• Consommer, on doit. Mais pas manifester.

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    Capture d’écran 2020-12-21 230815.jpgEteignoir social

    Depuis lundi à 11 heures et deux minutes du matin les jours s'allongent. Pour six mois. Reste à savoir ce qu'on fait et fera, et de ce qu'on nous laissera faire, de ce temps d'un peu de lumière en sus. Samedi, l'avant-dernier jour de l'hiver, on a pu voir à Genève ce que les oubliés de la crise voulaient, et ce à quoi ils avaient à faire. Ces oubliés voulaient qu'on ne les oublie plus. Le Conseil d'Etat (c'est-à-dire, concrètement, sur place, la police) voulaient qu'ils rentrent dans le rang. Et l'oubli. Un millier de personnes s'étaient réunies sur la Plaine de Plainpalais pour entendre pendant deux heures les témoignages des Oubliés. Puis, une centaine d'entre elles s'étaient mises en marche pour tenter de défiler dans les rues, ce dont les organisateurs du rassemblement (la Communauté genevoise d'action syndicale) avaient sollicité en vain l'autorisation : que les Oubliés se rassemblent, soit. Mais qu'on les voie marcher dans les rues de la Ville, surtout pas ! Et autant de policiers robocopés que de manifestants furent déployés pour que la marche des seconds s'interrompe sur le Marché aux Puces. Là où on retrouvera en effet quelques libertés fondamentales. Et là où les Oubliés peuvent prendre conscience du destin auquel ils sont voués par ceux qui les veulent faire oublient -mais n'oublient pas l'"économie". Il paraît qu'on va pouvoir dans les jours qui viennent pouvoir commencer à se faire vacciner contre la Covid. Pour vacciner les gouvernants contre l'usage de l'éteignoir social, en revanche, on ne dispose pas de grand chose. Sinon, précisément, du droit de manifester. "Dans un esprit festif et combattif", avec ou sans "l'assentiment de nos chères autorités", selon les mots de l'invitation  du "Parti objectif de la Genève oubliée" (POGO) à manifester samedi dernier.

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  • L'initiative antiburqa soumise au vote le 7 mars prochain

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    Plutot la vie.jpgGesticulation

    En pleine coronapandémie, le Conseil national avait trouvé le temps de débattre de l'initiative populaire crypto-udéciste  proposant l'interdiction de la dissimulation du visage sur la voie publique (dite initiative "antiburqa", puisqu'en réalité c'est bien de l'interdiction de cette seule dissimulation-là, l'islamiste, dont il s'agit), et avait par 114 voix contre 76 (UDC et une partie du PDC) appelé à la refuser, sans lui opposer un contre-projet direct. L'initiative sera donc soumise au peuple le 7 mars prochain. Le Conseil fédéral lui est également opposé, au nom du fédéralisme : elle empiète en effet sur une compétence cantonale alors que nombre de cantons se sont déjà prononcés sur des propositions du même genre que celle proposée par l'initiative : l'interdiction de la dissimulation du visage sur la voie publique (ce qui implique l'interdiction de la burqa et du niqab, des masques et cagoules, mais pas celle du hidjab), avec suffisamment d'exceptions possibles (sanitaires, motocyclistes, carnavalesques ou climatiques) pour que cette interdiction ne soit qu'un voeu pie, et se résume en celle de la dissimulation du visage des femmes sous prétexte religieux (elle serait d'ailleurs levée pour les lieux de culte...). Et encore : on voit mal (en fait, on ne voit pas du tout...) la police genevoise, bernoise ou tessinoise interpeller sur les quais ou dans les rues les épouses eniqabées des nababs du Golfe, de diplomates ou de hauts fonctionnaires internationaux).  La loi d'application (l'initiative est constitutionnelle, et donc inapplicable sans loi d'application) pourvoira sans doute à parfaire l'impuissance du texte soumis au vote, en soustrayant touristes et épouses de détenteurs de passeports diplomatiques à ses dispositions. Une initiative peut être porteuse d'un projet. Celle-là n'est qu'une gesticulation. Qui fera elle-même beaucoup gesticuler une fois le débat lancé avant le vote.

