A la recherche d'une "sortie de crise"

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avion à Genève.jpgVol au dessus d'un nid de Covid

Pour atteindre l'objectif de l'Accord de Paris, la quantité d'équivalents CO2 émis en moyenne par personne et par année à Genève (actuellement 10 tonnes) devrait être réduite... de 90 %. C'est ce que le  COVID-19 est en train de provoquer... Et le Léman Express aurait sans doute commencé à réduire le trafic en Ville de Genève de 12 %... si un virus malin ne l'avait arrêté à la frontière et n'avait réduit ses cadences à celles d'un dimanche. Reste que le trafic aérien a chuté et que la fréquentation des aéroports s'est écroulée -or l'aviation représente 19 % de l'impact climatique. Et que la sortie de crise sanitaire pourrait être une entrée de ce secteur (comme bien d'autre) dans une réduction directe (pas par compensation hors de lui) de ses émissions. D'ailleurs, une lettre ouverte au Conseil fédéral va dans le sens d'une réelle maîtrise environnementale du trafic aérien, avec à la clef, par exemple, un  impôt sur le carburant des avions et un soutien au retour des trains de nuit.  Signée notamment par la Conseillère aux Etats genevoise Lisa Mazzone, elle lui a valu d'être accusée de trahir les intérêts du canton qu'elle est supposée défendre, comme si une sénatrice était fonctionnaire. La position qu'elle défend est pourtant d'entre celles qui lui ont permis d'être la mieux élue, au Conseil des Etats l'automne dernier. Et, cerise sur le gâteau, c'est une position ratifiée par le peuple lors de l'acceptation de l'initiative pour un "pilotage démocratique de l'aéroport", inscrivant dans la Constitution cantonale la limitation  des nuisances pour les riverains et l'environnement. Bref, Lisa Mazzone n'a peut-être pas défendu les intérêts du Conseil d'administration de l'aéroport, mais elle a défendu ceux des Genevoises et des Genevois -autrement dit, en démocratie et en République, celles de Genève...

"On ne peut sacrifier le climat sous l'autel de la relance"


L'expérience du confinement pousse sans doute la sobriété à l'extrême dans certains domaines (mais pas dans tous), mais elle peut, parce qu'elle oblige à un tri entre l'indispensable et le superflu, produire quelque chose tenant d'une prise de conscience -ou plutôt de prises de conscience successives, à commencer par celle évoquée par Vincent Barras dans "Le Temps", "l'idée théorique que nous faisions partie d'un même monde (est) désormais, et pour toujours une idée incarnée, beaucoup plus tangible. Incarnée dans un virus et dans toutes les mesures prises pour en combattre la propagation". Et dans les inégalités face à l'épidémie, la maladie et la mort.

La pandémie présente changera-t-elle nos sociétés, nos politiques, nos comportements ? Nous fera-t-elle passer du "sprint" au "marathon", de l'"état de jouissance immédiate" à une capacité nouvelle, ou renouvelée, de prendre distance d'avec nos envies, de les relativiser, de retrouver les vertus de l'ennui et de la lenteur? Nous guérira-t-elle du stress de la "réussite sociale", du burn-out carriériste ? Et la sortie de crise se fera-t-elle sur le modèle de celle de 2008, avec des investissements lourds dans les sources d'énergie fossile (la consommation de pétrole a chuté de 30 %), les industries polluantes, les modes de transports les plus nuisibles à l'environnement, la relance d'une surconsommation gaspilleuse, ou avec un contenu plus novateur, plus audacieux, prenant en compte non seulement les exigences d'une "relance" économique, mais aussi celles de l'urgence climatique et de la justice sociale ?

