Horaires d'ouverture des magasins genevois : Au bonheur des patrons

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Capture d’écran 2021-10-24 035129.jpgLe référendum lancé par les syndicats, et soutenu par la gauche, contre la nouvelle tentative patronale d'extension (malgré les apparences) des horaires d'ouverture des magasins ayant abouti, on votera le 28 novembre à Genève sur ce nouvel épisode d'un roman-feuilleton, triste adaptation par le patronat du commerce de détail et la droite parlementaire du "Bonheur des Dames" de Zola, devenu "Au Bonheur des patrons" : "c'est à l'usure que le patronat et ses commis politiques veulent pérenniser l'ouverture dominicale des magasins sans contrepartie pour les vendeuses et les vendeurs" (encore des travailleuses et travailleurs qu'on avait applaudis dans les premières semaines du confinement...), avec en prime une extension à 19 heures de l'ouverture du samedi. Seule contrepartie : la fin des "nocturnes" du jeudi (jusqu'à 21 heures). Une fin qui était de toute façon prévue, ces soirées n'ont jamais répondu aux attentes des commerces qui les pratiquaient -elles finissaient par leur coûter plus cher que ce qu'elles rapportaient. Ce projet patronal genevois, accepté dans une vote droite contre gauche au Grand Conseil, est aussi un test national, un "cheval de Troie" pour donner aux cantons la possibilité d'autoriser l'ouverture dominicale des magasins douze fois par an, toujours sans contrepartie. La Conseillère d'Etat PLR zurichoise, se prévalant de représenter le "canton économiquement le plus fort", a ainsi exigé de la Confédération qu'elle autorise les commerces à rattraper les dimanches fermés" en 2020...

Un projet récurrent, qui réussit cette performance d'être à la fois inutile et nuisible

L'extension, ou l'élargissement, ou la libéralisation, comme on voudra, des horaires d'ouverture des magasins, c'est à Genève une sorte de feuilleton, et c'est la septième fois que le peuple est convié à donner son avis sur l'un de ses épisodes. En 1988, une initiative populaire demandant une ouverture nocturne hebdomadaire jusqu'à 22 heures était refusée par le peuple. En 1994, une nouvelle initiative populaire demandant une "nocturne" jusqu'à 20 heures était acceptée. En 2002, la "nocturne" du jeudi et la prolongation des horaires du vendredi et du samedi était elle aussi acceptée, mais en 2010, une nouvelle prolongation des horaires en semaine et le samedi était refusée. En 2016, l'initiative de la gauche "touche pas à mes dimanches" était refusée au profit d'un contre-projet autorisant une ouverture des magasins trois dimanches supplémentaires par an, en échange d'une convention collective étendue à tout le secteur et de la promesse d'une évaluation au terme de l'expérience, sur trois points : la création d'emplois, le volontariat pour travailler le dimanche et l'effet sur e tourisme d'achat en France et le commerce en ligne. Mais d'évaluation, il n'y eut point. De convention collective étendue, non plus. Ni de création d'emplois, non plus. Ni d'effet sur le tourisme d'achat et le commerce en ligne : les trois dimanches d'ouverture n'ont permis de vendre que des marchandises qu'on aurait vendues la veille ou le lendemain. Quant à l'emploi, il se réduit au fur et à mesure que s'installent les caisses enregistreuses automatiques. Le tourisme d'achat ? il ne doit rien aux horaires d'ouverture des magasins français, et tout à la différence de prix entre Genève et la France -et seul le confinement lié à la coronapandémie a permis de le réduire. Le commerce en ligne ? Il était déjà en plein essor avant la pandémie, la pandémie l'a boosté. Mais peu importe : le patronat et la droite remettent le couvert (c'est au menu du vote du 28 novembre), veulent pérenniser l'expérience, étendre les horaires d'ouverture, faire travailler et consommer le dimanche, consommer le samedi jusqu'à 19 heures (et donc faire travailler le personnel jusqu'à 20 heures). Toujours sans contrepartie pour les travailleuses et les travailleurs. Et toujours en cultivant l'illusion qu'étendre les horaires d'ouverture va étendre la clientèle, accroître le pouvoir d'achat des consommateurs et faire baisser le franc suisse par rapport à l'euro.

L'ouverture élargie des grands magasins et des chaînes de distribution, à commencer par les deux principales (la Migros et la Coop) ne va pas seulement péjorer les conditions de travail de tout le personnel du secteur, celles des vendeuses et vendeurs mais aussi celles des livreurs, des nettoyeuses et des nettoyeurs et du personnel de sécurité aussi : elle est également une menace directe pour les petits commerces et les "dépanneurs". Et ne dissuadera aucun consommateur genevois d'aller faire ses achats du côté de la frontière où les prix sont les plus bas. Nous voilà donc avec un projet récurrent, qui réussit la performance d'être à la fois inutile et nuisible. Ce qui, soit dit au passage, est la définition même d'une Genferei...

Commentaires

  • Il y a surtout un manque de solidarité et un égoïsme important chez beaucoup de gens concernant ce sujet, que ce soit chez les "nantis" ou les "miséreux".
    Beaucoup ont une vision qui ne porte pas plus loin que son nez. Certain y voient comme une occasion d'aller en famille dans les magasins, genre comme si on allait à un "parc d'attraction". D'autres voient une plus grande souplesse pour acheter.
    Quid des gens qui travaillent ? Leur égoïsme balaye cette réalité.

    A un moment où on parle de qualité de vie dans tous les bords politiques, il est temps d'être cohérent. Mais je suis pessimistes, là où il n'y a pas une identité à sa région, c'est l'égoïsme qui triomphe. A l'inverse, là où il y a dans sa région, un sentiment de communauté, il y a une vision au-delà de sa personne et une meilleure solidarité.
    Genève devrait faire une pause dans son expansion démographique, histoire de reconstruire une identité et donc une solidarité régionale.
    Entre une droite du 20eme siècle et un égoïsme renforcé par une région sans âme, je ne suis pas optimiste sur la suite.

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