Nouvelle Municipalité et urgence sociale : Passage de témoin

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Bienvenue chez nous.jpgHier, les nouveaux exécutifs municipaux ont prêté serment. La semaine prochaine, ce sera au tour des nouveaux délibératifs, les Conseils municipaux. De nouvelles municipalités, donc, confrontées à la même urgence sociale comme enjeu prioritaire : la prise en charge des plus démunis. En Ville de Genève, ce fut le mandat d'Esther Alder, ce sera désormais celui de Christina Kitsos que de répondre à l'urgence sociale mise en pleine lumière par les files d'attente du samedi aux Vernets. Christina Kitsos hérite du bilan extrêmement positif d'Esther Alder, mais elle en hérite dans une situation particulièrement difficile. Ce bilan, c'est, pour s'en tenir à la lutte contre l'extrême précarité (sans oublier le reste : les crèches, les logements relais, les allocations sociales), deux fois plus de places d'accueil des sdf en hiver et l'ouverture de places en abri l'été, et, depuis des semaines, le soutien à l'action de la caravane du coeur). Toujours majoritaire au Conseil administratif, la gauche l'est à nouveau au Conseil municipal : elle y sera aussi jugée sur la réponse qu'elle donnera à l'urgence sociale. Une urgence qui ne s'impose d'ailleurs pas qu'en Ville de Genève, même si, forcément, la ville-centre la concentre.

La Genève qui gagne, la Genève qui rame, la Genève qui sombre

Revenant sur les images des files d'attente de la distribution, le samedi aux Vernets,  des sacs de denrées alimentaires et de produits de première nécessité (ils sont près de 3000, désormais, à devoir y recourir) Ruth Dreifuss, estime (comme nous) que "donner de la visibilité à la pauvreté est une bonne chose", puisque cela rend visibles les problèmes qu'on a mis "sous le tapis" pour ne pas avoir à les résoudre. Et puis, ces files de gens "qui attendent des heures pour obtenir des aliments de base (...), cela montre la valeur que notre société leur accorde. Elle considère que leur temps ne vaut rien ou peu". Qui sont ces gens ? selon une étude effectuée par les HUG et Médecins sans Frontières auprès des 532 personnes bénéficiaires de la distribution alimentaire de la Caravane de la Solidarité (75 % de femmes, 52 % de migrants sans statut légal, mais aussi 48 % de personnes ayant droit à l'aide sociale : 28,3 % de résidents étrangers avec titres de séjour, 3,4 % de Suisses, 4,3 % de requérants d'asile) , les personnes précaires sont 3,5 à 4 fois plus exposées au coronavirus que la population globale, du fait de leur promiscuité , de leur éloignement du dépistage et des difficultés qu'elles rencontrent à respecter les règles de confinement (42 % des personnes interrogées n'avaient pas pu respecter les mesures de confinement) et de protection (masques, désinfectants). Une personne interrogée sur dix vivait dans un foyer, un abri pour sdf ou dans la rue.

La lutte contre la pauvreté (et non contre les pauvres) ne se résume pas en l'octroi d'aides financières : elle devrait impliquer aussi la transformation d'espaces vides ou inoccupés en logements à très bas loyers, la création d'emplois spécifiques, un accès à des formations qualifiantes, un accès à des soins gratuits. Car il importe aussi de rompre le cercle vicieux de l'exclusion sociale (et politique) : sans logement, pas d'emploi; sans emploi, pas de salaire régulier; sans salaire régulier, pas de logement; sans logement, pas de domicile légal; sans domicile légal, pas de droits politiques. Et sans statut légal, pas de droits sociaux...

"Nous devons résoudre le paradoxe entre d'une part l'augmentation des inégalités et d'autre part une forte économie genevoise; entre une Genève qui gagne et une Genève où des personnes ne peuvent vivre dignement en raison de la cherté de la vie, du logement et des assurances, où des familles entières sont contraintes de loger dans des studios, où près d'un tiers des personnes au chômage ne retrouvent pas d'emploi à la fin de leurs droits, où des jeunes gens et jeunes filles souvent pas ou peu qualifiées démarrent leur vie d'adulte endettées et sans perspectives d'avenir". On peut reprendre sans en changer un mot cette description de la situation genevoise par Christina Kitsos. Et y ajouter les risques "de précarité sociale et économique" qui pèsent sur les familles monoparentales et recomposées qu'évoque, dans la même publication du PS de la Ville ("Causes Communes", https://www.ps-geneve.ch/causes-communes/)  Ulrich Jotterand, et ce qu'énumère Ahmed Jama, à propos de la situation de nombre de jeunes : "échecs scolaires, problèmes de qualification, petits boulots, stages non payés, logements inabordables, primes d'assurance-maladie en hausse constante". Et cela, insistons-y, dans une des villes les plus riches du monde...

