Du revenu minimum à l'assistance individuelle ? NON à la suppression du RMCAS !

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broyeur.jpg« Acceptez-vous la loi modifiant la loi sur l'aide sociale individuelle ? », demandent le Conseil d'Etat et le Grand Conseil genevois aux citoyennes et aux citoyens de la République. « Non ! », répondons-nous (nous, c'est-à-dire toute la gauche, et les syndicats). La question est innocente, la réponse qu'on lui donnera, quelle qu'elle soit, le sera beaucoup moins. Parce que si cette réponse est « oui », moins de huit mois après l'entrée en vigueur d'une nouvelle loi fédérale sur l'assurance chômage (que Genève avait refusée à plus de 60 %), c'est une nouvelle tentative de faire peser la responsabilité du chômage sur les chômeuses et les chômeurs eux-mêmes, en précarisant leur situation et en les basculant dans l'assistance, qui serait couronnée de succès.

« appauvrir les pauvres, ça suffit ! »

Les partisans (c'est-à-dire toute la droite, du PDC au MCG -encore que le MCG se fasse discret sur ce thème, préférant traiter de la taxe sur les chiens) de la réforme de la loi sur l'aide sociale individuelle, qui a pour conséquence la suppression du revenu minimum cantonal d'aide sociale (Rmcas) justifient cette suppression et son remplacement par « l'aide sociale individuelle » en assurant qu'elle permettra permettra de concentrer les efforts sur la réinsertion professionnelle des chômeuses et chômeurs en fin de droit, par des allocations de retour à l'emploi (l'Etat prenant en charge une partie du salaire d'un-e chômeur-euse engagé-e par une entreprise), les emplois de solidarité (qui ont remplacé les emplois temporaires) et des allocations de formation. Mais ces belles intentions auraient besoin pour être concrétisées de moyens qui ne leur sont pas donnés.

De plus, le système a deux défauts majeurs: il abaisse le seuil de revenu au-dessus duquel on n'a plus droit au versement des prestations, ce qui ferait perdre 400 francs par mois à une personne seule et plus de 900 francs à une famille de quatre personnes. De nombreux bénéficiaires actuels du Rmcas n'auraient ainsi pas droit à l'assistance promise. Quant à ceux qui seront pris en charge, ils seront d'abord triés et répartis en deux catégories : les « employables » et les « inemployables », définitivement transférés à l'assistance, selon des critères fort peu clairs, au terme d'un processus stigmatisant, construit sur la confusion entre traitement du chômage et aide sociale, comme si toutes les personnes au chômage étaient des « cas sociaux » et toutes les personnes à l'assistance étaient demandeuses d'emploi.

Et puis, incidemment, on vise deux objectifs : améliorer les statistiques du chômage (les personnes à l'assistance ne sont plus considérées comme étant au chômage) et « faire des économies » -le triste maître mot de cette triste période. Le canton attend du changement de système, qui au passage surchargera de cas nouveaux un Hospice Général déjà débordé par ses propres tâches, une économie de huit millions de francs, s'ajoutant aux plus de 90 millions d'économies réalisées par la suppression des emplois temporaires. Ces économies se font bien sur le dos de quelqu'un : les chômeuses et les chômeurs...

Toute la démarche proposée s'inscrit dans une tendance lourde : celle de remplacer le traitement du chômage par un traitement de la pauvreté et une politique d'assistance individuelle restrictive et suspicieuse, celle, finalement, de punir les chômeuses et les chômeurs d'être chômeuses et chômeurs. De les en punir en en faisant des assistés sociaux, après les avoir triés entre « employables » et « inemployables ». De les en punir en fragilisant et en précarisant encore plus leur situation. C'est à cette tendance, qui risque fort de se poursuivre (le Conseil d'Etat entend aussi supprimer les six mois de « placement temporaire ») qu'il importe de dire « non » : le vote sur le RMCAS nous en donne l'occasion.

L'occasion de dire : « appauvrir les pauvres, ça suffit ! ».

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