Applaudir les petites mains ne suffit pas

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balayeuse.jpgLa pandémie de Covid-19 et les mesures prises pour la combattre ont mis en évidence le rôle central joué par les travailleuses et travailleurs du secteur du nettoyage dans le maintien d'un cadre de vie, de travail et de relations sociales sain. Ce rôle est assumé majoritairement par des femmes occupées à des tâches  pénibles et mal rémunérées, et qui ont été "externalisées", remise à des sociétés privées, c'est-à-dire privatisées.

Cette externalisation a entraîné, inévitablement, un dumping salarial et social : il s'agit pour les entreprises soumissionnaires, en concurrence les unes contre les autres, de réduire au maximum les coûts de leurs prestations pour pouvoir faire des offres concurrentielles. Des économies ont ainsi été faites sur le dos des travailleuses, qui ont subi baisses de salaire, réduction de temps de travail avec réduction mécanique de la rémunération, pertes de temps de vacances, péjoration de leurs conditions de retraite, la perte  congé maternité...

En outre, le secteur du nettoyage est marqué par les inégalités de genre. Les temps partiels sont accordés aux femmes alors que les rares postes à plein-temps sont réservés aux hommes, les femmes sont le plus souvent en charge du nettoyage d'entretien, moins bien rémunéré et moins reconnu que le nettoyage de chantier et le nettoyage spécifique. Ces inégalités se traduisent par de grandes différences de salaire et de retraite entre les nettoyeuses et les nettoyeurs.

Comment être un employeur exemplaire...

Plusieurs communes genevoises, petites ou grandes (Céligny, Choulex, Collonge-Bellerive, Confignon, Corsier, Genthod, Jussy, Onex, Russin, Vernier) ont gardé ou réinternalisé l'entretien de leurs bâtiments. La Ville de Genève, qui se veut être « un employeur exemplaire », ne peut qu'accéder à la demande des nettoyeuses et des nettoyeurs d'être ré-internalisées dans la fonction publique municipale, garante de conditions de salaire, de protection sociale et de travail plus dignes d'elle que celles imposées par les sociétés privées. En réponse à une question posée en 2015   («Combien coûteraient, compte tenu des économies que cela pourrait permettre par ailleurs, l’internalisation des services de nettoyage des locaux de la Ville et l’engagement dans la fonction publique municipale du personnel nécessaire?»), le Conseil administratif estimait ce coût à 7 millions de francs, soit un surcoût de 4 millions de francs : "ce montant représente les charges salariales pour 61 postes d’agents de nettoyage (classe A, annuité 7), 12 postes de responsables d’équipe (classe F, annuité 7) et 2 postes de support administratif (classe F, annuité 7). Il comprend également certains coûts supplémentaires liés aux aspects logistiques (déplacements, vêtements de travail, produits de nettoyage et communication)". Le Conseil administratif ajoutait que des investissements seraient nécessaires pour que la Ville acquière les équipements nécessaires, fournis dans le cadre de l'externalisation par les entreprises privées prestataires, et aménager un local de conciergerie dans les bâtiments municipaux qui en sont dépourvus. Les lignes budgétaires suivantes devraient être augmentées : ligne 30 (charges de personnel) et ligne 31 (biens, services et marchandises)

Le Parti du Travail et un socialiste proposent donc (on l'avait déjà fait, mais la majorité de droite du Conseil municipal avait refusé d'entrer en matière sur cette proposition) d'accorder au Conseil administratif de la Ville l'autorisation de dépense correspondant au coût de la ré-internalisation du personnel de nettoyage. Concrètement, il serait ouvert au Conseil administratif un crédit de 5 millions destiné à l'engagement dans la fonction publique municipale du personnel municipal nécessaire à l'internationalisation dans le service public des tâches de nettoyage des locaux de la Ville de Genève, ainsi qu'à l'équipement de ce personnel et à la constitution d'un service a cela affecté et à l'aménagement de locaux de conciergerie dans les bâtiments municipaux qui en sont dépourvus. Il serait pourvu à la dépense prévue par l'article premier par le renoncement dans les délais contractuels à l'externalisation vers une ou plusieurs sociétés privées des travaux et services de nettoyage des locaux de la Ville de Genève ainsi que par l'inscription au budget de la dépense supplémentaire correspondant à la couverture totale de l'internalisation de ces travaux et services, ainsi que des investissements nécessaires.

Sans doute les travailleuses et les travailleurs du nettoyages ont-ils été heureux de se voir célébrés tous les soirs à 21 heures, avec l'ensemble des travailleuses et des travailleurs mobilisés pour combattre la pandémie et "faire tourner" la société malgré le confinement... mais les applaudissements, les concerts de casserole et les couinements de trompettes ne suffisent pas à leur rendre justice. La proposition que nous faisons ici y concourra plus réellement.

 

Commentaires

  • Je ne sais pas d'où vient cette nouvelle obsession du PS sur les travailleurs du secteur du nettoyage (ça commence à être lourd), mais si il y a quelque chose à faire, c'est que les contrats avec les entreprises soient regardant sur les condition de travail et non uniquement sur le coût.

    L'argent venant des impôts, la moindre de choses est de bien l'utiliser. Bien l'utiliser, ce n'est pas de rajouter des fonctionnaire, mais de mettre l'argent pour la communauté (social, écologie, ….).
    Le rôle de l'Etat est de réguler, contrôler, pas d'être une entreprise.

    La seule exception que j'accepterais, ce serait la création d'une entreprise par l'Etat qui permettrait aux rejetés de l'économie (vieux, ….) de continuer à travailler.

    Dans votre logique, les travailleurs de la construction devraient être des fonctionnaires.
    Face à un avenir incertain, c'est la diminution de fonctionnaires qu'il faudrait entreprendre. Les fameux sièges d'entreprises qui rapportent beaucoup, risquent de ne plus être la poule aux œufs d'or. Il y a une grosse pression international, pour que les taxes se fassent sur la consommation, et non dans le pays où se trouve le siège de l'entreprise.

    L'augmentation de fonctionnaires doit cesser, surtout dans un avenir peu clair, et avec des investissements écologiques important..

  • Cette obsession n'est pas nouvelle, cela fait des années qu'on demande que les nettoyeuses des locaux de la Ville soient des employées de la Ville, ce qui paraît relever de la logique la plus élémentaire. Quant à inscrire dans les contrats avec les entreprises privées des norme sur les condition de travail et de salaire, la Ville (Sandrine Salerno) a essayé, les entreprises sont allées jusqu'au TF pour l'en empêcher -et elles ont gagné. La Ville ne peut définir que les conditions de travail et de salaire de son propre personnel. Quant é augmenter ou non le nombre de fonctionnaire, c'est parfaitement accessoire : ce qui compte, ce sont les tâches à accomplir et celles qui sont mieux accomplies par des employés sous statut public dont être accomplies par eux.

  • Faudrait applaudir plus fort ! http://fr.weforum.org/agenda/2020/05/salaires-ou-se-situent-les-infirmieres-par-rapport-a-la-moyenne/

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