• Guéguerres dans la "gauche de la gauche" genevoise

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    masques.jpgTragicomique de répétition

    A Genève, une «lettre ouverte aux électeurs-trices d'Ensemble à Gauche» tire à vue et en rafales sur la décision de ce qui reste de la coalition de ne présenter aucune candidature à l'élection partielle au Conseil d'Etat, provoquée par la démission-candidature de Pierre Maudet. Signée par une centaine de partisanes et partisans de la refondation d'Ensemble à Gauche sous forme d'un «grand parti populaire de la gauche radicale» dont la majorité de la population genevoise est supposée avoir besoin, la lettre ouverte dénonce la «faute politique majeure» que constituerait la «désertion» d'EàG dans l'élection complémentaire présentée comme un moment politique majeur et assurent que cette absence dans la «bataille politique qui s'annonce» est «incompréhensible». Moins «incompréhensible», toutefois, que l'oubli soigneusement cultivé par la lettre ouverte que même si EàG n'a présenté aucune candidature, une autre formation de la «gauche de la gauche» a fait exactement ce que la «lettre ouverte» reproche à EàG de ne pas avoir fait : le Parti du Travail présente en effet la candidature de l'ancien Conseiller municipal de la Ville de Genève Morten Gisselbaek. Passé, certes, de SolidaritéS au Parti du Travail, mais siégeant tout de même, jusqu'aux dernières élections municipales, au sein du groupe d'Ensemble à Gauche. Ce qui de toute évidence ne suffit pas aux signataires de la lettre ouverte pour le soutenir en tant que représentant de la «gauche combattive», désormais réduite par les auteurs de la lettre eux-mêmes, à eux-mêmes.

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  • Pingre accueil de jeunes réfugiés en Suisse

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    Lesbos.jpg L'asile au compte-goutte

    20 jeunes rescapés de l'incendie du camp de réfugiés de Miria, sur l'île de Lesbos, ont été admis en Suisse juste avant Noël, avec 16 autres mineurs venant eux aussi de camps de réfugiés des îles grecques et ayant pour la plupart d'entre eux de la famille en Suisse. Tous ont été sélectionnés par les autorités grecques, en collaboration avec le HCR et des ONG,  pour leur vulnérabilité auront un statut de requérants d'asile et devront suivre la procédure idoine, en étant "relocalisés" -autrement dit, séparés les uns des autres. Le HCR et les villes suisses attendent plus de la Suisse que cet accueil au compte-goutte (qui n'exclut même pas les expulsions et les retours forcés des requérants déboutés vers les pays qu'ils fuyaient) : des milliers de mineurs sans famille sont entassés dans les camps grecs, et à fin décembre, la Suisse n'en avait accueillis que moins d'une centaine (ceux de Noël compris). Cet pingrerie de l'accueil tient d'une tradition assez récente : En près de cinquante ans (1968-2016), la Suisse n'aura accordé l'asile ou une admission provisoire qu'à 300'000 personnes, alors que dans les années cinquante des centaines de milliers de réfugiés, notamment hongrois se sont parfaitement intégrés à la population, fondus dans le décor helvétique, leurs enfants devenant des Suisses et des Suissesses comme les autres. O tempora, o mores...

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    Lien permanent Catégories : asile, réfugiés, Immigration, Suisse 1 commentaire
  • Accord de libre-échange de l'AELE avec l'Indonésie : Libre échange inégal

