Municipales genevoises, dernier round, J-6 : C'est pas le moment de mollir !

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A vaincre sans péril, triomphera-t-on sans gloire aux Municipales genevoises ? Nous vous serinons depuis des semaines ce slogan péremptoire :  « L'Alternative, qui d'autre ? », puisqu'en face, à droite, il n'y a plus personne, ou des girouettes, ou les fonds de tiroir de la brocante politique locale. Mais à trop compter sur les erreurs de ses adversaires et la nullité de ses ennemis, on risque de s'endormir sur des lauriers qu'on n'aura même pas pris la peine de gagner. On risque surtout de ne pas prendre conscience de ses propres faiblesses, de ses propres contradictions. Et donc, de n'y pas pouvoir remédier. En attendant dimanche prochain, et en y espérant une victoire qu'on aura méritée par notre propre mobilisation, nous avons vu, hier, la victoire de l'UDC à Lucerne et un raz-de-marée leghiste au Tessin, on se dit que ce n'est pas avec la France qu'il faudrait renforcer la frontière, mais avec la Suisse, et qu'à Genève, c'est pas le moment de mollir...

L'instinct de classe, à défaut de conscience de classe...

Bellement unie lors des élections municipales en Ville, et s'étant ainsi donnée les mosens de les remporter,  l'Alternative se retrouvera pourtant désunie dès le lendemain, lorsque commencera réellement la campagne pour la votation du 15 mai sur le déclassement ou non d'une zone agricole dans la plaine de l'Aire, avec les Verts et solidaritéS d'un côté (le même que celui de l'UDC et de la corpo paysanne) et le PS et les syndicats de l'autre (le même que celui de l'Entente et des milieux immobiliers). Alors, désunie sur le fond, sur les principes, l'Alternative ? Pas même : désunie sur l'appréhension des priorités. Parce que si nous sommes, des Verts à solidaritéS en passant par le PS, tous partisans à la fois de l'agriculture de proximité et de la construction de logements sociaux de qualité, à proximité de la Ville et pas au Diable Vauvert, ni l'une (l'agriculture de proximité), ni les autres (les logements sociaux) ne peuvent se passer d'une concrétisation sur un espace donné, un terrain, une glèbe. Or le 15 mai, il faudra bien dire « oui » ou « non » au déclassement de terrains agricoles dans la plaine de l'Aire. Dire « oui » ou « non », pas « oui mais plus tard », ou «peut-être, éventuellement, faut voir, on se téléphone et on se fait une bouffe pour en causer »... Ce choix entre le « oui» et le «  non » n'est pas un choix idéologique, ni un choix principiel : c'est un choix de priorités. « Il est inadmissible qu'à Genève, des personnes vivent et dorment dans la rue », déclare à la Tribune de Genève la candidate Verte (et de l'Alternative) Esther Alder. Et elle a raison, c'est inadmissible. Comme il est inadmissible que des milliers de résidents genevois n'aient de choix, s'ils veulent se loger convenablement et à un prix qu'ils puissent supporter, qu'aller s'installer en France ou dans le canton de Vaud. Et parce que c'est inadmissible, il faut construire des logements, et le plus possible de logements sociaux. 3000 logements, dont au moins 750 d' « utilité publique » (LUP), sont projetés dans la plaine de l'Aire, sur des terrains agricoles, qu'il faut déclasser pour pouvoir les rendre constructibles. 3000 logements, 750 LUP, ce n'est pas assez ? Certes, puisqu'il en manque dix fois plus. Mais allez dire aux 6000 personnes qui pourraient se loger dans la plaine de l'Aire, et d'entre elles aux 1500 personnes qui pourraient s'y loger sans que le loyer leur consume le tiers (quand ce n'est pas plus encore) de leur revenu, qu'on préfère ne rien construire... Dans Les Conquérants, Malraux fait dire, en substance, au révolutionnaire professionnel Garine : je n'aime pas les pauvres, je me bats pour eux parce qu'ils sont les vaincus. Garine se bat pour les vaincus par nihilisme, parce que les gagneurs sont toujours vulgaires et que seuls les perdants peuvent être magnifiques (la gauche a empli son panthéon d'insurgés vaincus, de révolutionnaires défaits, de résistants fusillés : ils valent toujours mieux que ces anciens révolutionnaires et ces opposants passés qui, vainqueurs, sont devenus d'ignobles potentats -les Gbagbo, les Kadhafi, les Mugabe...). Nous sommes loin, vous direz-vous, sagaces lecteurs, de l'affrontement localisé des légumes et des logements dans la plaine de l'Aire ? Sans doute. Mais au fond, il s'agit bien de retrouver, à défaut de conscience de classe, l'instinct de classe de Garine (voire, pour ceux que le concept même de  « classe sociale » révulse, de quelque chose de la vieille « option préférentielle pour les pauvres » du christianisme social) -de retrouver quelque critère qui permette de discerner les priorités, de hiérarchiser les enjeux, de clarifier les réponses. Et de se retrouver aux côtés de celles et ceux que nous prétendons défendre, qu'on affuble piteusement de l'hypocrite euphémisme de  « couches populaires » pour ne plus avoir à parler de prolétariat : ils sont aujourd'hui, à Genève, les premières victimes de la crise du logement, de l'insuffisance de la construction de logements à proximité de la ville et de la dissociation, en temps et en distance, du lieu de logement et du lieu de travail -il faudra bien que la gauche admette qu'on ne saurait leur dire  « allez loger ailleurs que sur nos champs de légumes » pour s'étonner ensuite qu'ils aillent, aussi, voter  tout au fond et tout en bas à droite.

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