Pour pouvoir vivre de son travail

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Un congrès socialiste, puis un congrès syndical en avaient décidé ainsi : l'initiative populaire pour un salaire minimum est lancée, par l'Union syndicale suisse, le PS ayant, logiquement, choisi de laisser la priorité aux syndicats pour présenter cette proposition aux salariées et aux salariés. Les Verts ont immédiatement annoncé qu'ils soutenaient l'initiative syndicalo-socialiste, et la gauche de la gauche, qui avait de son côté lancé plusieurs initiative cantonales dans le même sens, en a fait autant. L'initiative prévoit un salaire minimum de 4000 francs par mois au plan fédéral (les cantons et les conventions collectives pourraient hausser ce plancher) pour 42 heures de travail par msemaine. Aujourd'hui, en Suisse, près de 10 % des salariés sont en-dessous de ce minimum  Comment vit-on avec moins de 4000 francs par mois ? Bien assez bien, répond le patronat. Qui ne veut pas d'un salaire minimum. Et est prêt à claquer des millions dans une campagne pour le combattre, mais pas à payer correctement les 700'000 salariées (surtout) et salariés (aussi) qui, aujourd'hui, en bénéficieraient.

Combien gagnent ceux qui vont nous expliquer que 4000 francs de salaire minimum, c'est trop ?

Mine de rien, l'initiative que lance l'Union Syndicale Suisse, avec le soutien de toute la gauche politique, rompt avec septante ans d'une pratique de «partenariat social» consistant à laisser fixer les salaires minimaux par les conventions collectives, l'Etat n'intervenant, éventuellement, qu'ensuite pour étendre l'application des conventions à l'ensemble du secteur qu'elles concernent. Cette rupture avec la tradition conventionnelle est prudente (l'initiative affirme toujours le primat des CCT, le salaire légal n'intervenant que comme un plancher), mais elle n'en est pas moins historique. Et sa motivation est simple : les conventions collectives ne suffisent pas à imposer des salaires suffisants pour vivre -le nombre de «travailleurs pauvres»  est là pour en attester, qui, pour un travail salarié à plein temps, ne reçoivent pas une rémunération suffisante pour leur permettre de vivre correctement sans aide sociale. Les conventions collectives ne suffisent pas non plus à combattre le dumping salarial : elles couvraient certes en 2007 150'000 salarié-e-s de plus qu'en 2005, mais cette augmentation est surtout le fait de la déréglementation dans le secteur public et du conventionnement de secteurs privés soumis à la concurrence étrangère. En fait, la majorité des salariés de Suisse ne sont pas couverts par une convention collective garantissant un salaire minimum, et près de 10 % de la population active totale (et de 15 à 20 % de la population active féminine) reçoit un salaire inférieur au minimum proposé l'initiative fédérale de l'USS, qui correspond grosso modo au seuil des bas salaires (deux tiers du salaire médian) : 400'000 salariées et salariés, dont la moitié sont assujettis à une convention collective de travail prévoyant un salaire minimum, gagnent donc moins de 22 francs de l'heure. Dans certains secteurs, comme l'industrie textile, l'hôtellerie et la restauration, les soins corporels, le nettoyage, la vente, l'agriculture (la liste n'est pas exhaustive) des salaires minimum conventionnels sont même inférieurs à 20 francs de l'heure au plan suisse, voire au plan genevois (16 francs 40 chez Ronin primeur, par exemple...). L'initiative répond donc, clairement, à une urgence sociale, même si l'instauration d'un salaire minimum légal ne peut être qu'un premier pas : comme par définition un tel salaire ne s'applique qu'aux travailleurs légaux et salariés, les cent ou deux cent mille travailleurs clandestins de ce pays n'y auront pas droit, non plus que les femmes au foyer et les personnes actives dans le cadre de programmes sociaux (aide sociale, réinsertion etc...). L'initiative obtiendra sans doute les signatures nécessaires à sa soumission au peuple (et aux cantons). La campagne qui s'ensuivra sera dure, le patronat ne ménagera pas ses efforts, ni son argent (s'il pousse les hauts cris à l'idée de devoir payer un salaire minimum, il ne rechignera pas à verser des millions pour en combattre l'instauration). « Les revenus manifestement trop bas pour pouvoir vivre décemment sont à combattre et nous le faisons », déclare, la bouche en coeur, le patron des patrons vaudois, Christophe Reymond. « Nous le faisons »  ? Ah bon ? Qui alors paie si mal 700'000 salarié-e-s ? son homologue genevois, Blaise Matthey, en remet une couche : un salaire minimum va «contribuer à réduire la flexibilité de l'économie»... Ciel ! A combien se monte donc le salaire de ces braves gens, payés pour nous dire que payer des salariée-s vingt-deux francs de l'heure, c'est trop les payer ?

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