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    libre-echange.jpgLe 7 mars, le peuple suisse se prononcera sur un accord de libre-échange entre l'AELE (dont la Suisse est membre) et l'Indonésie, attaqué par référendum populaire au nom du commerce équitable, du respect des ressources naturelles et de la solidarité avec les producteurs indonésiens de produits exportés en Suisse.. Porte-parole des référendaires, le vigneron genevois Willy Cretigny explique que le principe même du libre-échange est à combattre et que favoriser la venue de produits qui viennent de loin est "mauvais pour l'environnement, augmente le transport de marchandises et met les écosystèmes locaux sous pression" : "à 'heure où l'on parle d'économie circulaire, de recyclage des déchets, cette fuite en avant entraîne notre perte".  Le référendum est lancé contre un accord qui a été soutenu aux Chambres fédérales par le PS (et, sauf erreur, les Verts). Des ONG comme Public Eye, le WWF, ou la Fédération romande des consommateurs  ont refusé de soutenir le référendum, qu'ont soutenu en revanche la Jeunesse Socialiste, les Jeunes Verts et la Grève pour le Climat. Qui (comme nous, ici) appellent à refuser un accord de "libre-échange" en quoi se résument tous les termes de l'échange inégal entre une économie du centre et une économie de la périphérie.

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  • Ce n'est pas la mendicité qui est illégale, c'est sa répression

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    mendicité Genève.jpgEncore une chasse à interdire à Genève

    La Genève officielle, politique, judiciaire, policière, bureaucratique, vient de se prendre une baffe méritée, et des années (quatorze...) de combat de Dina Bazarbachi et de Mesemrom ont été récompensés : La Cour Européenne des droits de l'homme (CEDH) a donné droit à une Roumaine de 28 ans, qui contestait l'amende que lui avait infligée le Service des Contraventions pour mendicité sur la voie publique (elle avait été amendée neuf fois en deux ans pour la même raison, et gardée à vue deux fois pour ce crime majeur). La jeune Rrom, mère célibataire de trois enfants, analphabète, vivant dans la rue sans ressource et sans aide sociale, arrivée à Genève en 2011, avait même fait cinq jours de détention provisoire pour n'avoir pas payé cette amende. Elle était ensuite retournée en Roumanie. Pour la Cour (une institution du Conseil de l'Europe, dont la Suisse est membre fondatrice, ceci dit pour couper court aux couinement sur un diktat de l'Union Européenne...), qui a accordé un dédommagement de mille francs à la jeune mendiante, la sanction qui lui a été infligée est contraire à l'art. 8 de la Convention européenne des droits de l'homme  : "Placée dans une situation de vulnérabilité manifeste, la requérante avait le droit, inhérent à la dignité humaine, de pouvoir exprimer sa détresse et d'essayer de remédier à ses besoins par la mendicité". Ce jugement contredit, sur le fond et la forme, les lois qui, notamment à Genève et dans le canton de Vaud, font de la mendicité une pratique illégale sans examen de la situation réelle de celles et ceux qui s'y livrent : puisque les mendiants et les mendiantes ont "le droit, inhérent à la dignité humaine" de remédier à leurs besoins par la mendicité, rendre celle-ci illégale et la réprimer, saisir le contenu de leurs gobelets (il y avait 16 francs 75 dans celui de la jeune Rrom), amender celles et ceux qui s'y livrent et les envoyer en prison s'ils ne peuvent pas payer les amendes qu'on leur colle (et qu'ils ne pourraient payer qu'en mendiant...) est... illégal. Et il ne suffit pas d'adapter les sanctions "au cas par cas" (on ne le faisait donc pas : la loi sanctionne en effet le mendicité quelles qu'en soient les auteurs, les causes, les méthodes, le lieu), comme, obstinées, l'annoncent les autorités genevoises : il faut purement et simplement abroger l'article 11A de la loi pénale genevoise (l'article anti-mendicité). Et d'ici là, on ne saurait recommander aux mendiants et aux mendiantes de se faire représenter pour contester (jusqu'à Strasbourg...) les amendes qui continueraient à leur être infligées : si invoquer la dignité humaine ne convainc pas, à Genève comme dans le canton de Vaud (qui a aussi pénalisé la mendicité) l'Etat de renoncer à la chasse aux mendiants, peut-être que son coût l'y inciterait : on peut parfois s'abaisser à user d'arguments assez vils pour mettre fin à des pratiques plus viles encore.

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  • Le troll tourne les talons ? Une bonne chose de faite.

