"Grève nationale pour l'avenir" : changement de forme, pas de fond...

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sirène d'alarme.jpgAlarme, citoyens !

Aujourd'hui devrait être un jour de grève pour le climat (une "grève pour le futur", si on traduit en français le titre anglais, comme si on pouvait faire grève pour le passé...). Mais aujourd'hui ne sera pas un jour de grève -ou alors virtuelle. Il est vrai que le coronavirus a plus fait pour le climat, dans l'immédiat, que toute grève de ce genre (mais le "déconfinement" va déconfire ce bénéfice transitoire). La trêve se terminant, le retour à l'anormale se dessinant, le combat pour la justice climatique va devoir reprendre, en même temps que le combat pour la justice sociale. Les transports sont la principale source d'émissions de gaz à effet de serre de la Suisse" rappelle l'ATE. La mobilisation pour  "le développement d'une mobilité durable, libérée de l'essence et du diesel" ne revêt pas moins d'urgence qu'il y a trois mois. La grève qui se justifiait avant l'arrivée du virus se justifie donc autant après, si elle va forcément devoir prendre d'autres formes que celles prévues. Mais on peut aussi sortir dans la rue et manifester, même si c'est interdit, en traçant autour de soi un carré de 2 mètres de côté, histoire de reprendre nos droits démocratiques, et pas seulement nos pulsions consuméristes. Pour toutes les autres initiatives à l'ordre du jour, actions décentralisées "symboliques et créatives", actions "surprise" et pour la webradio de la grève, c'est par là : www.challengeforfuture.ch

Faire ce qu'on a dit qu'on feraient, et en avoir quelques moyens , c'est bien ce qu'on voulait, non ?

Il nous faut, pour reprendre l'expression de l'économiste Geneviève Azzam, "penser la solidarité et la justice sans la croissance. D'autant plus que nous avons besoin d'un surcroît de solidarité pour affronter de manière non barbare, les transformations qui nous attendent, le réchauffement climatique et l'affaiblissement de la biodiversité". D'entre les changements nécessaires, il y a ceux qu'impliquerait l'instauration d'une "économie circulaire" rompant avec le processus linéaire de l'économie marchande : extraire, fabriquer, vendre, consommer, jeter, détruire, pour lui substituer la récupération, le recyclage, la réutilisation. Il y a aussi ceux liés à la mobilité, aux transports, avec des mesures comme la gratuité des transports publics, l'ostracisme de l'automobile des centres des villes. Il y a en outre les enjeux liés à la lutte contre les épidémies (pas seulement l'actuelle, mais toutes celles qui vont, forcément, suivre), comme l'instauration d'un droit de retrait de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs qui ne bénéficieraient pas de conditions sanitaires sûres. Il y a encore ces enjeux pérennes que sont la régularisation des sans-papiers, la défense du droit d'asile, l'annulation de la dette des pays les plus pauvres...  Il y a enfin, forcément, un enjeu fiscal : la transition écologique va coûter cher (si elle rapportera beaucoup plus -mais plus tard), et il faudra donc la financer. Elle peut l'être par la dette et par la fiscalité. Contrairement à ce que clament depuis des plombes les économistes orthodoxes, la dette n'est pas un problème -ou plutôt, elle ne l'est que si on la rembourse. Le seul problème qu'elle pose, c'est celui de son service (autrement dit : les intérêts), qui pèsent sur les budgets (quand les intérêts ne sont pas nuls ou négatifs). Quant à la fiscalité, il va bien falloir la renforcer, créer des impôts nouveaux (et pas des taxes nouvelles), progressifs en fonction des impact environnementaux des comportements, et voués à alimenter des fonds généraux de transition climatique, énergétique et écologique.

"La crise climatique n'attend pas», proclame la Grève pour le Futur, et la crise sociale non plus n'attend pas. Et puisqu'il nous faut "penser global et agir local", on rappellera que la Ville de Genève a déclaré l'"état d'urgence climatique" l'année dernière. Et qu'il reste à la meubler d'actes concrets et forts, cette proclamation, Ce sera, avec l'urgence sociale, l'un des deux premiers enjeux de la nouvelle "législature" municipale, et de sa nouvelle majorité de gauche. D'ailleurs, dans la nouvelle répartition des dicastères du Conseil administratif, c'est aux verts et aux socialistes que reviennent ceux qui auront à les assumer, ces deux urgences. Pour des forces politiques qu'on attend au tournant et qui veulent être cohérentes, faire ce qu'elles ont dit qu'elles feraient, d'en avoir quelques moyens , c'est bien ce qu'on voulait, non ?

Commentaires

  • Je vous imagine totalement perdu sans votre iphone et sans internet!

  • N'ayant pas d'Iphone (Apple est une secte et j'abhorre les sectes), ayant vécu quarante ans sans téléphone portable ni internet, et me réfugiant régulièrement dans des trous perdus sans connexion, j'y survivrais aisément.

  • La seule solution fiscale pour réellement avancer en direction d’un futur souhaitable est de revoir de fond en comble l’assiette, et pas nécessairement le montant, des impôts:
    - 2/3 des impôts devraient porter sur les atteintes portées par les assujettis - à savoir personnes physiques et morales - à l’environnement: pollution, usage privé des communs, destruction du non-renouvelable.
    - 25% serait un impôt sur le revenu,
    - 10% enfin un impôt sur la fortune (avec des abattements sociaux).
    Ça secouerait sérieusement notre mode de vie de prédateur, obligeant à effectuer un virage vers beaucoup plus de sobriété environnementale, mais pas nécessairement vers la décroissance.

  • La seule initiative "du monde d'après" que j'ai pu voir en Suisse est la création de nouvelles pistes cyclables à Genève. Je me surprends alors à rêver que cela est vraiment possible. Pourquoi ne pas rouvrir certains postes frontière uniquement qu'aux vélos? Cela serait du concret et pousserait dans le bon sens.

    Durant toute la crise les fonctionnaires ont bénéficié de salaires à 100%. Pourquoi ne pas les rémunérer en partie avec des bons d'achats dans des commerces genevois? Ceci afin d'injecter de la richesse dans les commerces du canton.

    Consommer local est souvent repris comme un credo. Acheter chez les producteurs est un acte à encourager. Mais il faut se déplacer ou alors faire son marché.... Pourquoi ne pas adapter d'avantage les marché aux horaire des citadins? Des marchés en soirée de 15h00 à 20h00.

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