Pétition pour l'abrogation de la loi sur la mendicité : En finir avec la criminalisation de la misère !

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À Genève, depuis le 2008, la mendicité est interdite et traitée en infraction pénale, après que le Grand Conseil ait édicté une loi permettant à la police d'amender les mendiants. Les amender de quoi ? de solliciter la générosité d'autrui...Une société se disant respectueuse des droits fondamentaux (ne serait-que celui à la dignité, protégée par l'article 7 de la Constitution fédérale) punit donc une personne uniquement parce qu'elle est pauvre et demande l'aumône. De plus, les amendes infligées aux mendiants étant convertibles en peines de prison, ils peuvent être mis en détention pour avoir osé tendre la main ! Et chaque jour (ou plutôt chaque nuit) qu'ils passent en prison coûte un demi-millier de francs à la collectivité qui les encriste pour quelques francs mendiés... Une pétition est lancée pour en finir avec cette imbécilité : Signez-la ! www.petitions24.net/petition_au_grand_conseil

Mendier  : pas un choix de vie, mais une urgence de survie

Depuis le 1er janvier 2008, la mendicité est punissable d'amende, voire de prison, à Genève. Une pénalisation purement vexatoire, parfaitement inutile, qui coûte un saladier aux collectivités publiques et mobilise des effectifs policiers que devraient requérir des tâches plus utiles.
Qu'est-ce mendier, sinon solliciter la générosité d'autrui pour obtenir une aide pécuniaire ? Et en quoi devrait-ce être punissable ? Parce que cela gêne ? que le mendiant fait tache dans notre paysage rupin ? Ou plus simplement encore, parce qu'il est rrom ?

Le Tribunal pénal genevois a défini la mendicité comme le « comportement tendant à récolter de l’argent ou de la nourriture donnée par charité afin de subsister ». Faire appel à la générosité de tiers pour survivre constitue donc une infraction. Or mendier n’est pas un choix de vie, c'est une urgence de survie liée à une situation sociale. Qu'il y ait, aujourd'hui, en Suisse, des personnes pour qui la mendicité est devenue la seule possibilité de survivre importe cependant peu aux fauteurs de la loi qui réprime le mendicité. Cela ne les empêchera pas d'invoquer lorsque cette invocation leur sera politiquement rentable, la « tradition humanitaire » de Genève, ses valeurs, son « esprit ». Cela rendra en revanche ces invocations encore un peu plus hypocrites. Car la cible manifeste de la loi anti-mendicité est évidente pour tout le monde : les Rroms. Une population marginale à Genève (moins d'un demi pour mille de la population du canton), mais visible, et rendant précisément visible la pauvreté qui fait tache.
En ancrant dans le tissu légal des mesures punitives clairement discriminatoires, les fauteurs de la loi renforcent l’ostracisme séculaire envers la population rom, ce qui se concerétise par de nombreux abus : harcèlement policier à l'encontre des Rroms, confiscation de leurs biens, évacuations musclées, destruction de leurs abris de fortunes, rétention durant des heures dans des postes de police sans qu'aucun délit ne puisse être retenus contre eux, fouille au corps injustifiée, le plus souvent dans la rue, agressions physiques, racket de leur argent pour payer des amendes non notifiées ou concernant d'autres personnes, inscriptions de  la mention « mendiant » dans leurs passeports... et l'on enfonce encore davantage les Rroms dans la pauvreté -la pire méthode pour les convaincre de cesser de mendier. Il est vrai qu'ils sont une cible aisée dans un contexte social et économique de généralisation de la précarité : Une partie grandissante de la population vit déjà en-dessous du seuil de pauvreté et les Roms en sont à la fois l’aspect le plus manifeste et le bouc-émissaire le plus commode. Mais en stigmatisant leur pauvreté, on stigmatise tous les pauvres, Rroms ou non, et en réprimant la mendicité, on se prépare à réprimer toutes les manifestations d'une précarité à laquelle, de démantèlement social en démantèlement social, on condamne de plus en plus de gens. Dont il est vrai, les «décideurs» politiques ne sont pas.