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    trump,bidenSous protection de 25'000 policiers et militaires en armes, Joseph Robinette Biden a prêté serment, mercredi, comme 46e Président des Etats-Unis. Pour un seul mandat de quatre ans, si rien ne vient l'interrompre. Avec Kamala Harris comme vice-présidente (première femme et première "personne de couleur" à ce poste), pour, le cas échant, le remplacer ou lui succéder : il a tout de même 78 ans, et est le président le plus âgé de l'histoire étasunienne (mais si elle recule depuis quelques années, l'espérance de vie des Américains a tout de même progressé depuis 250 ans...) Trump a finalement quitté de lui-même la Maison-Blanche après avoir gracié 73 personnes dont son ancien Conseiller et idéologue Steve Bannon (qui avait détourné des fonds destinés à la construction du fameux mur avec le Mexique), et a gagné la Floride sans assister à l'investiture de son successeur, en chantant ses propres mérites et en assurant qu'il reviendra "d'une manière ou d'une autre". Il est vrai que dans la mythologie scandinave,  les trolls, s'ils sont idiots, sont quasiment indestructibles... Le troll tourne les talons, et c'est une bonne chose de faite. Reste à faire... tout le reste.

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  • Soutenir ceux que la Confédération laisse tomber : L'unanimité, vraiment ?

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    pas de victoire sans lutte.jpgLe groupe socialiste propose aujourd'hui au Conseil municipal de Genève un projet de résolution (déjà soutenu par les Verts et Ensemble à Gauche) appelant au soutien de ceux que la Confédération laisse tomber, ou ne soutient qu'insuffisamment. Le traitement en urgence de ce texte a été accepté à l'unanimité du parlement de la Ville. Ce qui signifie que toute la droite l'a soutenu. On en est un peu désorienté. Un peu, seulement. Parce que ce qui qualifie une proposition politique, c'est aussi son caractère distinctif, sa différence, et qu'une proposition acceptée à l'unanimité pourrait, à quelques esprit chagrins, passer pour un truisme, une évidence, un lieu commun. Sauf que cette unanimité peut être factice, résignée, ou opportuniste. Qu'une proposition peut n'être soutenue que parce qu'on ne pense pas pouvoir la combattre, lors même qu'on aimerait bien le faire, ou qu'elle ne mérite pas d'être combattue Et qu'il revient alors à ceux qui la font de la défendre pour ce qui la distingue. Demander, comme nous allons le faire, que le Conseil fédéral "développe rapidement et massivement les aides nécessaires aux secteurs les plus fragilisés par la crise (...) et établisse les procédures les plus simples possibles pour l’obtention de ces aides", que la Ville de Genève soutienne "les demandes faites, de toutes parts, à la Banque nationale pour qu’elle redistribue aux cantons une part plus importante, compte tenu de leurs besoins, de ses bénéfices" et attendre du canton "qu’il redistribue une part suffisante de cette aide aux communes, et en particulier aux villes", est-ce aller assez loin, quand en une sorte de Pentecôte avant terme, des langues de feu keynésiennes semble avoir converti presque toute la droite aux vertus d'une relance par l'Etat ?

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    Lien permanent Catégories : Economie, Genève, Politique 0 commentaire
  • Des "correspondants de nuit" à Genève

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    correspondants de nuit Veille sociale nocturne

    Au début de la nuit genevoise, du début de soirée à la nuit, une équipe de prévention, des "correspondants de nuit", sera dans la rue dès ce printemps. Sans autre arme qu'une volonté de dialoguer avec les jeunes, dont les attroupements, voire les incivilités, peuvent susciter un sentiment d'insécurité chez les habitants des quartiers. Mais il s'agit aussi de lutter contre le harcèlement de rue, les débarras sauvages, les discriminations, les souffrances personnelles et les ruptures sociales. Vaste programme de "veille sociale" nocturne, pour un projet qui n'en est encore qu'à une phase de test (on ne connaît pas encore le quartier qui sera choisi pour ce test), et qui ne dispose encore que d'un très modeste budget de 320'000 francs, et de très modestes moyens humains (2,6 postes de travail), trois fois moins que ce dont dispose le dispositif lausannois comparable, car des correspondants de nuit, plusieurs villes romandes (Payerne, Lausanne, Vernier, Grand-Saconnex, Thônex) en emploient déjà. En Ville de Genève, ce sera une première. Et il reviendra au Conseil municipal, le test ayant été fait, évalué, analysé,  de décider de la suite.

