FC Servette et Stade de la Praille : De la mendicité des mammouths

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Les hurlements de joie et les klaxons des supporters bourrés ne s'étaient même pas encore estompés, après le retour du FC Servette en ligue A, que le président dudit FC Servette, et désormais, en plus, exploitant du stade de la Praille, réclamait 2 millions et demi à la Ville et au canton. Sinon, lui, il ne paiera pas pour les investissements  « nécessaires ». Na ! Il ne sait pas que la mendicité est interdite à Genève et que le chantage, c'est une mauvaise manière, Pishar ? Ou alors, en tant que mendiant millionnaire à la légèreté de «mammouth » pour reprendre l'expression de l'éditorialiste du « Matin Dimanche »,  il a acheté une dispense de respect de cette interdiction et une autorisation générale de paître dans les finances publiques ?


Les mammouths, les fantômes et le permafrost

A propos des « deux mammouths dans un magasin de porcelaine » que sont, selon elle (mais nous partageons ce constat paléontologico-économico-sportif), Majid Pishar, patron du FC Servette, et Bulat Chagaev, patron du Xamax, qui l'un et l'autre exigent des communes et/ou du canton dans lequel ils s'ébrouent qu'elles et ils leur fassent quelques petits cadeaux (2,5 millions pour Pishar, une pelouse pour Chagaev), Ariane Dayer se demandait dans le Matin Dimanche de dimanche dernier si c'est « le foot qui a besoin de la politique ou le contraire » ? Ben, les deux, ma colonelle, ou alors peut-être que tout dépend de quel foot et de quelle politique on parle... parce que si c'est du foot pognon de Pishar et Chagaev et de l'aplaventrissement des zautorités devant leurs clubs (dont on rappellera utilement au passage qu'ils sont des sociétés anonymes, pas des associations sans but lucratif), on se contentera de constater que l'un (le sport) se nourrit de la pusillanimité de l'autre (la politique)... Et qu'apparemment, il bouffe bien. Majid Pishar exige donc deux millions et demi de la Ville et du canton de Genève, sous peine de renoncer à assurer les « investissements nécessaires » pour rendre  « compétitif  » le club dont il est propriétaire.  Et ces exigences, Charles Beer pour le canton, Sami Kanaan pour la Ville, en ont pris connaissance non de la bouche de Pishar (qui apparemment ne parle d'ailleurs toujours pas la langue du lieu -encore un problème d'intégration, que fait l'UDC ?), mais des colonnes de la Tribune de Genève, bulletin officiel des supporters du Servette, du stade, de Pishar et de tout ce qui va avec. Le montage que propose Pishar (qui demande aussi des sous aux milieux privés, mais qui sait qu'il les obtiendra plus facilement des  «politiques ») est du même type que celui qu'ont proposé (et obtenu) les dirigeants de l'autre Servette, celui du Hockey : on ne subventionne pas le club, on subventionne ce que le club devrait subventionner, son centre de formation, ses juniors, sa  « Maison du Servette » (puisque comme dirait Claudel, le foot,, y'a des maisons pour ça...) bref : tout ce qui fait joli dans le tableau panégyrique à la gloire du sport-qui-tisse-le-lien-social, et, surtout, tout ce qui permet au club de de ne plus avoir à payer pour ce que la Ville et le canton seraient d'accord de financer. Le résultat est le même, en moins compromettant politiquement, que si les collectivités publlques payaient directement : c'est deux millions et demi de plus pour le club, ou pour Pishar, qu'on les lui donne ou qu'on lui permette de les économiser. Est-ce que ça lui permettrait de payer le personnel de sa boîte, qu'il refuse de payer, ou de régler les factures du Servette ou du stade qui restent impayées depuis janvier, comme nous l'apprenait Le Temps du 11 juin ? Et le quotidien d'ajouter : «les fantômes du passé ressurgissent ». Parce que quelqu'un pensait sérieusement qu'ils avaient disparu ? qu'on les avait exorcisés ? Les fantômes n'ont-ils pas l'éternité pour eux, même lorsqu'ils hantent les stades de foot, la sébile à la main ? En attendant que les hurlements des fantômes de la Praille cessent de résonner dans les colonnes de la  « Julie », on se réjouit d'avance d'apprendre par quel nouveau tour de passe-passe nos zautorités vont réussir à sortir les millions que réclame le patron du Servette, sans les soumettre à référendum populaire. En les intégrant purement et simplement aux budgets municipal et cantonal ? Parce que si Pishar astique sa sébile, nous, on pourrait dépoussièrer nos stands de récolte de signatures... sport pour sport, le nôtre coûte moins cher à la collectivité, n'engraisse aucun mammouth et, écologiquement responsable, sauvegarde le permafrost de la Praille.

Lien permanent Catégories : Genève 3 commentaires

Commentaires

  • Il y a moins de commentaires sur ce blog que sur le site du SFC! Mais bonne nouvelle, Pascal! J'ai réservé une niche au musée de l'Homme pour conserver l'unique spécimen de la gauche caviar (ou anchois) réactionnaire. Bon, vous serez à côté de Brunier, pas de chance ! Mais il faudra un jour nous dire ce qui motive votre hargne contre le foot en général, et le SFC en particulier. Pishar aime Genève au point de sauver son club, et ses entreprises moribondes (Gilbert Albert). Il fait pour la ville ce qu'aucun genevois n'est prêt à faire, non ? Et avec un certain succès. Alors qu'il demande au si pauvre Etat de Genève un peu d'investissement en retour, quoi de plus normal. Mais Genève ne mérite pas Servette. Ni M. Pishar, sans doute. Tout ce qu'elle mérite, c'est les tartines caviardo-réactionnaires de MM. Holenweg ou Brunier…

  • Excellent !

    On ne saurait mieux dire !

  • @fédor : à propos de Gilbert Albert je ne sais pas si les employés de cette entreprise seraient d'accords sur ce bienfaiteur là??????

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