On ne reporte pas, on confirme...

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Bulletin de vote.jpgLe deuxième tour est second : il suit le premier pas à pas


Comme ils l'avaient annoncé, le MCG et SolidaritéS ont déposé recours contre la décision du Conseil d'Etat de maintenir le deuxième tour de l'élection des Conseils administratifs le 5 avril. Et comme le temps presse, ils ont demandé que l'élection soit suspendue avant même que le recours soit examiné. On est jamais trop prudent. Les deux partis expliquent qu'il est impossible de mener campagne en temps de confinement, même relatif, et que les citoyennes et les citoyens sont en ces temps incapables de se former une opinion. Même s'ils se l'étaient déjà formée pour le premier tour et que les candidats du deuxième l'étaient déjà au premier ? même. Et que la campagne se fasse malgré tout, que les candidates et candidats s'expriment dans les media et sur les réseaux sociaux, que leurs tracts soient distribués dans les boîtes aux lettres, ça ne permet pas aux  citoyennes et aux citoyens de se forger une opinion ? ils en sont incapables par eux-mêmes, il faut qu'on leur explique et réexplique tout sur des stands ou au porte-à-porte ?  A quoi ça tient, quand même, la démocratie...

J'ai voté comme je tintinnabule à 21 heures sur mon balcon.

Regardez-le bien, le bulletin de vote que vous avez reçu par la poste (et que vous allez renvoyer par la poste) : y voyez-vous les noms de nouvelles candidates et de nouveaux candidats ? non, toutes celles et tous ceux qui sollicitent vos suffrages pour le deuxième tour les sollicitaient déjà pour le premier. Y voyez-vous alors des listes nouvelles, des alliances nouvelles ? non, les listes du deuxième tour étaient déjà déposées au premier. Et la seule alliance présente au deuxième tour, celle du PS et des Verts, était déjà la seule alliance présente au premier tour. Y'a-t-il alors des programmes nouveaux, des discours nouveaux, des clivages nouveaux ? non : les programmes  sont les mêmes qu'il y a un mois, les discours aussi, le clivage entre la gauche et la droite n'a pas bougé. Le deuxième tour est second : il suit le premier pas à pas. Alors pourquoi l'annulerait-on, ou le reporterait-on ? Le Conseil d'Etat a certes décidé de reporter la votation cantonale du 17 mai, et le Conseil fédéral la votation fédérale de cette même date, mais il s'agit de votations, pas d'élections, et de votations pour lesquelles la campagne n'avait pas encore vraiment commencé. Rien à voir, donc, avec une élection nominative, fût-elle a deux tours. D'ailleurs, COVID n'obligeant pas, des élections cantonales ont eu lieu dimanche dernier à Schwytz. Quatre des six membres du Conseil d'Etat sortant et un candidat nouveau ont été élus au premier tour (tous de droite : trois UDC et deux PLR) et au Grand Conseil, la gauche et les Verts libéraux progressent, au détriment du PDC et du PLR.

Reporter le vote  ? Le vote a commencé pour ce deuxième tour. Des milliers d'électrices et d'électeurs ont déjà envoyé leur bulletin. On ne peut d'ailleurs voter que par correspondance, ou en déposant directement son bulletin au Services des votations et élections (qui fera office de local de vote, jusqu'au dimanche 5 avril à midi). Et puis, le reporter à quand, le vote ? à quand on sera sortis de l'épidémie, dans quelques semaines -et entrés dans la crise économique et sociale ? Il y aura des décisions politiques à prendre. Il faudra des instances pour les prendre. En démocratie, ces instances doivent être élues. Il faut donc maintenir les élections, tant qu'il est possible de les tenir. Et c'est encore possible.Et contrairement à ce qu'affirme SolidaritéS (et contrairement à ce qu'elle fait), il est possible de mener campagne électorale -et toutes et tous les candidates et candidats, et toutes les listes, le font en ce moment. Quant au fait qu'on ne puisse le 5 avril voter qu'en déposant un bulletin dans une boîte aux lettres sans pouvoir le faire dans une urne, il peut être facilité dans les dix jours qui nous séparent du dépouillement par les communes elles-mêmes pour celles et ceux qui ne pourraient sortir de chez eux (et qui ne pouvaient déjà pas lors du premier tour).