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  • Parking "Clé-de-Rive" : un NON s'impose le 7 mars

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    vignette parking Clé de Rive.jpgClarifions !

    Le Conseil Municipal de la Ville de Genève a pris position il y a quelques mois dans une résolution, contre le projet de parking "Clé-de-Rive". Mais sans doute devrait-il remettre cette compresse, puisque le Conseil administratif actuel, pourtant composé très majoritairement (quatre magistrat-e-s sur cinq...) d'opposants à ce projet, se sent tenu par la prise de position du Conseil administratif précédent (dont quatre des cinq membres ne font plus partie de la nouvelle équipe), et les engagements pris par le magistrat responsable du dossier, Rémy Pagani, à l'égard du promoteur privé du parking, au terme d'un "deal" parking contre zone piétonne. Dans le cadre de ce "deal", la Ville s'engageait à apporter son soutien au projet que sa majorité politique, désormais, combat. Et le principe de la "continuité de l'Etat" appliqué à la commune par la majorité de son Exécutif semble la dissuader de défendre sa propre position. On se dira que, bien sûr, une position de l'Exécutif n'engage pas le délibératif, que le Conseil municipal peut toujours réitérer sa prise de position contraire à celle de l'ancien Conseil administratif. D'ailleurs, une position du Conseil administratif actuel, en tant que collège, n'empêche nullement ses membres de prendre des positions personnelles, puisqu'après tout, pour être magistrat.e.s, ils et elles n'en restent pas moins citoyens et citoyennes... mais tout de même, un Exécutif assumant une position que 80 % de ses membres ne partagent pas, que le parlement ne partage pas non plus, et qu'aucun des partis formant la majorité de l'un et l'autre conseil ne partage, ça ne clarifie pas vraiment le débat. Le Conseil municipal ferait donc bien de réitérer son opposition à ce projet tocard.

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  • Election partielle au Conseil d'Etat genevois : Fabienne et les sept...

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    Blanche Neige.jpg

    On sait donc qui sont candidats (sept) et candidate (une seule) à l'élection partielle au gouvernement de Piogre : A droite, l'ex-PLR Pierre Maudet, le PLR Cyril Aellen, le Vert libéral Michel Matter, l'UDC Yves Nidegger (sous l'étiquette "Genève autrement") et le PBD Yann Testa.  Si avec tout ce monde à droite, Pierre Maudet n'arrive pas à se hisser au deuxième tour, c'est vraiment qu'il l'aura fait exprès... A gauche, les Verts présenteront Fabienne Fischer, qui sera également soutenue par les socialistes puisqu'ils disposent déjà de deux sièges et n'en revendiquent pas un troisième, et le Parti du Travail fera un petit (premier) tour de piste (SolidaritéS y a renoncé), avec Morten Gisselbaek, avant sans doute de se rallier à la candidate verte au second tour en ayant peut-être, empêché son élection au premier.  Le huitième candidat s'appelle Olivier Pahud, magicien professionnel et promoteur de jeux. Des qualifications en effet idéales pour siéger au gouvernement genevois. En fait, les seuls enjeu du premier tour de cette élection (un éventuel deuxième tour aurait lieu le 28 février) pourraient bien être l'élection ou non de Fabienne Fischer au premier tour, le score de Pierre Maudet et son maintien ou non au second tour... après qu'il soit passé devant le tribunal de police pour le procès de ses errements divers et variés.