On estime qu'à Genève jusqu'à 3500 personnes passent entre les mailles, assez lâches, du "filet social" -celui des aides publiques. Un projet de loi  cantonale urgent, élaboré par Thierry Apothéloz en concertation avec les partenaires sociaux, prévoit la création d'un fonds d'urgence doté de 15 millions de francs pour indemniser à raison de 80 % de leurs revenus les personnes qui en ont perdu une partie ou la totalité du fait de la pandémie -et d'entre ces personnes, outre les livreurs, les employées de maison, les intermittents du spectacle, les travailleuses du sexe,  on comptera précisément celles et ceux qui doivent recourir aux sacs de nourriture de la Caravane de la Solidarité. Pour obtenir cette aide, plafonnée à 5880 francs par mois chômé, il suffirait (si l'on peut dire) de résider à Genève, même sans statut légal, et d'y avoir exercé une activité lucrative, même non déclarée. C'est un peu le modèle "Papyrus"  : on pose des conditions objectives, égalitaires et facilement vérifiables à l'octroi d'un droit à des personnes qui n'en jouissaient pas,mais on ne réforme pas le système qui les excluait de ce droit... or quand on constate que les mailles du "filetr social" sont des trous  si gros qu'ils laissent passer des milliers de personnes qui se retrouvent, pour quelque raison que ce soit, sans moyens de subsistance, c'est bien la question du revenu minimum inconditionnel, garant du minimum vital, qui est posée. Et celle de la régularisation des 10'000 (au moins) travailleuses et travailleurs qui, à Genève, sont toujours sans statut légal , et donc sans droit à une aide sociale, malgré l'opération "Papyrus".

Nos damnés de la terre.

Commentaires

  • Il y a des précaires suisses en Suisse mais eux ne sont pas une urgence sociale!

  • Les précaires suisses sont constitutifs de l'urgence sociale comme tous les précaires. L'urgence sociale se fout de la nationalité, de l'origine, du sexe, du genre, de la couleur de la peau, de la religion, de l'âge...

  • Il n'y a pas plus d'urgence sociale maintenant qu'avant. La même catégorie lié à l'addiction est soit sdf associaux soit vivant dans la pauvreté, la femme divorcée qui élève ses enfants, les victimes des petits crédits qui sont prisonniers des dette, etc. Partout, dans le social chacun y va de sa solution, et la pauvreté ne diminue pas. Quant à l'aide psychologique, faut qu'elle soit acceptée.
    Quant aux migrants illégaux, un chiffre français : 40'000 "mineures" illégaux coûtent 2 milliards d'euros.

    Cette campagne du PS aurait pu se faire toutes les années précédentes, avec des solutions toutes faîtes, mais sans plus de résultats.
    Quant à Papyrus bis peu vraisemblable, c'est Genève qui devra casquer seul. Accueillir les illégaux et faire payer la confédération, c'est une utopie.

    Il y a une pauvreté avec un statut légal qui reçoit l'empathie de la population, et l'autre qui laisse indifférent, parce que les illégaux sont plus vu comme des personnes qui traînent dans la rue à vendre de la came, que ceux qui font le ménage.

    Genève peut faire ce qu'elle veut, quelques millions ne changeront rien, réinventer la roue non plus.
    Quant à R Dreyfuss, c'est de la pure démagogie. On peut résoudre un problème sur un instant, mais lorsque ce n'est pas viable à long terme, autant rester dans l'humilité. Elle fait passer les services sociaux pour des nulles. Elle faisait quoi lorsqu'elle était au CF pour résoudre ce genre de problème ?

  • La grande majorité des gens qui font la queue le samedi matin aux Vernets ne veulent pas des sous de l'Etat ou avoir un statut légal contraignant (impôts et assurance maladie et paperasse). Ils se foutent pas mal de voter. Ils veulent un job et mettre de côté des sous.

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