Incitation à la délation et xénophobie PLR : Eaux de Vichy

Imprimer

Le Conseil fédéral examine donc une proposition consistant à obliger les enseignants à dénoncer leurs élèves sans-papiers. Le président du syndicat romand des enseignants, Georges Pasquier y a répondu comme il convenait : « Je ne vois qu'une solution, la désobéissance civile ». On ne s'étonnera pas en revanche que la transformation des enseignants en mouchards fasse saliver un Oskar Freysinger, enseignant de son état et candidat délateur affirmé -on n'en attendait pas moins de lui. Réagissant naguère à l'obligation faite aux officiers d'état civil de dénoncer à la police les fiancés en situation illégale, la pourtant très droitière Suzette Sandoz, ancienne Conseillère nationale libérale vaudoise, évoquait la mise sur pied d'une délation d'Etat « comme dans les pires régimes totalitaires ». Son collègue Claude Ruey soupirait : «  à droite (...), à force de boire le poison (xénophobe) à petite dose pour s'immuniser, (mes collègues) se sont empoisonnés ». Ou mithridatisés, on ne sait. On n'est donc pas autrement surpris non plus de l'adoption par le PLR d'un programme « migratoire » udéciste.   La prochaine étape, c'est sans doute l'installation de la capitale fédérale à Vichy...

Successus improborum plures allicit

A la poursuite éperdue d'un électorat passé à l'UDC, les radicaux-libéraux ont concocté un programme de politique d'immigration. Exercice malaisé, puisqu'il s'agissait de conjuguer les intérêts bien compris du patronat helvétique, qui a besoin des bras et des têtes des immigrants, et ceux, moins bien compris puisque totalement illusoires, de cet électorat radelibe fugitif tenté par le repli xénophobe. Le PLR ne remet donc pas en cause les accords bilatéraux, puisque la libre circulation a permis à la Suisse de bénéficier  «  d'un nombre suffisant d'ingénieurs, d'infirmières ou de médecins », mais à  l'électorat xénophobe, le PLR propose la limitation de la validité des permis de séjour à un an (sauf s'ils sont liés à un contrat de travail), l'impossibilité pour les travailleurs temporaires d'en obtenir, le maintien de quotas d'immigration de Bulgares et de Roumain-e-s, la limitation du droit au regroupement familial et du droit d'établissement des ressortissants de pays non-membres de l'Union Européenne (une petite discrimination entre étrangers, ça mange pas de pain), une loi-cadre fixant des critères minimaux d'intégration et la réduction du droit d'asile aux exigences minimales du droit international (avec à la clef le renvoi des requérants provenant de pays qu'on aura décrétés « sûrs »)... avec ce programme, les radelibes espèrent incarner une  « voie médiane » entre le repli udéciste et l'ouverture socialiste. Ils n'incarnent en fait que l'incapacité de choisir, et l'illusion de croire qu'en procédant à un  « copier-coller » de la moitié du programme d'Êconomie Suisse sur la moitié du programme de l'UDC, on obtient autre chose qu'une chimère. Une chimère habillée, tant qu'on y est, de statistiques bricolées et de chiffres approximatifs. Bref, comme l'UDC, dont elle semble vouloir devenir une sorte de clône (triste), le PLR veut s'attacher à une production intensive et extensive d'immigrants clandestins et de résidents sans droit de séjour, puisque s'il est une loi vérifiable en matière d'immigration de migrants pauvres vers des pays riches, c'est que plus hautes sont les barrières légales à l'immigration, plus nombreux sont les immigrants qui les contournent ou passent dessous.  « Le métissage, c'est la volonté de vivre ensemble. Le communautarisme, c'est la volonté de vivre séparément » : c'est ce qu'a fait dire (et signer) par Sarkozy son nègre, talentueux, Henri Guaino, dans Le Monde du 9 décembre dernier. Lapidaire, la phrase n'est pas sans force. Ni sans illusion : là où Guaino convoque la  « volonté de vivre ensemble », il n'y a guère qu'une donnée des faits, celle du mélange, celle des migrations, celle du  « métissage », à laquelle même la  « volonté de vivre séparément » ne peut plus soustraire aucune société -sinon celles qui, une à une, disparaissent au fond des forêts humides ou au pourtour des calottes glaciaires. Ni le labourage par l'UDC de la marne xénophobe, ni la tentative pitoyable du PLR de s'y associer n'y pourront rien. Tout au plus pourront-ils remplacer des immigrants légaux par des immigrants illégaux. Et corvéables à merci. Et expulsables à souhait.

Lien permanent Catégories : Immigration 8 commentaires

Commentaires

  • La qualité de l'intégration est proportionnelle au nombre de migrants. En petite quantité, on arrive à leur donner des chances et des conditions d'accueil acceptables. Quand le flux migratoire est trop grand, un déséquilibre s'opère, c'est la crispation et la montée des extrêmes. Un territoire aussi exigü que la Suisse doit en prendre compte et faire une politique de cas par cas.

  • le problème (ou plutôt, l'évidence, la donnée des faits) est que les pays de destination des migrations ne maîtrisent pas, et ne peuvent pas, maîtriser les flux migratoires : le différentiel de niveau de vie est tel que la pire des situation faite aux migrants en Suisse sera toujours meilleure que celle qu'ils subissent chez eux, et qu'ils sont prêts à tout, y compris à crever en traversant le désert ou la Méditerranée, pour fuir. Une politique du "cas par cas" ne mène qu'à une chose : multiplier le nombre des clandestins.

  • Rien de nouveau sous le Soleil !
    Je me demande bien pourquoi faut-il payer l'éducation des sans-papiers ? ? ?

  • Parce que l'éducation est un droit. Même la vôtre

  • Pour obtenir un droit ... n'y a-t-il aucune obligation ?
    Du genre avoir des papiers ?

    Mon éducation à été payée lourdement par le mari de ma mère ... (vous n'êtes pas obligé de connaître mon histoire personnelle) je n'ai rien obtenu de la Confédération donc je ne dois rien à personne (à part à Lucien Winteregg, paix à son âme).

    Voila, voila ...

  • quelle honte...! et la prochaine étape c'est quoi??? l'organisation de rafles? beau programme! et dire qu'on me rabat les oreilles régulièrement sur "la plus vieille démocratie du monde"! quel beau résultat...

    mais l'UDC a raison... surtout ne donnons pas d'éducation à ces métèques... ils n'ont qu'à apprendre par eux même (quid de la politique de coopération et de codéveloppement qui permettra de limiter, à terme l'attrait de nos belles démocraties riches et libérales)

    je suis bien curieux de savoir combien d'enseignants vont ainsi apprendre le pas de l'oie...

  • A part ça je vais vous sembler paradoxal, mais à mon sens on ne peut pas obliger les enseigants à la délations... Moi-même, et malgré mes conceptions restrictives en matière d'immigration, je ne dénoncerais jamais un clandestin... Par contre j'estime que le lois relatives au séjour des étrangers ne sont pas là pour les chiens... Donc je ne souhaite à aucun de mes amis clandestind e se faire arrêter, mais d'un autre côté je ne peut pas non plus nier qu'il y ait des lois et qu'elles doivent être appliquées...

  • Bon, cette fois encore nous sommes globalement d'accord, cher vieil anar :-) Souffrez que je réserve le détail de mon point de vue en interne aux instances fédérales du PLR. Je ne crois d'ailleurs pas que je serai le seul dans ce cas.

Les commentaires sont fermés.