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    Lien permanent Catégories : élections, Genève, Politique 0 commentaire
  • Le référendum pétrolo-bagnolard contre la loi CO2 a abouti

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    temps.jpgFaire perdre du temps au temps

    Le référendum lancé par la Grève du Climat (du moins sa part romande) contre la loi fédérale CO2 n'a été déposé lundi qu'avec 7000 signatures, alors qu'il en faut au moins 50'000 pour provoquer un vote populaire. Mais ce vote aura tout de même lieu : l'autre comité référendaire, celui des lobbies du pétrole et de l'automobile, soutenus par l'UDC, a déposé son propre référendum aujourd'hui, avec 110'000 signatures. La disproportion des soutiens à chacun de ces deux référendum dit bien le rapport des forces entre eux, et entre les forces qui les ont lancé. Elle dit donc d'où vient, et ce que signifie, l'opposition réelle à la loi fédérale : maintenir le plus longtemps possible la dépendance de la Suisse au pétrole et des Suisses à la bagnole, pour continuer à en vendre le plus possible. La votation aura lieu en juin. La loi doit entrer en vigueur en 2022. Si  elle est refusée en votation populaire, elle n'entrera pas en vigueur. Ni en 2022, ni plus tard. Si elle est acceptée, il nous reviendra ensuite, dès son adoption, de nous mobiliser pour aller plus loin et plus fort qu'elle. Et le plus vite possible. Parce que le temps est compté. Et que le but du référendum pétrolo-bagnolard est précisément celui de nous le faire perdre. Quant à celui des grévistes du climat, il n'était ni criminel, ni irresponsable. Seulement idiot.

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  • "Pour sauver l'économie, il faut d'abord sauver les gens"

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     dansemacabre.jpgLes faibles, les forts, les morts

    "Une crise insistante est une épreuve, les forts la traversent, les faibles y succombent, le centre ne craque pas à chaque coup", écrivait Fernand Braudel en 1977, trois ans après le déclenchement de la grande crise pétrolière. Quelle épreuve est la crise du Covid, et pour qui ? Qui sont les forts qui la traversent, et à quoi leur force se mesure ? Qui sont les faibles qui y succombent, et qui les laisse y succomber? L'économie souffre de la pandémie ? Sans doute. Mais pas toute l'économie : les secteurs des technologies de numérisation, de communication, de la chimie, les pharmas, les GAFA et les réseaux sociaux se portent mieux que jamais. Les pompes funèbres, aussi, paraît-il. Et on n'a jamais autant vendu de vélos, mécaniques ou électriques. Cette part-là de l'économie n'est pas à "sauver" : elle est nourrie par la crise. Et de toute façon, "pour sauver l'économie, il faut d'abord sauver les gens",  rappellent les chercheurs américains, Phillip Alvelda, Thomas Fergusson et John C. Mallery. Ce devrait être une évidence : là où il n'y a personne, il n'y pas d'économie. Et dans tous les pays qui ont cru devoir "sauver l'économie" d'abord et les gens ensuite (si on a le temps) on a sauvé ni l'une, ni les autres. Et ce n'est pas affaires nationales, mais enjeu mondial.

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  • "La familia grande" et le mur du silence

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    libertepresse.jpgDe l'inceste et du pouvoir

    C'est une histoire sordide et exemplaire que raconte le livre de Camille Kouchner, "La familia grande". L'histoire de son frère, un adolescent de quatorze ans, dont un homme puissant, son beau-père, abusait. "Abusait" ? Un euphémisme pour "violait". Et c'est l'histoire d'un long silence de trente ans, d'une longue connivence, que le livre brise. Olivier Duhamel, l'abuseur, le violeur, était professeur à Science Po dont il a présidé la fondation, jusqu'à la parution du livre, membre de clubs influents, chroniqueur multicarte, omniprésent dans les "talks-shaws" télévisés.  Tous ceux qui savaient ont fait silence, pour se préserver, ou préserver "la famille". Et la plupart de ceux à qui la vérité a été révélée ne firent rien pour que ce silence soit brisé. D'autres ont pris leur distance avec le couple formé par la mère, Evelyne Pisier, et Olivier Duhamel, mais pas avec le milieu dont ils étaient tous : un milieu privilégié, le haut du panier de gauche.  Ils se croyaient libertaires, n'étaient que libertins. De ceux pour qui la liberté n'est que leur liberté. La liberté d'Olivier Duhamel d'abuser de son beau fils. Le droit d'inceste que s'accordent les incestueux est celui d'un pouvoir absolu -il ne manque ensuite que de tisser le silence autour de ce que ce pouvoir signifie : le pouvoir de faire ce qu'on veut des autres.

