Au menu de l'élection d'un nouveau Procureur Général genevois : Coquoz vain...

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Voilà, c'est fait, le député PLR Olivier Jornot a été élu Procureur Général de Genève, au premier tour par 49 suffrages sur 99 présents, contre 39 suffrages pour son concurrent PDC, Christian Coquoz, et le hallebardier de service, l'udéciste Schifferli. Jornot a donc fait une voix de plus que le plein des voix de son camp (le PLR, et le MCG), et Coquoz trois voix de moins que le total des députés des partis qui officiellement le soutenaient, ce qui suggère non seulement que Jornot ait voté pour lui-même (et la règle prescrivant l'abstention quand l'objet soumis au vote comporte un intérêt personnel direct ? la règle, quelle règle ? où ça une règle ? Et pourquoi pas de l'élégance, pendant qu'on y est ?), mais aussi que son élection ait été facilitée par les états d'âmes de quelques députés PDC, Verts ou PS. Et par le vote des députés policiers (vive la séparation des pouvoirs. Mais après tout, c'est ça, l'autogestion, l'élection des chefs par la base, non ?). Reste que sortir d'un Zapelli par un Jornot, c'est ce qui s'appelle une glissade sur le Parquet. Même si c'est le parlement qui est ciré.

Caecus autem si caeco ducatum praestet, ambo in foveam cadunt

Un parti qui ne cesse de dénoncer les politiciens et leurs pseudo magouilles a donc fait élire comme Procureur un député plutôt qu'un ancien chef de la police, et ce parti qui se prétend le défenseur des petites gens a choisi un avocat d'affaire pour régner sur le Parquet. Un avocat d'affaire pour lutter contre la criminalité financière ? On sait bien que les contrebandiers font les meilleurs douaniers, mais la réciproque est tout aussi vraie, et les connivences qu'on pouvait reprocher à Zapelli passeront peut-être bientôt pour de sympathiques copinages.


Cependant, au bout du compte, des comptes et des mécomptes, l'exercice aura été utile : non seulement il démontre que la droite bourgeoise (dont fait partie l'UDC) ne peut rien sans l'apport de son extrême-droite (le MCG), et que celle-ci n'est, dans les moments décisifs (l'élection d'un procureur, l'introduction ou non d'un salaire minimum) que la supplétive de la droite traditionnelle, mais l'élection de Jornot aujourd'hui, dans l'hypothèse d'une candidature de gauche demain, n'est certes pas la plus mauvaise chose qui pouvait nous arriver: d'abord, cela sort Jornot du jeu politique immédiat; ensuite, on voit mal comment la gauche parlementaire aurait pu soutenir dans deux ans une candidature présentée contre Coquoz, après avoir soutenu hier Coquoz contre Jornot. Et un match, devant le peuple, entre Jornot et Bertossa, ça aurait de la gueule, non? A moins que revêtu d'une tunique de Procureur passée pour se donner belle image pour une autre élection, Jornot se présente au Conseil d'Etat pour remplacer Zabel Rochat ? Pour une candidature de gauche dans deux ans, en tout cas, mieux valait Jornot que Coquoz.

Cela dit, pendant ces deux ans, se retrouvant en première ligne de la lutte contre la criminalité et l'« insécurité », il va faire quoi, Jornot ? Déplacer la frontière par laquelle passent cambrioleurs et casseurs (mais aussi évadés et des fraudeurs fiscaux, et  tripatouilleurs financiers) ? Légaliser la coke, l'héro et le hasch pour assécher le trafic ? salarier les mendiants ? Ou admettre que les gesticulations législatives et les postures sécuritaires ne sont que du vent dans une ville frontière aussi riche que Genève ? L'admettre, ce serait admettre que tout ce qu'il a dit et fait depuis des années ne vaut pas tripette, que ce n'était que de la démagogie crapoteuse, utile pour capter les suffrages du MCG (on attire mieux les mouches avec des étrons qu'avec du vinaigre), mais parfaitement inutile dans la fonction qu'il va exercer. Zapelli a largement eu le temps de le prouver, Jornot a juste un peu moins de temps pour le confirmer, mais on ne doute pas qu'il y arrivera : « quand un aveugle sert de guide à un autre aveugle, ils finissent tout deux dans le fossé ».

Lien permanent Catégories : Genève 4 commentaires

Commentaires

  • C'est pas très élégant de "suggérer" que Jornot ait voté pour lui-même vu que mathématiquement, ce n'était pas nécessairement le cas. Bon bin bref.

    Sur le fond, je crains que l'élection de Jornot ne soit que la fin logique du processus de politisation de la position du procureur général entamée sous Bernard Bertossa.

    Avec Bertossa on a eu un procureur préférant lancer des quantités de procédure pour blanchiment (pour combien de condamnations) en utilisant des ressources importantes (prises sur les ressources pour combattre la "petite" criminalité), parce que cela cadrait avec sa vision politique du monde.

    La droite en a eu marre, et on a eu Zappeli, qui s'est fait savonner la planche par les procureurs de gauche (et par certains à droite aussi)... parce que ses priorités n'étaient pas celles de Bertossa.

    La droite a alors décidé de présenter une tronche - Jornot - je suis pas convaincu que cela soit un bon choix, parce que je suis persuadé que le poste de procureur général ne devrait pas servir ou être utilisé comme plateforme politique, que l'on soit de gauche ou de droite (cela dit, je n'étais pas convaincu par Coquoz non plus...).

    Finalement, vous pouvez ironiser sur la petite criminalité, le trafic de drogue, etc. C'est un peu bête, parce que si, en homme de gauche, vous pensiez réellement aux préoccupations de la population, riche, pauvre, peu importe, si vous écoutiez ses préoccupations, vous sauriez qu'il y a un immense ras-le bol des petits vols, des cambriolages, des agressions, etc qui pourrissent la vie quotidienne des gens. Et que la hausse des petits délits, ce n'est hélas pas un fantasme.

  • Ouf !!!!


    Coquoz était trop mouillé dans la bagarre interne du Parquet ainsi que trop impliqué d'autres coups foireux pour succédé à Zapelli, toujours est-il qu'un silence de plomb règne toujours autour des réels motifs ayant poussé le précédant vers la sortie, si quelqu'un pouvait éclairer ma lanterne, j'en serais fort reconnaissant !!!

  • Pascal, maintenant concernant le loup dans la bergerie, je comprend votre indignation, mais le problème concernant cette affaire n'était pas tellement autour du fait que Zapelli ou son successeur soit de tel bord ou pas, ça, nous avons pu juger sur pièce que Bertossa était resté totalement impuissant face aux banques, mis à part le fait d'avoir arrêté un nain qui a malgré tout obtenu gain de cause et couté des millions à l'état, Bertossa n'a pas vraiment dérangé le paysage bancaire genevois ! Donc le problème avec Zapelli ou de son successeur n'est pas tant leur politique et leur bord, mais concernant Zapelli, le simple constat que plus personne était en droit de le respecter, et aussi, ce n'est pas quelqu'un qui brille par son intelligence et son élocution, un gamin de première du collège l'aurait facilement mis en boite, ce qui fut d'ailleurs le cas !!!

  • Le peuple est trompé. Depuis l'enfance on lui fait croire a "la justice" alors que cette justice n'est qu'une matraque du pouvoir. C'est mieux une notion de "justesse". Ghis l'explique très bien ... Merci a elle.
    http://www.dailymotion.com/video/xdz35s_la-loi-vers-la-justesse_webcam

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