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  • Les oubliés de la crise se rappellent aux gestionnaires de la crise

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    iceberg.jpgLa masse immergée de l'iceberg

    Nous manquerions ici de place pour ne serait-ce qu'énumérer les mesures prises pour "soutenir l'économie". Nous en manquerions moins pour rappeler celles prises pour soutenir la population la plus précaire de cette ville et de ce canton et des autres villes et des autres cantons de ce pays, tant la disproportion frappe, entre le soutien apporté aux entreprises et celui apporté aux gens : ne vient-on pas d'apprendre que la Banque nationale consacrait des milliards à faire baisser artificiellement la monnaie suisse, histoire de soutenir les entreprises d'exportation ? Les plus pauvres ne votent pas -ils n'en ont souvent même pas le droit. Ils ne se syndiquent pas. Ils ne descendent pas non plus dans la rue. Ils se cachent. Ne se montrent que lorsqu'ils et elles ils ne peuvent faire autrement. Pour manger. Mais samedi à 14 heures sur la plaine de Plainpalais, se tiendra un rassemblement à l'appel des oubliés de la crise (salariés pauvres, travailleuses et travailleurs précaires, toutes celles et ceux qui ne bénéficient d'aucune mesure sérieuse d'aide), des syndicats, des associations d'entraide et des partis de gauche. Les oubliés de la crise se rappellent aux gestionnaires de la crise, avant qu'il soit trop tard : ils sont la masse  immergée de l'iceberg -celle dont on ne prend conscience que quand il est trop tard et qu'on s'y est déjà déchiré...

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    Lien permanent Catégories : Genève, pauvreté, exclusion 1 commentaire
  • De la réduction du temps de travail en temps de crise

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    D'un mal, faire sortir un bien

    La Suisse a déjà la durée légale de travail la plus longue d'Europe (45 heures par semaine, limite qui n'en est pas vraiment une puisqu'on peut la dépasser, en la compensant), mais le patronat et la droite voudraient bien l'allonger encore et ont lancé fin 2018 une offensive pour "flexibiliser" le temps de travail, et remettre en question le compromis de 2015 plafonnant à 45 heures par semaine la durée légale du travail, sauf pour les salaires supérieurs à 120'000 francs et les branches couvertes par une convention collective. Le patronat voudrait passer d'une limite hebdomadaire à une limite annuelle pour tous les salariés exerçant une fonction dirigeante et les spécialistes disposant d'une large capacité de décision. L'Union suisse des arts et métiers (USAM, syndicat patronal des PME) demande que la durée hebdomadaire maximale du travail soit portée à 50 heures, voire 54 "dans certaines conditions"., en même temps que la règle des onze heures de repos entre deux période de travail soit assouplie, voire réduite à huit heures deux fois par semaine. Pour le dessert deux initiatives parlementaires, l'une du PDC l'autre du PLR, veulent élargir le nombre de salariés qui ne seraient plus soumis à l'obligation de saisir leur temps de travail pour définir leur salaire -histoire de ne pas payer la totalité du temps qu'ils y consacrent, ce que le télétravail, généralisé partout où c'était possible depuis le printemps pandémique de 2020, facilite aussi, de toute évidence... Quant à nous, on se demande maintenant, à l'inverse si la crise actuelle ne serait pas le bon moment pour ranimer la vieille revendication d'une réduction du temps de travail. Faire sortir d'un mal (la crise) un bien (la libération du temps) pourrait certes paraître cynique -mais au fond, n'est-ce pas tout bêtement de l'opportunisme pragmatique ?

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    Lien permanent Catégories : Travail, emploi 1 commentaire
  • Un peu de soutien aux acteurs culturels genevois les plus fragiles

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    Capture d’écran 2020-12-14 040537.jpgDéconfinement budgétaire...