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    Lien permanent Catégories : Famille, Société - People 1 commentaire
  • Lundi, c'est la rentrée scolaire. Mais pas la rentrée culturelle.

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    culture.jpgUn accessoire : la culture

    Un manifeste de 450 acteurs culturels indépendants, soutenus par des personnalités politiques (Mathias Reynard, Micheline Calmy-Rey, Pascal Couchepin), les grands festivals et l'infectiologue Didier Pittet demande que les indépendants du secteur culturel, "injustement exclus de la société au fur et à mesure des décisions prises au niveau fédéral ou cantonal pour combattre l'épidémie",  soient "défendus avec la même ardeur que celle employée pour les autres secteurs de l'économie", et indemnisés au même titre que l'est le personnel des grandes institutions du secteur. Ce serait en effet le moins que l'Etat puisse faire s'il tient à justifier son existence : après tout (et cela vaut aussi pour la restauration), c'est lui qui a contraint les lieux culturels à fermer et les acteurs culturels à attendre la Saint Glinglin pour pouvoir retrouver un public, c'est donc à lui  d'indemniser leurs pertes, de réparer leurs absences. Mais il ne s'agit pas que de cela : il s'agit aussi, surtout, de la place de la culture dans la société -dans la constitution même d'une société qui soit autre chose qu'un agrégat aléatoire d'individus, ou de tribus. Il y a donc bien quelque signification plus profonde que celle de l'urgence elle-même, à ce que les théâtres, les cinémas, les musées, les lieux de concerts, qui tous avaient mis en place des dispositifs particulièrement exigeants contre la propagation du coronavirus, dont aucun n'a été un foyer de contamination, soient fermés (ce qui les innocente au surplus de toute responsabilité dans la reprise de l'épidémie) quand les grands magasins restent ouvert, et que l'on se satisfasse de ce que les créateurs culturels ne puissent rien montrer de leur création à un public. On ne sait si c'est sciemment que les autorités politiques font ce choix -on sait seulement qu'il dit quelque chose de la place qu'elles accordent à la culture : congrue, accessoire, décorative. Si, comme l'écrit Thierry Apothéloz, la culture "c'est ce qui donne un sens à ce qui n'en a pas", quel sens donne la fermeture des lieux de culture à la société et au pouvoir qui les ferment ?

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  • Un Trump, ça ose tout, c'est même à ça qu'on le reconnaît...

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    Capture d’écran 2021-01-07 002607.jpgNaufrage de Trump. Et du trumpisme ?

    Quoi qu'en puissent suggérer les images de cette nuit de Grand Guignol à Washington (qui nous rappellent celles de la tentative de putsch du colonel Tejero, en Espagne, en 1981),  le Congrès des Etats-Unis va ratifier l'élection de Joe Biden à la présidence, mais après avoir été attaqué pour la première fois depuis 1812 (mais c'était alors par les Anglais -cette fois c'est par des Américains persuadés d'être les seuls vrais Américains) . A l'heure où on écrit, la séance, interrompue pour quelques heures après quelques flibustes parlementaires de retardement et une tentative d'intrusion violente des trumpistes dans le bâtiment du Congrès, a repris, alors qu'en Géorgie, le deuxième tour de l'élection sénatoriale aboutissait à une double victoire démocrate, scellant un équilibre parfait des forces à la Chambre haute (50 démocrates et 50 républicains), la vice-présidente Kamala Harris se voyant confier le pouvoir de départager les votes égaux. Les jeux sont-ils faits pour Trump ? Institutionnellement, sans aucun doute : le 20 janvier, il ne sera plus président des USA et le camp républicain est en capilotade (d'où sa défaite historique en Géorgie). Mais politiquement, c'est une autre histoire. Trump et les siens ont déjà en ligne de mire l'élection présidentielle de 2024 et ils ont beau vivre, imperméable à la raison et insensible à la réalité des fait,  comme une secte dans une sorte de monde parallèle, on peut  compter sur eux pour animer ces quatre prochaines années. Mais pour quel résultat ? Assurer l'élection de la vice-présidente de Biden, Kamala Harris, à la présidence ?