Enfin, l'interdiction et la répression de la mendicité sont d'une absolue inutilité, et représentent un gaspillage d'une considérable absurdité.
D'une absolue inutilité : il n'y a pas moins de mendiants à Genève après l'interdiction de la mendicité qu'avant, et la répression des mendiants n'a aucun effet dissuasif (les 13'634 amende infligées aux mendiants depuis l'introduction de la loi jusqu'au début juin 2011 n'ont frappé que 1516 personnes : cela fait plus de 8 amendes en moyenne par personne, et c'est dire quel zèle les policiers mettent à pruner les mendiants, sans les dissuader de mendier).
D'une considérable absurdité ensuite : Pour infliger ces amendes, Genève a claqué trois millions de francs, pour n'en récupérer (par les amendes payées) que 35'000 (les brillants gestionnaires de droite qui ont plaidé pour que ce système soit instauré devraient s'interroger sur le niveau de leurs compétences réelles).

Bref, le moins que l'on puisse constater, même si on se contrefout des principes, est que la loi « n’atteint pas le but escompté et apparaît manifestement disproportionnée face à la situation délicate qu’elle souhaite régler », comme l'écrivent, euphémiquement, les auteurs de la pétition que nous vous invitons à signer (avant la fin mars), et qui demande l'abolition de l'article 11a de la loi pénale, relatif à la mendicité : www.petitions24.net/petition_au_grand_conseil

(la pétition est à retourner d'ici le 31 mars 2012 à  LA COTMEC, 16 BD DU PONT D’ARVE, 1205 GENÈVE)

Lien permanent Catégories : Genève 3 commentaires

Commentaires

  • Vous oubliez le zèle que met l'association Mesemrom, qui reçoit contre toute logique une subvention de la Ville de Genève (!!!), pour combattre en justice les amendes infligées aux mendiants Roms.

    Pou ma part, j'invite les genevois à ne plus donner aux mendiants, en particulier aux Roms...

  • La charité est devenue chose publique depuis des décennies, sous la nouvelle appellation de "social". Autoriser la mendicité, c'est revenir en arrière, retourner à la charité privée, où chacun donne à ses pauvres.

    J'ai entendu samedi un élu du Conseil municipal dire très justement que ce que dépense la Ville pour les mendiants venus des pays de l'
    Est devrait être défalqué sur les fonds consacrés à l'aide au développement. Ces pays pauvres nous envoient leurs plus démunis pour que nous nous chargions de la'ide sociale les concernant...

    D'autre part, d'autres secteurs de l’activité de la Ville devraient revenir à l’initiative privée, si on applique le même principe. La culture, par exemple, ne devrait plus recevoir d'aide publique, mais laissée au bon vouloir de chaque citoyen, qui financerait qui son théâtre, qui son musée, selon qu'il est satisfait ou non de ce qui y est offert. Chaque institution devrait tenir des stands sur la voie publique et récolter de l'argent pour son fonctionnement. De même pour les transports publics. Laissons-les revenir dans le privé, chacun donnant selon son bon gré à une entreprise qui lui convient et a le bon trajet à la bonne heure. Nous ferions ainsi de sacrées économies et pourrions supprimer les lignes exploitées par des entreprises qui ne satisfont pas les usagers, alors que le monopole des TPG nous ondamne à les subventionner en gros.

    Je suis favorable à la suppression de la mendicité dans cette perspective. Chaque institution vient récolter de l'argent pour ses démunis sur la voie publique,l chaque démuni peut faire de même. Nous économiserions ainsi des deniers publics, ferions baisser les impôts pour que les citoyens choisissent eux-mêmes, au lieu d'un Etat appliquant des critères arbitraires, où va son argent. Ce type de privatisation est sain.

  • @ Dolorès,
    Vous oubliez le zèle que mettent nos autorités à vouloir cacher la misère aux yeux des touristes de la finance et des nantis établis dans notre canton.

    Je vous souhaite, chère Dolorès, d’être à l’abri de la misère jusqu’à vos derniers jours et gardez bien au chaud votre menue monnaie.
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    Merci Monsieur Holenweg pour avoir inséré l’adresse de cette pétition.

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