    "Pour la culture (...) l'argent est une chose, mais il ne faut pas négliger la souffrance induite par l'impossibilité de se produire sur scène", plaide la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga. A cette souffrance, qu'est-ce qu'une commune, fût-elle la deuxième ville de Suisse, peut apporter comme remède ? Elle ne peut pas, lors même qu'elle le voudrait, rouvrir les lieux qui ont été fermés sur décisions fédérales et cantonales : elle n'en a pas la compétence légale... Et donc, la commune fait ce qu'elle peut  : elle accorde des moyens, elle maintient ou accroît des subventions, elle maintient ou renforce des lignes budgétaires générales à disposition pour des soutiens ponctuels à la création et aux manifestations, elle facilite l'accès aux aides apportées par d'autres. C'est ce que la Ville de Genève va faire, grâce à un budget adopté samedi soir, et dans lequel nous (la gauche, parfois avec le soutien du MCG et du PDC) avons renforcé autant qu'on pouvait le faire le soutien aux secteurs, aux champs, aux formes d'expression les plus précarisés par la crise. En somme, nous avons un peu déconfiné financièrement l'espace culturel genevois. En attendant que les espaces culturels réels le soient : "Le monde du spectacle a été le premier confiné, il sera le dernier déconfiné", résume amèrement Jean Lhermier, directeur du Théâtre de Carouge...  Et son redémarrage, comme celui du monde musical, repose, outre les moyens que les collectivités publiques leur auront accordé,  sur la confiance du public dans l'absence de risques des contacts sociaux. Mais aussi sur un minimum de cohérence dans les prescriptions imposées par les autorités fédérales et cantonales : quelle acceptation de ces prescriptions peuvent-elles attendre de la population et des acteurs sociaux et culturels, quand elles alternent ou juxtaposent sans justification crédible confinements et déconfinements, autorisations et interdictions, ouvertures et fermetures ? qu'elles autorisent l'ouverture des centres commerciaux et des stations de ski (tire-fesses compris), mais pas celle des théâtres, des salles de cinéma et des salles de concert, alors qu'ils étaient de tous les espaces accessibles au public les plus respectueux des mesures de prévention de la contagion covidienne ?

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    Lien permanent Catégories : budgets publics, Culture, Genève 0 commentaire
  • Plomberie budgétaire et débat politique : La Ballade des perclus

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    Demain, ou peut-être lundi soir, ou peut-être toute la nuit de lundi à mardi, le Conseil municipal de la Ville de Genève va plancher sur le budget de la commune. Le débat budgétaire municipal, à Genève est encadré par des lois cantonales qui contraignent les communes à respecter des prescriptions que le canton ne s'applique pas à lui même, ça se fait en trois débats successifs où on peut reprendre au troisième tout ce qu'on avait fini par voter à la fCapture d’écran 2020-12-11 020606.jpgin du deuxième, ça se fait en examinant un à un des amendements qui, lorsqu'ils proposent d'augmenter une subvention, doivent obligatoirement proposer d'en diminuer une autre ou d'augmenter les impôts ou les taxes,  ça commencera demain matin à huit heures et ça pourrait durer jusqu'à mardi matin à huit heures (comme ce fut le cas plusieurs fois ces dix dernières années, même si on compte bien échapper à cette purge), voire rependre à zéro si le Conseil municipal refuse le projet de budget qui lui est présenté... c'est cela, le débat sur le budget municipal de la Ville de Genève pour l'année à venir. Une ballade des perclus. Frères humains qui avec nous vivez, n'ayez les cœurs contre nous endurcis, mais si pitié de nous, pauvres, avez, la Ville en aura plutôt de vous mercy...

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    Lien permanent Catégories : budgets publics, Genève, Politique 1 commentaire
  • Trump sait qu'il a perdu. Cette manche.

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    lobotomie.jpg"Trop, c'est trop"

    Hier, tous les Etats des USA ont confirmé les résultats de l'élection présidentielle. 49 plaintes avaient été déposées par les trumpistes (cornaqués pare l'avocat de Trump, Rudy Giuliani, autrement dit par Trump lui-même) pour tenter d'inverser les résultats dans quelques Etats-clés, ceux qui ont donné à Biden une victoire qui, additionnée aux autres, en a fait le président élu des USA (sauf retournement de veste d'une trentaine de ses grands électeurs). Aucune de ces plaintes n'a abouti, pas même celles qui étaient traitées par des juges républicains, y compris des juges nommés par Trump lui-même, comme le juge fédéral Batten, en Géorgie, qui n'a mis qu'une heure pour débouter les plaignants trumpistes. Leur plainte était précisément la 49ème (sur 49) à échouer, faute de la moindre preuve de fraude : "trop, c'est trop", a soupiré le juge... Lundi prochain, le collège électoral élu en novembre se réunira pour désigner le prochain président. Sauf retournement de veste d'une trentaine de grands électeurs de Biden passant à Trump, Joe Biden sera désigné. Les trumpistes ont certes déjà annoncés qu'il feront recours contre la décision du collège, mais c'est sans espoir. De toute façon, leur ambition n'est plus de faire réélire Trump cette année... mais peut-être en 2024, en bétonnant sa base électorale actuelle, considérable (et en progression depuis 2026...), et d'ici là, de faire tout ce qui est possible pour empêcher Biden de faire ce qu'il a promis qu'il ferait... Car Trump, quoi qu'il en soit de ses gesticulations, sait pertinemment qu'il a perdu la présidentielle. Et ses adversaires savent qu'il n'a par pour autant disparu du paysage politique étasunien. On ne saurait à ce propos que vous recommander la lecture du dossier que "Le Monde Diplomatique" de décembre a consacré à la présidentielle américaine (le journal est dans les kiosques et sur https://www.monde-diplomatique.fr)...

