Traversée du Petit-Lac (de Genève) : Plus en rade, mais en Berne

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Cesar à Genève.jpgLe Conseil d'Etat genevois a transmis à la Confédération le dossier de la traversée routière du Petit-lac :  800 pages d'études d'un projet qui a de moins en moins de sens et que Genève n'a pas les moyens de réaliser (il coûterait dans les cinq milliards). Cela fait des décennies qu'on nous bassine avec une traversée dont on ne sait plus si elle est de la rade ou du (petit) lac. On a étudié on ne sait plus vraiment combien de projets, on a fait voter  les Genevois et voises sur un principe assez flou pour qu'ils et elles puissent l'accepter, ce qu'elles et ils ont fait, pour balayer ensuite le premier projet présenté de concrétisation de ce désir inassouvi (et qui le restera). Puis on a remis ça : on les a fait revoter sur un principe, et on a étudié de nouveaux projets, évalué leur coût, de plus en plus élevé, compris qu'on n'avait pas les moyens de se payer ce monstre lacustre, et qu'il était illusoire d'espérer que des privés le financent (même la Fondation Wilsdorf ? même...). On a donc décidé de se tourner vers Berne. Le temps passe, et va continuer de passer (une hypothétique traversée du Petit-lac ne se ferait pas avant 2040...)  il apparaît de plus en plus évident qu'en sus d'être financièrement ruineux, le projets devient parfaitement inutile, dès lors que les déplacements en bagnoles individuelles, de moins en moins gérables dans les zones urbaines, suburbaines, périurbaines et rurbaines, vont forcément se réduire. Pendant quoi, à réitérées reprises, les Genevoises et voix soutiennent dans les urnes le développement de la mobilité douce et les forces politiques qui la défendent et s'opposent aux projets d'urbanisation dans des zones villageoises, ou résidentielles, du genre de celles qui, sur la rive-gauche, devraient précisément être urbanisées pour qu'une traversée routière du Petit-lac y prenant pied se justifie.

La traversée routière du Petit-lac n'est plus vraiment un projet, mais un totem

Donc, comme Genève n'a pas les moyens de claquer des milliards pour une traversée routière de son bout de lac, elle se tourne vers la Berne fédérale pour se la faire offrir : le Conseil d'Etat a transmis le dossier à la Confédération (il n'avait pas le choix, le peuple avait voté le principe de l'étude de ce machin), en ne se faisant vraisemblablement aucune illusion sur le sort qui sera réservé à cette Genferei. D'autant qu'à Berne on sait Genève fort divisée sur le sujet (on n'y a pas voté dans un sens sans voter ensuite dans l'autre...) et que la République est désormais représentée au parlement fédéral par une majorité de parlementaires de gauche (PS, Verts, EàG) opposés à quelque projet que ce soit  de traversée de la rade ou du Petit-Lac autrement que par bac ou en bateau -comme le prévoit, entre entre Corsier et Bellevue, le projet de la "Voie bleue", qui pourrait fonctionner dès 2024 avec un navibus de la CGN d'une centaine de places.

Quelles chances Genève a-t-elle de se faire payer son éléphant de lac par Berne ? Vraisemblablement aucune. Ce n'est pas que la Confédération refuse de financer de grands projets routiers à Genève, puisqu'elle est prête à le faire à raison de plus de deux milliards pour l'élargissement du contournement actuel, ni qu'elle méconnaît l'importance de soutenir le développement des infrastructures de l'agglomération genevoise, puisqu'elle les a déjà soutenues pour plusieurs centaines de millions, c'est seulement qu'elle a toutes les raisons de considérer une traversée routière du Petit-lac comme un projet obsolète avant même que d'avoir obtenu le moindre financement de sa part, alors qu'il serait le plus coûteux de tous ceux qu'elle a inscrit dans sa planification routière.

Il est vrai que la traversée routière du petit-lac n'est plus vraiment un projet, mais un totem. Et que ceux-là même qui persistent à l'invoquer n'y croient plu.  Ce totem et cette entrave sont aussi une obsession, qui plombe tous les autres projets lorsqu'il faut les soutenir à Berne... On se plaît donc à croire que le Conseil d'Etat, désormais à majorité de gauche, ne l'a expédié à Berne que pour en débarrasser Genève.

Une forme de tri des déchets, en somme...

