Retraites : une initiative aboutit, des menaces pèsent

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Capture d’écran 2021-05-27 024152.jpgUn 13e mois d'AVS à gagner dans les urnes

L'initiative pour une 13e rente AVS, lancée par l'Union Syndicale Suisse le 5 mars, a abouti, quatre mois avant le terme du délai de récolte de signatures, et malgré les restrictions sanitaires à cette récolte. On votera donc, et on espère bien, comme le président de l'USS, Pierre-Yves Maillard, pouvoir voter «au plus tard» dans les deux ans. L'initiative demande de verser une treizième rente AVS, s'ajoutant aux douze rentes mensuelles. Le coût de l'opération serait de l'ordre de deux milliards de francs par an, financés principalement par la TVA et les réserves de la Banque Nationale. Dans un  pays où les rentes cumulées de l'AVS et du 2e Pilier ne dépassent pas, en moyenne, 3500 francs par mois, ça n'est pas trop demander... mais le vote populaire sera difficile à gagner : toutes les propositions de la gauche allant dans le sens de l'initiative syndicale d'aujourd'hui ont été refusées par le peuple ces dernières années. Toutefois, la situation a changé, et pas pour le meilleur : les rentes du Deuxième Pilier ont baissé (une personne qui prendra sa retraite en 2025 touchera une rente LPP de 20 % inférieure à celle de quelqu'un qui l'a prise en 2020) et de lourdes menaces pèsent sur le système de retraites. Politiques, les menaces, pas démographiques.

 

En attendant la fixation de  l'âge de la retraite à l'âge du décès... 

170'000 personnes avaient signé, début février, la pétition syndicale "65 ans c'est toujours non". Parce que nous pend au nez une nouvelle réforme des retraites : Le Conseil fédéral propose une "flexibilisation" de l'âge de la retraite, qui pourrait être prise de 62 à 70 ans, avec un âge de référence unique de 65 ans, pour les femmes comme pour les hommes, ce qui équivaut à repousser d'un an l'âge de la retraite des femmes. Avant peut-être que de repousser de deux ans l'âge de la retraite de toutes et tous de deux ans. Le projet gouvernemental prévoit aussi une augmentation de 0,7 point de la TVA, le moins solidaire des impôts puisqu'il frappe à taux égal, indépendant du revenu, la consommation, qui pèse, elle, d'un poids bien plus lourd sur les bas revenus que sur les hauts. En clair : moins on est riche, plus l'impôt est lourd. Cette augmentation est soumise au référendum obligatoire. 

La réforme concoctée par le gouvernement doit être ratifiée par le parlement, mais cette ratification n'est déjà plus en mains de la majorité de droite, et tout indique que c'est le peuple qui en scellera le destin. Et que ce sceau sera fonction des mesures d'accompagnement de la proposition de repousser d'un an l'âge de la retraite des femmes. En 2017, le peuple avait estimé qu'elle étaient insuffisantes et avait rejeté le projet qui lui était présenté -et qui, déjà, repoussait à 65 ans l'âge de référence pour les femmes. Depuis, la Grève des Femmes est passée par là, et 314'000 personnes ont signé une pétition de l'Union Syndicale proclamant "pas touche aux rentes des femmes", qui exige pour elles une hausse des rentes et le retrait de la proposition de repousser l'âge de leur retraite. De son côté (qui n'est pas nôtre), le Conseil fédéral propose une retraite anticipée avec, pour les femmes nées entre 1957 et 1969, une réduction atténuée de leur rente, et une rente entière dès 64 ans pour les personnes dont le revenu est inférieur à 56'880 francs par an., ou une rente augmentée de... 76 francs par mois pour celles qui prendraient leur retraite à 65 ans. Les hommes pourraient prendre une retraite anticipée dès 62 ans, femmes et hommes pourraient travailler jusqu'à 70 ans (en attendant qu'on fixe à cet âge celui de la retraite), il serait possible de réduire son temps de travail avant l'âge de la retraite en recevant une rente compensatrice de la perte de salaire que cela entraînerait... mais toutes ces mesures d'accompagnement ne seraient en réalité favorable qu'aux salariés ayant pu cotiser à la LPP (deuxième pilier) : les "travailleurs et travailleuses pauvres" et les plus précaires devront travailler le plus longtemps possible (c'est-à-dire jusqu'à 70 ans) pour toucher une (maigre) rente de survie. Ils pourraient encore attendre plus longtemps si la proposition des jeunes PLR devait être acceptée : ajuster l'âge de la retraite à l'espérance de vie... une idée qui n'attend que d'être poussée au terme du raisonnement qui la sous-tend : la fixation de l'âge de la retraite au moment du décès... 

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