Elections en Angleterre, en Ecosse et au Pays de Galles : Roule Britannia...

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Mur d'Hadrien.jpgLa semaine dernière, des élections ont, en Grande-Bretagne, donné la victoire à trois forces politiques opposées les unes aux autres, et à leurs trois dirigeants politiques adversaires  : en Angleterre, les conservateurs de Boris Johnson ont remporté  une législative partielle dans un vieux bastion travailliste (Harlepool) et ont pris des dizaines de sièges aux travaillistes dans des Municipales; Les travaillistes, en revanche, sortent vainqueurs de l'élection du parlement du Pays de Galles. Et surtout, les indépendantistes de Nicola Sturgeon ont remporté l'élection du parlement écossais, n'y manquant la majorité absolue  que pour un seul siège (comme d'ailleurs les travaillistes du Pays de Galles), et en en obtenant plus du double que les conservateurs. Voilà donc la Grande Bretagne politiquement fragmentée par des Celtes de gauche et des anglo-saxons de droite,  en trois : une Angleterre conservatrice, une Ecosse nationaliste, un Pays de Galles travailliste.

Reconstruire le mur d'Hadrien, serait-ce le projet caché de Boris Johnson ?

L'éclatement du Royaume-Uni est-il programmé ? Il est en tout cas possible. La réunification des deux Irlande ne relève plus d'un rêve romantique, mais presque, déjà, d'un agenda, et la victoire de la Première ministre indépendantiste écossaise, Nicola Sturgeon,  relance sa demande d'un nouveau référendum contraignant (comme celui du Brexit) sur l'indépendance (dont Boris Johnson refuse d'envisager l'éventualité) mais elle n'en hâte pas forcément  l'échéance, car son parti national écossais a adopté une stratégie prudente, gradualiste, légaliste, différente de celle des indépendantistes catalans  : "nous ne voulons pas un référendum avant que le pays ne soit sorti de la pandémie et que l'économie ne soit plus solide", a déclaré Nicola Sturgeon.

Le Brexit et la gouvernance de Boris Johnson ont favorisé le mouvement indépendantiste écossais, (mais pas l'indépendantisme gallois, dans le même temps où ils favorisaient Boris Johnson en Angleterre. La pandémie a aussi concouru  à ce contraste électoral : le gouvernement de Nicola Sturgeon a été bien meilleur que celui de "Bojo" dans cette épreuve, mais le succès de la vaccination a effacé en Angleterre sa gestion calamiteuse de la pandémie. En Ecosse, le débat tourne autour de l'indépendance, en Angleterre, il tourne autour de la Covid, au Pays de Galles il tourne autour de l'économie, en Irlande du Nord il tourne autour de la réunification avec la République d'Irlande  et du retour dans l'Union Européenne (comme l'Ecosse, l'Irlande du Nord a voté contre le Brexit, et des milliers de ses habitantes et habitants ont demandé et obtenu le passeport et la nationalité de la République d'Irlande pour pouvoir en avoir une de l'Union Européenne).

"Je souhaite ici la bienvenue au dernier Premier ministre du Royaume-Uni" : c'était par ces mots ironiques, et optimistes (du moins de son point de vue)  que le chef du groupe parlementaire du SNP, le parti national écossais, Ian Blackford, saluait en juillet 2019 la nomination de Boris Johnson à la tête du gouvernement britannique. Et un autre Ecossais, unioniste celui-là, et travailliste, l'ancien Premier ministre Gordon Brown, estimait que le Royaume-Uni était en un danger plus mortel que depuis 312 ans, depuis l'Acte d'Union entre l'Ecosse et l'Angleterre.  Le Royaume-Uni admet la pluralité des nations le constituant, même si l'Angleterre concentre 84 % de sa population et l'essentiel de ses richesses. Y'a-t-il alors une nation britannique ? Pour les Anglais et les protestants d'Irlande du nord, sans aucun doute. Pour les Ecossais, les nord-irlandais et même les Gallois,^c'est de moins en moins évident : et lorsqu'ils reconnaissent l'existence d'une nation britannique, elle vient de plus en plus souvent en second, après la nation écossaise, galloise, irlandaise. Selon des sondages effectués après le Brexit, que 62 % des Ecossais avaient refusé, plus de 60 % des Ecossais (au sens d'habitants de l'Ecosse) ne se définissent que comme des Ecossais, 17 % à la fois comme Ecossais et Britanniques, 7 % seulement Britanniques. En Angleterre même, 60 % des habitants ne se définissent que comme Anglais, 19 % comme seulement Britanniques, et 9 % comme Anglais et Britanniques... En Irlande du Nord, on avait 40 % de Britanniques exclusifs, 25 % d'Irlandais exclusifs et 21 % d'Irlandais du Nord exclusifs. Et au Pays de Galles, 58 % de Gallois exclusifs,16 % de Britanniques exclusifs et 7 % de Gallois et Britanniques...

