Audit du centre genevois de détention pour mineurs : Sombre Clairière

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Un  personnel en état d'épuisement professionnel et victime de mobbing, un absentéisme quatre fois supérieur à la normale chez les éducateurs, des démissions à la chaîne, une organisation du travail « déficiente », des inégalités de traitement entre membres du personnel, des cahiers des charges inexistants, des agents de sécurité privés sous-payés, ni formés ni soumis au secret de fonction, qui remplacent des éducateurs, des cellules individuelles où sont  « logés » deux détenus (car ne nous y trompons pas : La Clairière est une prison) en violation des normes fédérales et européennes; des détenus qui ne passent pas les huit heures réglementaires hors de leur cellule : cet acte d'accusation est dressé par les experts mandatés par la Commission parlementaire des visiteurs des prisons genevoises, qui se sont penchés sur la situation à la Clairière, centre de détention pour mineurs, où passent 450 adolescents chaque année.


De la Clairière comme symptôme et de la prison comme dépotoir

La société stocke en prison (et en asile) les problèmes qu'elle est incapable de résoudre -ou qu'elle refuse, délibérément, de gérer. L'archipel pénitentiaire est un dépotoir : on y met ce qu'on ne veut pas voir, ni traiter autrement que par le stockage auquel on s'y livre.  « Le système carcéral reste une boîte noire. On ne réfléchit pas à ce qui s'y passe et à ce qui devrait s'y passer », résume la pénaliste Brigitte Tag. Le centre genevois de détention pour mineurs, La Clairière, était l'une de ces boîtes noires, l'un de ces dépotoirs. Non pas un bagne, mais plus trivialement une institution qui ne remplissait ni le rôle qu'on prétendait lui faire jouer, ni même les conditions légales de son fonctionnement. Dans la longue liste des maux recensés à la Clairière, quelques symptômes frisent l'absurde : ainsi de l'interdiction faite aux jeunes détenus de disposer de crayons, pour éviter les graffitis sur les murs. D'autres sont inquiétants (la déficience des alarmes feu, par exemple). Mais quelques uns sont, précisément, symptomatiques de la dérive des politiques carcérales genevoises depuis une dizaine d'année : la  privatisation de la surveillance, par exemple, malgré à La Clairière le renfort depuis 2003 de gardiens de Champ-Dollon. Ou une obsession sécuritaire qui met à mal tout projet socio-éducatif, à supposer qu'un tel projet pût se réaliser dans une prison -que la détention de mineurs dans des centres comme La Clairière puisse être une mesure socio-éducative propre à remettre dans le droit chemin les adolescents qui auraient pris la tangente, on se complaira ici à penser que notre propre expérience, il y a longtemps, certes, d'une telle détention soit le démenti. Les choses ont-elles changé depuis quarante ans ? Apparemment pas, sinon pour le pire. La direction de La Clairière a sauté, comme saute un fusible, mais c'est à la fois plus haut et plus large qu'il faut regarder : plus haut, vers l'Office Pénitentiaire, qui a laissé pourrir la situiation. Plus large, pour embrasser l'ensemble de la politique carcérale d'une République où la majorité politique rêvent de semer des prisons comme le Petit Poucet des cailloux. Mais lui, au moins, c'était pour retrouver son chemin. A quelque chose malheur est bon : la crise de La Clairière, après celle de Champ-Dollon, pourrait remettre en cause le subventionnement fédéral de cette frénésie carcérale, ce qui stopperait des projets en cours  : les cantons romands et le Tessin ont décidé d'ouvrir un nouvel établissement pénitentiaire pour mineurs, voire deux, créant 56 places de détention pour les huit cantons. La question matérielle étant de savoir combien de tempsil faudra à cet établissement, une fois ouvert, pour être surpeuplé. Et la question politique restant de savoir ce que vaut une République qui accepte de se couvrir de prisons, multiples et variées (une pour les jeunes, une pour les femmes, une pour les requérants d'asile déboutés, une pour les malades mentaux...), sans admettre que, ce faisant, elle constate son propre échec social : Justifiant la prolifération de projets de nouvelles prisons à Genève, avec pour objectif d'en arriver le plus rapidement possible à une place de geôle pour 500 habitants, la Conseillère d'Etat Isabel Rochat interprètait à sa manière les statistiques, en affirmant que l' « augmentation des places de détention répond à une réalité démographique ». Quelle réalité démographique ? Il y a trente ans, 300 places de détention suffisaient, il en faudrait 1000 aujourd'hui ? a-t-elle triplé en 30 ans ? En réalité, elle n'a augmenté que d'un quart... la seule chose qui a peut-être triplé, c'est la frénésie carcérale de la justice et des responsables politiques, mais au fond, cela ne relève de rien d'autre que de de la paresse intellectuelle, de la solution de facilité ou de la pulsion. Et de ces maux aussi, la situation à la Clairière est le symptôme.

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Commentaires

  • Je connais des chômeuses qui ont dénoncé la situation de la clairière...il y longtemps...chômeurs, chômeuses, maintenant et depuis ce jour où le courage et l'honnêteté leurs à valu l'abattage systématique, par des protecteurs des combinards de la clairière.
    Comment peut on prétendre redonné une chance à un ado quand les instances éducative vont à la faute quotidiennement.
    Le politique est responsable...terrifiant!!!

  • on ne peut, une fois de plus, que se réjouir du travail tenace de la commission des visiteurs du GC et remercier les 3 experts. Pourquoi faut-il trop souvent mandater des experts pour être crédible et entendu ?
    cordialement
    p.l.

  • Tous les offices cantonaux genevois sont touchés. C'est donc moins un problème de frénésie carcérale que d'incurie gouvernementale généralisée.

  • Mais quel scandale! Comment nous avons pu en arriver à ce stade? Qui sont les responsables? La Clairière dépend de qui? Merci, le citoyen doit être informé.

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