Sale farce pour les chômeurs : Fin de droits le 1er avril

Imprimer

Sale farce : dès le 1er avril prochain, des milliers de chômeuses et chômeurs (entre 14 et 17'000, selon les estimations officielles) risquent en Suisse de se retrouver sans indemnités, si les dispositions de l'ordonnance fédérale d'application de la loi sur le chômage sont maintenues. La révision de la loi a en effet entraîné une diminution importante du nombre d'indemnités auxquelle les chômeuses et chômeurs de moins de 25 ans et de plus de 55 ans, ainsi que les nouveaux diplômés et les artistes, ont droit. Les syndicats genevois qui s'opposaient à la révision de la loi, ont exigé des mesures d'accompagnement maintenant les droits acquis pour toutes les chômeuses et tous les chômeurs inscrits avant le 1er avril, mais rien ne dit que ces exigences seront acceptées -les chômeuses et les chômeurs, et même le personnel de l'Office de l'emploi et des caisses de chômage, ne sont en tout cas pas informés de ce qui les attend. Après tout, pourquoi s'en faire ? L'Hospice Général pourvoira...

Travailler c'est trop dur et voler c'est pas beau, d'mander la charité, c'est qu'equ'chose qu'j'peux pas faire...

Comme les pays comparables, mais peut-être un peu plus suavement, la Suisse applique la plus absurde, la plus injuste, et socialement la plus délétère, des politiques de réduction du temps de travail : celle qui se construit sur un chômage structurel. Pourtant, entre 2005 et 2006, selon l'Office fédéral de la statistique, le temps de travail avait augmenté. Mais dès 2007, avertissait Caritas, un marché du travail a deux vitesses s'installait  Durablement : il est toujours bien présent, et toujours dual -d'un côté les salariés à plein temps, disposant d'un emploi stable, aux horaires réguliers, avec des conditions de travail, de salaire et de protection sociale garanties par des conventions collectives, des statuts publics ou par la loi, et de l'autre, des centaines de milliers de travailleurs précaires, temporaires, intérimaires, à temps partiel non choisi, aux horaires irréguliers... ou au chômage. Le temps de travail de celles et ceux qui ont un travail stable augmente ? c'est que le nombre d'heures travaillées augmente du fait notamment de l'accroissement des heures supplémentaires -mais le nombre d'emplois (en équivalent plein temps)  a stagné jusqu'à fin 2007, et a même diminué de 0,5 % entre 1990 et 2006, ce qui correspond à la perte de 17'000 emploie à plein temps. Les heures supplémentaires effectuées totalisent une masse de travail équivalent à plus d'une centaine de milliers d'emplois à plein temps, qui ne sont pas créés puisque le travail à quoi ils correspondent est effectué par les heures supplémentaires de salariés occupant les postes existants.  Résultat : une partie croissante de la population n'a plus accès à un emploi sûr et correctement rétribué. Et cette évolution est générale, et elle est durable. On est passé, s'agissant du travail, de l'annonce de sa fin (ou de celle du salariat, avec à la clef l'habituelle confusion entre le travail comme activité sociale qui définit la sociabilité de l'individu, et le salariat comme mode de rétribution de cette activité), à la renaissance de son apologie inconditionnelle. Il faut donc travailler, et travailler plus, mais il faudrait désormais surtout  travailler pour travailler. A n'importe quoi, n'importe comment, pour n'importe qui, à n'importe quel prix mais travailler. Pour ne pas être un mauvais pauvre, un fainéant, un parasite. Or c'est précisément cette injonction, «  tais-toi et bosse ! » qui produit de plus en plus de travailleurs pauvres et/ou malades... et accroît constamment le nombre de personne qui doivent cumuler plusieurs emplois, fût-ce au prix de l'illégalité, ou travailler de plus en plus longtemps chaque jour, avec de moins en moins de jours de repos, pour pouvoir «  finir le mois », ou travailler jusqu'à un âge de plus en plus avancé pour pouvoir toucher une rente de retraite suffisante, ou travailler malgré un état de santé déficient, faute de droit à une rente d'invalidité. Ainsi le travail redevient-il le « tripalium » latin : une punition, sans pour autant que le chômage soit une libération, puisqu'il se définit par la recherche infructueuse ou le besoin insatisfait de travail rémunéré. Et si nous relisions Lafargue ?

Lien permanent Catégories : Genève 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.