  Moi, j'ai déjà voté. Pour cinq candidates et candidats de gauche. Pour le service public et les droits de celles et ceux qui y oeuvrent. Pour la solidarité avec les plus vulnérables. Pour le renforcement des services de santé, des systèmes de protection sociales, des engagements de la commune auprès de sa population. Pour la reconnaissance réelle et durable à l'égard de celles et ceux qui continuent de bosser pour nous. J'ai voté comme je tintinnabule à 21 heures sur mon balcon. Je me suis lavé les mains avant de poster mon enveloppe électorale, je ne me lave pas les mains de ce qu'elle contient.

La vie démocratique continue, si étrange qu'en soit momentanément la forme.

Commentaires

  • J'appelle ça un caprice de politicien.
    Genève est un des cantons les plus touché par le virus, et ni Schwyz, ni nul part ailleurs sur la planète, des élections ont lieu dans un pic de pandémies. Il fallait oser.

    L'excuse de la récession est de la mauvaise foi. La récession n'empêche pas des élections optimales, et les mesures contre la récession ne se situent pas au niveau des communes.
    Ce n'est pas 2 mois de report qui va changer un résultat d'élection.

    Il y a un problème d'addiction à la politique ou de franchouillardise !

    Si il n'y avait pas autant d'excitations politiques à Genève, avec 2 pôles bien marqués (droite - gauche), ces élections auraient, comme ailleurs, été reportée. Une Genferei de plus dans un contexte préoccupant.

  • Un contexte préoccupant qui n’a pas empêché le changement d’horaire cette nuit!

    Il faut absolument nous mobiliser pour stopper cette stupidité. Je ne comprendrai pas qu’on puisse s’exécuter comme des perroquets alors que le monde est paralysé?

  • On n'est pas (encore) dans un pic de pandémie, on est encore dans une situation de semi-confinement qui permet parfaitement, avec quelques aménagements, de voter. La récession ne serait évidemment pas un motif de reporter encore, ou d'annuler, le deuxième tour d'élections locales, qui ne con cerne d'ailleurs que la moitié des communes genevoises -mais la référence à la récession est une réponse à l'invocation de la pandémie comme une obsession rendant impossible tout choix politique : si les gens sont préoccupés aujourd'hui par la pandémie, ils le seront tout autant demain par la perte de leur emploi et la chute de leurs revenus. Et si ce n'est enb effet pas un repoprt de deux mois qui va changer le résultat des élections, ce n'est pas non plus de les maintenir. Donc autant les maintenir, ça serait fait.
    Cela dit, si le taux de participation chute (il est déjà "normalement" bas pour les Municipales) et qu'on se retrouve avec 15 ou 20 % de participation, le Conseil d'Etat pourra parfaitement ne pas les valider et réorganiser un deuxième tour en mai ou juin, ou septembre, ou quand il veut : la loi le lui permet...

  • Recu l'enveloppe hier pour voter en Ville et mon amie, aujourd'hui, pour voter sur Carouge. Avec la petite fiche explicative pour nous informer que nous avions jusqu'au 1er avril pour renvoyer nos votes. Dans le genre foutage de gueule et brochette de déficients mentaux, ca se pose là.

  • Pendant que vous tintinnabulez sur votre balcon, nos dirigeants n’ont même pas eu l’intelligence de stopper le changement d’horaire - censé ne plus varier dès cette année - à moins qu’ils l’aient, ainsi que l’UE, oubliée ? Mais remise à l’ordre du jour par les médias?!

    Une réponse s’impose! Merci!

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