Budgets de la Ville et du canton : Couleuvres au menu

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Vendredi, samedi, et peut-être encore mardi, le Conseil municipal de la Ville va se pencher, avec toute l'attention qu'il mérite, et quelques lourdes arrière-pensées suscitées par la proximité des élections municipales, sur le budget de la Commune de Genève (le canton se livrera au même exercice pour le budget de la République, une semaine plus tard). Avec, pour la gauche, quelques couleuvres bien dodues à avaler, tant au Grand Conseil qu'au Conseil Municipal. Mais des couleuvres qu'en Ville, elle se sert elle-même, et qu'elle pourrait fort bien se passer d'ingurgiter puisque, majoritaire, elle n'a aucun besoin de la droite pour faire passer le budget de sa Municipalité et que de toute façon la droite ne votera pas le budget. Le budget de la Ville de Genève, c'est plus de 1,1 milliard de francs de revenus. Pour une municipalité de moins de 200'000 habitants, c'est plus que le budget de dizaines d'Etats membres de l'ONU. Ce budget municipal pour 2011 sera équilibré (la loi, d'ailleurs, l'y oblige), contrairement à celui du canton, mais cet équilibre est fragile : il n'est pas seulement à la merci de la « conjoncture », il l'est aussi à celle des choix politiques, et, s'agissant d'un budget municipal, et du budget de cette municipalité-là, des choix politiques cantonaux -ceux d'une majorité qui a depuis vingt ans la Ville de Genève dans le colimateur.

Les Trois Jours du Comptable (et de l'épicier)

Comme toutes les « grandes » villes de Suisse, Genève est à gauche -mais contrairement aux autres, son poids démographique, économique, culturel et politique est tel qu'elle est un contre-pouvoir à la majorité politique cantonale, un contre-pouvoir dont, à défaut de se débarrasser, la droite rêve de vider les caisses, puisque la capacité d'agir d'une collectivité publique locale, dont la légitimité ne tient pas à sa production législative mais à son action concrète, sur le terrain -que cette capacité d'agir dépend évidemment des moyens dont cette collectivité dispose. La priver de ces moyens, ou les réduire, c'est l'empêcher de faire son travail. Or c'est précisément ce que semble vouloir tenter la droite cantonale genevoise, en faisant se succéder des décisions ou des propositions relevant de la pure démagogie fiscale, quand ce n'est pas de la distribution de cadeaux à la part la plus fortunée de son électorat, de baisses fiscales en propositions d'amnistie fiscale, de suppression d'une part de l'impôt municipal (la taxe communale) ou de contre-réforme de sa répartition entre la commune de domicile et celle de travail. Cette démagogie a son prix, et ce prix, pour la Ville, et les contribuables de la Ville, ce serait au moins 20 % d'impôt municipal en plus si la Ville devait être amenée à compenser la perte de la taxe professionnelle et de la part que la commune de travail touche sur l'impôt municipal perçu par la commune de domicile.  A droite on veut baisser tout de suite le taux de l'impôt municipal. Parce les élections approchent, et que ça plaît toujours aux électeurs de baisser les impôts. Même si les élections passées, on devra les augmenter pour compenser les petits cadeaux électoraux. Quant à l'UDC appelle carrément les contribuables à ne plus verser du tout leurs contributions au fisc tant que « la sécurité n'est pas rétablie » à Genève. L'impôt servant notamment à payer les policiers (cantonaux et municipaux), sur qui compte au juste l'UDC  pour « rétablir » cette « sécurité » illusoire  ? sur des policiers bénévoles ? des miliciens au pourcentage ? Quant à la gauche, elle s'est préparée, pour agrémenter les trois jours de débat budgétaire municipal, à avaler les quelques solides couleuvres qu'elle s'est elle-même mijotées : un règlement des agents de la police municipale, totalement improvisé, rédigé dans un français incertain, fruit vraisemblable d'une nuit d'insomnie... une gratuité des TPG que les conseillers municipaux s'accorderaient à eux-mêmes sans même prendre la peine de demander qu'on l'accorde à celles et ceux qui la leur paient -c'est-à-dire aux contribuables de la Ville... des millions pour améliorer le confort des séants des sponsors du Genève-Servette-Hockey Club... une subvention masquée accordée au Grand Théâtre sous forme de « garantie de déficit »... plus, à droite comme à gauche, tous les petits calculs, toutes les petites trouilles, toutes les grandes déclamations pré-électorales qui parasitent un débat qui devrait être un débat politique, et qui se résume les trois quarts du temps à des chamailleries d'épiciers et des polémiques de comptables... pour un résultat nul et non avenu, puisqu'au bout du compte, quel que soit le succès des interventions des uns et des autres, et le sort réservé aux amendements des autres et des uns, après trois jours, la gauche votera le budget parce que la Municipalité est de gauche, et la droite refusera le budget parce que la Municipalité n'est pas de droite. C'est aussi simple que ça. Et aussi bête. Et aussi oublieux du seul véritable enjeu du débat budgétaire municipal : quelle politique le budget va-t-il financer, et en quoi cette politique est-elle, d'abord un contre-poids, puis une alternative à celle de la majorité de droite qui sévit dans le canton ?

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Commentaires

  • Je crains qu'avec ce bénéfice, la gauche dépense sans compter pour se faire bien voir, en prenant des décisions qui n'auront pas été réfléchies car ils n'ont aucun programme politique. Heureusement que le peuple à encore son mot à dire.

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