Guéguerres dans la "gauche de la gauche" genevoise

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masques.jpgTragicomique de répétition

A Genève, une «lettre ouverte aux électeurs-trices d'Ensemble à Gauche» tire à vue et en rafales sur la décision de ce qui reste de la coalition de ne présenter aucune candidature à l'élection partielle au Conseil d'Etat, provoquée par la démission-candidature de Pierre Maudet. Signée par une centaine de partisanes et partisans de la refondation d'Ensemble à Gauche sous forme d'un «grand parti populaire de la gauche radicale» dont la majorité de la population genevoise est supposée avoir besoin, la lettre ouverte dénonce la «faute politique majeure» que constituerait la «désertion» d'EàG dans l'élection complémentaire présentée comme un moment politique majeur et assurent que cette absence dans la «bataille politique qui s'annonce» est «incompréhensible». Moins «incompréhensible», toutefois, que l'oubli soigneusement cultivé par la lettre ouverte que même si EàG n'a présenté aucune candidature, une autre formation de la «gauche de la gauche» a fait exactement ce que la «lettre ouverte» reproche à EàG de ne pas avoir fait : le Parti du Travail présente en effet la candidature de l'ancien Conseiller municipal de la Ville de Genève Morten Gisselbaek. Passé, certes, de SolidaritéS au Parti du Travail, mais siégeant tout de même, jusqu'aux dernières élections municipales, au sein du groupe d'Ensemble à Gauche. Ce qui de toute évidence ne suffit pas aux signataires de la lettre ouverte pour le soutenir en tant que représentant de la «gauche combattive», désormais réduite par les auteurs de la lettre eux-mêmes, à eux-mêmes.

Surjouer une radicalité rhétorique sans cohérence pratique

On ne savait pas les gardiens du dogme de la "gauche combattive" autoproclamée si attachés à la présence d'un.e de leur représentant.e dans un gouvernement, et dans un parlement, que la décision de leur coalition de ne pas participer à une élection complémentaire ne portant que sur un seul siège deux ans avant une élection générale, soit une faute politique si grave qu'elle puisse remettre en cause l'existence même des reliefs de cette coalition, et menace sérieusement celle de l'organisation politique qui en est le pivot, SolidaritéS. D'autant qu'une formation politique se situant elle-même précisément à la "gauche de la gauche", le Parti du Travail, y participe, à cette élection et y présente un candidat. Quant à la candidature de la Verte Fabienne Fischer, soutenue par le PS, il n'en est fait mention que pour la dénoncer comme une candidature social-traîtresse de l'«aile gauche de l'Union sacrée» des partis gouvernementaux. Bref, entre les déserteurs d'EàG, les sociaux-traîtres Verts et socialistes et les innommables du Parti du Travail, on comprend mieux pourquoi nos derniers résistants (mais à quoi ?) considèrent qu'«au bout de ce chemin de repli et d’accommodement avec le programme des dominants, il y a la disparition programmée d’EàG du parlement cantonal au printemps 2023». Mais pourquoi s'en inquiéter, puisqu'il y a quelque part, en gestation, un «grand parti populaire de la gauche radicale», qui saura faire fi de la triviale ambition d'être représenté dans un parlement. ça dure combien de temps, la gestion d'un grand machinchose de ce genre ? Longtemps : on en entend gloser depuis cinquante ans , voire depuis plus longtemps encore, puisque que c'était déjà l'ambition du Parti du Travail, au moment de sa création, il y a trois quarts de siècle....

La patience est une vertu révolutionnaire, disait le Grand Timonier. La résignation aussi ? A Genève comme ailleurs, rien ne ressemble plus désormais à la gauche traditionnelle que sa propre gauche, cette "gauche de la gauche" qui, de scissions en re-créations, ne cesse de cultiver l'illusion d'être l'accoucheuse d'un vaste mouvement social de contestation de l'ordre des choses, alors qu'elle même n'a plus d'autre programme que celui d'une social-démocratie qui serait restée fidèle à ses propres principes fondateurs. Se jouant radicale comme on joue au théâtre, au cinéma ou à la télévision, elle surjoue une radicalité rhétorique que ses pratiques même démentent. Ne se voulant pas social-démnocrate mais l’étant tout de même, et ne pouvant être révolutionnaire mais se rêvant telle elle pète toujours plus haut que son cul, ne craignant rien tant que perdre les signes extérieurs d’une influence  dont elle ne dispose pas, et que sa scissiparité récurrente  rend plus illusoire encore. Comment en attendre qu'elle puisse accoucher du "grand parti populaire de la gauche radicale" dont, à Genève, elle prétend porter le projet ? La "gauche de la gauche"  ne sera pas vaincue par ses adversaires, elle se liquidera elle-même, par l'effet de ses propres pratiques.

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