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    Lien permanent Catégories : Politique, USA 9 commentaires
  • L'Union Européenne s'émancipe de la Grande-Bretagne (mais pas encore l'Ecosse de l'Angleterre)

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    frontière écossaise.jpgBrexciting

    Ouf ! le Brexit, c'est fait : un accord a finalement été signé entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne pour sa mise en oeuvre. Un accord sans vainqueur, chacune des parties devant abandonner des revendications initiales. Reste évidemment à assumer, de part et d'autre de la Manche, les conséquences d'une rupture dont la plupart des partisans ne mesuraient précisément pas les conséquences. L'accord ne satisfait peut-être personne (même pas, quoi qu'il en joue, Boris Johnson) mais soulage tout le monde, y compris, en Grande-Bretagne, les partisans du maintien dans l'Union (un mauvais accord valant mieux, pour eux, qu'un "no deal") et, au sein de l'Union, les partisans de son renforcement politique, social et environnemental, à quoi précisément le Royaume-Uni s'était opposé depuis son entrée dans la communauté européenne -au point qu'on se dit (comme De Gaulle le disait) qu'il n'y était entré que pour cela : l'entraver. Finalement, de l'Union Européenne et de la Grande-Bretagne, celle qui s'émancipe de l'autre n'est sans doute pas celle qui le clame le plus fort. Et qui, en quittant l'Union, laisse son vieil adversaire historique, devenu allié et partenaire, la France, en être désormais le seul Etat  à siéger au Conseil de Sécurité de l'ONU, à disposer d'une force nucléaire et à avoir l'ambition d'une politique extérieure autonome de celle des Etats-Unis, même si elle n'a pas à elle seule les moyens de cette ambition -d'où sa volonté d'en doter l'Europe. Parce que c'est désormais  à ce seul niveau qu'il est possible de tenir tête aux USA et à la Chine.

    Hier, Boris Johnson a annoncé le reconfinement presque total des Britanniques...

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    Lien permanent Catégories : Europe, Politique 1 commentaire
  • 2020, saison 2

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    dansleschiottes.jpgOn vous souhaite une année...

    Normalement, en cette période de l'année nouvelle du calendrier grégorien (et, dans quelques jours, aussi du calendrier julien), ce qui devrait s'imposer, c'est un conte du jour de l'an. Une jolie histoire, pleine de bons sentiments, et qui finit bien, avec une morale qui fasse de l'usage au moins jusqu'à Pâques. D'ailleurs, y'en a de très bien, des contes du jour de l'an. Ceux écrits par Louise Michel, par exemple*. Louise Michel, vous dites ? non, pas LA Louise Michel, quand même ? Ben si, elle-même, la communarde, l'anarchiste, l'amie des kanaks, la féministe... Mais franchement, vous la trouvez propice aux contes pleins de bons sentiments se concluant par des souhaits de bonne année, la période qu'on vit ? "Bonne" année, faut le dire vite... C'est pas une bonne année qu'on devrait souhaiter et se faire souhaiter, c'est une année. La dernière, sans nul doute, avant le grand collapsus -depuis le temps qu'on nous l'annonce, celui-là, il faudrait bien qu'il survienne une bonne fois, qu'on puisse passer à autre chose.... Alors voilà, "camarades et amis" (comme on disait dans les émissions en français de Radio-Pékin du temps du Grand Timonier), on vous souhaite une année. C'est déjà ça, non ?

    *Louise Michel, La révolution en contant, histoires, contes et légendes, Bleu Autour, 2019

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    Lien permanent Catégories : complot, voeux 4 commentaires