Un peu de soutien aux acteurs culturels genevois les plus fragiles

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Capture d’écran 2020-12-14 040537.jpgDéconfinement budgétaire...

"Pour la culture (...) l'argent est une chose, mais il ne faut pas négliger la souffrance induite par l'impossibilité de se produire sur scène", plaide la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga. A cette souffrance, qu'est-ce qu'une commune, fût-elle la deuxième ville de Suisse, peut apporter comme remède ? Elle ne peut pas, lors même qu'elle le voudrait, rouvrir les lieux qui ont été fermés sur décisions fédérales et cantonales : elle n'en a pas la compétence légale... Et donc, la commune fait ce qu'elle peut  : elle accorde des moyens, elle maintient ou accroît des subventions, elle maintient ou renforce des lignes budgétaires générales à disposition pour des soutiens ponctuels à la création et aux manifestations, elle facilite l'accès aux aides apportées par d'autres. C'est ce que la Ville de Genève va faire, grâce à un budget adopté samedi soir, et dans lequel nous (la gauche, parfois avec le soutien du MCG et du PDC) avons renforcé autant qu'on pouvait le faire le soutien aux secteurs, aux champs, aux formes d'expression les plus précarisés par la crise. En somme, nous avons un peu déconfiné financièrement l'espace culturel genevois. En attendant que les espaces culturels réels le soient : "Le monde du spectacle a été le premier confiné, il sera le dernier déconfiné", résume amèrement Jean Lhermier, directeur du Théâtre de Carouge...  Et son redémarrage, comme celui du monde musical, repose, outre les moyens que les collectivités publiques leur auront accordé,  sur la confiance du public dans l'absence de risques des contacts sociaux. Mais aussi sur un minimum de cohérence dans les prescriptions imposées par les autorités fédérales et cantonales : quelle acceptation de ces prescriptions peuvent-elles attendre de la population et des acteurs sociaux et culturels, quand elles alternent ou juxtaposent sans justification crédible confinements et déconfinements, autorisations et interdictions, ouvertures et fermetures ? qu'elles autorisent l'ouverture des centres commerciaux et des stations de ski (tire-fesses compris), mais pas celle des théâtres, des salles de cinéma et des salles de concert, alors qu'ils étaient de tous les espaces accessibles au public les plus respectueux des mesures de prévention de la contagion covidienne ?

D'une année culturellement dévastée à une année de renaissance culturelle ?

Un accord a été passé entre la Ville de Genève, le canton, l'Association des communes genevoises et la Loterie romande pour une alliance de soutien à la culture à Genève. Cet accord est l'une des réponses apportées par les collectivités genevoises à la crise qui frappe le secteur culturel depuis la "première vague" de la pandémie. "L'une des réponses", cela signifie que d'autres réponses doivent être données. Et d'entre ces autres réponses, il y a évidemment le soutien que la commune, par son budget, peut apporter aux créateurs et aux interprètes culturels, à commencer par celles et ceux qui, tels, les musiciens indépendants, sont de véritables "working poors" de la culture : cachets souvent ridicules, et presque toujours insuffisants, heures de répétition non rémunérées, absence de statut professionnel ou statut précaire d'indépendants, accès aux assurances sociales et au chômage partiel limité, voire inexistant)... voire lieux de représentation et d'interprétation fermés.

Nous avons, au terme du débat budgétaire municipal, renforcé des lignes budgétaires et accru des subventions, en compensant ces augmentations par un léger rabotage des ressources allouées aux fournitures, aux équipements et au fonctionnement des services municipaux, et parfois en prenant aux plus grosses subventions de quoi augmenter de plus petites. On aurait sans doute faire plus, mais il aurait alors fallu toucher aux totems et tabous que même à gauche on à toucher tant qu'on n'y est pas forcé : l'impôt et les jetons de présence des conseillers municipaux. On n'a donc fait que ce qu'on a pu : la subvention à l'AMR a été augmentée pour que les cachets aux musiciens puissent l'être (les musiciens professionnels indépendants font partie, avec d'autres, comme les plasticiens, de cette cohorte d'oubliés de la crise qu'on n'a pas beaucoup vus, beaucoup entendus, beaucoup lus dans les media), la ligne de soutien aux musiques de création a été augmentée, la ligne de soutien aux manifestations de musiques actuelles rétablie, les subvention au Théâtre de l'Usine, à Utopiana et à l'Orchestre de Chambre de Genève ont bénéficié d'une hausse...

Cela, c'est de l'"arrosage", grommelle la droite  (elle a beaucoup grommelé, samedi...) ? Eh bien oui, c'est de l'arrosage. Et revendiqué comme tel. Car il y a bien deux manières de mener une politique culturelle : définir une culture officielle et ne soutenir matériellement que les institutions, les formes artistiques, qui en participent,  ou assumer le pluralisme culturel, celui des contenus, des formes, des démarches et des publics. Et donc soutenir le plus possible de lieux et d'acteurs culturels.  L'appel à "faire des choix" dans le soutien à la création et à la représentation culturelles relève souvent de la prétention à ce que le politique définisse le culturel. Et l'"arrosage" n'est finalement qu'un refus de cette prétention, et une reconnaissance que c'est aux acteurs, interprètes, créateurs culturels de définir eux-mêmes la culture. Même, ou surtout, en un temps de crise des ressources culturelles et de réduction dramatique des possibilités de montrer et de faire entendre ce que l'a créé et ce qu'on interprète.

Dans "Le Temps" de samedi, Lisbeth Koutchoumoff Arman fait ce constat, d'évidence : "Pour le cinéma, les arts de la scène, tous les arts vivants, 2020 est une année dévastée". Faire ce qu'elles peuvent pour que 2021 soit une année de renaissance, n'est-ce pas ce que l'on est en droit d'attendre des collectivités publiques -de toutes les collectivités publiques ?

 





 

 

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