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    Lien permanent Catégories : élections, Politique, USA 2 commentaires
  • Genève : en attente d'une révolution de la mobilité

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    bagnole-en-ville2.jpgSortir du XXe siècle...

    Une initiative populaire cantonale devrait être lancée ce printemps à Genève, proposant de réduire de 1 % par an pendant dix ans l'espace public dévolu au trafic motorisé et au stationnement. Une moitié de l'espace ainsi gagné serait affecté à la mobilité douce et aux transports publics, une autre moitié à la végétalisation. Des initiatives semblables ont déjà été lancées à Bâle et Saint Gall et devraient l'être à Berne,Zurich et Winterthur. Et le 7 mars prochain, en Ville de Genève, on vote sur le parking clé-de-Rive. Un projet du siècle dernier qui peine à cacher son âge. Car Genève n'a pas encore fait sa révolution de la mobilité, si elle en a fait une réforme. Mais le réseau de tramway est encore lent, au centre-ville, le tracé de ses lignes contient encore bien des détours inutiles, et il n'a toujours pas reconquis le pont du Mont-Blanc. Parallèlement, les aménagements cyclables restent eux-aussi insuffisants, interrompus aux grands carrefours urbains, et les parcours piétons butent encore sur les carrefours à grande circulation.

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  • "Mariage pour tous" en Suisse aussi

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    mariage, mariage pour tousLa loi suit la société

    Le Conseil des Etats a suivi le Conseil national (à une nuance près) dans la reconnaissance du droit des homosexuel.le.s à une union civile (un mariage, quoi...) et, pour les couples lesbiens, au don de sperme. Le Conseil des Etats a également décidé de ne pas inscrire le "mariage pour tous" dans la constitution (ce qui aurait rendu le référendum obligatoire) mais dans la loi (ce qui permet toutefois un référendum facultatif, qui a déjà été annoncé). Dans un sondage récent, 80 % des personnes interrogées en Suisse se disaient favorables au "mariage pour tous". C'est une double reconnaissance : de la réalité (les couples homosexuels existent) et de droits (ces couples ont droit de se marier et à constituer une famille au sens le plus courant du terme). La Suisse est l'un des derniers Etats européens à ne pas autoriser le mariage pour toutes et tous, elle est désormais prête à rattraper ce retard. Et comme elle l'a fait pour rattraper, tardivement, son retard sur l'élargissement des droits politiques aux femmes, c'est par un vote populaire qu'elle rattrapera celui sur l'élargissement des droits civils aux homosexuel.le.s.

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  • Budgets publics genevois : Couleuvres au menu

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    couleuvre.jpgLe débat sur le budget cantonal genevois s'est terminé hier par l'adoption du projet amendé par la commission des finances, le débat sur budget le municipal de la Ville commencera samedi 12 et pourrait se poursuivre jusqu'à mardi (mais sera sans doute bouclé samedi soir). Au Grand Conseil, un accord présomptueusement qualifié d'"historique" avait été passé entre les cinq partis gouvernementaux (PLR, PS, Verts, PDC, MCG)  pour  accepter le projet de budget de la commission, malgré un déficit prévu de 850 millions, ce qui imposait l'approbation du budget par au moins 51 députées et députés. Cet accord (un "pacte républicain", pour la présidence du Conseil d'Etat, Anne Emery-Torracinta) a été passé au prix d'un renoncement du Conseil d'Etat à réduire les salaires de la fonction publique de 1 %, et d'un compromis accepté par la gauche et d'un autre accepté par la droite : la gauche a accepté le blocage de mécanismes salariaux du personnel, la droite a accepté la création de 352 postes de travail (plus la pérennisation de 136 poste), mais c'est le Conseil d'Etat, et pas la gauche, qui les demandait. Le Grand Conseil aura également refusé de ponctionner les communes pour réduire le déficit du canton (les communes acceptaient des charges supplémentaires, à condition de recevoir des compétences supplémentaires). Bref, le budget cantonal a été accepté par les cinq groupes des partis gouvernementaux et refusé par "Ensemble à Gauche" (qui estime qu'il "n'apporte aucune réponse à la crise sociale majeure que nous traversons") et l'UDC (qui veut abolir le statut de fonctionnaire et proposait neuf coupes dans les subventions aux associations actives sur le terrain social). En Ville de Genève, le projet de budget du Conseil administratif, amendé par la commission des Finances  sera lui aussi certainement accepté, sans doute (espérons-le) avec quelques amendements renforçant notamment le soutien de la Ville aux secteurs culturels les plus frappés par la crise sanitaire et les mesures prises pour la combattre. Le déficit prévu par le budget cantonal finalement adopté ascende à 860 millions (350 millions de plus que prévu initialement), pour plus de 9,3 milliards de dépenses. Le déficit du budget proposé au Conseil municipal se situera à un peu plus de 49 millions, pour près de 1,2 milliard de dépenses. Autrement dit, le déficit municipal se situe, proportionnellement au budget, à moins de la moitié du déficit cantonal...

