Rénovation et agrandissement du Musée d'Art et d'Histoire : Et MAH, et MAH, et MAH...

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Mardi soir, à minuit moins une, le Conseil Municipal de la Ville de Genève a voté une rallonge de près de trois millions de francs au crédit d'étude de la rénovation et de l'agrandissement du bâtiment historique du Musée d'Art et d'Histoire. Un crédit d'étude de quel projet ? Le projet déposé par l'Atelier jean Nouvel (et ses associés genevois), qui avait déjà fait l'objet d'un précédent crédit d'étude. Mais également, quoique sans le dire, et par la bande, comme incidemment, et en tout cas furtivement, une partie du projet « alternatif » défendu ( www.patrimoinegeneve.ch/index.php?id=1928) par les deux associations de protection du patrimoine qui contestent le projet « Nouvel » : Patrimoine Suisse et Action Patrimoine Vivant...

La Florence des Medicis, le Paris de Mitterrand, la Genève des nuques raides

Le Conseil Municipal de la Ville semble avoir enfin compris que l'enjeu de la rénovation et de l'extension du Musée d'Art et d'Histoire ne se réduisait pas au destin d'un seul projet (le projet Nouvel) mais était cette rénovation et cette extension elles-mêmes, sur la nécessité desquelles il n'y a aucun doute, aucune opposition. Parce que Genève mérite mieux qu'un musée qui tombe sur la tête de ses visiteurs, un musée qui ne peut exposer ses propres collections faute de place, un musée qui ne peut présenter qu'une muséographie convenue. Du coup, même le crédit additionnel d'étude proposé par l'Exécutif municipal n'était pas réellement contesté (ou ne l'était que pour la forme). Ce qui était contesté, et contestable, c'était, et reste, la limitation de l'étude au seul projet Nouvel.


Le problème de la Ville de Genève, de son Exécutif, de son Conseil Municipal, ce n'est pas encore de se prononcer définitivement sur le projet Nouvel, mais de commencer à constituer un rapport de forces politique pour faire accepter par le Peuple Souverain la dépense nécessaire au financement de la rénovation et de l'extension de son principal musée (qu'à cette dépense publique s'ajoute ou non un apport privé importe certes financièrement, mais assez peu politiquement : toute dépense publique pour un projet culturel est combattue par référendum, qu'elle soit de deux, de dix, de cinquante ou de cent millions de francs). Si au refus pavlovien de toute dépense s'ajoutent les refus du contenu d'un projet, de sa localisation, de son apparence, de son impact sur le patrimoine, ou pire de la nationalité de son auteur ou de la couleur politique de ses soutiens, cette dépense et ce projet sont, devant le peuple, condamnés.


Nous ne sommes pas, à Genève en 2012, dans la Florence des Médicis ou le Paris de Mitterrand. Nous ne sommes pas dans la situation de ces villes et de ces Républiques où le choix d'un Prince ou d'un mécène, s'impose. Nous sommes dans une vieille république de nuques raides et de porte-monnaies verrouillés, où rien ne se se fait, aucun projet culturel, aucun geste architectural, sans l'accord populaire. Il avait suffit d'un seul parti (pas même représenté au Conseil municipal), d'une association de quartier et d'un groupe d'amis des arbres pour réunir un tiers des suffrages contre le nouveau musée d'ethnographie. or nous en sommes déjà, contre le projet Nouvel, à trois partis politiques et deux associations de défense du patrimoine le combattant et prêts à lancer un référendum contre lui. Vouloir tenter de le faire passer en force, n'étudier que lui, n'imaginer que lui, ne proposer que lui, ce n'est même plus le condamner lui, c'est condamner pour longtemps ce qu'il est supposé permettre : la rénovation et l'extension du principal musée genevois. Ce n'est pas un discours artistique, architectural, culturel que nous tenons là ? Ce n'est que de la politique ? Sans doute... mais dans une démocratie, les choix culturels passent par des choix populaires.


Le Conseil municipal a entrouvert, très prudemment, un soupirail, mardi soir, pour l'étude d'alternatives au projet Nouvel : c'est un tout petit premier pas fait pour s'éloigner de la menace d'un refus de faire, pour reprendre les termes mêmes de la lettre d'information du MAH, « entrer pleinement (le musée) dans le 21e siècle »... Parce que pour l'y faire entrer, il faudra bien demander la clef à ceux qui la détiennent, et qui ne sont ni les architectes, ni les experts, ni les conseillers municipaux, mais les citoyennes et les citoyens.



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Commentaires

  • La raideur de la nuque, autant qu'elle fatigue le patricien, grattouille le plébéien.

  • mais fort heureusement, il arrive que le plébéien se mette lui-même à gratouiller la nuque du patricien qu'il avait si lon gtemps servi... après tout, gratouiller les nuques est sans doute un acte plus civilisé que les faire passer sous la rasoir national...

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