Commentaires

  • Oui, c'est assez bien résumé cet enfumage politique autour des divers projets. Le Genevois ne sait plus à quel saint se vouer. Belle démonstration de politique politicienne qui a permis au PLR de tromper la population lors de la votation pour une traversée de la rade proposée par l'UDC en suggérant l'impossible, une traversée autoroutière du Petit-Lac.
    A cause de vous, les politiques et vos petites guéguerres mesquines, les genevois n'en peuvent plus.
    Mais le pire c'est que cette interminable guerre des transports est systématiquement ravivée sans espoir de sortie du tunnel. Alors que le bouclage de la ceinture moyenne mettrait tout le monde d'accord.
    Honte ! Honte à vous, politicards, idéologues, incapables de respecter ne serait-ce que les principes de la loi (LMCE), notamment les axes structurants et les tangentes qui permettraient enfin de pacifier la ville et redonner une vitesse commerciale attractive aux TP.

  • Allons Pierre, vous savez bien que la "vitesse commerciale attractive des TP" ne serait en rien augmentée par une traversée du lac puisque la plus grande partie des voitures qui circulent dans la ville font des trajets confinés a la rive droite, surtout si vous faites abstraction des frontaliers.qui viennent travailler a Geneve. Ces derniers d`ailleurs utilisent de moins en moins la voiture. La fluidité des TP ira en augmentant a mesure que le nombre des voitures diminuera en centre-ville.

  • Cher Monsieur,
    Merci pour votre commentaire, vous avez tout à fait raison, mais comme nous avons des extrémistes et dogmatiques dans les arcanes du pouvoir qui de surcroit jouent sur la peur et la culpabilité de la population , cette paix que vous appelez de vos voeux malheureusement ne risque pas d'arriver de si tôt.

  • Non seulement inutile, mais carrément craignos. La Rade avec le Jet d`Eau, c`est le grand argument touristique de Geneve et un giga-pont la-dessus l`arrangerait salement. Sans meme parler des éventuels dégats au biotope du lac et des frais d`entretien probablement aussi peu a la portée de Geneve que les frais de construction. Aucun gouvernement genevois n`a eu le courage de passer ce projet a la moulinette une fois pour toutes du fait du poids des bagnolistes dans l`électorat, mais ce dernier est heureusement en train de changer.

  • En son temps, j'ai développé la saga sur mon blog de mobilité, qui n'est malheureusement toujours pas accessible, en six billets qui tracent l'historique et qui se terminent par des propositions concrètes.
    Je n'y reviendrai pas ici, mais il ne s'agit nullement de défigurer la Rade puisque le bouclage de la moyenne ceinture implique de plonger sous terre à Malagnou (qui rejoint le réseau autoroutier français) et ressortir à Nation qui rejoint aussi le réseau autoroutier via la route des Nations actuellement en construction.
    Cet ouvrage est le chaînon manquant pour permettre enfin de rendre la ville aux citoyens et obliger les TIM à contourner l'hypercentre. Imaginez une seconde un pont du Mont-Blanc sans bagnoles et vous comprendrez alors à quel point notre Rade serait embellie. Les quais seraient aussi en zone 20 avec priorité aux piétons, alors qu'aujourd'hui ils s'apparentent à une semi-autoroute de contournement, par défaut. Je me plais souvent à évoquer la scène du badaud qui vient de la rue des Eaux-Vives ou celle des Pâquis en tapant son SMS sans même relever le nez pour se rendre au bord de l'eau. Car c'est ça la réalité d'une zone 20. On tolère certains véhicules qui circulent au pas.
    Je suis sidéré d'observer que l'intégrisme obscurcit la vision des écolos qui ne réalisent pas qu'avec un tel ouvrage, leurs rêves les plus fous deviendraient réalité.
    Et puisque nos autorités semblent pressées de dépenser des tonnes de fric pour relancer l'économie (qu'elles n'ont pas, mais c'est un détail, notamment avec cette maison de la musique que personne ne réclame), nous avons là une belle opportunité de véritablement servir la République et les citoyens.
    Et pourtant, le sujet semble tabou ou maudit. Aucun politique n'ose s'y coller.
    Mais j'en voudrai éternellement au PLR d'avoir sabordé l'initiative de l'UDC en trichant. Car ils savaient, et la gauche s'en est réjouie, que Berne avait mis son veto. Ce n'est pas de l'histoire ancienne. Barthassat nous avait promis la lune, il est parti (ou plutôt, on l'a viré) en sachant pertinemment que le préavis de l'OFROU qui mettait l'accent sur le développement urbain de la rive gauche était rédhibitoire. Le PDC, depuis, a viré sa cuti et Dal Busco est devenu le valet d'une gauche pastèque qui surfe opportunément sur la vague verte. On regretterait presque le motard sympathique s'il n'avait pas aussi fait preuve de servilité et donc de bêtise puisqu'il y a laissé sa peau. D'ailleurs, si Dal Busco avait la moindre velléité de se représenter en 2023, il n'aurait évidemment aucune chance.
    Le défaut du projet de l'UDC, qui aurait pu être amendé, consistait à faire sortir le tunnel sur le quai Wilson. Il suffisait d'une photo avec deux trous béants en béton armé qui obstruent la vue du lac et du Salève pour que les Genevois se fassent berner.