En France, la Convention citoyenne citoyenne pour le climat propose d'encourager les relocalisations pour assurer la sécurité alimentaire, sanitaire et énergétique, que les "financements mobilisés dans le cadre de la sortie de crise soient socialement acceptables", de lutter contre l'étalement urbain, nuisible à la biodiversité et gaspilleur d'énergie, de stopper immédiatement les aménagements de nouvelles zones commerciales, de réquisitionner les logements et les bureaux vacants, de réduire la place de la voiture individuelle (responsable 16 % des émissions de gaz à effet de serre sur le territoire français), d'interdire l'accès des centre-villes aux véhicules les plus polluants, favoriser les circuits courts et une alimentation durable, freiner la surconsommation et la publicité (qui serait prohibée dans les espaces publics extérieurs, sauf s'il s'agit d'information locale ou culturelle), accélérer la transition vers une économie décarbonée (en y soumettant les soutiens à l'innovation et en ne tenant pas toute innovation comme forcément utile -l'exemple du passage de la 4G à la 5G est évoqué), accroître la longévité des produits, soutenir les modes de production et de fonctionnement les moins polluants et faire en sorte que les investissements se concentrent dans des secteurs respectueux du climat. Vaste programme : "on ne peut sacrifier le climat sous l'autel de la relance", résume l'un des "garants" de la Convention, le réalisateur Cyril Dion. Car "la crise sanitaire n'efface pas la crise écologique et climatique", reconnaît la ministre de l'environnement Elisabeth Borne (on verra ce qu'il sera concrètement de cette reconnaissance...). La crise que nous traversons (et qu'ici la plupart d'entre nous traversons dans des conditions supportables, si on les comparent à celles que subissent les travailleuses et les travailleurs des secteurs mobilisés contre l'épidémie ou pour faire tourner les commerces et les services publics essentiels, pour ne rien dire des populations les plus précarisées d'ici et d'ailleurs) n'est en effet pas, ni dans ses causes ni dans ses conséquences, qu'une crise sanitaire : elle est aussi une crise sociale, économique, financière... et peut-être politique. Quel usage serons-nous capables d'en faire ?

On trouve dans les cinquante propositions remises au président Macron par la Convention  des éléments tout à fait pertinente, voire "incontournables", d'une telle sortie de crise : les conventionnels considèrent en effet, dans le texte général accompagnant leurs propositions, que "les événements que nous vivons aujourd'hui remettent en cause nos manières de se nourrir, de se déplacer, de se loger, de travailler, de produire et de consommer". Pas moins. Et de poursuivre : "nos modes de vie sont bouleversés et nous interrogent sur nos priorités, nos besoins et nos comportements quotidiens". Reste évidemment à donner réponses à ces interrogations : "nous souhaitons que la sortir de crise qui s'organise sous l'impulsion des pouvoirs publics ne soit pas réalisés au détriment du climat, de l'humain et de la biodiversité", comme cela en effet menace, en France comme ailleurs. Comme en Suisse.... où  on voit, lit et entend par exemple l'UDC, la famille Blocher en tête, prêcher pour une levée la plus rapide possible des restrictions à l'activité économique, quitte à relancer l'épidémie, pour relancer une économie qui s'effondrerait parce que les consommateurs n'achèteraient plus que ce dont ils ont réellement besoin...

Le confinement relatif qui nous est imposé s'est accompagné d'une redécouverte : celle de l'entraide collective. Celle que nous sommes des individus sociaux, si individualistes que nous puissions être par ailleurs. La redécouverte de l'esprit de solidarité -pas celui qui se réduirait au charivari de 21 heures sur les balcons, ni celui qui nous serait imposé d'en haut, mais celui qui, dans tous les domaines, par tous les moyens, se manifeste par une décision libre de chaque individu se redécouvrant social, à l'égard des plus fragiles (des sdf aux personnes âgées) et des plus mobilisés (le personnel des hôpitaux, des ems, des services de voirie et de nettoyage, des transports publics, des grands magasins...). Qu'en restera-t-il la crise passée, de cette prise de conscience ? une bonne conscience ? une nostalgie ? Ou des grèves, des manifs, des affrontements parlementaires ? Et pour quelles décisions politiques ?

 

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