14 juin, un an après

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Grève féministe.jpgNe rien lâcher

Un an après la Grève de 2019, le plus grand mouvement social que la Suisse ait connu depuis la Grève générale de 1918, on ne peut même pas dire que le combat féministe reprend : il continue. Et dimanche, une multitude d'événements sont organisés en Suisse -respectueux des normes de déconfinement encore en vigueur. Avec comme mot d'ordre celui d'une sortie féministe de crise. Car la crise sanitaire à été, du point de vue de l'égalité des droits entre femmes et hommes,du statut et de la situation des femmes, un moment de retour en arrière. Majoritaires dans les secteurs du nettoyage et des soins, les femmes étaient en première ligne du combat contre le virus et la menace de la contamination. Le confinement en a ramené de nombreuses autres "au foyer", au travail domestique, à la garde des enfants, avec ou sans télétravail à côté ou en entrelacs des tâches familiales. Les violences domestiques ont sans doute augmenté, comme de toute évidence (leur présence dans les files de distribution de nourriture en témoigne) la précarité des femmes sans statut légal et des employées domestiques. Le mouvement pour la grève féministe appelle d'ailleurs les femmes à faire dimanche la grève du travail domestique. A Genève, après une déambulation entre seize points de rencontre et une alerte en musique à Plainpalais à 15heures24 (l'heure à partir de laquelle les femmes ne sont plus payées), le rendez.-vous est donné à 17 heures sur la Plaine de Plainpalais. Vous en saurez plus là : https://www.facebook.com/GFgeneve/

"L'égalité ne peut être mise en quarantaine"

La Grève féministe de 2019 a sans nul doute marqué les esprits. Mais pas (encore) les lois. Et la pandémie est passée par là, mettant clairement en évidence que le travail des femmes est à ce point essentiel au fonctionnement social que sans lui, rien de ce qui est indispensable ne fonctionne -à commencer par les hôpitaux. Pour autant, si applaudies qu'elles le furent depuis nos fenêtres pendant le confinement, vendeuses, nettoyeuses, infirmières, mobilisées dans la lutte contre le virus ou pour assurer les services et les distributions nécessaires à la population, sont toujours aussi mal payées (moins de 4000 francs pour un poste à plein temps) pour un travail toujours aussi pénible et déconsidéré. D'où, incidemment (quoique...) la proposition que nous avons déposée au Conseil municipal : l'internalisation des nettoyeuses (et nettoyeurs, mais ils sont minoritaires) des locaux de la Ville de Genève, c'est-à-dire leur intégration dans la fonction publique. Avec les droits et les salaires que garantit le statut du personnel de la Ville.

"L'égalité ne peut être mise en quarantaine" proclame le Collectif pour la Grève féministe. Le combat égalitaire et féministe se déconfine donc, "pour du respect, du temps, et de l’argent – maintenant, plus que jamais". Mais le mouvement de grève proclame aussi son refus d'en revenir à "la norme mâle" après l'épisode du confinement -ou plutôt, dans son prolongement : "La pandémie de Covid-19 a renforcé les raisons qui nous ont menées à faire grève il y a un an. Sexisme, racisme, homophobie et transphobie, violences sexuelles, discriminations et exploitation se sont renforcés avec la crise sanitaire et avec la crise économique qui lui emboîte le pas" : augmentation probable des violences domestiques et sexuelles, exploitation accrue des travailleuses, aggravation de l'exclusion et de la précarité, notamment des personnes sans statut légal, suspension des procédures d'asile, cumul du travail domestique et du télétravail, pertes d'emplois dans le secteur informel...

La grève féministe est un moment de refus de l'ordre des choses -mais aussi un programme pour le changer. Ce programme ("nos vies passent avant leurs profits") tient en seize revendications, donc chacune pourrait, si ce n'est déjà fait, être traduite en décisions des parlements municipaux et cantonal. On vous les résume :

