11 août, de lui

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Les « puissants », dis-tu... et si c'était affaire de classes ? Je ne veux pas me faire passer pour un disciple de l'Allemand, mais il n'a peut-être pas tort de faire de « toute l'histoire l'histoire de la lutte des classes »... C’est si simple, au fond : il y a les gens de peu, les gens d’assez, les gens des beaucoup et les gens de trop. Les gens de peu sont beaucoup, et j’en suis, ou j'en étais avant que de ne plus être que des gens de rien, les gens de trop sont peu. Ils ont trop, et sont de trop. Et toi, de quelles gens es-tu ?

Netchaev.jpgIl y a, dans les gens de beaucoup, dans les gens de trop, dans nos adversaires, nos ennemis même, des femmes et des hommes qui mériteraient notre respect si nous avions les moyens de ce respect, et qu’il nous faudra tout de même faucher comme de mauvaises herbes, alors qu’ils n’en sont pas : les philanthropes, les riches généreux, les mécènes, les charitables… la pauvreté les navre, la violence les révulse, mais ils sont du monde qui vit de la pauvreté et tient par la violence, et ils vivent de ce monde, et fort bien. Et comme ils en vivent fort bien, le pouvoir ne peut pas les acheter parce qu’ils sont plus riches que lui, et il ne peut pas leur faire peur, parce qu’ils sont plus puissants que lui.
La pauvreté, l’exploitation, l’oppression, ils la combattent, à leur manière : celle de gens pour qui ces maux ne sont que des problèmes concrets qu’on peut résoudre concrètement, sans toucher à ce qui produit ce qu’ils combattent… ils répondront à la famine en distribuant de la nourriture, à l’exploitation en augmentant les salaires, à l’oppression en payant des avocats aux opprimés… c’est bien… et cela pérennise ce que nous, nous voulons abattre…
Et pour couronner le tout, ils sont sincères, ces bons riches… ils veulent vraiment lutter contre la pauvreté, et ils en ont vraiment les moyens… ils peuvent vraiment dire, sincèrement, ce qu’ils pensent, et ils sont assez puissants pour que nul ne puisse les faire taire –sinon eux-mêmes… et ils peuvent agir, et parler, sans penser à leur intérêt personnel, puisqu’ils n’ont plus besoin de rien, ayant déjà tout et plus que tout, et que tous leurs besoins, et même tous leurs désirs, sont satisfaits... Ils sont bons, mais ce sont nos ennemis. Ils sont la façade civilisée d'un palais barbare. Il faudra qu'ils tombent avec ce palais. Il nous faut donc les combattre, ces hommes bons, et sans doute plus durement que nous combattons les hommes mauvais -ceux-là au moins ressemblent à ce qu'ils font.

S

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