Le parti de Nicola Surgeon, le parti national (SNP), indépendantiste et plutôt social-démocrate, a gagné toutes les élections, écossaises ou législatives britanniques, depuis vingt ans. Le 12 décembre 2019, lors des législatives britanniques, il obtenait 45 % des suffrages et raflait 48 des 59 sièges écossais aux Communes, cinq ans après que 55 % des électrices et des électeurs d'Ecosse aient rejeté l'indépendance. Le premier ministre d'alors, David Cameron, avait eu beau déclarer que ce résultat était "établi pour toute une génération, peut-être pour toute une vie, et qu'il n'y aurait pas de nouvelle tentative",  le SNP a gagné ensuite en Ecosse contre les conservateurs de Cameron, contre le Brexit, contre les conservateurs de May, contre les conservateurs de Johnson. Et tous les sondages sur les intentions de vote lors d'un hypothétique nouveau scrutin d'autodétermination donnent désormais une majorité indépendantiste. Il est vrai qu'en face du SNP, en Ecosse, c'est le désert : les unionistes, toutes tendances confondues, sont de moins en moins audibles, et d'entre eux les travaillistes complètement largués... alors même qu'ils doivent pouvoir compter sur le vote écossais pour espérer pouvoir revenir un jour au pouvoir en Grande-Bretagne.

La Grande-Bretagne, c'est l'Angleterre, l'Ecosse et le Pays de Galles (plus les îles). Le Royaume-Uni, c'est la Grande-Bretagne plus l'Irlande du Nord. Sans l'Irlande du Nord, l'Ecosse et le Pays de Galles, l'Angleterre en reviendrait à ce qu'elle était en 1066 lorsque Guillaume de Normandie en fit la conquête. Ou ce qu'elle était dans l'empire romain. L'histoire a le sens de l'ironie : si le Royaume-"Uni" devait être réduit à l'Angleterre, les conservateurs y seraient assurés d'y rester au pouvoir pour un bon demi-siècle puisqu'ils n'ont jamais réussi à s'imposer en Ecosse, ont perdu le Pays de Galles et sont en passe de perdre l'Irlande du Nord...

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Commentaires

  • Le Parti indépendantiste écossais instrumentalise la haine des Ecossais pour les Anglais au profit du simple pouvoir personnel. Honteux ! Or, à supposer que l'Ecosse quitte l'Union, la déception sera à la mesure de la folie de cette rupture! La modeste terre des Highlands deviendra le jouet de l'Allemagne, et pour l'indépendance, ce sera tintin! Aucune ressource vraiment "nationale", sinon le whisky et la pêche! Certes, il y a le pétrole de la Mer du Nord, mais vous êtes bien placé, avec votre parti, pour savoir que ce ne sera pas une solution à long terme, le CO2 devenant de moins en moins trendy, voire de plus en plus honni! Sans oublier le fait que l’économie écossaise est inextricablement liée, depuis trois cents ans, à celle de l’Angleterre, notamment la finance et les banques ! Non, ce sera la dèche pour les Scots! Pas une bonne idée, vraiment!

  • Le projet du parti national écossais (un projet indépendantiste, certes, mais aussi social-démnocrate)(, et surtout la manière dont Nicola Sturgeon entent le mettre en oeuvre, n'est pas du tout un projet autarcique : l'Ecosse serait certes indépendante, mais comme l'"Etat libre" irlandais le devint. Et elle serait indépendante dans un cadre européen. L'Ecosse n'a certes pas de ressources naturelles (hors celle du pétrole, dont vous dites fort justement qu'elle est condamnée), mais la Suisse n'en n'a pas non plus...

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