Déconfinement du 6 juin : Le jour le plus soûlon?

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Pangolin au CM.jpgQuatre mois après l'annonce publique du premier cas de Covid-19 hors de Chine, on lève donc les mesures prises pour enrayer, puis maîtriser la pandémie. Et qui l'ont en effet, dans bien des pays dont la Suisse, réussi à l'enrayer et à la maîtriser. Sans évidemment faire disparaître un virus avec lequel nous venons seulement de commencer à apprendre à vivre -comme nous avons appris à vivre avec celui de la grippe. On déconfine, donc. Avec quel projet ? avec quelle place laissée aux urgences sociales et climatiques ? A l'inventivité politique ? Au volontarisme collectif ? Les Etats, les régions, les communes avaient pour un temps pris un pouvoir dont les dogmes d'avant le covid assuraient qu'ils étaient incapables de l'exercer. Qu'il ne fallait surtout pas faire de politique -que faire de la bonne politique, c'était refuser d'en faire et laisser les commandes à l'"économie", au marché, aux entreprises. On a d'ailleurs commencé à déconfiner pour que l'"économie" reparte, pas pour que la société se retisse... et moins encore pour que l'écosystème que le confinement avait ragaillardi (moins de bruit, moins de pollution, moins d'émissions réchauffant le climat) continue à se refaire une santé : dès que des autorités prennent des mesures, même provisoires, pour engager une ville, un canton, le pays, dans une autre voie que celle du retour à l'anormalité d'avant, on entend hurler les nostalgiques de ce monde qu'on espérait défunt, mais qui ne l'est qu'à la manière des zombies -en témoignent les clameurs outrées du PLR et du MCG à Genève après que le canton et la Ville ait tracé des bandes cyclables provisoires sur les voies de circulation, en les prenant sur celles auparavant réservées aux bagnoles et sur des places de stationnement. On a beaucoup titré, dans les media, sur le déconfinement annoncé pour le 6 juin en usant de la référence au débarquement du 6 juin 1944 en Normandie... On a eu droit au "Jour J" sous toutes ses formes... Le plus long ou le plus soûlon" ?

"Les choses continuent comme avant : voilà la catastrophe"

"Actuellement, soyons clairs,il n'y a pas de problème" pour déconfiner, a assuré Alain Berset mercredi.  i peu de "problème" que le "Monsieur Covid" de la Confédération, Daniel Koch, a pu partir en retraite. Bien méritée, d'ailleurs. Et donc, les manifestations jusqu'à 300 personnes seront autorisées dès le 6 juin (même les manifs à vélo à Genève ?), les personnes "à risque" pourront reprendre une vie sociale normale (membre de deux "groupes à risque", les plus de 65 ans et le groupe socialiste au Conseil municipal de la Ville, on n'avait pourtant pas cessé d'en avoir une -mais était-elle "normale" avant le covid ?), les récoltes de signatures pour référendums et initiatives et presque toutes les activités pourront reprendre (à quelques exceptions près, comme la boxe, je judo, la danse de salon...), y compris celles des travailleuses et travailleurs du sexe. Les cinémas, les théâtres, les salles de concerts pourront rouvrir (mais les saisons seront terminées) et quelques festivals (comme celui de La Bâtie) estivaux pourront avoir lieu La présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, résume : "Dès le 6 juin, on ne se demandera plus ce qu'on peut faire, mais comment on le fait"... Presque comme avant, à quelques précautions sanitaires et un traçage près ?

Le monde d'après la pandémie pourrait-il n'être que la copie conforme du monde d'avant, quitte à ce que cela prenne du temps (et coûte des milliers de milliards) ? Ce n'est pas seulement un risque, cela semble être le projet des principaux acteurs politiques et économiques, un peu partout dans le monde -et donc en Suisse comme ailleurs. Il nous faudrait faire, pour notre temps, mentir le constat amer de Walter Benjamin pour le temps de l'entre-deux-guerres du XXe siècle : "Les choses continuent comme avant : voilà la catastrophe", mais pour cela, il nous coaliser des forces encore souvent dispersées.

 "Nous ne sommes égaux ni devant le risque ni devant les mesures prises pour le conjurer". observait Etienne Balibar fin avril dans "Le Monde des livres". On ajoutera à ce constat d'évidence que nous ne sommes pas égaux non plus devant le déconfinement. Un déconfinement qui semble avoir eu pour critère premier celui d'une relance de l'activité économique, bien avant celle des relations sociales. Dès avril, le patronat donnait de la voix dans les media : on peut accepter quelques morts supplémentaire pour éviter de tuer l'économie. Comme si c'était là qu'était le risque... Après tout, l'appareil productif est intact, l'envie de consommation est toujours aussi grande et le système économique n'a pas changé : velléitaire, le pangolin n'a pas tué le capitalisme. Ni le mercantilisme. Ni le consumérisme.

 

Commentaires

  • Ce n'est pas la gauche qui aide à changer de cap.

    En résumé, vous demandez aux marcheurs du dimanche d'aller au sommet de l'Everest, il y a de quoi de ne pas être motivé. Au lieu, de les amener à faire un effort dans les Préalpes.

    La gauche dont une majorité politique sont universitaires, sont incapable de sentir le pouls de la société, la cause en est l'obsession politique, idéologique. Lorsque l'on créé une tension avec l'opposition, l'impacte n'est pas important, mais lorsque l'on divise la population, alors c'est une catastrophe. Il ne faut pas enfermer la population dans une opposition à la gauche à cause des imbécilités clivantes, au contraire il faut tout faire pour rassembler.

    Réunir les forces de gauches, ça ne sert à rien. Réunir une majorité de la population, doit être un but. Donc stop aux âneries clivantes qui font perdre du temps.

    J'ajoute que la gauche, à part des exceptions, ne remet pas en cause le développement de Genève, et en même temps souhaite un nouveau monde. Que la gauche se montre cohérente avec autre chose que créer des bouchons à pollution.
    Les transports publiques ne pourront jamais absorber tous les pendulaires, il serait souhaitable que les places de travails soient moins concentrées, grâce à des centres de coworking/télétravail. Mais , Genève y perdrait en impôts, donc vive les pendulaires qui traversent la ville.

    Comment flexibiliser les lieux de travail pour diminuer le parcours des pendulaires, voilà un sujet.

    Pour le nouveau monde, contentons-nous d'inflexions qui rassemblent, et gentiment, le monde changera. Lorsque les femmes ont travaillé à la places des hommes au combat, la société a été transformée. La Renaissance, c'est pour beaucoup, la reconquête de l'Espagne sur les maures avec la captation de leurs savoirs. Souvent, c'est le battement des ailes du papillons qui change le monde.

    En attendant, la qualité de vie doit être une priorité, et déjà avec ça, une partie de notre monde changera sans se soustraire à la réalité planétaire (finance,...)

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