Noch eine Genferei : Le parking vert

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Conseil Municipal de la Ville de Genève, mercredi soir : on se lance dans une discussion sur une proposition du Conseil administratif, demandant un (modeste) crédit de 5,1 million de francs pour la réalisation, à l'essai, de la « piétonnisation » de 50 rues, pour concrétiser une initiative populaire municipale acceptée par le Conseil Municipal et qui demandait la réalisation de 200 rues piétonnes. Et que croyez qu'il advint de cette discussion ? Vous avez gagné : on a parlé de parkings. Pas de zones piétonnes, de parkings. Que l'initiative qu'il s'agissait de concrétiser ne demandait pas. Et à la proposition du Conseil administratif, une majorité composée de l'extrême-droite, de la droite traditionnelle, des Verts libéraux et des Verts tout court a collé, contre l'opposition de la gauche (PS et Ensemble à gauche) motion, résolution et amendements exigeant finalement une compensation de 80 % des places de parking automobile supprimées en surface, voire la réalisation d'un parking sous la zone piétonne.

Feux verts, feus Verts

Un compromis qu'on ne fera pas l'injure à Aldo Moro et Enrico Berlinguer de qualifier d'«  historique » a donc été passé par les Verts, le PDC et les Verts Libéraux, pour faire payer la réalisation de zones piétonnes par la compensation à proximité des places de parkings supprimées pour créer la zone piétonne. Un déplacement des nuisances, en somme, qui applique au stationnement automobile la tactique, assez navrante par ses effets, suivie par la police dans la chasse aux dealers, et qui consiste à les virer d'un quartier pour les retrouver dans le quartier d'à côté. Ce compromis, acquis au terme d'une discussion de marchands de tapis (« nous voulons une place nouvelle pour une place supprimée », « nous, on veut 8 places nouvelles pour 10 places supprimées », «nous, on veut que dans les huit places nouvelles il y a ait deux pour les deux roues », les places doivent être compensées dans un périmètre de 250 mètres, non, de 500, non de 750, etc...)  ne vaut, sur la forme, pas grand chose : à la première tentative de réaliser le premier projet de parking, un référendum populaire tombera -et nous en serons : depuis bientôt vingt ans, à chaque fois que les électrices et électeurs de la Ville (où la majorité des ménages sont sans voitures, ou ne l'utilisent pas pour se déplacer en ville) ont été priés de se prononcer sur des proposition concernant la « mobilité », ils ont voté pour la mobilité douce, les pistes cyclables, les zones piétonnes, les transports publics... et contre la tentative, à la place Neuve, de « compenser » la piétonnisation de la place par un parking souterrain.


Au fond, ce qu'illustre le vote du Conseil Municipal (qui doit encore être confirmé le 30 janvier), c'est une véritable capitulation de l'une des forces alliées dans l'« Alternative », et la naissance d'une sorte d'amibe politique, rassemblant trois partis défaits lors des dernières élections municipales et sans doute convaincus qu'en additionnant trois bides ils pourront produire un succès. Etrange arithmétique, en vérité... Et si l'initiative de cette chimère revient aux Verts, il va sans dire que dans l'état où il est, le PDC n'allait pas refuser la bouée de sauvetage tendue, et que les Verts libéraux, à la recherche de notoriété et d'une petite place dans le paysage politique, allaient eux aussi s'y agripper. Et peu leur importe, aux uns et aux autres, que le Conseil Municipal devait concrétiser une initiative populaire, et pas les obsessions du Touring Club, de la Chambre de Commerce et d'Industrie ou de la Fondation des Parkings. «  Je suis favorable à un nouveau parking à Rive afin de piétonniser ce quartier », déclarait, dans Le Temps du 7 janvier, la Conseillère d'Etat Michèle Künzler. Künzler, et le groupe des Verts au Conseil municipal de la Ville de Genève, c'est apparemment le genre à nous assurer que c'est en implantant un hypermarché qu'on soutient les petits commerçants et que c'est en y installant une raffinerie qu'on préserve une réserve naturelle.


Le Conseil administratif avait reçu mandat du Conseil Municipal de concrétiser une initiative pour des zones piétonnes, pas pour des parkings, une majorité de droite et du « centre » a décidé de ne pas respecter ce mandat. Ce n'est certes qu'un épisode, mais il est exemplaire. Il fut un temps, dont les moins de vingt ans peinent déjà à se souvenir où les Verts étaient de gauche. Nous sommes entrés dans un temps où feus les Verts de gauche donnent le feu vert à ce qu'ils combattaient naguère : des parkings (mais aussi des cadeaux fiscaux). On ne dira pas que les temps politiques sont durs : ils sont mous, incertains, incohérents, à l'image de ce «nouveau centre» prêt à tout pour surnager, et créé par l'agglutination du PDC, des Verts libéraux et des Verts. Lesquels ont donc signifié qu'ils ne tenaient plus à faire partie d'une alliance, l'Alternative, qui se confond dès lors, et sans eux avec la gauche, et la gauche seule, c'est-à-dire les socialistes et les diverses composantes d'Ensemble à gauche. La «droitisation» du parlement communal s'en trouve renforcée -en même temps, cependant, que n'ayant plus grand chose à attendre de feue sa troisième composante, l'Alternative pourra, si elle en a la volonté et s'en donne les moyens et la cohérence, se reconstituer comme une gauche libérée d'un boulet centriste.

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