  • investir  dans les services publics, en particulier dans les soins et l’accueil des enfants, des personnes âgées et des personnes en situation de handicap (structures pré- et parascolaires, EMS et soins à domicile, institutions sociales) un montant équivalent à celui qui l'a été dans l'économie privée pour la sauver de a crise
  • Démocratisation de l'économie, réinvestissement de la spéculation dans la (re)propduction et le bien commun, service public pour toute la chaîne sanitaire  – de la production de matériel et médicaments à la gestion des services de soins
  • Valorisation de celles, mais aussi ceux, dont le travail est indispensable à la vie: leurs salaires doivent être augmentés et leurs conditions de travail améliorées. L’application de la Loi sur le travail dans les hôpitaux doit être rétablie immédiatement !
  • Retrait d’AVS 21, réduction de l’âge de la retraite de toutes et tous.
  • Service public de l’accueil de l’enfance fort, véritable congé maternité, paternité et parental, fonds national garantissant une allocation de chômage aux employées de l’économie domestique, quel que soit leur statut.
  • Réduction du temps de travail salarié sans réduction de salaire, partage du travail non rémunéré.
  • Favoriser la production et la distribution locales, solidaires et écologiques, produire les biens essentiels à la vie selon une logique de souveraineté alimentaire, tout en ayant recours à l’échange international dans un rapport égalitaire complémentaire.
  • Plan fédéral de lutte contre les violences sexistes, sexuelles et domestiques en accord avec la Convention d’Istanbul, accompagné d’un outil fédéral d’évaluation et de suivi du nombre des violences sexistes et des féminicides, terme qui doit être reconnu dans le Code pénal. Débloquer des fonds à tous les niveaux pour ouvrir des centres pour les mineur·e·s et les femmes dans toutes les communes pour y trouver protection, recevoir des conseils et pouvoir échanger.
  • Parce que nous revendiquons la liberté et le respect de la diversité en matière de sexualité et d’identité de genre, nous voulons une éducation sexuelle sans préjugés dès le plus jeune âge et un renforcement des mesures de protection contre les violences à l’encontre des personnes LGBTQI+. Le confinement a montré la nécessité de telles mesures, notamment la création de davantage de lieux d’accueil d’urgence pour les personnes exposées à des violences intrafamiliales, en raison de leur orientation sexuelle et/ou de leur identité de genre.
  • Refuser tout diktat économique qui veut imposer aux personnes à risque de retourner au travail. Les dispositions concernant les personnes à risque sont insuffisantes, en particulier pour les femmes enceintes. Toutes ces personnes vulnérables doivent pouvoir rester chez elles et avoir une allocation perte de gain jusqu’à la fin de la pandémie si elles ne peuvent pas télétravailler.
  • Financement important et prioritaire pour assurer une éducation de qualité qui promeut l’égalité.
  • Mêmes droits en matière d’accès à la santé, d’allocations perte de salaire, régularisation de toutes les personnes sans-papiers !
  • La Suisse doit accorder à toutes les personnes avec une procédure d’asile en cours, le droit de rester ici et régulariser toutes les personnes sans statut légal. Accueil par la Suisse de  50’000 réfugié·e·s, confiné·e·s en particulier dans les camps en Grèce.
  • Représentation paritaire des femmes dans toutes les institutions politiques et les organes décisionnels de l’Administration fédérale, cantonale et communale
  • Abolition de toutes les discriminations qui empêchent les actrices culturelles d’accéder aux postes à responsabilité les mieux rémunérés.
  • Ouverture d'un  Centre féministe à Genève pour être présentes et visibles dans l’espace public, pour continuer notre combat contre le système patriarcal et qui reflète notre vision d'un monde solidaire et égalitaire.

Le combat pour l'égalité, la dignité, l'autonomie des femmes, le combat contre les remugles du patriarcat, ne peut être arrêté par un virus. Pas plus que la crainte du covid n'a pu empêcher plus de 10'000 personnes de dénoncer le racisme mardi dernier dans les rues de Genève -le collectif genevois pour la grève féministe avait d'ailleurs appelé à la manif "parce que nous sommes proches de nos sœurs et des personnes oppressées partout ailleurs, qui subissent la cruauté de ce même système capitaliste, patriarcal et raciste, nous dénonçons les discriminations et les violences (notamment policières!) dont les noir.e.x.s sont les victimes partout, des Etats-Unis à l’Amérique du sud, ainsi qu’en France, en Belgique, en Suisse. Être noir tue. Être femme* tue. Être LGBTIQ*/tue. Nous avons en commun nos oppressions et nous luttons pour un monde meilleur pour tou.te.x.s!".

Le féminisme est un humanisme. Parole de vieux mâle cisgenre.








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