  • Je suis entierement d`accord avec vous, Pierre. Le hic, c`est qu`un tel projet (plusieurs voies enterrées sur des kilometres et passant sous le lac) est financierement taillé pour une monarchie pétroliere et c`est bien dommage car, s`il n`y avait le probleme du cout financier, j`enterrererais voobtiers pour ma part toutes les voies automobiles urbaines et meme le reste.

  • "Le grand argument touristique de Genève" pfff mais sérieusement ça c'était dans les années soixante. Vous avez vu a quoi ressemblent les quais du mont-blanc et des eaux-vives aujourd'hui ? Si le moindre touriste vient pour ça, une chose est sûre c'est qu'il reviendra pas une 2eme fois. Et c'est claire qu'un pont autoroutier c'est tellement dégueulasse que personne ne va à San-Francisco pour voir le Golden Gate par exemple.

  • Jean, l'argument financier n'est plus recevable. On a tous compris... Non, on n'a rien compris, mais on a tous pu voir qu'il est très facile d'imprimer de la monnaie et de faire porter le fardeau de la dette sur les prochaines générations. Par ailleurs, le gouvernement genevois se prépare à une dépense faramineuse avec un projet débile d'agrandissement de Cornavin qui ne permettra pas de désenclaver la gare de l'aéroport ni de la rejoindre sans transfert de charge depuis le Léman Express.
    Les dépenses publiques sont considérées comme souhaitables même si on n'a pas le premier sous. Du moins les dépenses d'investissement. Car celle de fonctionnement sont des gouffres impossibles à combler.
    La traversée de la Rade est peut-être bien le dernier effort à consentir sur le réseau routier pour retrouver de la cohérence et pouvoir établir des hiérarchies en fonction des modes et des lieux. Cet ouvrage permettrait non pas d'augmenter la place faite à la voiture comme se plaisent à le répéter en boucle les Verts, mais à expurger le centre des véhicules parasitaires qui nuisent à tous.
    Mais c'est aussi l'opportunité de la rendre hybride en bouclant aussi le Léman Express entre la Gare des Eaux-Vives et Sécheron. Alors pourrons-nous respirer et jouir de notre ville.

  • Jean Jarogh@ Il existe pourtant de très, très beaux ponts... On peut même dire que dans le genre, il y a peu de réalisations humaines qui arrivent à tant d'esthétisme...
    Vous avez déjà vu le viaduc de Millau ? https://fr.wikipedia.org/wiki/Viaduc_de_Millau

  • Vous avez raison Géo, il y a des ponts tres esthétiques. Je pense a certains petits ponts de pierre multiséculaires que l`on trouve encore ici ou la. Par exemple celui-ci: https://www.ticino.ch/fr/commons/details/Le-Pont-Ponte-dei-salti-/2707.html en dessous duquel j`ai eu l`occasion de plonger dans des eaux cristallines merveilleuses. Cela dit, le viaduc de Millau et tous ces giga-machins qui traversent un beau paysage comme une balafre en-travers du visage d`une belle femme...

  • Le jour où nous en auront les moyens, si ce jour advient, alors pourquoi pas un pont autoroutier au large ? Je rejoins Géo avec sa remarque. https://www.futura-sciences.com/sciences/photos/homme-top-18-plus-beaux-ponts-monde-1009/homme-anaconda-bridge-pont-python-amsterdam-6714/

  • Il y a plus simple, Pierre. Je vous prete mon équipement de plongée et vous n`avez plus qu`a aller enlever le bouchon au fond du lac pour le vider, apres quoi on bétonne et plus besoin de pont autoroutier au-dessus du lac.

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