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  • "Transition numérique" et télétravail : Vers le "tri social" ?

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    Capture d’écran 2020-12-02 233811.jpgLa coronapandémie a été comme une sorte de test grandeur universelle de la pertinence (de leur point de vue, en tout cas) des projets des "géants du numérique" : on ne peut plus vivre normalement en nos sociétés sans disposer d'un ordinateur, d'une tablette, d'un smartphone, et si possible des trois, savoir les utiliser et disposer d'une connexion internet. Or on ne peut les utiliser comme on utilisait naguère un téléphone ou une machine à écrire. L'instrument lui-même ne suffit pas : il lui faut une application, un programme, des prolongements. Qui sont fournis, c'est-à-dire vendus, par ces mêmes "géants du numérique" qui vont tirer profit de leur utilisation. Et puis, il y a les "déconnectés", l'"illectronisme" : (en 2019, plus d'un Français majeur sur cinq, et 19 % de ceux entre 15et 29 ans, utilisait difficilement, ou n'utilisait pas, internet). De sorte que la "transition numérique" et le télétravail risquent d'avoir le même effet que la diffusion de l'imprimerie à la Renaissance : trier la société entre "inclus" et "exclus", entre celles et ceux qui comptent et celles et ceux qui ne sont rien.

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  • La place financière suisse pourra continuer à financer la production d'armes : Victoire à la Pyrrhus ?

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    dansleschiottes.jpgL'initiative pour une interdiction du financement des producteurs de guerre a été refusée par le peuple et les cantons, le parlement fédéral n'aura donc pas à rédiger une loi d'application (avec la ferme intention de l'appliquer la moins possible) mais 42% des votantes et des votants l'ont soutenue, et trois cantons et demi l'ont acceptée. Cette défaite est plus qu'honorable, face au lobby de l’armement et à celui de la finance, à toute la droite et au Conseil fédéral. Les producteurs de matériel de guerre pourront donc continuer à être financés par les fonds de pension des retraités suisses (et les grandes banques, et la Banque Nationale). Une victoire pour la place financière suisse, sans nul doute. Mais une victoire à la Pyrrhus : l'initiative a été acceptée (à 51 %) dans les villes et plébiscitée par la gauche (90 % de l'électorat vert, 81 % de l'électorat socialiste). Et depuis le rejet en 2009, à 68 %, de l'initiative contre l'exportation de matériel de guerre, le vote en faveur d'un texte du GSsA a progressé de dix points. De bonne augure, avant le vote sur une nouvelle initiative, celle pour une interdiction des exportations d'armes vers des pays en guerre, et pour la récolte de signatures pour une nouvelle initiative contre l'achat de nouveaux avions de combat. Il a raison, le secrétaire général du Groupe romand pour le matériel de défense et de sécurité, Philippe Zahno : "il va falloir poursuivre nos efforts et notre travail de communication auprès de la population" pour lui expliquer que le matériel militaire suisse ou dans la fabrication de quoi des acteurs économiques suisses investissent ne fait de mal à personne. Jamais. Nulle part. D'ailleurs, ce n'est même pas du matériel militaire, mais des outils de bricolage, des pétoires de collection et des instruments de tir sportif.

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    Lien permanent Catégories : Suisse, votations 0 commentaire