Bas salaires, inégalités salariales : La droite s'inquiète...

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La droite s'inquiéte : non pas de la persistance de bas salaires et d'inégalités salariales exorbitantes dans ce pays... mais de la sympathie que suscitent les initiatives lancées pour y répondre -l'initiative 1:12 de la Jeunesse Socialiste, et l'initiative pour un salaire minimum, de l'Union Syndicale Suisse, qui devrait être soumise au peuple l'année prochaine et que le Conseil fédéral appelle, sans surprise, à refuser.  Et s'il affirme en partager l'objectif (lutter contre la pauvreté, faire en sorte que toute personne puisse vivre dignement de la rétribution de son travail), le gouvernement nous ressort l'argument patronal classique : un salaire minimum remettrait en question le partenariat social (alors qu'il ne ferait que le cadrer, et que l'initiative demande d'encourager la conclusion de conventions collectives prévoyant un salaire minimum) et la liberté contractuelle, perturberait le marché du travail (car le travail, bonnes gens, est une marchandise...).

Du dialogue social comme « planche de salut ». Pour le patronat.

La Commission de l'économie du Conseil des Etats, largement dominée par la droite, s'est penchée sur l'initiative syndicale pour l'introduction d'un salaire minimum. On s'attendait à ce que cette proposition soit repoussée d'un revers de main par cette commission et cette droite... mais non : l'inquiétude règne dans les rangs des partis bourgeois et du patronat, l'initiative Minder, et son succès populaire, est passée par là, les sondages sont alarmants (enfin, pas pour nous... : 76 % de soutien au salaire minimum fin mars...) et l'ambiance générale est à la grogne contre les hauts salaires et les inégalités de salaire et de revenu. Bref, la commission a décidé de se lancer dans une enquête sur les bas salaires et de plancher sur des solutions « alternatives » à celle proposée par les syndicats. Histoire de peaufiner un contre-projet qu'on pourra, le moment venu, opposer à l'initiative. Et dont on pourra même faire usage comme preuve de « bonne volonté », contre l'initiative 1:12 (qui veut réduire les écarts salariaux). Les présidents du PLR et du PDC se sont d'ailleurs déjà prononcés pour un contre-projet. Mais toute la droite n'est pas dans d'aussi tactiques dispositions : l'Union Patronale et l'Union des Arts et Métiers ne veulent rien céder : « il n'y a ni discussion, ni négociation à avoir avec les intégristes qui sont à la tête de la gauche, dont le président du PS, Christian Levrat », déclame le président de l'USAM, l'udéciste Rime. « Intégriste », qui ça, Mélenchon ? Non, Levrat... Ah bon... c'est vrai, on est en Suisse et c'est un UDC qui cause...

Les temps changent : En mai 2011, une initiative de la gauche pour l'instauration d'un salaire minimum cantonal était repoussée dans le canton de Vaud -mais à 3000 voix d'écart entre les partisans et les opposants, ce qui témoigne, au moins, d'une large prise de distance avec l'hypothèse d'un consensus massif autour de la fixation du salaire par la seule voie conventionnelle. En novembre de la même année, les Neuchâtelois acceptaient l'inscription du principe du salaire minimum dans la Constitution cantonale -mais le projet de loi devant concrétiser cette acceptation stagne en commission extraparlementaire, la gauche et les syndicats demandant 4000 francs brut par mois (soit le niveau en dessous duquel on commence à avoir droit à l'aide sociale, dont 10 % des dossiers concernent des travailleuses et des travailleurs à plein temps, mais sous-payés) ce que refusent la droite et le patronat. Dans le canton de Neuchâtel, 5400 salariés, soit près de 11 % des salariés, gagnent moins que ces 4000 francs brut mensuels. Si ce montant est avancé par les syndicats, c'est à la suite d'un arrêt de 2010 du Tribunal fédéral, qui impose que « les montants du salaire minimum (...) devront se situer à un niveau relativement bas, proche du revenu minimal résultant des systèmes d'assurance ou d'assistance sociale », afin de rester dans le cadre de la politique sociale et ne pas entrer dans celui de la politique économique, où s'impose (génuflexion...) la «liberté économique » (amen...).

Un-e salarié-e « légal » sur dix gagne moins de 4000 francs par mois pour un travail à plein temps, dans ce pays. Cela fait 450'000 personnes, qu'aucune convention collective garantissant un salaire suffisant pour vivre correctement) ne couvre.  On s'autorisera donc à doucement ricaner en lisant et en entendant les vibrants plaidoyers du patronat et du Conseil fédéral en faveur d'un «partenariat social » que l'introduction d'un salaire minimum mettrait à mal, quand ce même patronat -et pas seulement Novartis- le piétine allègrement quand il s'agit de licencier par charrettes entières pour sauvegarder (ou faire remonter) le cours des actions. Ce fameux « partenariat social » aboutit à ce que la majorité des salariés de ce pays ne sont pas protégés par une convention collective, et qu'une  CCT sur dix ne prévoit pas de salaire minimum.
Plaidant contre l'instauration d'un salaire minimum, en qui elle voit une menace pour le « dialogue social», l'éditorialiste d' Entreprise Romande concluait en novembre 2011: « En ces jours moroses pour l'économie romande, ne tuons pas le dialogue social. C'est une de nos meilleures planches de salut ». Tel qu'il le conçoit, le « dialogue social » est en effet une excellente « planche de salut » pour le patronat.
Mais pour lui seul. Comme monologue.

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