Après un échec sur le salaire minimum... La fiscalité, pour rebondir ?

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S'il ne devait y avoir qu'un seul enseignement à tirer de notre échec de ce week-end, sur le salaire minimum et le revenu minimum d'aide sociale, ce serait celui-ci : ceux qui ont intérêt à ce que nos propositions échouent savent se mobiliser, pas celles et ceux dont les droits et la situation matérielle seraient améliorés par ces propositions. Et on ne peut pas toujours compter sur la Ville de Genève pour renverser les majorités périurbaines et rurbaines de droite. Bref, pour faire passer nos initiatives fiscales, il va falloir non seulement les faire aboutir*, mais surtout les faire voter par ces « milieux populaires » qui, massivement, se sont abstenus dimanche... Parce qu'en face, on s'est déjà mobilisé. On trouvera des feuilles de signatures pour les deux initiatives socialistes sur www.ps-ge.ch/Canton/GE/Canton//Nos-projets/IN-fiscales/

La fiscalité : un instrument du développement ou du maldéveloppement régional.

Comme on le sait, ou comme on devrait le savoir, et en tout cas comme on en constate quotidiennement les effets, que l'on en admette ou non les causes, le développement de Genève est un maldéveloppement. Un maldéveloppement paradoxal, puisqu'il est celui d'un espace riche, mais un maldéveloppement tout de même, dont les signes sont la crise du logement, la crise de l'emploi, le « mitage » du territoire (c'est-à-dire le gaspillage de l'espace) hors de la commune-centre -toutes crises dont les traductions concrètes n'ont certes rien à voir avec celles, meurtrières, du maldéveloppement dans les pays de la périphérie, mais qui sont d'autant moins pardonnables que Genève (la «grande Genève», pour parler comme il convient désormais de le faire) a tous les moyens d'y remédier. Et qu'elle s'y refuse, délibérément. Or d'entre ces moyens, à Genève sans doute plus encore qu'ailleurs, il y a la fiscalité, et en particulier celle qui s'applique aux entreprises attirées par une politique de dumping fiscal. La part de l'économie genevoise que développe une telle politique est celle qui apporte le moins de valeur sociale ajoutée à Genève : plus le secteur qu'elle chouchoute se développe, plus le pouvoir d'achat réel des Genevois se dégrade :  le revenu disponible par habitant du canton est le plus faible de Suisse Romande, alors que le revenu théorique par habitant est le plus élevé. Explication : le coût de la vie à Genève est littéralement démentiel, même en comparaison suisse. Et d'entre les causes de cette démence, il y a l'explosion du coût du logement, attisée précisément par le choix, politique, d'un développement fondé sur le secteur multinational et le secteur financier. Un choix qui se traduit par les cadeaux fiscaux faits aux multinationales. Les impôts payés par les entreprises attirées par ces cadeaux sont supposés les justifier -mais ils ne couvrent pas même les charges publiques, directes ou indirectes, induites par cette politique de séduction des multinationales, et notamment par la nécessité de rattraper le déficit, creusé depuis les années cinquante, en moyens de transports publics, et par celle d'assurer le développement des infrastructures nécessitées par le développement démographique et économique. Quant aux « forfaits fiscaux », objets de l'une des deux initiatives populaires socialistes actuellement en cours de signatures, leur caractère foncièrement injuste (puisqu'ils sont en totale contradiction avec le principe de l'égalité de l'impôt) suffit à justifier leur abolition. Leur « rentabilité fiscale » pour le moins douteuse complète l'argumentation : Les forfaits fiscaux, Zurich les a abolis. Et n'y a rien perdu fiscalement : des bénéficiaires de forfaits fiscaux ont certes quitté le canton, mais ceux qui sont restés, parce qu'ils ne s'y étaient pas installés pour de seules raisons fiscales, paient désormais des impôts normaux, ce qui a plus que compensé le départ des premiers, et à Genève, la fiscalité n'est donnée par les étrangers aisés qu'en cinquième position des arguments de leur installation, loin derrière le premier argument : la qualité de vie. Deux initiatives populaires à signer, donc: l'une abolissant les cadeaux fiscaux aux multinationales, l'autre abolissant les forfaits fiscaux accordés aux riches étrangers. deux éléments d'une fiscalité juste, instrument d'une autre politique de développement que celle dont souffre Genève -et dont Genève fait souffrir son voisinage.

Lien permanent Catégories : Genève 4 commentaires

Commentaires

  • J'ai une peu de mal à comprendre le lien qu'il y a entre les votations de ce week-end et la fiscalité. A part l'aspect dogmatique de la chose, qui consiste à dire que les riches doivent payer de plus en plus et que les moins riches doivent être aidés de plus en plus je ne vous comprend pas.
    Je ne suis ni si riche et encore moins étranger pour bénéficier d'un forfaits fiscal.
    Je ne comprends pas non plus votre position sur le fait que la ville de Genève, fortement ancrée à gauche doive imposer son point de vue aux autres communes.
    L'un des principes du jeu démocratique consiste a accepter les défaites électorales et ne pas vouloir systématiquement imposé son point de vue en multipliant les votations "jusqu'à ce que ça passe..."
    Réfléchissez plus en profondeur sur les raisons de l'échec de ce week-end pour les socialistes plutôt que d'accepter que le camp d'en face à su mieux mobiliser ses électeurs. Justement peut-être que vos électeurs traditionnels ne sont pas prêt à vous suivre sur le salaire minimum par exemple...

  • Bonjour. Ce n'est pas un échec haut de gamme. Le salaire minimum a été accepté par une très grande minorité. Pour le reste je ne suis plus favorable maintenant à des rabais fiscaux (pour les multinationales notamment). Il y en a trop maintenant à Genève. Ca suffit plus que amplement. Car elles viennent ici avec leurs employés générant ainsi crise du logement et loyers plus que exhorbitants (et ne créent pas vraiment beaucoup d'emplois pour les genevois résidents). De plus, pour loger tous ces braves gens on construit et on déclasse le peu de terres agricoles que Genève a. A mon avis, maintenant ça suffit. Trop c'est trop !
    Bonne journée.

  • Cher Pascal Holenweg, quelques-uns de vos lecteurs assidus dont le ci-devant "maître des blogs" (qui lit presque tous les blogs) regrettent que vous ne preniez pas quelques secondes de votre temps précieux (ou compté) pur introduire quelques respirations dans votre texte sous forme de sauts de paragraphe. vous augmenteriez sans doute votre taux de lecture. Au plaisir de vous lire. Excellente soirée

  • Mea culpa... je sais, je devrais découper... et ça n'est même pas par manque de temps que je ne le fais pas. Juste par inattention...

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