Déjà mille morts en Syrie

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Pour que baste le Baas


En Syrie, depuis le début des manifestations pacifiques contre le régime du parti Baas, au pouvoir depuis des décennies et qui avait promis au début du millénaire de se réformer et d'accorder, enfin, aux Syriennnes et aux Syriens les droits démocratiques et sociaux élémentaires que le programme même du Baas reconnaissait, plus d'un millier de personnes sont tombées, victimes de la répression sanglante d'un mouvement auquel participent désormais toutes les régions et toutes les composantes de la population du pays. Ce mouvement populaire était fondamentalement réformiste -confronté à la répression, il est devenu révolutionnaire. Or le soutien à cette révolution est, dans nos pays, encore très faible, et cantonnée essentiellement aux exilés syriens. Raison de plus pour participer, samedi 28 mai prochain à Genève, à la marche de solidarité avec le peuple syrien, qui partira à 14 heures de la place des Nations pour aboutir à la Plaine de Plainpalais.

Syrie, « République démocratique, populaire et socialiste »...

Déjà 1000 morts : la Syrie s'enfonce dans la répression, mais le mouvement populaire d'opposition au régime baassiste ne renonce pas. Le pouvoir en place non plus, hélas, instruit des exemples tunisien et égyptien. Ben Ali et Moubarak, leurs clans et leurs affidés sont tombés -mais pas encore les régimes qu'ils incarnaient : ces régimes se réorganisent, se modernisent, refont leurs façades, se «réforment», c'est-à-dire se re-forment. Il faut donc croire qu'ils en avaient la possibilité. Cette possibilité, les régimes libyen et syrien ne l'ont pas -et le syrien peut-être moins encore que le libyen, puisqu'il repose sur une minorité religieuse qui a tout à craindre d'un changement dont une majorité pourrait faire une revanche. Pour le pouvoir baassiste d'une « République syrienne démocratique, populaire et socialiste » qui n'est rien de tout cela, l'alternative est simple: il tombe, ou il écrase l'opposition. Dans le sang. Comme il l'a déjà fait et se voue actuellement à le faire. Cette opposition est composite, contradictoire, on y trouve un peu de tout, y compris ce que l'on aimerait bien n'y pas trouver -mais est-ce à nous de définir ce que devrait être la « bonne opposition » libyenne ou syrienne, l'opposition selon notre coeur, ou selon notre propre histoire, une opposition toute entière démocratique, laïque, progressiste, de gauche -bref : une opposition à notre image, ou à l'image que nous cultivons de nous-mêmes, ou que nous aimerions donner de nous-mêmes ? L'opposition syrienne est ce que des décennies d'écrasement de toutes les contestations, y compris les islamistes et les kurdes, en ont fait, sur fond d'instrumentalisation du conflit avec Israël, et d'obstination à considérer le Liban comme un baillage. S'alignant sur l'Union Européenne, la Suisse s'est, tardivement, bien plus tardivement que pour la Tunisie ou l'Egypte, résolue à adopter des sanctions contre le régime syrien. Elle l'a fait en se ralliant aux sanctions décidées par l'Union Européenne, en bloquant les avoirs de treize dirigeants, dont le frère du président Bachar El-Assad (mais pas le président lui-même), chef de la Garde Républicaine, ainsi que du patron de la police politique, du ministre de l'Intérieur et du financier de la famille Assad. Elle a en outre décidé d'interdire à ces dirigeants d'entrer en Suisse, et le Conseil fédéral a décrété un embargo sur les livraisons d'armes à la Syrie, mais comme la Suisse ne livre plus depuis dix ans, d'armes à la Syrie et que le régime syrien n'a aucun besoin d'en importer pour massacrer ses opposants, cet embargo n'a guère qu'une portée symbolique. Cette réaction tardive de la Suisse à la répression homicide du mouvement populaire syrien, on la constate également s'agissant du Bahrein et du Yemen. La Suisse laisse du temps de tuer au temps de réprimer. Elle n'est pas la seule.  L'opposition syrienne a appelé pour mercredi prochain à une grève générale, soutenue par la Confédération Syndicale Internationale. Cette grève ne fera sans doute pas, à elle seule, tomber le régime syrien. Mais elle manifestera la volonté de l'opposition populaire syrienne de continuer le combat. Nous avons, modestement, à manifester, notre solidarité avec cette volonté de ne pas renoncer à des droits fondamentaux dont rien ne justifie que les peuples arabes soient privés. Les exilés syriens ne doivent pas être les seuls à manifester dans la rue genevoise, samedi 28 mai, leur soutien à l'opposition syrienne

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