Ville entière : le Conseil municipal est le parlement de la Ville, pas celui des quartiers. Et, élu à la proportionnelle, il est formé de représentants non de la population dans son ensemble, mais de l'électorat des différents partis et des candidates et candidats élus. La démocratie participative fait des citoyens réels de  ceux qui ne le sont pas au sens légal : elle élargit donc la citoyenneté en même temps que la démocratie.

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  • De la politique culturelle en temps de pandémie

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    falaise de livres.jpgPremière nécessité

    La pandémie, et surtout les mesures prises pour la combattre (confinement, fermeture des lieux de spectacle, notamment) a provoqué une crise du secteur culturel qui n'a guère d'équivalent que celles provoquées dans par des guerres mondiales. Le président de la Fondation du Grand Théâtre de Genève résume : "La culture a été placée à un niveau inférieur aux biens de première nécessité. C'est très problématique, même d'un point de vue juridique, au nom de l'égalité de traitement. Or, à ce qu'on sache, aucun cluster ne s'est déclaré dans les lieux culturels lorsqu'ils ont rouvert l'automne dernier". Et, note Serge Regourd dans "Le Monde Diplomatique" de juillet, cette crise "ne constitue cependant que la mise en lumière d'une situation plus ancienne et de plus grande amplitude : celle d'une déliquescence des politiques culturelles depuis plusieurs décennies, et d'une perte de repères dans ce domaine par ceux qui nous gouvernent". L'auteur parle de la France -mais ce qu'il en dit ne vaut pas que pour elle : la place de la question culturelle dans les campagnes électorales est "réduite à la portion congrue, sinon au néant", et le contexte est "dominé par les logiques du management et la croyance aveugle dans les vertus du marché", mais aussi par une "dérive incontrôlée des médias de masse dans les flots du pur divertissement", une "révolution numérique" qui entraîne la "prévalence des algorithmes et de leurs recommandations". Fermez le ban, sonnez le glas pour la création culturelle... qui n'est pas un "bien de première nécessité"...

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  • Végétalisation de la ville : Les stades aussi !

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    Capture d’écran 2021-10-02 040225.jpgA l'automne 2016, le Maire annuel de Genève, Guillaume Barazzone défendait dans "Immorama" la politique de végétalisation de la Ville, et expliquait qu'au nombre de ses objectifs principaux, il y avait un objectif écologique : "les végétaux en milieu urbain sont utiles pour lutter contre la pollution, car ils fixent les particules fines (et) permettent d'atténuer les effets du réchauffement climatique". Dès lors, planter des arbres, fleurir les pieds d'arbres, transformer des surfaces bétonnées en surface végétales, installer des toitures végétalisées, entretenir les espaces verts sans produits chimiques, relève d'un choix pertinent, que le Conseil municipal a d'ailleurs ratifié en lui accordant un crédit de 6,4 millions de francs. Avec le programme "Urbanature", on veut ainsi végétaliser les quartiers pauvres en verdure, en remplaçant des surfaces goudronnées par de la prairie fleurie ou du gazon. Du vrai gazon. Du gazon naturel. Et dans le "plan stratégique de végétalisation" de 2019, Guillaume Barazzone enfonçait le clou : "nous allons passer d'une politique végétale aléatoire à une politique planifiée", "la végétalisation entre en effet à part entière dans les politiques urbaines, avec des bénéfices qui sont à la fois sociaux, écologiques et économiques" ... Tout cela est fort bien... sauf que... quelle cohérence y-a-t-il a engazonner les surfaces goudronnées d'une main, et à remplacer le gazon naturel, végétal, des stades par du gazon synthétique de l'autre main ? A voter un crédit de 6,4 millions pour la végétalisation de la Ville et un autre pour remplacer de l'herbe pas du plastique ? Quel cohérence y'a-t-il à végétaliser les toits et plastifier les stades ?

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