Complainte du militant orphelin : Un chef ! Je veux un chef !

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On s'est cru autorisé (au fait, on l'était : par nous-mêmes) d'ironiser dans quelque libelle et quelque blog, sur l'étrange besoin des catholiques de se doter d'un pape, comme si leur dieu (Père, Fils, Esprit saint tout en un) ne leur suffisait pas pour Chef majuscule. Et on s'est même cru autorisé (toujours par nous-mêmes) de tracer un parallèle médisant entre ce besoin papiste et celui d'une partie (considérable) de la gauche d'avoir, elle aussi, ses chefs, ses héros, ses guides... On s'autorisera donc ici à digresser sur ce besoin résistant à toute raison, sinon à toute psychanalyse. Et comme vous n'êtes pas toutes et tous lectrices et lecteurs du « Courrier » (d'ailleurs, vous avez tort) et qu'on a en même temps un vieux reste de gueule de bois et la flemme, on vous gratifie d'un texte (édifiant) paru dans cet estimable quotidien mardi dernier...

Parce que deux et deux ne font quatre que si nous le voulons bien

momie_lenine_2.jpgOr donc, et à gauche plus encore qu'à droite depuis le siècle dernier, on embaume. Les léninistes ont embaumé Lénine, les communistes vietnamiens ont embaumé Ho Chi Minh, les maoïstes ont embaumé Mao, et voilà que les chavistes voulaient (ils y ont finalement renoncé) embaumer Chavez. Un vieux réflexe calviniste nous a peut-être évité de prôner que l'on embaumât Léon Nicole ou André Chavanne (nous nous sommes contentés pur tout paradoxe d'inhumer ces deux vieux républicains dans un cimetière des Rois...), mais le culte des saints et des héros ne nous est pas pour autant si étranger qu'il devrait.

Nous savons bien pourtant, ou à tout le moins devrions nous le savoir, tant notre propre histoire nous l'a enseigné, qu'aucun pouvoir d’Etat, aucun gouvernement, jamais, nulle part, n’a pu, ne peut ni ne pourra être finalement autre chose qu’un obstacle à la révolution et un adversaire des révolutionnaires. Et que cela vaut aussi pour les chefs de ces Etats, et de ces gouvernements. Et qu'à chaque fois qu’un pouvoir d’Etat, ou son incarnation personnelle, a prétendu être le moteur d’une révolution, ou son centre, ou sa direction, il a en réalité entravé puis étouffé la révolution réelle : Le Comité de Salut Public vaut le Conseil des Commissaires du Peuple, Napoléon hérite de l’un comme Staline de l’autre.  Qu’ils aient pu si aisément installer la contre-révolution au cœur du pouvoir né de la révolution signale qu’elle y avait déjà ses meubles, et signifie bien la nature réelle de tout pouvoir d’Etat se proclamant révolutionnaire : sous ses oripeaux idéologiques et rhétoriques, une simple forme dérivée de la forme initiale du pouvoir que la révolution voulait abattre, dont les révolutionnaires vainqueurs héritèrent, et dont ils firent un usage pas si différent (quand il n'était pas pire encore) que celui auquel ils avaient affirnmé vouloir mettre fin. Comme le proclamait Saint-Just, « On ne règne jamais innocemment »,   surtout lorsque l’on règne au nom de la révolution ;  on commet alors deux crimes: on règne, et on ment. Et cela vaut pour tous nos embaumés de gauche, et pour tous ceux qui en font leurs modèles, leurs héros, leurs prophètes.

Ne tenant comme les premiers socialistes notre mandat que de nous-mêmes, (et nous ne parlons pas ici des modestes mandats électoraux que le hasard ricanant des urnes et l'aveuglement de l'électorat nous permettent d'exercer, mais du mandat politique que se donne tout militant, celui de dire ce à quoi il croit) nous devrions n'avoir jamais de comptes ni d'hommage à rendre à quelque chef que ce soit, mort ou vivant, et même révolutionnaire. Ou plutôt : surtout révolutionnaire : Les révolutions, d’ailleurs, n’aboutissent jamais là où elles promettent d’aller : « Liberté, Egalité, Fraternité » accouche de Napoléon, « La Terre, la Paix, la Liberté » de Staline, d’autres eschatologies de Mao, de Mengistu, des Khmers Rouges ou de Khomeiny. Et cela continuera ainsi, tant que de la religiosité empoisonnera la politique.

Nous devrions être toujours de ceux pour qui deux et deux ne font quatre que s'ils le veulent bien, et ne vouloir s'apparier politiquement qu'avec des individus libres, autonomes, capables de refuser tout ce que pourraient exiger d’eux chefs, guides, timoniers, héros immortels. Et que les autres se cherchent une église ou une armée: ces étables sont faites pour ces veaux.

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Commentaires

  • Le pourquoi de la non-momification de Chavez (à savoir qu'ils s'y sont pris trop tard et que les dégâts sur le corps étaient déjà irréversible) est tout à fait symbolique de ce qu'était son régime. A savoir un max de com et de discours idéologique, des mesures phares spectaculaires et hautement démago pour cimenter les relations entre le grand leader et le petit peuple, mais une incompétence crasse dans la gestion quotidienne. En dépit de la mane pétrolière gigantesque, presque tout fonctionnait plus mal au Venezuela que dans les autres pays d'Amérique latine, indépendamment de leur couleur politique d'ailleurs.

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